Entretien de Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, avec « CNews » Politique étrangère Entretien à la presse Le : 10 avril 2026 Q - Merci infiniment d'être avec nous, Pascal Confavreux. Vous êtes porte-parole du Quai d'Orsay. C'est un honneur pour nous de vous recevoir. Je pense qu'on a beaucoup de questions à vous poser. D'abord, quelle est la situation exacte des deux ex-otages Cécile Kohler et Jacques Paris arrivés ce matin en France ? R - Déjà, c'est une excellente nouvelle qui nous a fortement mobilisés à la fois, nous comme fonctionnaires, qui avons œuvré depuis de nombreux mois sous les autorités politiques et leur implication pour avancer, que ce soit le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, le président de la République, le Centre de crise, l'ambassade de France à Téhéran. Donc c'était quelque chose qui était au cœur de toutes nos actions. Et puis de les voir arriver ce matin et l'accueil qu'ils ont reçu, c'était déjà une émotion, je pense, qui était partagée à travers le pays. Il faut bien voir que c'est aussi le résultat de discussions de longue haleine qui ont eu lieu depuis plusieurs mois. Le ministre disait d'ailleurs que son premier appel lors de sa nomination, c'était avec son homologue Abbas Arraqchi iranien, pour lui demander ce retour de Cécile Kohler et Jacques Paris. Et ces discussions ont abouti maintenant au fait qu'ils sont dans notre pays. Vous savez, dès qu'on a eu cette possibilité de les faire sortir de la prison d'Evin, on l’a fait, bien qu'il y a environ cinq mois désormais, parce que déjà la réalité de leurs conditions changeait à ce moment-là. Ils ont été ensuite pendant cinq mois à l'ambassade, avec l'ambassadeur, avec le personnel diplomatique. Nous avons alors concentré nos efforts pour qu'ils puissent revenir dans les meilleurs délais. C'est ce qu'ils ont fait hier matin en quittant très tôt l'ambassade et en arrivant à la frontière avec l'Azerbaïdjan. Q - Alors, beaucoup de questions à vous poser, mais je pense que ça vaut le coup quand même d'écouter Cécile Kohler qui parlait des conditions. Ensuite, d'autres questions à vous. Jacques Paris, pardon. […] Q - Comment vous réagissez, Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d'Orsay, à ces conditions extrêmement difficiles et inhumaines ? R - C'est des conditions assimilables à de la torture, ni plus ni moins, avec en réalité le non-respect du droit international et notamment ce qu'on appelle les conventions de Vienne qui lient les relations diplomatiques entre les États. Donc c'est pour cela que tous nos efforts ont été faits pour qu'ils puissent revenir dans les meilleurs délais. Q - En tout cas, c'est la bonne nouvelle du jour. Pascal Confavreux, la question que tout le monde se pose, quel deal, quelle contrepartie, qu'est-ce qui a été négocié pour obtenir justement cette libération surprise ? R - C'est moins en termes de contrepartie que d'échanges avec les autorités, ce sont des échanges de plusieurs mois, encore une fois, des travaux de longue haleine, avec différentes pistes qui ont été explorées pour voir celles qui pourraient fonctionner. Il y a eu des leviers, des partenaires qui se sont aussi mobilisés, notamment les autorités omanaises qui, ces dernières semaines, ont passé des messages utiles aux autorités iraniennes. Et puis, à la fin, une accélération des discussions. Le ministre, par exemple, a eu six fois son homologue Arraqchi depuis le 28 février dernier. Et dès qu'on a eu cette possibilité, bien évidemment, nous l'avons saisie. Q - D'accord. Échange financier ? R - Non. Q - Ça ne se dit pas ? R - Ce n'est pas du tout de cette nature-là. C'est des discussions qui sont confidentielles. Leur efficacité tient à leur confidentialité. Q - Et pourquoi Oman, par exemple ? Pourquoi c'est Oman qui a, parmi les autres médiateurs, qui ont participé ? R - Ça fait partie des États de la région qui sont extrêmement impliqués en ce moment dans les discussions avec les autorités iraniennes, en particulier par exemple en ce moment sur le détroit d'Ormuz. Ils sont juste en face et ils discutent notamment sur la partie rétablissement de la liberté de navigation qui est, si on dézoome un peu, une de nos priorités. Q - Alors on en parlera justement, et c'est bien, on a vraiment envie d'en parler avec vous, justement, sur le rôle de la France dans le détroit d'Ormuz. D'abord, aussi, cette libération, on l’a apprise aujourd'hui. Est-ce que vous confirmez la libération de ce troisième otage, on va dire, du Venezuela, Julien Février, emprisonné depuis environ un an ? R - Depuis 15 mois environ au Venezuela. Il est revenu, il a été libéré il y a quelques heures localement. Il est arrivé aujourd'hui en France. Toutes les situations sont extrêmement diverses. On ne veut pas les mettre dans des cases. Mais effectivement, et c'est le rôle du Quai d'Orsay, et c'est un peu l'honneur aussi de mes collègues, c'est d'apporter la protection de l'État, notamment pour tous les Français qui sont détenus de manière arbitraire à l’étranger. Q - Que s'est-il passé pour lui, Julien Février ? Parce qu'on dit qu'il est dans un état émotionnel et psychologique critique. R - Je ne commente pas individuellement les situations. Ce qui est