Lancement de la soirée « Saison Méditerranée » - Discours de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Coopération internationale Discours Le : 18 mai 2026 « J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer et tous les luxes alors m’ont paru gris. » Personne mieux qu'Albert Camus n’a su dire avec autant d’émotion l’attachement charnel à la Méditerranée. Celui d’un enfant d’Alger, pupille de la nation qui aimait les mots, l’éclat du soleil, le goût du sel et celui de la révolte. Comme lui, des millions de Français, d’Européens et de Méditerranéens nourrissent un attachement profond aux rivages dorés de notre mer. C’est sur ces rives que la philosophie occidentale a plongé ses racines, c’est là qu’est née la démocratie et c’est aujourd’hui encore un carrefour d’influences profondes et multiples, un espace de dialogue. Et c’est pourquoi la Méditerranée est au cœur des priorités diplomatiques de la France. Elle relie trois continents et constitue depuis des millénaires un lieu d’échanges humains et économiques. Elle est une zone hautement stratégique pour la prospérité du monde, où passe un quart du trafic maritime. Et c’est pourquoi, Méditerranéenne par sa géographie et son histoire, la France est engagée dans toutes les enceintes qui regroupent les pays de la région, en particulier l’Union pour la Méditerranée, la seule organisation qui compte parmi ses 42 membres tous les pays du pourtour méditerranéen. Aux côtés de ses partenaires, la France facilite les synergies entre l’Union européenne et l’Union pour la Méditerranée, dont je salue la secrétaire générale adjointe. Rapprocher les rives est une nécessité car l’espace méditerranéen est un espace vulnérable. Il subit directement les conséquences du dérèglement climatique. La Méditerranée se réchauffe plus vite que le reste du monde : canicules, sécheresses, tempêtes, inondations, elle est en première ligne. C’est un espace vulnérable aussi sur le plan géopolitique, parce que le Proche-Orient demeure profondément meurtri par les attaques terroristes du 7 octobre en Israël, par plus de deux ans et demi de guerre dévastatrice à Gaza et par une crise humanitaire qui, hélas, ne faiblit pas. Une crise qui a des répercussions directes au Liban et dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Des crises à répétition qui précipitent des femmes, des hommes et des enfants sur les routes de l’exil au péril de leur vie. Que la Méditerranée, notre mer, soit le cimetière de celles et ceux qui fuient les persécutions et la guerre, personne ne peut s’y résoudre. C’est pourquoi la France se mobilise chaque jour, dans un mouvement constant de résistance à la fatalité et à la résignation. La France se mobilise aussi pour l’environnement et le climat. Il y a un an, à Nice, nous avons accueilli plus de 100.000 personnes pour la Conférence des Nations unies sur l’Océan, la plus grande manifestation jamais organisée à ce sujet. Et notre mobilisation a permis l’entrée en vigueur du traité sur la haute mer, ce bien commun mondial que nous devons protéger. Ce succès doit nous inspirer. La France se mobilise aussi pour la paix. Parce qu’il n’y a rien de plus précieux pour l’homme que de pouvoir se tenir libre et debout sur la terre dans laquelle plongent ses racines. Parce que le priver de ce droit est une négation de sa dignité, qui nourrit le ressentiment, la violence et la guerre. La France, par la voix du Président de la République, a pris le 22 septembre dernier la décision capitale de reconnaître l’État de Palestine. Elle l’a fait aux côtés de neuf autres pays et s’est mobilisée pour préserver la solution à deux États par la déclaration de New York, endossée par l’écrasante majorité des nations du monde. Cette reconnaissance est avant tout un acte de justice historique qui affirme le droit fondamental à l’autodétermination du peuple palestinien, mais elle est aussi la seule véritable manière de combattre les extrémismes qui prospèrent sur l’absence d’horizon politique et qui se nourrissent du désespoir. Elle représente la voie la plus concrète pour renforcer la légitimité incontestable de l’État d’Israël à vivre en