Entretien de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, avec « France Info TV » Politique étrangère Interventions médias Le : 23 avril 2026 Q - Bonjour Jean-Noël Barrot. R - Bonjour. Q - Merci d'avoir choisi France Info, vous êtes ministre de l'Europe et des Affaires étrangères. Bonjour Mathilde. Q - Bonjour Paul. Q - La France rend donc hommage aujourd'hui au sergent-chef Florian Montorio, tué samedi au Liban dans une embuscade visant des Casques bleus. Hier, l'un de ses compagnons d'armes, Anicet Girardin, a succombé à ses blessures. On écoute le lieutenant-colonel Karmann, second du 132e régiment d'infanterie cynotechnique de Suippes dans la Marne, au micro France Info de Mathieu Bonneau. […] Q - Monsieur le ministre des Affaires étrangères, qu'est-ce qu'on sait très simplement ce matin de ce qui est apparemment une embuscade ? Est-ce que vous confirmez ce terme ? Qui a visé nos militaires de la force intérimaire des Nations unies au Liban. R - D'abord, permettez-moi de vous dire ce que je ressens. Ce que je ressens ce matin, après la mort de ces deux hommes, c'est de la tristesse, mais aussi de la colère. Tristesse parce que ces deux hommes morts pour la France laissent derrière eux des familles, des proches et des frères d'armes épleurés. Nous les pleurons avec eux. Et aussi de la colère, parce que s'en prendre ainsi à des Casques bleus, à des soldats de la paix qui sont parfaitement identifiables sur le terrain, c'est non seulement constitutif d'un crime de guerre, mais c'est aussi une atteinte portée à la communauté internationale tout entière. Parce que c'est la communauté internationale qui donne mandat aux Casques bleus, aux soldats de la paix. S'agissant des circonstances de leur décès, nous l'avons dit, c'est au cours d'une embuscade qu'ils ont été pris pour cibles. Ils ont succombé à leurs blessures. Tout laisse à penser que la responsabilité de ce crime incombe au Hezbollah. Nous avons exigé que les responsables de cet acte odieux puissent être arrêtés et traduits devant la justice. Et les autorités libanaises nous ont assurés qu'elles donnaient la priorité la plus élevée à cette enquête. Q - Sur ce point, quelles assurances vous avez de la part des autorités libanaises ? On sait que, par exemple, les explosions du port de Beyrouth en 2020, pour l'instant, restent impunies. Qu'est-ce que vous avez comme assurances qu’ils puissent être traduits en justice effectivement, les coupables de ces actes délibérés contre des Casques bleus français ? R - Quelques heures après cet incident gravissime, le président de la République libanaise, mais aussi le Premier ministre, ont affirmé publiquement qu'ils donneraient cette priorité absolue à l'enquête. Et cette semaine, c'est à Paris que le Premier ministre libanais a réitéré cet engagement. Q - Est-ce que vous avez des nouvelles des deux autres Casques bleus français blessés ? R - Je pense à eux et à leurs familles. Ils ont été, comme vous le savez, rapatriés. Ils sont pris en charge et je leur souhaite un prompt rétablissement. Q - On sait que le 12 mars, un autre soldat français, l'adjudant-chef Arnaud Frion, a été tué en Irak. Est-ce que ces attaques sont liées entre elles ? R - Je ne crois pas, puisque dans le cas dont nous parlons ce matin, c'est la FINUL, c'est-à-dire les Casques bleus qui étaient pris pour cibles. C'est la France qui en a payé le prix. Q - Est-ce que justement quand nos soldats, nos Casques bleus français de la FINUL sont pris pour cibles, ils ont les moyens de riposter ? R - Ce qui est clair, c'est que jamais et en aucune circonstance, les Casques bleus ne doivent être pris pour cibles par aucun belligérant sur aucun théâtre d'opération. Q - Mais ce n’est pas la première fois. R - Ce n'est pas la première fois et nous voyons que dans cet embrasement régional, souvent les Casques bleus au Liban se sont retrouvés dans le tir croisé des belligérants. Il faut le rappeler, c'est un crime de guerre que de s'en prendre à des Casques bleus qui sont des soldats de la paix, qui sont là pour faire baisser le niveau de tension, pour limiter le niveau des hostilités et dans le cas de la FINUL plus