Ouverture de la Fabrique de la diplomatie - Discours de Jean-Noël Barrot

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Discours

Le : 05 septembre 2025

Pour celui qui fut l’assemblier et l’architecte de cette Fabrique de la diplomatie avec toutes ses équipes, je vous demande une nouvelle salve d’applaudissements pour Didier Le Bret.

Je salue la présence de Laurent Saint-Martin, ministre délégué chargé du commerce extérieur et des Français de l’étranger, qui aura l’occasion de s’exprimer dans l’une des enceintes de cette Fabrique de la diplomatie.

Je remercie Monsieur le Président, Madame la Maire, pour leur accueil.

Je veux reprendre vos mots, Monsieur le Président. Aujourd’hui, le monde entier est à la Sorbonne Nouvelle. Et je salue et remercie pour leur présence les 60 ambassadeurs, diplomates étrangers, qui nous font l’honneur de leur présence ce matin, mais également de leur présence à l’occasion des événements qui, tout au long de ces deux jours, vont leur permettre et vous permettre de découvrir d’un peu plus près ces figures représentant leur pays en France auprès de nous. Je veux dire aussi que c’est le Quai d’Orsay qui est à la Sorbonne Nouvelle, puisque tout le Quai d’Orsay est là, toutes ses figures les plus éminentes, en commençant par sa secrétaire générale, chère Anne-Marie Descôtes, les directeurs et directrices, les ambassadrices et les ambassadeurs, le directeur général. Bref, vous voyez que toutes les équipes du Quai d’Orsay se sont mobilisées pour ce moment important, qui est celui de cette première édition de la Fabrique de la diplomatie. Je veux saluer bien sûr les étudiantes et les étudiants qui sont là nombreux et bien évidemment toutes celles et ceux qui, de manière bénévole, ont souhaité consacrer ces deux journées à faire connaître, mieux connaître, la diplomatie, ses métiers et ses enjeux.

Qu’est-ce que nous entendons par Fabrique de la diplomatie ? Qu’est-ce que ça veut dire une fabrique ? Le mot « fabrique » trouve son origine dans le latin fabrica, qui désigne à la fois un lieu, un métier et un art, celui de façonner la réalité. La fabrique de la diplomatie a donc pour nous une triple ambition. Réunir en un même lieu tout l’écosystème français de la diplomatie, permettre au plus grand nombre de découvrir le métier de diplomate et les voies d’accès pour y parvenir et enfin mobiliser l’intelligence collective pour imaginer des solutions aux grands défis internationaux.

Votre présence nombreuse sur ce campus est la preuve que les affaires étrangères sont les affaires de tous, et que l’intérêt pour ce que nous faisons, pour ce que nous fabriquons au Quai d’Orsay, va grandissant. C’est sans doute que, peut-être, ce que nous fabriquons au Quai d’Orsay n’est pas toujours parfaitement bien connu. Alors qu’est-ce qu’on fabrique au Quai d’Orsay ? Il est vrai que c’est un atelier un peu particulier. Les matières premières sont les mots, les idées et les rencontres. Et le produit fini, c’est la paix, la sécurité, la prospérité et le rayonnement de la France dans le monde. Pour y parvenir, les outils que nous avons à notre disposition, les instruments, n’ont qu’une seule limite, l’imagination. Les diplomates ont recours à la négociation, la coopération, la persuasion et, lorsque c’est nécessaire, à l’instauration d’un rapport de force. Au ministère de l’Europe et des affaires étrangères, on fabrique de la confiance quand il n’y en a plus, on tisse des liens quand tout semble se défaire, on invente des solutions lorsque les problèmes paraissent insolubles et le dialogue impossible.

Le métier de diplomate est un métier exigeant. C’est faire en permanence du sur-mesure. Et cela exige une formation solide, des connaissances, un apprentissage qui se construit patiemment, au fil des langues apprises, des pays traversés, des crises surmontées. C’est une expertise qui se forge dans l’expérience vécue, celle du terrain, de la connaissance des usages et des codes, des subtilités culturelles qui font qu’une phrase trouve son écho ou qu’un geste apaise une tension. Ce savoir-faire ne se fabrique pas en un instant, il se transmet et il s’apprend.