paix et en sécurité aux côtés de ses voisins, car la liberté, la sécurité et la dignité des uns ne peuvent se construire en niant celles des autres. La paix ne se décrète pas. Elle s'enracine dans le cœur vaillant des femmes et des hommes qui la composent. C'est pourquoi la France organisera, le 12 juin prochain à l'Institut du monde arabe, une conférence internationale pour que les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes puissent faire entendre leur voix. Un an après l'appel de Paris du 13 juin 2025, à la veille du sommet du G7 que la France préside cette année, nous voulons à nouveau entendre celles et ceux qui, sur le terrain, construisent chaque jour les conditions de la confiance et de la paix. Oui, la France défend un agenda méditerranéen tourné vers les sociétés civiles et la jeunesse, mais aussi les diasporas, les entreprises, les associations. Nous soutenons toutes celles et ceux qui portent des projets concrets pour développer le potentiel immense de la Méditerranée. C'est le sens des initiatives portées par le Président de la République depuis l'organisation du Sommet des deux rives, ici même au Palais du Pharo, en juin 2019. Le Forum des mondes méditerranéens en 2022 nous a permis de poursuivre cette lancée, et en 2025, à l'occasion de la Conférence des Nations unies sur l'Océan, nous avons organisé le Sommet pour une Méditerranée connectée en présence du Président de la République et de nombreux chefs d'État et de gouvernement de toute la région. L'occasion de se tourner résolument vers l'avenir, d'encourager des initiatives et des projets concrets. La France s'engage aussi aux côtés de toutes celles et ceux qui sont empêchés de créer librement. Grâce au programme PAUSE, plus de 600 artistes, chercheurs et doctorants ont trouvé en France une deuxième patrie. Et j'ai le plaisir de vous annoncer que le poète et écrivain palestinien Mahmoud al-Shaer a reçu le visa qui lui permettra de participer pleinement à la Saison Méditerranée. D'autres suivront, et la France reste pleinement mobilisée pour permettre la reprise des évacuations depuis Gaza dans un cadre sécurisé et coordonné avec l'ensemble des partenaires concernés. Le 27 juin 2023, depuis le Mucem, à quelques encablures d'ici, le Président de la République annonçait l'organisation d'une Saison Méditerranée en 2026. Trois ans plus tard, nous y sommes. Cette saison est la concrétisation vivante de notre agenda méditerranéen. Plus que jamais, la Méditerranée doit demeurer un espace de création et d'idées où se cultive notre humanité commune. Jusqu'au 31 octobre de cette année, partout en France, nous célébrerons la richesse des liens exceptionnels qui unissent les populations de la Méditerranée. Le programme de cette saison aura une résonance hors de France, notamment en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Égypte et au Liban, en lien avec notre réseau diplomatique et culturel. Et je veux saluer, Madame la Présidente, le travail de l'Institut français qui pilote ces saisons avec le commissariat général de Julie Kretzschmar, qui a mis toute son énergie et sa créativité au service de ce projet qui a su fédérer ensemble tous les artistes que je veux saluer. Je remercie la Ministre de la Culture, ses équipes et ses services, la délégation interministérielle à la Méditerranée, les équipes du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et les mécènes qui ont contribué à ce que cette saison puisse voir le jour. Cette saison n'aurait jamais été possible sans la ville de Marseille, sans son maire Benoît Payan que je remercie. Ici au Pharo, on le sait bien, Marseille a toujours les yeux rivés vers l'horizon, vers le grand large, vers cette Méditerranée dont elle est l'un des phares essentiels. Et aujourd'hui Monsieur le Maire, oui, nous sommes tous marseillais, et « à jamais les premiers ». La saison sera l'occasion de mettre en avant nos identités plurielles, de réfléchir à nos récits communs et aux liens que nous entretenons avec les cinq pays mis à l'honneur : L'Égypte, où le Président de la République s'est rendu il y a quelques jours pour y inaugurer le nouveau campus de