Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, avec « France Info radio » - Extraits

  • Politique étrangère

Entretien à la presse

Le : 06 mai 2026

Q - Tension maximale hier au Moyen-Orient. Y a-t-il encore une place pour la diplomatie ? Avant d'en parler avec le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascal Confavreux, que je salue. Bonjour.

R - Bonjour.

Q - Vous êtes avec nous en studio. […] Alors justement, que reste-t-il à la diplomatie ? Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d'Orsay, la diplomatie française. On a encore lu cette nuit ce message d'Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux qui parle de frappes inacceptables venant de l'Iran. Mais on voit bien aussi que dimanche dernier, c'est Donald Trump qui a choisi de rouvrir par la force le détroit d'Ormuz. Alors à qui la faute ?

R - Je crois que notre option, c'est d'être à la fois stables dans nos positions et fiables vis-à-vis de nos alliés. Ce qu'a dit le Président hier, c’est que les frappes contre les Émirats arabes unis étaient à la fois injustifiées et inacceptables. Depuis le début, nous sommes auprès de nos alliés dans la région. Nous avons notamment un accord de défense avec les Émirats, que nous avons honoré, ce que nous continuerons évidemment à faire. Et je crois que notamment les partenaires dans la région le voient.

Q - Pardon, mais fiables, stables, mais si l'on ne pèse pas, si notre parole ne pèse pas, à quoi cela sert-il ?

R - Ensuite, cette fiabilité, elle a de la valeur. Elle a de la valeur quand, depuis le début, nous avons dit que nous avions besoin d'une mission multi-États pour venir assurer cette liberté de navigation de manière strictement défensive, une fois que les conditions le permettront, et on voit qu'il y a 50 pays qui nous ont rejoints. C'était la réunion du 17 avril à l'Élysée avec le Premier ministre Starmer et le président de la République. Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères, était dans le Golfe en fin de semaine dernière pour justement avancer sur cette approche euro-golfique ou franco-golfique là-dessus. Pourquoi ? Parce qu'en fait, ce n'est pas notre guerre. Nous ne voulons pas être belligérants là-dessus. Et deuxièmement, si on veut avoir une solution durable pour rétablir cette liberté de navigation, il faut une ouverture concertée qui inclut et l'Iran et les États-Unis, et donc en fait une solution diplomatique plutôt qu'une opération de vive force.

Q - Ce n'est pas notre guerre, c'est un peu ce que pouvaient dire aussi les Émirats arabes unis au moment des premières frappes le 28 février. Or, on l'a rappelé ce matin, c'est le pays le plus frappé, encore plus qu'Israël par l'Iran. À quel moment la France peut-elle continuer à dire « voilà, ce n'est pas ma guerre » sans à un moment s'impliquer au moins un peu militairement ?

R - On s'implique comme allié des Émirats arabes unis, c'est-à-dire que dès début mars, nous avons pu, aux côtés des Émirats, intercepter des missiles ou des drones qui venaient les toucher. Et puis les Émirats d'ailleurs vous diront, et les Qataris vous diront aussi par exemple, combien la France a été présente à leurs côtés. Et ça, ça a beaucoup de valeur dans la fiabilité de notre message.

Q - Est-ce que la France craint ce matin une confrontation directe entre les Émirats arabes unis et l'Iran ? L'Iran, on le rappelle, qui a frappé encore une fois hier les Émirats. 

R - Elle ne le souhaite pas et nous faisons tout pour appeler à la désescalade. Ce cessez-le-feu, il est fragile, mais il tient. Il est nécessaire pour rétablir la fluidité du trafic à terme et nous faisons tous les efforts en ce sens. Il y a quelque chose aussi qui est important, c'est que nous continuons à parler à toutes les parties prenantes. Les échanges du président de la République et du ministre des Affaires étrangères avec leurs homologues, que ce soit les homologues iraniens ou américains, ils sont constants. Jean-Noël Barrot avait Marco Rubio au téléphone hier, et ce week-end, il a eu Abbas Arraqchi par exemple.

Q - Mais qu'est-ce qui se passe quand le ministre des Affaires étrangères français parle à son homologue iranien, en dehors des mots ? Qu'est-ce qui se passe ?

R - Justement, ça nous permet de pouvoir faire pression sur eux. La solution ne pourra être pour l'Iran qu'un changement de posture radical, à la fois vis-à-vis de sa population, mais aussi dans ses négociations.

Q - Est-ce que vous notez vous aussi d'ailleurs une inflexion des Iraniens ? Parce qu'on en parlait tout à l'heure avec un ancien conseiller de François Hollande qui était lui-même aux premières loges dans les années 2010 puisqu'il avait participé aux négociations sur le nucléaire. Il nous disait « il y a quand même du changement ». Il y avait les dix points dans un premier temps qui étaient totalement inacceptables. Et là, on sent que le discours iranien évolue. Est-ce que c'est votre analyse à vous aussi au Quai d'Orsay ?