particulièrement, pour participer à un processus de paix permettant le désarmement du Hezbollah, le retrait d'Israël du territoire libanais et le retour des personnes déplacées. Q - On va prendre le temps de vous interroger sur la FINUL, mais quand vous dites sur Radio J que la responsabilité de l'Iran, je vous cite, est « accablante », est-ce que vous attribuez clairement ce matin sur France Info cette attaque à l'Iran ? R - Lorsque le 2 mars, le Hezbollah a entraîné une nouvelle fois le Liban dans cette guerre qu'il n'avait pas choisie, il l'a fait pour soutenir le régime iranien et ses attaques contre Israël. Et chacun connaît les liens étroits entre l'Iran et le Hezbollah. C'est d'ailleurs l'une des exigences que nous formulons et en réalité, l'une des conditions pour que la paix et la stabilité reviennent dans la région, c'est que l'Iran cesse de déstabiliser les pays de son voisinage par le soutien qu'il continue de fournir à des groupes combattants ou terroristes. Q - Est-ce qu'on espère, sur l'attaque de samedi très précisément, savoir qui a tiré, comment ça s'est passé très concrètement dans cette attaque ? R - Non seulement on veut en avoir tout le détail, mais on veut surtout que les responsables soient punis pour les crimes qu'ils ont commis. Q - Quelles informations vous ont communiquées les autorités libanaises depuis ce double décès français ? R - Toutes celles dont elles disposaient. Leurs engagements à mener l'enquête jusqu'à son terme. Il y a ensuite des échanges d'informations par des canaux militaires qui ne m'appartient pas de détailler sur votre plateau. Q - Vous avez le sentiment que les autorités libanaises font le maximum ce matin ? R - Le niveau d'exigence qui est le nôtre est suffisamment élevé pour qu'elles fassent le maximum, oui, je vous le confirme. Q - Vous avez mis en cause très précisément le Hezbollah. Est-ce que la France a été suffisamment ferme à l'égard du Hezbollah durant toutes ces années ? On sait qu'il y a eu tradition de vouloir distinguer une aile politique d'une aile militaire. Là, aujourd'hui, il faut peut-être être plus fermes, plus directs contre le Hezbollah ? R - Je crois que notre position est très claire depuis très longtemps. Et lorsque nous avons engagé des militaires français, auxquels je veux rendre hommage pour leur dévouement, leur professionnalisme, au Liban, pour mettre en œuvre ce processus de paix, c'est notamment pour atteindre le premier des objectifs, qui est le désarmement du Hezbollah, qui doit restituer ses armes à l'Etat libanais. Q - Dans le cadre de la FINUL, je le rappelle, une mission de l'ONU déployée au sud du Liban pour surveiller le cessez-le-feu entre Israël et le Liban et maintenir la paix. On va écouter l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua L. Zarka, sur France Info le 31 mars. […] Q - La FINUL, je le rappelle, a été créée en 1978. Or, son mandat expire le 31 décembre à la fin de cette année. Quel bilan faites-vous de son efficacité et qu'est-ce qu'elle a pour vous ? Quel est son avenir ? R - Quelle est la mission qui a été donnée à la FINUL ? Eh bien, c'est d'abord, comme vous l'avez dit, de surveiller le cessez-le-feu, mais pas seulement. C'est d'accompagner les Forces armées libanaises dans le désarmement des milices et en particulier du Hezbollah. Q - Avec quelle efficacité sur le désarmement du Hezbollah ? R - Et c'est aussi d'accompagner le retrait d'Israël du territoire libanais et la reprise en main du sud du pays par les Forces armées libanaises. Q - Et ce n’est pas un échec quand on voit le désarmement qui n’a pas lieu ? R - Et s’ajoute à cela une mission essentielle qui est une mission humanitaire. C'est d'ailleurs dans ce cadre qu'un militaire français a été légèrement blessé il y a quelques jours alors qu'il accompagnait un convoi d'aide humanitaire vers un village du sud. La présence de la FINUL a sans aucun doute permis de limiter les tensions. Est-ce que l'objectif a été atteint ? Eh bien non, puisqu’Israël aujourd'hui est présent sur le territoire libanais, violant son intégrité territoriale, et le Hezbollah n'est pas encore désarmé. Mais on ne peut pas tout demander