Forum d’affaires France-Italie - Discours de clôture de Jean-Noël Barrot, minsitre de l'Europe et des Affaires étrangères

  • Italie

  • Relation bilatérale

Discours

Le : 25 juin 2026

Le Cannet, 25 juin 2026

Monsieur le Vice-président du Conseil des ministres, cher Antonio, 
Mesdames et Messieurs les ministres, 
Monsieur le Conseiller régional [Bernard Kleynhoff], 
Mesdames et Messieurs,

Avant toute chose, je souhaite remercier l’ensemble des partenaires économiques et institutionnels qui ont contribué à la réussite de ce très bel évènement. À commencer par Business France, le Mouvement des Entreprises de France et l’Italian Trade Agency. 

Merci aux Conseillers du commerce extérieur, à la Chambre de commerce, l’Institut des Relations Economiques France-Italie, la Région Sud et bien sûr la ville du Cannet, qui nous accueille ici, à la Palestre.

Ce nom de « palestre », justement, est tout à fait évocateur. Dans l’Antiquité, c’était le lieu où l’on se formait aux exercices du corps et de l’esprit. On y cultivait la performance et le perfectionnement au contact de l’autre. La palestre était le lieu d’une saine émulation  au service d’un certain art de vivre.

J’y vois une belle métaphore de vos travaux et, plus largement, de la philosophie du Sommet franco-italien qui se tiendra dans quelques instants à Antibes sous l’autorité du Président de la République et de la Présidente du Conseil des ministres.

Le programme de votre forum d’affaires et votre présence ici le montrent : il y a, entre la France et l’Italie, une volonté sincère de dialoguer encore plus étroitement, d’identifier ensemble des solutions nouvelles et créatives et de nouer des partenariats durables, en particulier dans des secteurs stratégiques d’avenir.

C’est le message que nous avons porté, avec mon homologue Antonio Tajani, il y a trois semaines, en réunissant au sein de notre comité de coopération frontalière les élus des des territoires transalpins, dont la région Sud.

C’est l’intention fondamentale du Traité du Quirinal, signé en 2021 par nos deux Républiques pour une coopération renforcée.
Bien sûr, la densité des relations économiques entre la France et l’Italie n’est pas nouvelle. Mais le Traité leur a donné une assise et des ambitions nouvelles, au service d’objectifs communs de souveraineté européenne.  

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

•    100 milliards d’euros d’investissement français en Italie
•    62 milliards d’euros d’investissements italiens en France

•    2 500 filiales d’entreprises françaises en Italie, représentant 340 000 emplois directs
•    2 000 filiales d’entreprises italiennes en France représentant 100 000 emplois directs


Et la dynamique ne faiblit pas. 
•    Nous avons largement dépassé les 100 milliards d’euros d’échanges de biens en 2025, avec des perspectives prometteuses pour 2026.
•    Les investisseurs italiens ont apporté leur pierre au succès du 9e Sommet Choose France, qui s’est tenu le 1er juin à Versailles. Je salue la décision de Marcegaglia de renforcer son projet sidérurgique de nouvelle génération à Fos-sur-Mer. Tout comme le choix de Chiesi d’implanter de nouvelles lignes de production de médicaments respiratoires près de Blois.

Ces décisions stratégiques contribuent directement à notre reconquête industrielle.


Elles s’appuient sur la solidité de la relation franco-italienne qui repose sur deux piliers essentiels : la confiance mutuelle et l’attachement à l’Europe.

D’abord, la confiance mutuelle. Vous le savez mieux que quiconque : la confiance est à la racine de tout partenariat économique et industriel réussi, quelle que soit son ambition. 
J’en veux pour preuve la variété des entreprises présentes aujourd’hui. Vous évoluez dans des secteurs allant des nouvelles technologies à l’industrie lourde, du spatial à l’aéronautique civile, sans oublier les transports ainsi que l’artisanat à travers l’optique et la haute-couture.