l'Université de la francophonie Senghor, près d'Alexandrie, Monsieur le Gouverneur. Le Maroc et la Tunisie, Monsieur l'Ambassadeur, qui fêtent cette année les 70 ans de leur indépendance. L'exposition « Résistances et désobéissances » à la Citadelle de Marseille, que nous venons de découvrir ensemble avec le Président du mouvement SOS, est l'héritage vivant de cette histoire. L'Algérie, avec laquelle la France a engagé un travail mémoriel que nous entendons poursuivre ensemble en relançant une commission mixte d'historiens pour mieux comprendre et réconcilier les mémoires. Le Liban, Monsieur le maire de Beyrouth, qui est aujourd'hui entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisie. Je veux redire que le peuple français se tient aux côtés du peuple libanais, que l'amitié qui existe entre nous est profonde et indéfectible. « Le peuple libanais est le seul peuple du monde », disait le général de Gaulle, « dont le cœur bat au même rythme que celui de la France ». L'exposition « Byblos, cité éternelle » à l'Institut du monde arabe en est la preuve. Je salue sa présidente et l'initiative qui a été prise d'organiser mercredi prochain un grand concert de soutien au Liban, en partenariat avec la Fondation de France et le centre de crise et de soutien de mon ministère. Chacun de ces cinq pays entretient des liens particuliers avec la France, sa culture, ses écrivains, ses musiciens, ses danseurs. Cette saison rappelle ainsi qu'aucune Méditerranée ne peut se penser sans la langue arabe, langue de civilisation, de création et de dialogue. C'est par la culture, cela a été dit par ceux qui m'ont précédé à cette tribune, que nous touchons les cœurs. Grâce à l'inspiration des artistes, leurs mots, leurs vibrations, leurs émotions. Parce que c'est sur le terreau de l'incompréhension et de la méconnaissance que prospèrent les discours de haine et d'intolérance. À l'heure où des vents mauvais soufflent en Méditerranée, cette saison constitue un havre où chacun pourra reprendre des forces loin des tempêtes. Un espace de rencontre pour les sociétés civiles à travers la musique, la langue, les témoignages, pour maintenir le ciment de notre humanité. Ne laissons personne écrire notre histoire à notre place. Ne laissons pas les fanatiques s'emparer de nos récits. Retrouvons le chemin de l'engagement. L'engagement qui ne vaut que parce qu'il est choisi librement et en ayant conscience de sa propre imperfection. Alors engageons-nous, à l'occasion de cette saison, avec les armes de l'esprit, la force des idées, la capacité de partager des émotions universelles. Parce qu'il y a toujours dans notre monde une part d'ombre et une part de lumière. Souvenons-nous des mots d'Albert Camus, encore lui : « Le travail de ceux qui ne veulent pas désespérer est de rappeler la lumière, les midis de la vie. » Les midis de la vie, voilà notre horizon, voilà notre vocation. Projetons-nous dans la lumière, dans l'éclat de la vie. Car la Méditerranée porte en elle une promesse lumineuse, celle du dialogue, de la beauté et de la vie. Alors ensemble, continuons à créer, à transmettre et à espérer. Continuons à chanter et à danser au son du raï de Sofiane Saidi et Camélia Jordana, qui joueront ce soir pour le grand concert d'ouverture de la saison. Au son de toutes les musiques méditerranéennes et de toutes les musiques européennes. Demain à Vienne se déroulera la finale de l'Eurovision. Je souhaite bonne chance à notre prodige de 17 ans, chanteuse lyrique, Monroe, qui représentera la France avec talent, j'en suis certain. Tous nos vœux l'accompagnent. Car la culture transcende tout. Laissons donc la poésie, le chant, le cinéma rapprocher les êtres. Ne laissons pas la brutalisation du monde s'emparer des consciences et dresser les peuples les uns contre les autres. Je le dis très clairement : le boycott culturel n'apporte aucune solution aux crises politiques. Alors que cette Saison Méditerranée permette de renforcer les liens qui nous unissent et de remettre la beauté et l'espoir au cœur de nos vies. Pour que vive l'amitié entre les peuples de la Méditerranée, que vive la République, et que vive la France !