à des Casques bleus ou à une opération de maintien de la paix de l'ONU. Encore faut-il qu'il y ait la volonté politique de la part des parties au conflit ou au différend pour pouvoir mener ce processus à terme. Et donc quand j'entends l'ambassadeur israélien, j'ai envie de lui répondre que sans la présence, sans le courage, sans le dévouement des militaires français ainsi que des autres contingents de la FINUL, la situation au Liban serait sans doute infiniment plus grave qu'elle ne l'est aujourd'hui. Q - Justement sur le désarmement, est-ce que vous avez des résultats concrets ? Parce qu'on voit bien que ça ne fonctionne pas. Et comment est-ce qu'on peut concrètement venir à bout du Hezbollah sans provoquer de guerre civile au Liban ? R - Écoutez, le désarmement du Hezbollah a fait ces derniers mois des progrès considérables. Pourquoi ? Eh bien justement parce qu'une volonté politique très forte s'est exprimée au mois d'août dernier, quand le gouvernement libanais a dit « Stop. Désormais, nous allons ordonner à l'armée libanaise d'engager le processus de désarmement du sud du pays. » Tout le monde, y compris les militaires américains et israéliens, ont constaté des progrès. Ces progrès ont été brutalement interrompus le 2 mars, lorsque le Hezbollah a décidé d'entraîner le Liban dans la guerre. Je ne dis pas qu'on était au bout du travail, mais pour la première fois depuis bien longtemps, on voyait quelque chose se produire. On voyait les caches d'armes se vider et on voyait l'armée libanaise reprendre possession du sud du pays. Malheureusement, ce processus a été interrompu par cette guerre que nous n'avons pas approuvée et à laquelle nous ne participons pas. Et notre souhait le plus cher, c'est que ce processus qui avait démarré puisse reprendre. C’est, je dirais, dans cet esprit que nous dialoguons avec les autorités libanaises mais aussi avec toutes les parties prenantes. Q - On reste au Liban, on est dans un petit village chrétien libanais sur ce qu'on appelle la Ligne jaune. Le maire s'appelle Hanna Daher, il est au micro France Info de Maurice Loumagne et Alexandre Abergel. […] Q - Qu'est-ce que la France dit à Israël qui occupe le Liban et qui détruit des villages au moment où on se parle ? R - Ce que nous avons dit, c'est deux choses. La première, c'est que le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran devait couvrir le Liban. C'est un fait, il couvre le Liban. La deuxième chose que nous avons dite, c'est qu'il était illusoire de penser pouvoir désarmer le Hezbollah par l'usage exclusif de la force et qu'il est impératif que le gouvernement israélien engage un dialogue de haut niveau, le premier depuis des décennies, avec le gouvernement libanais et c’est chose faite. Q - La France n’y participe pas… R - Et je vais même aller plus loin. Sans l'intervention de la France, il n'y aurait sans doute pas de cessez-le-feu aujourd'hui au Liban. Et il n'y aurait sans doute pas de discussions entre Israéliens et Libanais aujourd'hui à Washington. Q - Ces discussions qui se font effectivement à Washington sans les Français. R - Sans l'intervention de la France, ces discussions n'auraient sans doute pas eu lieu. Pourquoi ? Parce que nous nous sommes mobilisés à tous les niveaux. Je vous rappelle que c'est le président de la République qui a informé le président Trump de la gravité des frappes massives qui ont ensanglanté le Liban lorsque Israël, en dix minutes, a lancé 100 attaques qui ont fait plusieurs centaines de morts. Et c'est mon déplacement à Beyrouth et à Jérusalem, à la mi-mars, qui a permis de passer aux deux parties le message qu'il fallait impérativement engager ce dialogue au plus haut niveau. Pour atteindre quoi ? Pour atteindre les objectifs qui sont le cessez-le-feu durable, le désarmement du Hezbollah, le retour des déplacés des deux côtés de la frontière, au nord d'Israël et au sud du Liban et un règlement du différend qui oppose les deux pays depuis des décennies. […] Q - Avec Jean-Noël Barrot, ministre de l'Europe et des Affaires étrangères en ce 55e jour de guerre au Moyen-Orient, Mathilde, nous avons une dernière question sur le Liban avant de