« Polskie Radio » - Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

  • Pologne

  • Relation bilatérale

Interventions médias

Le : 18 mai 2026

Q - Avec d'abord une question sur les grands sujets qui ont pu être abordés ce matin entre les ministres français et polonais. Quels ont été justement les grands thèmes qui ont été abordés lors de cet échange ?

R - C'était une matinée franco-polonaise à laquelle on a assisté, puisqu'il y avait à la fois un entretien bilatéral à l'Hôtel du ministre, puis après l'inauguration de l'Institut culturel polonais dans le 8e arrondissement qui montrait que la culture était aussi au cœur de nos échanges. Parce que si on regarde sur les 12 derniers mois, on voit que la relation bilatérale, elle s'est fortement approfondie. Je dis, 12 mois parce que c'était en mai 2025 qu'il y a eu ce traité de Nancy, bien sûr, la ville de Nancy n'a pas été choisie au hasard. Puis, il y a eu en avril 2026, il y a quelques semaines, le sommet franco-polonais de Gdansk le 20 avril, qui était une date choisie entre toutes, puisque c'était l'anniversaire de l'entrée au Panthéon d'une très fameuse polonaise Marie Curie. Et puis maintenant il y a ces échanges sur une matinée. Il a été question à la fois des crises internationales, de l'Ukraine, bien sûr, mais aussi de Moyen-Orient. Il a été question d'autonomie stratégique européenne, pour illustrer tout le soutien que nous continuons à apporter à l'Ukraine. Et puis, je le signale aussi, était présente dans ces éléments la question de la majorité numérique. Parce que nous avons les mêmes enjeux, ceux à la fois de sécurité, de santé mentale de nos jeunes et aussi de protection face au harcèlement en ligne. Et nous voyons que la Pologne est aussi dans cette vague, dans cette initiative où de plus en plus d'États préparent ou ont adopté des lois limitant l'accès pour les mineurs, selon certains âges, aux réseaux sociaux. Voilà, donc vous voyez, c'était tout ça qui était discuté ce matin, la culture, le numérique et bien sûr, l'Europe et les relations internationales.

Q - Sur cette question de limitation d'âge, les Polonais rejoignent la France sur cette initiative-là, suivent ce mouvement-là ?

R - Eh bien, oui. Ils sont en évolution aussi, en évolution là-dessus, et on voit que de plus en plus d'États commencent à aller dans ce domaine, et je crois que c'est la solution. On a eu l'Australie, la France, maintenant, vous savez, est très active aussi là-dessus, parce que le numérique ne connaît pas les frontières, et nous ne pouvons pas avancer dans une telle régulation avec un seul pays. Donc, plus on a de pays à aller là-dedans, plus cette régulation sera forte et s’imposera.

Q - Sur la question de l'autonomie stratégique, c'est un sujet qui a fait pas mal de bruit en Pologne ces derniers jours. Le fait que les Américains pourraient envoyer moins de soldats que prévu en Pologne dans le cadre du renforcement du flanc est de l'OTAN. On a entendu parler ces dernières semaines aussi d'un potentiel retrait des Américains d'Allemagne. Toutes ces choses-là alimentent un contexte en Pologne d'inquiétude globalement par rapport à la présence des Américains en Pologne et en Europe sur le sol européen. Comment, du point de vue français, on voit cela ? Est-ce qu'on considère que c'est une confirmation de la ligne française de dire qu'il faut maintenir une distance par rapport aux États-Unis quand même ?

R - La réponse c'est d'être plus fort en Européens, de muscler le pilier européen de l'OTAN et d'avoir une Europe qui est plus à la manœuvre sur son propre destin. Le ministre Jean-Noël Barrot en parle d'ailleurs souvent, f quand il est en déplacement à l’international. C'est-à-dire dans une rivalité entre la Chine et les États-Unis qui va de plus en plus structurer le monde dans les années à venir, il faut qu’en réalité, l'Europe incarne cette troisième voie et l'Europe, en mauvais français, qu’elle délivre. Elle délivre en termes de taux de pauvreté faible, en termes de protection de ses populations, en termes de valeurs, en termes aussi de développement économique et d'innovation. Et souvent, on sous-estime notre propre capacité européenne et notre propre succès. Or, quand vous regardez, il y a une dizaine d'États qui sont candidats à l'Union européenne. Aucune organisation internationale, comme l'a dit le ministre, n'est dans cette situation-là. Et donc, ce qui est en train de se passer, c'est l'affermissement un peu stratégique de l'Europe, avec une augmentation des dépenses nationales européennes, mais aussi une augmentation en réalité du pilier européen de l'OTAN, et je crois que c'est la réponse que nous sommes en train d'apporter, et en particulier dans le soutien, en ce moment, (inaudible), que la Pologne apporte de manière aussi considérable à l'Ukraine.

Q - D'accord, donc vous considérez aussi que côté polonais, on a conscience de ce besoin d'autonomie stratégique, vous le sentez, ça, dans les échanges avec eux ?

R - On voit qu'il y a une nécessité de se renforcer en Européens pour effectivement soutenir l'Ukraine et nous défendre aussi. Ce n'est pas contre, ce n'est pas sans, mais c'est d'être plus forts nous-mêmes. Et ça, accessoirement, c'est une réponse aussi aux demandes américaines. Et on le voit face à l'augmentation de l'assertivité russe sur notre flanc est. Et la France prend toute sa responsabilité en participant à aux opérations de l'OTAN en étant nation cadre en Roumanie, par exemple, pour l'OTAN, en participant aux opérations en Estonie, avec l’EFP et puis évidemment par tout le soutien que la France, mais les différents États membres et évidemment l'Union européenne, apportons à l'Ukraine, ça, on l'a vu avec l'adoption récente dont on se réjouit du paquet de 90 milliards de soutien, ce qui permet à l'Ukraine d'avoir une visibilité financière sur les deux prochaines années et puis du 20e paquet de sanctions et donc c’est aussi une réponse forte parce que pour tout ça, il faut l'unanimité. Et nous l'avons obtenue. Et parfois, nous voyons que nous sommes surpris d'obtenir cette unanimité. Et en fait, non, vous voyez, le pacte européen est très uni face à l'agression russe de l'Ukraine.

Q - Pour terminer, vous évoquiez l'OTAN, le cadre de l'OTAN. Est-ce que, hors cadre de l'OTAN, il y a une coopération possible sur le plan militaire aussi ? Parce qu'on évoquait cela en Pologne, un peu en off ces derniers temps, que la France et la Pologne pourraient participer à des exercices, par exemple, conjoints au sud de la Baltique, notamment dans le domaine de cette extension un peu du parapluie nucléaire français, on en parle comme ça en Pologne, même si c'est un abus de langage. Est-ce que ça, c'est quelque chose qui est envisagé aussi ?

R - Il y a eu un très important discours du président de la République à L’Île-Longue. Ces propos incarnent ce que nous faisons et aussi cette capacité à pouvoir aller plus loin avec certaines nations qui le désirent. Sept ont déjà répondu à cet appel. Et nous sommes ouverts pour élargir cette base. Et donc, pour nous, la dissuasion renforcée, c'est celle qui répond à l'augmentation des risques qui pèsent actuellement sur nous. 

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