Au fond, ce que l’on fabrique d’abord et avant tout au Quai d’Orsay, ce sont des diplomates capables de rechercher partout le chemin de la paix, de la sécurité et du droit. Et pour y parvenir, notre pays dispose du troisième réseau diplomatique dans le monde, et le ministère de l’Europe et des affaires étrangères compte 14.000 agents dont je veux saluer devant vous la mobilisation, le courage, le dévouement. Parce que grâce à leur travail, nous sommes en mesure d’accomplir ces missions qui sont les nôtres et qui ne sont pas toujours parfaitement connues.

Quelles sont les missions du Quai d’Orsay ? La première d’entre elles, c’est le service public de nos compatriotes établis à l’étranger. Trois millions de Françaises et de Français vivent à l’étranger, et les agents du ministère de l’Europe et des affaires étrangères leur apportent un service public de qualité. Dans les moments les plus importants de leur vie d’abord, au moment de la naissance, au moment du mariage, au moment du décès. Et le Quai d’Orsay est, de fait, Madame la Maire, la première mairie de France. Nous émettons chaque année 500.000 documents d’état civil. Et nous le faisons avec une grande efficacité, puisque les délais d’obtention d’un passeport, lorsque l’on est Français établi à l’étranger, sont de l’ordre de 22 jours, à peine trois semaines, ce qui, évidemment, est un record par les temps qui courent. D’une efficacité record aussi, puisque toutes les enquêtes d’opinion que nous conduisons auprès des Français établis à l’étranger le démontrent, à plus de 90 %, ils sont satisfaits de la manière dont nous apportons le service public jusqu’à eux. Comme quoi, on peut faire tourner un service public de qualité sans difficulté. Venez voir au Quai d’Orsay, vous verrez, ça fonctionne parfaitement.

Évidemment, cela va plus loin que les documents et les titres d’identité. Nous avons permis aux Français établis à l’étranger, qui parfois se trouvent très loin, très éloignés, pensez à Ushuaïa, des grands centres urbains, la faculté, Monsieur le ministre délégué chargé des Français de l’étranger, de voter à distance, par voie électronique, une faculté dont ils se sont saisis massivement. Aux législatives anticipées de 2024, 75 % des Français qui ont voté depuis l’étranger l’ont fait par voie électronique.

Et puis il y a les moments un peu plus difficiles que l’on peut vivre lorsqu’on est établi à l’étranger. Une nouvelle fois, lorsque survient une catastrophe naturelle, lorsque les tensions géopolitiques menacent la sécurité de nos compatriotes, ce sont nos valeureux diplomates dans les postes, épaulés par le Centre de crise et de soutien du ministère, qui apportent des réponses. L’année dernière, en 2024, c’est à peu près 1.000 de nos compatriotes à l’étranger qui ont dû être évacués. Et l’année dernière, en 2024, le Centre de crise et de soutien du ministère, qui est un lieu fascinant pour la grande famille de la diplomatie française, puisque régulièrement, il fait appel aux bonnes volontés pour armer les lignes téléphoniques lorsqu’il s’agit de répondre aux appels de nos compatriotes en détresse à l’étranger. L’année dernière, ce sont 7.000 appels qui ont été reçus et traités par le Centre de crise et de soutien. Et cette année, évidemment, nous allons exploser tous les compteurs, puisque pendant la guerre des 12 jours entre Israël et l’Iran, ce sont 12.000 appels qui ont été reçus, 12.000 appels en 12 jours traités par les agents mobilisés du Centre de crise et de soutien.

Et puis, je n’oublie pas que la vie d’une famille à l’étranger, c’est également, puisque nous sommes en cette période de rentrée concernés pour un certain nombre d’entre nous, la rentrée des classes, c’est d’avoir la possibilité pour nos enfants qu’ils puissent recevoir un enseignement de qualité. Eh bien le Quai d’Orsay, c’est aussi l’école des élèves à l’étranger, des élèves français à l’étranger. C’est notre réseau d’enseignement à l’étranger qui accueille 480.000 élèves, dont 160.000 élèves français. C’est la première mission du Quai d’Orsay, le service public des Français de l’étranger.