R - Il y a des discussions entre eux, il y a eu un premier round qui n'a pas fonctionné, il y a eu un deuxième round, et d'ailleurs les deux parties maintenant échangent sur de nouveaux éléments. On souhaite que ça puisse mener déjà à l'ouverture du détroit, mais aussi qu'on puisse toucher les causes profondes du problème, et ces causes profondes, c'est le risque que l'Iran fait peser sur la région. C'est le programme nucléaire, le programme de missiles balistiques et les proxies que les Iraniens entretiennent dans la région. Et pour cette raison, il faut un cadre des négociations.

Q - Les alliés, notamment au Yémen par exemple.

R - Les Houthis, le Hezbollah, effectivement, font partie de ces proxies que l'Iran anime et qui déstabilisent profondément la région.

Q - Je voudrais vous faire entendre, on a entendu des paroles pessimistes, notamment de militaires. Le général François Chauvancy, par exemple, qui était hier soir l'invité de France Info. Il est rédacteur en chef de la revue Défense.

[…]

Q - Est-ce qu'il y a un moment où ça va craquer ? Vous nous dites, voilà, on se parle aujourd'hui, mais c'est vrai que nous, ce qu'on entend, c'est surtout le langage des armes.

R - La diplomatie, c'est déjà un optimisme pour faire en sorte d'éviter ces solutions. Et puis deuxièmement, il faut avoir en tête qu'il y a un cessez-le-feu actuellement, ce qui n'était pas le cas il y a quelques semaines. Donc ce cessez-le-feu, à ce stade, tient. Il faut tout faire pour qu'il puisse...

Q - Le cessez-le-feu, tient. Ce qui s'est passé hier, ce n'est pas une rupture du cessez-le-feu ?

R - Il est fragile. 

Q - Hier, ce n'était pas une rupture du cessez-le-feu ?

R - Il faut qu'il puisse durer dans le temps. Et surtout, qu’on puisse avoir deux choses : la réouverture du détroit et ensuite, ce cadre de négociations, car si on ne le fait pas, on reviendra à nouveau aux mêmes causes produisant les mêmes effets..

Q - Donc, pour le Quai d'Orsay, dont vous êtes le porte-parole, Pascal Confavreux, le cessez-le-feu hier n'a pas été brisé ?

R - Le cessez-le-feu, il est fragile des deux côtés. Ce qui est important, c'est qu'on fasse tous des efforts, mais il n'y a pas que nous. Il y a aussi, je vous dis, les 51 pays de cette mission que nous avons initiée autour du Président le 17 avril dernier, pour que nous allions passer ces messages de désescalade et de consolidation de la situation.

Q - Est-ce que les deux pays, les deux principaux protagonistes que sont les États-Unis d'un côté, on n'oublie pas évidemment Israël aussi, et l'Iran ne sont pas piégés par leurs mensonges, leurs coups de bluff en permanence ? Est-ce que tout ça ne peut pas dégénérer ? J'allais dire presque sur un malentendu, comme ça arrive parfois en temps de guerre. 

R - Il faut justement éviter les erreurs de calcul. Et c'est pour ça qu'il y a de la diplomatie, c'est pour ça qu'il y a des dialogues directs avec les différentes parties.

Q - Je voudrais, sur un tout autre sujet, Pascal Confavreux, vous entendre sur cette affaire qui nous surprend tous, cette croisière qui, depuis quelques jours, a tourné au drame avec trois morts. On est maintenant au large de Dakar, dans l'Atlantique, et on a notamment 150 personnes, un virus inconnu, un hantavirus, et cinq ressortissants français d'ailleurs à bord de ce bateau. Est-ce que vous avez, vous, des nouvelles de nos ressortissants ?

R - Je vous confirme qu'il y a bien cinq Français, à notre connaissance, qui sont à bord de ce bateau. À ce stade, leur état de santé n'est pas encore connu. L'ensemble du bateau n'a pas encore l'autorisation de pouvoir débarquer. 

Q - Au Cap-Vert notamment ? 

R - Au Cap-Vert ou ailleurs, mais parce qu'en fait, pour pouvoir débarquer, il faut que vous ayez les autorisations des autorités sanitaires locales, donc c'est un dialogue. Et puis, nous sommes en contact…

Q - Ça pourrait être vers les îles Canaries, par exemple, c'est une option, ça ?

R - Nous sommes en contact, nous, avec l’OMS, qui mène une enquête sur les origines de ces contaminations. C'est une situation qu'on va suivre de très très près, à la fois avec le Centre de crise et de soutien, et nos ambassades à la fois au Cap-Vert et au Sénégal à ce stade.

Q - Mais vous n'avez pour le moment de confirmation sur le fait que le navire puisse prendre la direction des îles Canaries, comme ça a été évoqué. 

R - Je crois que les décisions ne sont pas prises encore. 

Q - Merci beaucoup Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d'Orsay, le ministère des Affaires étrangères, d'avoir été ce matin en direct sur France Info.

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