Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, avec « CNews » Politique étrangère Interventions médias Le : 30 avril 2026 Q - On accueille Pascal Confavreux, bonjour. R - Bonjour. Q - Merci beaucoup d’être là, porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. On va revenir sur toute l’actualité internationale, parler évidemment de la guerre en Iran et au Moyen-Orient. Je voulais qu’on écoute tout d’abord les dernières déclarations de Donald Trump, c’était ces dernières heures à la Maison-Blanche. Q - Oui, le président américain qui a affirmé que les États-Unis ont vaincu militairement l’Iran. Ce sont des propos qu’il a tenus à la Maison-Blanche, hier soir, lors de l’ouverture du banquet en présence du roi Charles III. Je vous propose de l’écouter. [Extrait de déclaration du président Donald Trump] Q - L’Amérique, les États-Unis ont vaincu militairement l’Iran. Quel est votre commentaire quand vous écoutez ça, Pascal Confavreux ? R - Notre commentaire, c’est qu’il faut résoudre les causes profondes du conflit. C’est l’Iran qui est responsable, fondamentalement, de la situation dans laquelle on est, par le danger qu’elle fait peser par son programme de missiles balistiques, son programme nucléaire. Q - Le danger qu’elle fait peser sur Israël ? R - Sur la région. Sur Israël, sur les pays de la région. Ce qui s’est passé post-28 février, ce sont des attaques aussi de missiles et de drones sur des États de la région. Et là, la France a été un partenaire fiable, présent aux côtés de nos alliés, le Qatar, les Émirats notamment, à qui nous sommes liés notamment par des accords de défense. Nous sommes à côté d’eux en temps calme, mais aussi en temps plus compliqué, comme c’était le cas. Et le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, va justement dans le Golfe cet après-midi. Q - Emmanuel Macron dit qu’il faut absolument débloquer le détroit d’Ormuz. J’allais dire qu’on est tous d’accord. Mais une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce que la France peut faire concrètement pour débloquer le détroit d’Ormuz ? Le trafic est quasi nul, actuellement. R - Justement, elle est, depuis le premier jour, à l’initiative là-dessus. Ce qui s’est passé, c’est l’idée de créer une mission d’États européens, d’États de la région, d’États aussi extra-régionaux, notamment asiatiques, intéressés, pour avoir un groupe de pays qui va aider les opérateurs, aider les assureurs, parce que c’est eux qui vont donner le go ou le no-go aux navires pour passer le détroit, et puis après avoir une forme d’escorte technique militaire de bateaux civils pour qu’ils puissent passer. Cette approche, elle est strictement défensive. Le Président de la République a été très clair sur le fait que cela ne doit pas être une libération de vive force de ce détroit, parce que, tout simplement, cela augmenterait la conflictualité plutôt que de la diminuer. Et deuxièmement, cela ferait peser sur nous le risque de devenir des cobelligérants. Je vous rappelle que nous ne sommes pas partis dans cette guerre. Q - Pascal Confavreux, parmi tous les sujets qu’on va balayer, il y a la trêve entre les Israéliens et le Hezbollah. On le constate tous les matins, tous les jours : elle est très fragile, cette trêve. Il y a eu des échanges de tirs, d’ailleurs, ces dernières heures. On l’a vu avec notre correspondant, avec notre envoyé spécial, Olivier Benkemoun. Quel rôle peut jouer la France pour tenter de pacifier les liens entre Israël et le Liban ? R - Il n’y aurait pas aujourd’hui de cessez-le-feu, qui est fragile, sans la France et sans l’intervention des États-Unis. L’intervention de la France a été depuis le début en soutien, notamment au gouvernement libanais, qui a pris des décisions extrêmement courageuses de déclarer persona non grata, notamment, l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth, de déclarer illégale la branche militaire du Hezbollah, et puis de prendre aussi cette décision d’ouvrir la capacité à avoir une discussion directe avec Israël, quelque chose que nous avons complètement soutenu depuis le départ. Et puis, nous avons un soutien à la fois auprès des forces d’armée libanaises, auxquelles nous avons envoyé notamment 40 véhicules de l’avant blindé, il y a quelques semaines, et puis de soutien humanitaire, parce que malheureusement, c’est l’urgence, à très court terme. Q - Soutient essentiellement diplomatique. Envoi de quelques véhicules militaires, mais soutient essentiellement diplomatique. Or, le gros sujet, c’est le Hezbollah. Comment on désarme le Hezbollah ? À ce jour, il n’y a que les Israéliens qui vont au Liban pour désarmer le Hezbollah. Ça doit être un objectif prioritaire, le désarmement du Hezbollah ? Qui occupe le sud du Liban, qu’il y ait une armée iranienne qui occupe le sud du Liban ? Et les Israéliens sont les seuls à savoir le faire à ce jour. R - C’est le Hezbollah qui a commis cette faute majeure de mettre le Liban dans une guerre qui n’était pas la sienne. Et ensuite d’avoir cette déstabilisation que nous voyons maintenant, plus d’un million de déplacés, 2.000 victimes. Cette déstabilisation profite au