La deuxième mission, peut-être un peu mieux connue, c’est celle, évidemment, de défendre nos intérêts, les intérêts de la France et des Français, dans toutes les instances dans lesquelles ils sont en jeu. Les instances multilatérales, les instances européennes et le cadre bilatéral de la relation que nous entretenons avec les pays du monde, dont un certain nombre sont représentés éminemment aujourd’hui. Parce que j’y reviendrai dans quelques instants, mais chacun le sait ici, puisque si vous êtes venu en métro ou différemment, vous savez qu’une grande partie des enjeux, des défis auxquels notre pays est confronté, trouve leur résolution, une grande partie de leur réponse dans ces enceintes multilatérales, européennes ou encore bilatérales. Que l’on pense à l’emploi, que l’on pense à l’immigration, à la lutte contre le narcotrafic, à la santé, tout cela se joue en partie au-delà de nos frontières et les diplomates du Quai d’Orsay ont pour mission de défendre nos intérêts dans toutes ces instances.

Troisième mission du Quai d’Orsay et dernière mission du Quai d’Orsay, c’est celle d’informer. Informer qui ? D’abord, les Françaises et les Français de ce qui se passe dans le monde. Le site du service public qui est sans doute le plus consulté de tous, vous le connaissez. Vous l’avez peut-être vous-même consulté quelques jours avant de partir en vacances, c’est le site Conseil aux voyageurs. 22 millions de visites l’année dernière. Je vous recommande d’ailleurs de le consulter régulièrement parce que ceux qui ne le font pas, il leur arrive parfois d’avoir des problèmes.

Informer les Françaises et les Français, c’est d’abord leur indiquer ce qu’il se passe dans les régions du monde où ils se déplacent, mais c’est aussi informer leurs autorités. Le Président de la République, le Premier ministre, de manière à ce que les décisions qui sont prises soient appuyées sur des informations d’une grande précision. C’est ce qu’on appelle les télégrammes diplomatiques ; on appelle ça aujourd’hui les notes diplomatiques, rédigées avec soin par les ambassadrices, les ambassadeurs, leurs équipes, dans les postes, qui vont permettre aux autorités françaises de se faire une idée précise de ce qu’il se passe sur le terrain. Savez-vous, Mesdames et Messieurs, combien de notes diplomatiques ont été rédigées l’année dernière par les diplomates du Quai d’Orsay ? 30.000. 30.000 notes diplomatiques sont remontées de tout notre réseau jusqu’à Paris pour que nous puissions prendre les décisions adéquates. Et je les ai toutes lues. Informer les Françaises et les Français, informer leurs autorités dans un monde en plein bouleversement, c’est essentiel.

Mais c’est aussi la vocation et la mission du Quai d’Orsay d’informer le reste du monde, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, de ce que pense la France, de ce que dit la France. La responsabilité du Quai d’Orsay, c’est de porter cette voix, de donner son avis, de prendre position au nom de l’intérêt français sur les affaires du monde. Et de ce point de vue-là, il y a une formidable équipe de la Direction de la communication et de la presse qui, au fil des années, a commencé à se transformer, pour tenir compte du fait que nous vivons aujourd’hui dans un monde où l’espace de l’information, l’espace informationnel, comme on dit, s’est profondément fragmenté. Et que les messages que nous adressions auparavant, dans un monde dans lequel l’information était intermédiée par les médias traditionnels, n’est plus le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Et nous avons décidé d’investir pleinement ce champ informationnel. Pourquoi ? Pour faire entendre ce que c’est que la position de la France sur les crises en Afrique, sur les crises au Proche-Orient, sur la paix en Ukraine. Parce que si nous ne développons pas des stratégies pour faire entendre cette voix sur le monde ou dans le monde des réseaux sociaux, ce sont d’autres qui prétendent savoir ce que pense et ce que fait la France à notre place. Donc, d’abord, pour faire entendre ce que c’est que la vérité de la voix de la France. Et puis ensuite, tout simplement, et de manière très importante, pour riposter contre toutes celles et ceux qui, à l’étranger, veulent porter atteinte à l’image de la France. Et dans les semaines et les mois qui viennent de s’écouler, nous avons décidé de continuer à transformer cette capacité que nous avons à protéger les intérêts français dans le champ des perceptions, dans le champ informationnel : en développant notre capacité de détection, nous allons installer des hubs de veille sur les réseaux sociaux dans chacune des grandes zones linguistiques du monde ; et dans notre capacité à répliquer chaque fois que nous sommes attaqués, pour éviter que ces attaques, par leur caractère viral, ne viennent ternir l’image de la France à l’étranger.

