« LCI » - Entretien de Jean-Noël Barrot

  • Politique étrangère

Interventions médias

Le : 27 avril 2026

Q - Monsieur le ministre Jean-Noël Barrot, bonsoir. 

R - Bonjour.

Q - Vous êtes sur le territoire américain alors qu'a eu lieu l'attaque au dîner des correspondants. Un mot d'abord là-dessus, en voyant ces images, votre sentiment ?

R - Comme beaucoup de Français, j'ai été très choqué par cette attaque inacceptable. La violence n’a aucune place en démocratie, ni aux États-Unis, ni nulle part ailleurs. 

Q - La conférence sur le traité de non-prolifération nucléaire, où vous êtes, la France, évidemment, y joue un rôle de premier plan. Nous vivons un moment de course aux armements nucléaires, ça, on le sait, mais à quel point ?

R - C'est un traité qui, justement, a permis depuis près de 60 ans d'éviter la course aux armements nucléaires, mais aussi la dissémination, la prolifération des armes nucléaires. C'est pourquoi je suis aujourd'hui présent pour réaffirmer l'attachement de la France à ses grands principes de droit international. S’agissant de la situation aujourd'hui, chacun le voit, les détenteurs des plus grands arsenaux nucléaires se libèrent des engagements qu'ils avaient pris auparavant. C'est la Chine qui est lancée dans une course à la parité avec les États-Unis. C'est aussi la Russie de Vladimir Poutine qui dévoie dans la rhétorique nucléaire qu'elle a déployée en Ukraine la vocation strictement défensive de l'arme atomique.

Q - Les États-Unis disent, les États-Unis et Israël « nous faisons le travail de destruction du nucléaire iranien à la place des Européens, à la place de la France ». Que leur répondre ?

R - Que les installations de programme nucléaire iranien sont illégales. Pour autant, ce que nous avons toujours dit c’est que seul un encadrement strict par la négociation permettra un recul vérifié, durable et robuste de ce programme nucléaire qui soulève des menaces que nous ne pouvons pas tolérer. 

Q - Est-ce que la France est prête à proposer, comme ça avait été le cas il y a une décennie, à proposer une participation pour surveiller, pour inspecter le nucléaire iranien, pour se remettre dans une négociation ?

R - C'est l'Agence internationale pour l'énergie atomique qui a cette responsabilité, que lui confie d'ailleurs le Traité de non-prolifération, de vérification, y compris et de manière très intrusive, de programmes comme celui que l'Iran développe. Ensuite, tout au long de l'année dernière, alors que nous arrivions à l'expiration de l'accord sur le nucléaire iranien négocié il y a dix ans, nous avons négocié avec le régime iranien un recul de son programme. Le régime s'est refusé au compromis nécessaire. Nous avons, au mois de septembre, réappliqué les embargos mondiaux qui avaient été levés il y a dix ans - embargos sur les banques, sur les équipements nucléaires et sur les armes.

Q - Une image du jour, c'est la visite du ministre des Affaires étrangères iranien, Monsieur Arraqchi, à Moscou. Russie et Iran. Est-ce que vous craignez un échange militaire accru ? Il y en a déjà, mais encore davantage sur les drones, voire davantage ?

R - Vous savez, ce n'est pas un mystère qu'il existe entre l'Iran et la Russie des coopérations en matière de défense. D'ailleurs, nous avons été à l'initiative de sanctions prises l'année dernière contre les entités et individus responsables en Iran des transferts de missiles ou de drones vers la Russie pour soutenir sa guerre d'agression contre l'Ukraine. Et la réciproque est vraie. Tout laisse à penser que d'une manière ou d'une autre, la Russie de Vladimir Poutine apporte un soutien au régime iranien, ce que nous dénonçons. 

Q - Le Traité de non-prolifération, Israël officieusement a l'arme nucléaire. Est-ce que vous espérez qu'Israël signe le traité et donc qu'il y ait des inspections nucléaires en Israël ?

R - Ce Traité de non-prolifération, il est quasi universel. 191 pays l'ont signé. Évidemment, d'autres pays sont bienvenus pour s'y joindre. Mais ma priorité, et la raison de ma présence aujourd'hui, c'est de consolider les trois piliers de ce traité. Le premier, c'est le désarmement, donc le démantèlement progressif par les pays dotés de capacités nucléaires, de ces capacités. Le deuxième, c'est la non-prolifération, éviter par tout moyen la dissémination des armes nucléaires. Et le troisième, c'est le développement des usages pacifiques des technologies nucléaires au bénéfice du plus grand nombre. Ce sont ces trois piliers qu'il est de notre intérêt, mais aussi notre responsabilité, de consolider. 