Hezbollah. C’est ce que nous disons à l’État d’Israël. Plus il y a une déstabilisation majeure, plus à la fin, ceux qui vont tirer leurs marrons du feu, c’est le Hezbollah. Donc ce désarmement, il doit aussi inclure une option qui est de la négociation et qui ne peut pas être que par la force. C’est ce que nous poussons et c’est ce que ces discussions directes entre le gouvernement libanais et le gouvernement israélien pourraient apporter. Q - Harold Hyman a une question pour vous. Q - Oui, j’ai une question, Monsieur Confavreux : plusieurs mois après la reconnaissance de l’État de Palestine par la France, est-ce qu’on peut dire qu’on a eu quelque avantage à faire cela à ce moment précis ? R - Déjà, je vous rappelle d’où on venait, à l’époque. C’était le risque d’une disparition pure et parfaite de la solution à deux États, qui est la seule solution pour avoir à la fois un État d’Israël vivant en paix dans son environnement régional, et pour sortir le Hamas de toute gouvernance à venir. Et puis, vous avez vu, probablement ce week-end, qu’il y a eu des élections, notamment municipales, en Cisjordanie, ce qui montre que même dans ce contexte dégradé, vous avez la capacité à tenir ces élections. Et pour nous, elles ouvrent la voie à quelque chose qui est extrêmement important, notamment pour la légitimité de la gouvernance de l’État de Palestine, qu’il y ait des élections présidentielles et législatives, comme Mahmoud Abbas s’y était engagé auprès du Président de la République en juillet 2025 dernier. Q - Donc la reconnaissance a aidé, ne serait-ce que pour cela ? R - La reconnaissance a aidé pour tous ces éléments que je vous ai donné, oui. Q - Je voulais vous entendre également sur ce qui s’est passé le week-end dernier aux États-Unis, à Washington, dans cet hôtel Hilton que vous connaissez bien, parce que vous avez passé plusieurs années à Washington. Vous le connaissez bien, cet hôtel où avait lieu le gala de la presse. Donald Trump cible d’un terroriste, appelons-le comme ça, puisque quand on se rend armé dans un lieu où il y a le président des États-Unis et qu’on veut tirer, on est un terroriste. La France est aux côtés du président américain, victime de violences politiques ? R - Tout à fait. Le président Macron s’est exprimé là-dessus. Le ministre Jean-Noël Barrot également, puisqu’il était à New York lundi à l’ONU. Et il ne doit pas y avoir de place pour la violence politique dans nos démocraties. On le dit de manière très humble, parce que cela peut nous concerner toutes et tous, d’autant plus que là, il s’agissait… Q - Ça peut nous concerner parce que la Maison-Blanche, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a dit que ce culte de la haine venait de la gauche. Vous faites le parallèle avec la France ? R - Vous savez, moi, je ne vais pas ensuite prendre parti sur les choses. Il faut faire toujours très attention à ne pas calquer un débat national sur un autre débat national, sur ces sujets-là. La violence politique, elle ne doit pas avoir lieu dans nos démocraties. Elle s’exprime de manière différente ensuite, en France, ou aux États-Unis, qui ont leurs ressorts propres. Mais ce que je veux dire, c’est que c’est d’autant plus important dans un événement comme celui-là, qu’on célèbre ce dîner, qui n’a pas d’équivalent en France ou ailleurs, qui rassemble les correspondants de presse auprès de la Maison-Blanche. Il célèbre ce qu’ils appellent le premier amendement, c’est-à-dire la liberté de la presse. Donc on le voit, d’avoir cette violence politique au milieu de cet événement-là, rajoute en réalité au caractère inadmissible. Q - Dîner d’État hier soir à la Maison-Blanche avec le roi Charles III et la reine Camilla et les Trump. Et le roi Charles III qui a fait un trait d’humour. Enfin, vous allez voir. Vous l’avez peut-être déjà entendu, je voulais qu’on le réécoute. [Extrait de déclaration du roi Charles III] Q - Voilà, sans les Anglais, on parlerait français aux États-Unis. Votre commentaire ? R - C’est une relation, avec les États-Unis, qui dure depuis 250 ans, 1776. On est à 250 ans en ce moment. D’ailleurs, on le fête avec ce personnage de Lafayette, qui est quasiment plus connu aux États-Unis qu’en France. Et les Américains nous appellent leur « oldest ally », qui est d’ailleurs la première vérité, c’est-à-dire leurs plus anciens ami, allié. Q - Aujourd’hui, on est toujours aussi proche des Américains ? R - 250 ans d’amitié, ça permet de pouvoir dire aussi les choses quand on a des désaccords. Q - Qu’est-ce que vous avez à dire à Donald Trump ? R - Ça permet aussi de pouvoir surmonter ces désaccords. Il y a des choses sur lesquelles on est alliés, mais sans être parfois toujours alignés. Vous avez vu aussi quand nous avons à défendre notre soutien à l’Ukraine, quand nous avons à défendre notre position sur le renforcement de l’autonomie stratégique européenne, qui ne se fait jamais contre, mais qui se fait aussi dans la défense de l’intérêt des Français et des Européens. Q - Merci beaucoup d’être venu ce matin sur le plateau de la matinale de CNews, porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Merci à vous.