important pour nous, c'est qu'on puisse apporter à chacun qui est dans ces cas-là, non seulement ce qu'on appelle la protection consulaire, ça veut dire que concrètement, un ambassadeur, un consul général localement peut aller voir dans les prisons, vérifier qu'ils ont accès à un avocat, qu'ils ont accès à leurs droits premiers dans ces domaines-là et ensuite pouvoir établir une relation diplomatique avec le pays pour faire avancer leur cas. Q - Tout le monde se pose la question ce soir, 19h56, Algérie, Christophe Gleizes ? R - Nous savons qu'il est en bonne santé, mais nous exigeons sa libération dans les meilleurs délais. Et nous savons que nous l'aurons, parce que quand nous nous mobilisons au niveau des autorités politiques, au niveau des services administratifs, nous l'obtenons comme nous avons pu obtenir des retours de ressortissants du Venezuela, de Malaisie aussi il y a quelques semaines, d'Iran aujourd'hui. Q - Vous travaillez avec l'Allemagne peut-être, comme pour Boualem Sansal, pour Christophe Gleizes ? R - Je ne peux pas encore une fois commenter les éléments, mais il y a beaucoup de possibilités qui sont explorées. En tout cas, ce dont il ne faut pas douter, c'est de notre détermination pour ce faire. Q - En tant que Français, on se balade dans différents pays. Quelles précautions on doit prendre pour ne pas tomber dans des conditions comme celles-ci ? On part en touriste en Iran et être détenu, rapidement, avant de parler de la position de la France dans le détroit d'Ormuz ? R - Je vous remercie de votre question, parce qu'il y a un réflexe, c'est d'aller consulter les fiches qu'on appelle Conseils aux voyageurs. C'est d'aller voir, il y a des couleurs dans les pays, et donc il y a certains pays dans lesquels c'est rouge, dans lesquels on dit, il ne faut pas que vous vous y rendiez, pour aucun prétexte. Ce que parfois les gens ont du mal à comprendre, c'est, attendez, j'ai un visa, je ne fais rien de mal, pourquoi je serais en danger ? Dans certains cas, par exemple, c'était le cas en Iran, votre seule nationalité vous met en danger. On ne fait pas ça pour empêcher les gens de voyager. On est le ministère des Affaires étrangères. Donc, on est plutôt ceux qui poussons nos concitoyens à découvrir le monde et toutes ces richesses. Mais il faut faire attention. Q - Et parfois, la nationalité française vous met en danger. Autre question, Pascal Confavreux. Là, on a vu ce cessez-le-feu, on en a parlé avec Michel Fayad, avec Charlotte d'Ornellas. Quel rôle, et c'est important pour vous, quel rôle joue la France, là, dans le détroit d'Ormuz, dans la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, concrètement ? R - Écoutez, c'est une très bonne nouvelle, ce cessez-le-feu, il a l'air de tenir sur le terrainavec l'Iran, et c’est cohérent avec ce qu'on demandait depuis le jour 1, c'est-à-dire le cessez-le-feu, la désescalade et le retour aux négociations. Et le retour surtout après au traitement de fond de pourquoi on a eu cette situation-là, c'est-à-dire le programme nucléaire iranien, c'est-à-dire le programme balistique iranien et c'est-à-dire les proxies iraniens. Et c'est ces sujets-là qu'il va falloir traiter et ça ne peut être traité que dans un cadre diplomatique. Si on pense que ce seront uniquement des bombardements qui vont mettre fin aux tentatives d'accès au programme nucléaire iranien, on se trompe. Donc ça, ça va dans la bonne direction. On va jouer tout notre rôle avec nos partenaires. On est évidemment en contact avec les partenaires américains, avec les partenaires aussi de la région. Et nous sommes dans la région avec des objectifs qui sont très clairs. Ce n'est pas notre guerre, strictement défensif, en protection de nos ressortissants et de nos emprises, en protection aussi de nos alliés, les Émiratis, les Qatariens, par exemple et enfin, pour le rétablissement de la liberté de navigation, qui est extrêmement importante pour notre économie. Q - Alors, ce n'est pas notre guerre, mais la France veut assurer la liberté de navigation ? R - Exactement. Et alors, comment on fait, comment on résout cela ? C'est qu'on n'est pas dans une opération de ce qu'on appelle de libération de vive force. C'est-à-dire qu'on ne va pas envoyer des bateaux pour aller libérer le détroit d'Ormuz. Pourquoi on ne le fait pas ? 1/ parce que ça nous ferait de nous, effectivement, des participants à la guerre, encore une fois, une guerre qui a été décidée sans nous et en dehors du droit international. 2/ parce que ça augmenterait la conflictualité plutôt que de la diminuer. Et puis enfin, si on pense sécuriser 1.000 kilomètres de côtes pour faire passer des bateaux devant, c'est ce qu'on appelle irréaliste. Donc une fois que ce cessez-le-feu, qui commence à être enclenché, est là, on peut mettre en place ce qu'on appelait [de nos vœux] dès le 1er mars, c'est-à-dire une mission avec plusieurs États européens, régionaux, même extrarégionaux comme les pays asiatiques qui sont concernés au premier chef, pour avoir une forme en réalité d'escorte militaire de bateaux civils, mais évidemment dans un cadre qui aurait été préalablement négocié. Q - Merci beaucoup Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d’Orsay, d'avoir été avec nous.