Nous nous apprêtons à lancer un compte de riposte automatisé. Il sera lancé dans les prochains jours. Son nom : « French Response ». Il permettra de contrer les attaques fallacieuses dont nous sommes la cible. Voilà un exemple récent de la multitude des initiatives que nous sommes en train de prendre pour nous doter d’une machine de guerre capable de contrer les atteintes dont nous faisons l’objet.

Voilà les missions du Quai d’Orsay qui seront à l’ordre du jour des travaux de la Fabrique de la diplomatie et auxquels je vous invite à vous intéresser.

Pourquoi un tel succès, cher Didier, Monsieur le président de la Fabrique de la diplomatie ? Au fond, parce que nous traversons une époque dans laquelle, plus que jamais, il est indispensable de resserrer ces liens entre les Françaises et les Français et leur diplomatie. 
Les Françaises et les Français n’ont aucune intention de rester les bras croisés pendant que le monde se reconfigure. Ils veulent avoir les cartes en main. Ils ne veulent pas être spectateurs, ils veulent être acteurs ; ou en tout cas, ils veulent être en situation de responsabilité, de comprendre pour pouvoir, d’une manière ou d’une autre, participer à la décision. Et c’est la raison pour laquelle, avec Laurent Saint-Martin, avec Benjamin Haddad, avec Thani Mohamed-Soilihi, nous avons voulu, depuis neuf mois, ouvrir les portes du Quai d’Orsay et tourner ce ministère vers les Françaises et les Français : pour créer un lien entre la nation et sa diplomatie, pour créer un lien diplo-nation comme il existe ailleurs un lien armée-nation.

C’est ce qui explique que vous nous ayez vu, avec les ministres délégués, nous déplacer constamment en région, pour aller à la rencontre des Françaises et des Français et notamment des jeunes qui nous demandent des comptes et qui nous demandent de pouvoir participer à ces échanges. C’est la raison pour laquelle nous avons ouvert, je le disais, physiquement, les portes du Quai d’Orsay, pour que tous les publics puissent y avoir accès : les enfants, les aînés, les curieux, les diasporas et tous les citoyens qui s’intéressent de près ou de loin à la diplomatie. Au mois de mai, certains d’entre vous ont participé à la Nuit des Idées dans un format nouveau qui a attiré plus de 1.000 personnes pendant toute une soirée au Quai d’Orsay, pour des débats participatifs et des rencontres avec les figures de ce ministère. Au mois de juin, pour la fête de la musique, ce sont les diasporas qui ont envahi pour la première fois, si je puis dire, les jardins du Quai d’Orsay, puisque nous les leur avions confiés pour qu’ils puissent, d’une certaine manière, se sentir là-bas comme chez eux. Nous avons créé, pour la première fois, un circuit de visite au Quai d’Orsay, parce que ce lieu qui fut construit il y a 180 ans pour être le temple, on pourrait dire le porte-avions de la diplomatie française, recèle dans tous ses salons, dans tous ses recoins, des histoires qui permettent de comprendre ce que c’est que la diplomatie française et sa vocation.

Nous avons décidé d’enraciner la diplomatie sur l’ensemble du territoire national en lançant un label « Patrimoine de la diplomatie », et en appelant les Françaises et les Français à identifier les lieux qui, autour de chez eux, manifestent, par leur histoire, les succès - et parfois les échecs - de la diplomatie française. Nous avons commencé par ma ville, la ville de Versailles, où la bibliothèque Choiseul, qui fut jadis le siège du ministère des affaires étrangères, a été le premier bâtiment à recueillir ou à recevoir ce label.

Nous avons lancé la réserve diplomatique. Immense succès. La réserve diplomatique, ce n’est pas une nouvelle Académie diplomatique et consulaire, elle n’a pas vocation à former les diplomates de demain. Elle a vocation à permettre à toutes les citoyennes et les citoyens qui le souhaitent de venir appuyer le travail de nos diplomates lorsqu’il s’agit de porter la voix de la France sur les réseaux sociaux - il y aura un contingent numérique de cette réserve - ; à nous appuyer lorsque nous recevons le monde entier pour le sommet sur l’intelligence artificielle, le sommet sur les océans ; ou plus généralement pour soutenir les actions du Quai d’Orsay. Devenir acteur plutôt que de rester spectateur.

