Entretien du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avec l’AFP Togo Action extérieure des collectivités territoriales Interventions médias Le : 27 avril 2026 Q - Comment expliquez-vous qu’aucune visite française d’un ministre des Affaires étrangères n’ait eu lieu au Togo depuis plus de 20 ans ? R - Ce que je sais c'est que les liens sont extrêmement denses et j’ai pu le mesurer encore aujourd’hui, même si j’en étais déjà convaincu étant donné la fréquence de nos rencontres à tous les niveaux. Le président de la République est en contact régulier avec le président Faure et je suis moi-même en contact régulier avec Robert Ussé. Et ce que je constate c’est que les projets n’attendent pas les visites ministérielles pour se concrétiser : le chantier du CHU de Lomé Campus, le lancement ce matin du campus 42 ou encore l'extraordinaire projet de coopération décentralisée qui a été mené à Aného entre la municipalité et le département des Yvelines en témoignent. Q - Vous qualifiez cela d'anomalie, est-ce que cette anomalie n'a pas été un terreau fertile pour d'autres acteurs du temps, leur coopération à Lomé, notamment la Russie, qui a désormais un accès privilégié au port de Lomé grâce à un accord de défense ? R - Vous savez, il ne faut pas se laisser intoxiquer par la propagande qui circule sur les réseaux sociaux. Comparer la présence de la France et de l'Union européenne, d'ailleurs, sur le continent, que soit en matière d'investissements, d'échanges commerciaux, de soutien à l'Union africaine, d'étudiants des pays africains qui sont accueillis dans nos universités, il n'y a aucune comparaison entre la contribution de la France et de l'Union européenne au développement du continent, et celle de la Russie. Q – M. le ministre, vous avez évoqué avec le président du Conseil la suspension de RFI et de France 24 et obtenu des garanties sur la liberté de la presse ? R - J’ai plaidé pour que cette suspension soit levée au plus vite, dans l’intérêt de toutes les parties. Q - Lomé veut servir de pont entre le Sahel et la communauté internationale. Est-ce que la France entend cet appel ? Est-ce qu’elle compte saisir cette occasion pour renouer avec le Mali, le Niger et le Burkina ? R - Vous savez, le Togo a organisé la semaine dernière une réunion pour présenter sa stratégie Sahel, une réunion à laquelle la France a participé parce que la détérioration de la situation sur le plan sécuritaire au Sahel, la poussée du terrorisme, sont une préoccupation que nous avons en commun avec les pays de la région. Q - On a été à Aného, où existe un bel exemple de coopération décentralisée et lors des échanges avec les élèves du lycée technique et du lycée français, on a évoqué la question de l’esclavage. Est-ce que vous pouvez revenir un petit peu sur pourquoi la France s’est abstenue de voter la résolution de l'ONU qualifiant l'esclavage des Africains de plus grave crime contre l'humanité ? R - La France est le premier pays du monde à avoir qualifié l’esclavage de crime contre l’humanité, c’était il y a 25 ans. Et en 2019, c'est-à-dire il y a 7 ans, le président Macron a souhaité créer une fondation pour la mémoire de l'esclavage. Prochainement, la France créera un mémorial consacré à ces questions, parce que nous considérons qu'il est indispensable, si nous voulons construire un avenir en commun, pouvoir faire ce travail de mémoire et de vérité sur notre passé dans ces facettes positives comme dans ses facettes les plus sombres. Et si nous voulons éviter que ce telles abominations puissent se reproduire à l’avenir, ce travail de vérité doit être conduit à l'image de ce que fait la France avec cette fondation et avec ce mémorial. Si nous nous sommes abstenus sur cette résolution, c'est parce que nous refusons de créer une hiérarchie entre les crimes contre l'humanité, de mettre en compétition les souffrances que ces abominations et ces crimes continuent de provoquer aujourd’hui. C’est donc par un travail de mémoire et de vérité que nous voulons créer les conditions pour bâtir un avenir commun avec les pays qui ont été victimes de ces crimes, mais aussi d'éviter que l'esclavage, sous toutes ses formes, puisse un jour ressurgir. Q – Est-ce qu’on peut revenir un petit peu sur la séquence à Aného ? R – J’ai été très heureux de me rendre dans cette ville qui entretient depuis 20 ans maintenant des liens étroits avec le département des Yvelines, où je suis moi-même élu. Une coopération qui a commencé par la reprise des réseaux d'assainissement et des réseaux d'eau, qui s’est poursuivie par un projet touristique, qui a été soutenu par le ministère des Affaires étrangères aux côtés du département des Yvelines, et qui a abouti à la création de la maison du tourisme à Aného, où nous étions tout à l'heure, et qui va servir de rampe de lancement au développement de l’industrie touristique dans la région. Puis enfin, c'est la jeunesse qui s'est trouvée au cœur de cette coopération avec un lycée technique que le département des Yvelines a contribué à créer et qui forme aujourd'hui des jeunes de la région d’Aného qui ont des échanges croisés avec des lycéens et des collégiens de mon département. C'est sans doute l'un des plus beaux exemples de coopération entre une collectivité française et une collectivité d’un autre pays et je suis honoré d’avoir pu par ma présence célébrer ou valoriser ce grand succès, et féliciter les élus qui se sont mobilisés depuis 20 ans pour atteindre ces résultats.