Cette confiance doit aussi beaucoup aux liens étroits qui unissent nos institutions financières, nos fédérations et agences de soutien à l’internationalisation de nos économies, dont attestent les accords signés aujourd’hui.

Deuxième pilier : l’ambition européenne.

Les ministres Roland Lescure, Philippe Baptiste, Philippe Tabarot, Maud Bregeon et leurs homologues l’ont dit mieux que moi : dans chacun de vos domaines, Français et Italiens ont de magnifiques histoires à écrire ensemble, pour une Europe plus forte, plus souveraine, plus compétitive.

Cela passe par trois éléments.

Un : plus de simplification et d’unification du marché intérieur, pour gagner en compétitivité.

Deux : plus d’investissement public et privé, comme le font nos grands compétiteurs chinois et américains. 
C’est la raison pour laquelle nous nous battons, avec l’Italie, pour un vrai marché unique des capitaux et de l’investissement en Europe. 
C’est le sens aussi de l’engagement de la France, réitéré par le Président de la République lors du dernier Conseil européen, en faveur d’un budget de l’Union européenne qui permette d’investir dans les secteurs clés pour notre avenir et notre souveraineté – la défense, la politique spatiale, l’intelligence artificielle, les technologies vertes – tout en préservant nos politiques traditionnelles telles que la politique agricole commune.

Trois : plus d’exigence européenne dans les secteurs stratégiques.

Nous ne devons pas avoir peur d’utiliser le levier de notre marché intérieur, de mieux protéger les secteurs émergents, mais aussi les secteurs fragilisés par la concurrence déloyale.

Sans oublier, bien sûr, le combat que nous menons ensemble pour la défense de nos modèles d’indications géographiques et d’appellations d’origine protégées.


Mesdames et Messieurs,
Je ne pourrais pas conclure sans un mot sur l’avenir de la relation économique franco-italienne, et sur le rôle qu’auront à jouer les jeunesses de nos deux pays.

Encourager l’apprentissage de la langue du voisin, favoriser les mobilités, créer les conditions d’émergence et façonner les nouvelles générations de coopérations : telle est l’une des missions fondamentales de nos réseaux diplomatiques, culturels, éducatifs français en Italie, et italien en France.  

C’est tout l’esprit du Programme Jeunes Entrepreneurs ou « Young Entrepreneurs Programme », que nous avons lancé en 2023 : il a permis à près d’une centaine de jeunes chercheurs-entrepreneurs de faire émerger 70 projets innovants dans nos deux pays.

Mais nous voulons aller plus loin et je veux, à ce titre, saluer la contribution de Kering au lancement prochain d’un nouveau programme de jeunes talents franco-italiens, qui approfondira encore davantage ces liens. Il n’y a pas de plus belle manière de préparer l’avenir que d’encourager nos jeunesses à entreprendre.

« Les Italiens sont des Français de bonne humeur », avait un jour théorisé Jean Cocteau. Je ne sais pas si c’est vrai, mais une chose est sûre : nous ne devons pas avoir peur d’allier ensemble le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté.


Cet optimisme de la volonté, c’est celui qui guida, il y a 75 ans, Alcide De Gasperi et Robert Schuman. Deux Européens convaincus, qui permirent à l’Union européenne, telle que nous la connaissons aujourd’hui, de voir le jour.

La France et l’Italie ont une responsabilité singulière dans le projet européen. Il est notre « communauté de destin », pour reprendre la belle formule duforum exacte Traité du Quirinal. Mais cette responsabilité n’appartient pas seulement aux gouvernements et aux élus ; c’est aussi votre responsabilité, celle des chefs d’entreprises et des citoyens. Vous y contribuez de façon décisive.

Je ne peux que me réjouir de constater, aujourd’hui, la puissance et le potentiel des réalisations que vous développez. 
Elles sont l’illustration éclatante de ce qu’est « l’Europe en actes », qui progresse dans la voie de l’autonomie stratégique. Puisse la palestre nous inciter à franchir ensemble de nouveaux sommets.  

Je vous remercie./.
 

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