Je pense à d’autres initiatives qui se sont poursuivies cette année : le concours d’éloquence des jeunes ambassadeurs, qui réunit des collégiens et lycéens de la France entière. L’académie diplomatique d’été, elle aussi très courue, qui concerne des lycéens et étudiants sélectionnés en fonction de critères sociaux. Cette année, pour 100 places, nous avons reçu 3.000 candidatures.

Les Français ne veulent pas rester les bras croisés, ils savent que les affaires étrangères sont les affaires de tous. Et nous allons continuer à tisser inlassablement ce lien entre les Français et leur diplomatie. Nous avons demandé à des centaines de diplomates, dont certains sont présents ici, et je les en remercie, de se rendre d’ici à la fin de l’année dans les collèges et les lycées dont ils sont issus. Parce qu’il y a, dans notre pays, une aspiration à s’emparer des enjeux géopolitiques et à les comprendre.

Nous avons également renoué un lien qui peut-être s’était un peu distendu avec les acteurs de la politique internationale de la France. Bien sûr, le Quai d’Orsay occupe une place centrale, en lien étroit avec les orientations qui sont fixées avec le Président de la République, mais d’autres acteurs concourent à l’action internationale de la France et nous ne pouvons pas faire comme s’ils n’existaient pas. Je pense d’abord aux collectivités territoriales, qui sont le premier partenaire du ministère des affaires étrangères. Par leur action de coopération décentralisée, c’est-à-dire des financements très concrets qui viennent participer au développement de projets à l’étranger, par leur présence constante dans les pays avec lesquels ils entretiennent des partenariats, des jumelages, ils jouent un rôle important, et nous avons décidé d’accroître notre coopération et la compréhension mutuelle de notre action. Je pense aux parlementaires également qui, par leurs nombreux voyages et leurs interventions, portent la voix de la France, différemment de la manière dont les diplomates le font, mais de manière harmonieuse, ce qui permet de donner une dimension symphonique à la voix de la France à l’étranger.

Je le disais, ce lien entre les Français et leur diplomatie, ils souhaitent que nous puissions le renforcer. Nous sommes mobilisés pour le faire, et si cet événement qui commence aujourd’hui a connu un tel succès, c’est parce que la conscience est vive chez nos compatriotes, que leurs préoccupations du moment trouvent une partie de leur résolution au-delà de nos frontières. Prenez n’importe quelle enquête d’opinion qui classe les priorités des Français par ordre décroissant, et vous y trouverez selon l’institut qui a réalisé le sondage, l’emploi, l’immigration, la santé, le climat.

Prenons l’emploi d’abord, et je parle devant le ministre de l’attractivité : un emploi sur dix est créé en France par une entreprise étrangère, et sur dix euros de richesse produite en France, quatre ont vocation à être exportés, en tout cas jusqu’à présent, avant les accords commerciaux qui ont été signés cet été. Ce n’est pas le fruit du hasard, c’est le fruit d’une politique résolue menée par les services du Quai d’Orsay pour accompagner les entreprises françaises vers l’export, ce qui leur permet de grandir, de se développer, mais aussi attirer en France des investissements étrangers dont je rappelle qu’ils ont permis, ces dernières années, de revitaliser des territoires, des villes moyennes, qui avaient été littéralement laminées par la désindustrialisation. Et si pour la sixième année consécutive, la France est le pays le plus attractif pour les investissements étrangers en Europe, ce n’est pas un hasard. C’est parce que la diplomatie économique menée par le Quai d’Orsay bat son plein sous l’autorité du ministre délégué.

Je parlais de la santé. Bien sûr qu’il y a des sujets en matière de santé publique qui ont vocation à être traités au niveau national. Mais quel est le pire épisode sanitaire que nous ayons vécu ces dernières années ? Trouve-t-il ses origines en France, dans notre pays ? Bien sûr que non. Alors comment nous préparer à éviter de confiner tout un pays, la prochaine fois que le risque pandémique émergera ? C’est ce que nous faisons en installant à Lyon l’Académie de l’Organisation mondiale de la santé. Qu’est-ce qu’on va lui faire faire, à cette Académie de l’OMS ? On va lui faire former trois millions de soignants qui, ensuite, de retour dans leurs pays, parviendront à maîtriser le risque pandémique lorsqu’il se manifestera. Et de cette manière-là, nous parviendrons à contenir la menace sanitaire venant de l’étranger.