partir en Iran. Q - Oui, le Premier ministre libanais Nawaf Salam, qui était à l'Élysée en début de semaine avec le président Emmanuel Macron, il a lancé un appel à l'aide concernant la crise humanitaire, on l’écoute. […] Q - Vous aviez annoncé, Jean-Noël Barrot, 17 millions d'euros d'aide humanitaire de la part de la France. Est-ce que la France serait prête à faire plus pour le Liban aujourd'hui ? R - Il faudra, en tout état de cause, faire plus. En matière humanitaire, mais pas seulement. Vous vous souvenez que le 5 mars dernier, nous devions accueillir à Paris une conférence internationale pour le soutien aux Forces armées libanaises, pour qu'elles puissent désarmer le Hezbollah. Conférence qui a dû être reportée du fait de la guerre. Et nous avons marqué notre disponibilité pour organiser également une conférence sur la reconstruction du Liban. Parce qu'il ne faut pas se tromper, l'escalade militaire à laquelle nous avons assisté, qui a été interrompue heureusement par ce cessez-le-feu, a provoqué des dommages extrêmement considérables au sud du pays. Q - Le Liban demande un demi-milliard. Combien va donner la France ? R - La France s'est mobilisée dès le premier jour. D'ores et déjà, plusieurs dizaines de tonnes d'aide humanitaire ont été envoyées sur place. D'autres suivront. Mais je le dis, c'est la communauté internationale tout entière qui doit aujourd'hui se mobiliser, à la fois sur le plan humanitaire, mais aussi pour la reconstruction et le soutien à l'État et aux forces armées libanaises. Q - Venons-en au volet diplomatique et à l'état des lieux entre les États-Unis et l'Iran. Donald Trump a assuré qu'une reprise des discussions était possible. Donc il y a le cessez-le-feu qui s'est prolongé depuis mardi soir, le double blocus à Ormuz qui se poursuit. Est-ce que, Jean-Noël Barrot, les négociations aujourd'hui entre Américains et Iraniens sont pour vous dans l'impasse ? R - Je crois qu'elles sont en tout cas souhaitables puisqu'il faut pouvoir parvenir d'abord à écarter le spectre d'une reprise de la guerre qui emporte des conséquences très dangereuses pour l'économie mondiale, mais avec des conséquences dans nos vies quotidiennes, dans la vie de nos entreprises. Et puis par ailleurs, pour qu'on parvienne au plus vite à débloquer ce détroit, ces eaux internationales qui ne doivent en aucune circonstance et par quiconque être bloquées. Les eaux internationales, c'est un patrimoine commun de l'humanité. La liberté de navigation doit être assurée, garantie. Q - Une fois qu'on a dit ça, c'est doublement bloqué, donc qu’est-ce qu’on fait ? R - Vous l'avez peut-être remarqué, vendredi, à Paris, le président de la République a réuni plus de 50 pays qui ont affirmé, d'une part, qu'il est inadmissible qu'un détroit puisse être bloqué et qui ont marqué pour 16 d'entre eux, d'ores et déjà, leur disponibilité, avec des contributions concrètes, à participer à une mission internationale pour sécuriser le transit et le fluidifier. Q - Dont le déminage qui est une question complexe. R - Dont le déminage. Pour fluidifier le transit des navires dès lors que le détroit aura été réouvert. Q - Appel solennel, mais pour l'instant, ça reste toujours bloqué. Donc qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Et est-ce que la France a un moyen de favoriser aussi la reprise des pourparlers entre Iran et États-Unis ? R - Qu'est-ce qu'on peut faire de plus ? Eh bien, je vais vous le dire. Je pense que toute notre attention et notre énergie devraient être déployées à nous rendre nous-mêmes plus forts et plus indépendants pour n'avoir pas à subir dans nos vies quotidiennes les conséquences de guerres que nous n'avons pas choisies. C'est l'esprit du plan d'électrification qui a été présenté par le Premier ministre il y a quelques jours, nous désensibiliser aux chaudières à gaz, nous désensibiliser aux véhicules thermiques pour que toute cette instabilité... Q - C'est du long terme. R - Et c’est maintenant que ça se prépare, ne reportons pas les décisions urgentes que nous devons prendre pour nous-mêmes en France et au niveau européen. Ces crises ont vocation à se multiplier, cette instabilité