Onzième conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires - Intervention de M. Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à l’Assemblée générale

  • Désarmement et non prolifération

  • Nations unies

Discours

Le : 27 avril 2026

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ministres, 

Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et les Ambassadeurs,

En 1968, il y a près de 60 ans, et au prix d’efforts diplomatiques prodigieux, la communauté internationale parvenait à s'accorder pour conjurer le plus grand de tous les risques, celui d'une course généralisée à l'armement nucléaire, celui des dévastations qu’une guerre nucléaire aurait pu faire subir à l'humanité toute entière. 

En signant le Traité de non-prolifération des armes nucléaires, les nations du monde parvenaient par le droit à encadrer la force, à placer la force sous la tutelle du droit, à sauvegarder la paix et la sécurité des peuples.

Si ce Traité est aujourd'hui quasi universel, s’il tient toujours à l'heure où tous les autres traités de maîtrise des armements ont expiré, c'est d'abord parce que ses concepteurs n'ont pas cherché à nier les rapports de force, mais à les organiser dans l’intérêt mutuel. 

C'est ensuite parce qu'ils ont clairement établi les droits et les devoirs de chacun. 

Œuvrer au désarmement nucléaire, jusqu'au désarmement général et complet, prévenir toute dissémination des armes nucléaires et partager l'accès aux usages pacifiques du nucléaire. 

Trois piliers qui ont fondé la sécurité du monde. 

Trois piliers qui se fissurent aujourd’hui alors que le monde se brutalise. 

Trois piliers que la France entend défendre, convaincue qu'il n'existe aucune alternative, ni possible ni souhaitable, au plein respect de ce Traité. 

Permettez-moi de les aborder tour à tour. 

Premier pilier, le désarmement.

Après une longue période de progrès, voici que les détenteurs des plus grands arsenaux reviennent sur les engagements qu’ils avaient pourtant pris. 

À la Russie, qui mène une politique révisionniste, impérialiste et coloniale, qui dévoie par la rhétorique nucléaire qu’elle fait peser sur l’Ukraine la vocation exclusivement défensive de l’arme atomique, je veux dire qu’elle se déshonore, qu’elle se discrédite et qu’il est grand temps qu’elle change radicalement de posture. 

À la Chine, qui s’est engagée dans un rattrapage à marche forcée des États-Unis, je veux dire que notre responsabilité collective est de réduire les risques stratégiques et d’aller dans le sens d’une transparence qui lui fait largement défaut.

La France, quant à elle, affiche un bilan sans équivalent en matière de désarmement : 

- Démantèlement complet de la composante terrestre de sa dissuasion ; 

- Réduction d’un tiers de ses composantes sous-marine et aéroportée ;

- Démantèlement irréversible de ses installations de production de matières fissiles ;

- Arrêt définitif des essais nucléaires suivi du démantèlement irréversible de son site d’essais nucléaire dans le Pacifique et ratification du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. 

Oui, la France réaffirme son attachement à la dissuasion nucléaire. Et face à la dégradation de l’environnement stratégique, le Président de la République française a annoncé, le 2 mars 2026, deux évolutions majeures pour la France et pour l’Europe :

- D’abord, le rehaussement de l’arsenal nucléaire français, dans une logique strictement défensive et avec des seuils strictement cohérents avec l’efficacité opérationnelle de notre dissuasion ;

- Ensuite, la matérialisation de la dimension européenne de nos intérêts vitaux, avec l’annonce de la dissuasion avancée, pleinement conforme au Traité de non-prolifération. 

Ces évolutions étaient nécessaires pour que la dissuasion française puisse concourir, comme elle le fait depuis des décennies, à la paix et à la sécurité du continent européen.

Pour autant, notre ambition demeure de progresser sur la voie du désarmement nucléaire complet. C’est pourquoi, alors que nous prendrons cet été la présidence du processus P5, nous soutiendrons :

- des mesures de réduction des risques stratégiques ;

- un moratoire sur la production de matière fissile pour les armes nucléaires ;

- l'entrée en vigueur du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires ;

- le lancement de discussions sur la stabilité stratégique pour viser demain un nouveau cadre de sécurité, y compris concernant les capacités nucléaires - mais à la condition qu'elles aient lieu sur une base équitable, les pays comme la France et le Royaume-Uni se trouvant dans une situation radicalement différente des autres États dotés aux arsenaux disproportionnés ;

- le renforcement de la transparence sur les rapports nationaux transmis par les États parties au Traité.

Deuxième pilier, la non-prolifération. 

Jamais le risque de prolifération nucléaire n’a été aussi élevé. La menace que soulèvent les programmes de l'Iran et de la Corée du Nord ne peut être tolérée par aucun des États parties à ce Traité.

L'Iran a franchi toutes les lignes rouges qui avaient été fixées il y a dix ans. Il doit renoncer définitivement à posséder l'arme nucléaire, se mettre en conformité avec son accord de garanties généralisées et démontrer la finalité exclusivement pacifique de son programme. Aucune solution militaire ne permettra de le garantir durablement. C'est donc à un encadrement strict et à un régime de vérification intrusif et complet auquel l'Iran doit impérativement se résoudre.

La Corée du Nord, quant à elle, poursuit des programmes illégaux qui menacent la sécurité internationale. Elle doit abandonner son programme nucléaire et balistique de façon complète, vérifiable et irréversible, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. 

La France soutient et soutiendra l’AIEA qui joue un rôle essentiel pour prévenir la prolifération et nous aider à y répondre. Elle appelle tous les États parties au Traité à renforcer ses capacités, à lui renouveler leur soutien politique, technique et financier, à lui donner les moyens nécessaires pour mener ses actions de vérification indispensables. 

Troisième et dernier pilier, les usages pacifiques du nucléaire.

Certes, ces usages se sont développés au bénéfice du plan grand nombre. Pour lutter contre le cancer, pour donner accès à une énergie abondante et décarbonée, pour le bien commun.  

Mais voilà que, sous nos yeux, la sécurité et la sûreté nucléaire civiles sont instrumentalisées sur les champs de bataille. 

Alors que nous marquons le tragique anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl il y a quarante ans, souvenons-nous que l'année dernière, un drone chargé d'explosifs lancé par la Russie a perforé l'arche de confinement de la centrale. Ailleurs dans le monde, des infrastructures nucléaires civiles sont prises pour cibles. Au mépris du droit international et de l’esprit de ce Traité. Au mépris des conséquences humaines ou radiologiques. 

Tout cela est déplorable et aucun État signataire de ce Traité ne peut le tolérer. Et c’est avec la conviction que l'énergie nucléaire civile demeure un formidable outil de résilience et de souveraineté que la France, en coopération avec l’AIEA, a rassemblé à Paris plus de 60 pays, le 10 mars dernier, lors du Sommet pour l’énergie nucléaire, avec l’ambition inébranlable de mettre cette technologie au service du bien commun. 

Monsieur le Président,

Depuis son entrée en vigueur, il y a 56 ans, le Traité de non-prolifération a résisté à toutes les crises et aux bouleversements du monde. Il demeure la clef de voute de l'architecture de notre sécurité. 

Investie de la responsabilité principale de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, État doté au terme de ce Traité, la France ne laissera pas cet édifice vaciller. Elle ne laissera pas l'héritage des générations visionnaires qui nous l’ont confié être contesté.

Ma présence devant vous aujourd'hui en est la preuve. Elle témoigne de la force de notre engagement au service de la paix et de la sécurité du monde, un engagement qui ne faiblira pas. 

Je vous remercie.

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