L’environnement et le climat, après un été de tous les dangers où s’est manifesté de manière ravageuse l’effet du dérèglement climatique, c’est là encore, en entraînant avec nous, comme nous l’avons fait il y a 10 ans avec l’accord de Paris, la communauté internationale sur une trajectoire ambitieuse de maîtrise et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et 10 ans après l’accord de Paris, si nous n’avions pas eu l’accord de Paris, les tempêtes, les incendies, les inondations, tout cela aurait beaucoup plus d’ampleur encore que ce que nous vivons tragiquement en 2025. Et 10 ans après l’accord de Paris, c’est encore la diplomatie française qui s’est levée et qui a dit qu’il y a une cause qu’il nous faut absolument défendre avec le reste de la communauté internationale. Notre principal puits de carbone, notre principal instrument de régulation du climat, et qui aujourd’hui ne fait l’objet d’aucune préoccupation, c’est l’océan. Et dans quelques jours à New York, grâce à la mobilisation historique que nous avons réussi à susciter à Nice, seront déposées les dernières ratifications qui permettront à l’accord sur la protection de la haute mer d’entrer en vigueur, nouveau tour de force de la diplomatie française. Cela peut sembler un peu éloigné, mais c’est directement lié aux incendies que nous avons vus à Marseille, dans l’Aude, aux inondations que nous avons vues dans les Hauts-de-France ces dernières années ou encore en région parisienne.

Sur l’immigration, je ne serai pas long, mais là encore, une partie très importante de ce sujet, qui est au cœur du débat politique national, se joue à l’étranger. Et lorsque la diplomatie française se déploie quelques jours à peine après la chute du régime sanguinaire de Bachar al-Assad en Syrie, c’est bien évidemment pour traiter des sujets là où ils se manifestent, plutôt que d’avoir à en traiter les conséquences lorsque, comme ce fut le cas il y a 15 ans, quand Bachar al-Assad réprimait dans le sang la révolution de 2011, des millions de Syriens, légitimement, ont pris tous les risques pour aller chercher refuge et asile en Europe.

Je finirai en parlant de paix et de sécurité, même s’il y a là des concepts dont on a pris l’habitude en pensant que c’est un peu comme l’air que l’on respire, et que tout cela, en quelque sorte, est là pour toujours. Bien sûr que non. Si nous vivons en paix et en sécurité, c’est parce que les générations qui nous ont précédés au sortir de trois guerres qui avaient déshonoré et ruiné notre continent ont décidé de construire avec les pays qui sont nos voisins des systèmes de solidarité qui allaient nous préserver contre ces rivalités et contre le ressentiment qui, incessamment, nous avait lancé dans l’agressivité et la rivalité des uns contre les autres. Ce sont les efforts, une nouvelle fois, de la diplomatie française d’il y a 75 ans. C’est Robert Schumann dans le salon de l’Horloge qui propose de manière unilatérale à l’Allemagne de créer une Communauté européenne du charbon et de l’acier. Un moment qui s’est passé le 9 mai de cette année-là, et qui est célébré dans tous les pays européens aujourd’hui encore comme le moment fondateur de l’Union européenne.

L’Union européenne n’est pas tombée du ciel, elle est née dans le salon de l’horloge du Quai d’Orsay grâce au travail des diplomates français. Et pour reprendre les mots de Robert Schumann dans cette déclaration d’une minute trente, une phrase que je retiens et que je cite souvent, parce qu’elle est d’une actualité brûlante : « La paix mondiale ne sera sauvegardée qu’avec des efforts créateurs à la hauteur des dangers qui la menacent. »

C’est habité par cette conviction que l’heure est aux efforts créateurs, que les diplomates français, en lien avec leurs homologues étrangers, travaillent pour continuer de défendre partout les intérêts des Françaises et des Français, pour, comme l’ont fait leurs prédécesseurs, trouver des solutions créatives aux enjeux du monde. Ce métier si singulier, cette vocation si particulière, je vous invite toutes et tous à la découvrir lors de ces deux journées consacrées à la fabrique de la diplomatie, en remerciant une nouvelle fois et de tout cœur les artisans patients, déterminés et résolus de cette manifestation, qui de toute évidence, est déjà un immense succès.

Merci à tous.

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