à s'installer. Et donc il nous faut nous prémunir, nous protéger durablement contre ces conflits, contre les catastrophes naturelles aussi qui vont elles aussi se multiplier à l'échelle de la planète avec des effets qui peuvent se manifester jusque chez nous. C'est pourquoi notre projet d'indépendance et d'autonomie pour l'Europe doit être au centre de nos préoccupations aujourd'hui. Q - Le président américain embarque tout le Moyen-Orient et nous avec dans un conflit sans issue au moment où on en parle. Était-ce une bonne décision et quelle est pour vous la responsabilité de Donald Trump ? R - Cette guerre, nous ne l'avons pas approuvée, nous n'y avons pas participé. Nous avons dit au premier jour que ces buts étaient imprécisément définis et qu'elle s'écartait du droit international. Effectivement, les conséquences, chacun les voit aujourd'hui. C'est à la pompe, mais pas seulement. C'est des impacts sur les taux d'intérêt que nous avons à payer sur la dette publique française. C'est un impact sur l'économie mondiale qui, d'une manière ou d'une autre, va nous affecter. C'est pourquoi dans ce monde qui s'ouvre devant nous, où l'on voit la rivalité entre de nouveaux empires s'accentuer, notre responsabilité, c'est de bâtir en France et en Europe les conditions d'un renforcement économique, militaire, diplomatique et d'une plus grande indépendance pour nous prémunir contre les conséquences de ces conflits. Q - Au sujet d'Israël, l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël, un accord commercial, suscite évidemment beaucoup de critiques dans le contexte. Il est conditionné notamment au respect des droits humains, notamment à Gaza. L'insoumis Manuel Bompard était notre invité sur ce plateau mardi. Il a un message pour vous, écoutez. […] Q - Est-ce que cet accord va être suspendu ? R - Vous le savez, la position de la France est claire là-dessus. La France reconnaît le droit d'Israël à l'existence et à la sécurité. On y est même indéfectiblement attachés. Cependant, nous condamnons l'action du gouvernement israélien à Gaza, en Cisjordanie, mais aussi au Liban. Et si cette politique ne change pas, on ne pourra pas faire comme si de rien n'était. Maintenant, j'entends Manuel Bompard et La France insoumise qui ont comme objectif ultime la suspension de cet accord d'association. Notre objectif n'est pas de suspendre pour suspendre. Notre objectif, c'est que les choses changent et que le gouvernement israélien change sa politique. Q - Donc la France ne veut pas suspendre cet accord ? R - À Gaza qu’il permette l'accès de l'aide humanitaire, en Cisjordanie qu’il mette fin à la colonisation illégale et à l'explosion des violences par les colons extrémistes et violents. Et je vous affirme que je plaide depuis un an pour que des sanctions soient prises à l'encontre des entités ou des individus qui sont responsables de meurtres de Palestiniens ou d'incendies en Cisjordanie. Ces sanctions européennes ont été bloquées depuis un an par un veto hongrois, veto qui pourrait être levé, et je pense que nous parviendrons à prendre ces sanctions dans les prochains jours. Q - Donc on entend que la France ne veut pas suspendre cet accord. Par contre, vous êtes pour que les colons soient sanctionnés ? R - Ce n'est pas ce que j'ai dit, Paul Larrouturou. Q - Je n'ai pas bien compris alors. R - Non, ce que j'ai dit, c'est que si le gouvernement israélien ne change pas sa politique, et notamment à Gaza et en Cisjordanie, on ne pourra pas faire comme si de rien n'était. Mais c'est une décision qui sera prise au niveau européen, puisque vous le savez, c'est cet accord qu'il faut parvenir à trouver. Q - Il faut l’unanimité et on sait que l'Allemagne et l'Italie bloquent, donc même si la France le voulait, elle ne le pourrait pas forcément. Mais en vous écoutant, je ne comprends pas vraiment si la France le veut. R - L'indignation provoquée par les politiques menées par le gouvernement israélien dépasse largement la France et même l'Europe. Et à moins que le gouvernement israélien en tire les conséquences, y compris au niveau européen, on ne pourra pas faire comme si de rien n'était. Q - Vous évoquiez