Q - Monsieur Trump et l'Iran, ensemble ou séparément, ce n’est pas très clair, ça a un peu varié, mais enfin ensemble ou séparément, parlent d'un péage à Ormuz. Est-ce que la France pourrait l'accepter ?

R - Non, ni péage, ni blocage, ni chantage, ni de la part de l'Iran, ni de la part de quiconque, et en aucune circonstance et sous aucun prétexte. 

Q - On voit que la guerre se déploie au sud du Liban avec des destructions de villages libanais. Les images sont extrêmement impressionnantes. Israël dit « nous y sommes contraints », d'autres parlent de crimes de guerre. Quelle est la position de la France ?

R - La position de la France, c'est que le cessez-le-feu doit impérativement être respecté et par le Hezbollah, et par le gouvernement israélien, et que les discussions qui se sont engagées, que nous avions appelées de nos vœux, entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais, sont la seule voie possible pour parvenir non seulement à un cessez-le-feu durable, mais aussi au désarmement du Hezbollah qui doit rendre ses armes à l'État libanais et au règlement du différend qui oppose les deux pays depuis trop longtemps maintenant. 

Q - Oui ou non, selon vous, Israël y est-il contraint ? Israël dit « dans les villages qu'on voit là, il y a des points du Hezbollah et nous sommes forcés de répliquer, nous ne pouvons pas faire autrement ». Est-ce que vous partagez ce point de vue ?

R - Nous reconnaissons le droit d'Israël à se défendre dans le respect du droit international. Et ce n'est pas en détruisant le Liban, ses villages ou son État que le gouvernement israélien viendra à bout du Hezbollah. D'ailleurs, l'histoire récente nous l'a démontré. 

Q - Monsieur le ministre, le président de la République fait événement ce soir en parlant des relations avec l'Algérie. Il a cette formule sur, je cite, les mabouls qui disent qu'il faut se fâcher avec l'Algérie. Est-ce que vous reprenez l'expression de mabouls ?

R - Ce que le président de la République a dit, c'est que partout dans nos territoires, y compris en Ariège, dans des territoires très ruraux, ce sont parfois des travailleurs, des médecins venus de l'étranger qui apportent les services, y compris les services les plus essentiels aux Françaises et aux Français et que ceux qui sont installés dans une posture qui consiste à dire qu'il faut refermer la France sur toute forme d'immigration et d'immigration économique, eh bien, tout ça est une impasse.

Q - Qui sont les mabouls ?

R - Eh bien, ce sont ceux qui sont installés dans cette posture disant qu'il ne faut plus accueillir personne. 

Q - Monsieur Retailleau a réagi, vous le classez dans les mabouls ?

R - Je n'ai pas vu la réaction de Bruno Retailleau. Ce que je vous dis, c’est qu’à l'extrême gauche, nous avons des gens qui nous disent qu'il faut ouvrir grand les portes et sans aucun contrôle, qu’à l'extrême droite, nous avons des gens qui nous disent que tout doit se refermer, mais c'est méconnaître la réalité vécue des Françaises et des Français, qui savent bien que si nous devons lutter de manière farouche contre l'immigration irrégulière, nous avons besoin d’une immigration économique régulée, et c'est vrai notamment en matière de santé. 

Q - Alors Jean-Noël Barrot, ceux qui vous aiment, parfois pour la même raison, qui vous aiment ou ne vous aiment pas, disent que vous êtes l'extrême centriste, extrême européen, extrême macronien. Je sais que la une du Point vous a mis dans une grande colère, c'est cette fameuse une du Point disant qu'Emmanuel Macron a marginalisé la France, qu’Emmanuel Macron a sorti la France de l'Histoire.

R - Je crois qu’il faut arrêter avec l’auto-flagellation, le dénigrement et « la déclinologie ». La vérité, telle que les Européens le reconnaissent eux-mêmes, c'est qu'Emmanuel Macron, par la politique qu’il a menée, a fait réentrer l'Europe dans l'Histoire dans un moment où elle menaçait d'en disparaître, au gré des grands bouleversements du monde. En lui donnant une boussole qui est celle de la souveraineté et de l'autonomie stratégique que désormais tous les Européens se sont appropriée. Et il suffit d'ailleurs de regarder les enquêtes d'opinion dans les pays européens, le président de la République est, de tous les chefs d'État et de gouvernement, celui qui est aujourd'hui le plus populaire. Donc cessons de nous flageller.

Q - Monsieur le ministre, merci d'avoir été avec nous en direct à New York. Merci beaucoup.

R - Merci à vous.

Source : LCI 

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