le veto hongrois de Viktor Orbán. Sur un autre sujet également, ces vetos pourraient être levés. On pense donc à l'aide à l'Ukraine, ce prêt de 90 milliards d'euros qui a été voté mais qui pour le moment était bloqué par Viktor Orbán, qui vient de perdre les élections, ainsi qu'un 20e paquet de sanctions contre Moscou, Moscou dont il est considéré comme proche. Est-ce que cette situation, ce déblocage du prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, c'est de nature vraiment à changer la donne à court terme sur le terrain pour l'Ukraine face à la Russie ? R - Bien sûr, parce que ça va mettre d'une part l'Ukraine à l'abri des difficultés financières pendant les deux ans qui viennent. Et d'autre part, ça va lui permettre de poursuivre les négociations avec la Russie en position de force puisqu'elle disposera de ces ressources. Je rappelle que c'est un prêt de 90 milliards d'euros qui est consenti par l'Europe. Q - Effectif quand ? R - Nous sommes prêts à libérer les premières tranches dès la mi-mai, dès lors que l'accord définitif est trouvé, ce qui devrait intervenir dans les prochaines heures ou dans les prochains jours grâce à la levée du veto hongrois. Je le rappelle, ce prêt consenti par l'Union européenne sera remboursé lorsque la Russie versera les réparations de guerre qu'elle doit à l'Ukraine après avoir conduit depuis plus de quatre ans cette guerre coloniale injustifiée et injustifiable. Q - Je vais vous demander si c'est possible d'être concis parce qu'on a encore des questions importantes à vous poser. L'écrivain franco-algérien Kamel Daoud, chroniqueur au journal Le Point, a été condamné en Algérie à trois ans de prise en ferme à cause de son roman sur la guerre civile. Quelle est la réaction de la France ? Quelle protection concrète pouvez-vous lui apporter aujourd'hui ? R - Kamel Daoud est un grand écrivain, je déplore qu'il puisse être condamné, où que ce soit d'ailleurs, pour avoir écrit un livre. Il est résident en France, il n'a aucune raison d'être inquiété. Q - Avez-vous des nouvelles de Christophe Gleizes, notre confrère français détenu en Algérie ? R - Nous continuons à nous mobiliser pour obtenir sa libération en lien étroit avec sa famille dont je veux saluer la grande dignité. Q - Un tout petit mot de politique, on n'a pas le temps mais on le prend deux secondes, l'ancien ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau a créé la controverse cette semaine après des déclarations sur la politique migratoire espagnole. Il veut, je cite, « mettre l'Espagne au banc des nations européennes ».Qu'en avez-vous pensé ? R - L'Espagne est un grand pays avec un grand peuple qui n'a pas vocation à déménager. Il restera notre voisin. Et je ne me souviens pas avoir entendu le président des Républicains s'émouvoir lorsque Giorgia Meloni, en Italie, a pris exactement la même décision. Q - Il est 8h57, c'est l'heure de « La question qui » à retrouver sur les réseaux sociaux, « La question qui » met à l'épreuve la transparence aujourd'hui. Vous le savez, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, la HATVP, a publié cette semaine les déclarations d'intérêt et de patrimoine de tous les ministres du Gouvernement. Donc c'est la loi et la tradition à chaque fois qu'il y a un nouvel gouvernement. Donc, nous connaissons la vôtre. Vous avez un des trois plus hauts patrimoines du Gouvernement. Qu'est-ce que vous pensez, Jean-Noël Barrot, de cette transparence ? R - Je pense qu'il est sain qu'il puisse y avoir une transparence sur le patrimoine des responsables politiques pour veiller à ce qu'ils ne s'enrichissent pas, notamment dans l'exercice de leur mandat. En revanche, je crois que c'est sur ce qu'ils font qu'ils doivent être jugés, pas sur leur patrimoine ou sur ce qu'ils ont. Q - Trop de transparence vous diriez ? R - Je pense que la transparence est bonne et qu'elle est nécessaire. L'objectif de ces déclarations et de leur publication, c'est d'abord et avant tout de veiller à ce que les obligations déontologiques qui s'appliquent aux membres du Gouvernement soient bien respectées. Q - Merci Jean-Noël Barrot d’avoir été dans le 8h30 de France Info.