Entretien de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec « France Info TV » Politique étrangère Entretien à la presse Le : 07 avril 2026 Q - Bonjour Jean-Noël Barrot. R - Bonjour. Q - Hier soir, lors d'une conférence de presse, Donald Trump a menacé d'anéantir l'Iran la nuit prochaine si le détroit d'Ormuz ne rouvre pas, détruire tous les ponts et toutes les centrales électriques du pays. L'ultimatum est fixé à 20 heures heure de Washington, soit 2 heures du matin à Paris. Est-ce que c'est un nouveau coup de bluff du président américain ? R - En tout cas, ce n'est pas le premier ultimatum qui est fixé par le président des États-Unis. Ceci étant dit, la libre circulation des navires dans le détroit d'Ormuz comme partout autour du monde dans les eaux internationales, c’est un bien commun qu'il s'agit évidemment de préserver en toutes circonstances. Et c'est la raison pour laquelle, inlassablement, nous avons exigé la réouverture de ce détroit, la sécurité maritime et la liberté de navigation. Enfin, s'agissant des menaces qui ont été brandies par le président américain, là encore, nous nous opposons à toute frappe sur les infrastructures civiles, c'est vrai dans la région, c'est vrai en Ukraine, où nous avons, à de nombreuses reprises, dénoncé et condamné les frappes de Vladimir Poutine sur les infrastructures énergétiques. Q - Pourquoi est-ce que, effectivement, vous dénoncez ce changement de frappes ? C'est vrai qu'on voit que la guerre change de registre. Vous parlez des infrastructures énergétiques, les ponts, les aéroports, des équipements à visée civile. Parce que si l'objectif, c'est l'effondrement du régime et l'effondrement économique, est-ce que ça ne peut pas, finalement, faire mouche, ce changement de stratégie ? R - Si nous nous opposons toujours aux frappes contre les infrastructures civiles et énergétiques, c'est d'abord parce qu'elles sont exclues par les règles de la guerre, le droit international, et d'autre part, parce que dans le cas de la guerre en Iran, elles ouvriraient sans doute une nouvelle phase d'escalade, de représailles qui entraîneraient la région et l'économie mondiale dans un cercle vicieux qui serait très inquiétant et surtout très dommageable pour nos propres intérêts. Nous connaissons déjà une flambée des prix des carburants. Si les infrastructures énergétiques étaient frappées en Iran, on peut s'attendre à des représailles du régime iranien qui aggraveraient encore une situation déjà préoccupante. Q - Donald Trump hier a dit que finalement les Iraniens attendaient ça et que les Iraniens souhaitaient que les Américains frappent et frappent fort. R - Soyons clairs, il ne pourra y avoir de solution à cette crise, à cette guerre en Iran qu'à la condition que le régime iranien puisse se résoudre à des concessions majeures et à un changement radical de posture pour que l'Iran puisse vivre de manière pacifique dans son environnement régional, pour que le peuple iranien dispose des clés pour construire son propre avenir. Q - Vous parliez effectivement de cette guerre qui change de registre. Des usines pétrochimiques en Iran sont également touchées. En représailles, une usine de dessalement et deux centrales électriques ont subi des dégâts au Koweït. Est-ce que ça, ça pourrait effectivement pousser les pétromonarchies à entrer en guerre ? Il est là le risque ? R - Le risque, il est tout simplement pour les populations civiles d'une part, mais aussi pour l'économie mondiale, qu'on assiste à un embrasement régional sans limite qui, je le disais, comporterait des dangers majeurs qu'il nous faut à tout prix éviter. Q - On évoquait le détroit d'Ormuz qui est visiblement redevenu, puisque Donald Trump parfois change un petit peu d'avis, une priorité absolue. On sait qu'Emmanuel Macron, avec plusieurs pays, notamment la Grande-Bretagne, ont donc pris la tête d'une coalition pour le rouvrir. D'une part, ça en est où ? Et surtout, parce que je m'interroge, à quoi ça sert d'attendre, parce que j'ai l'impression que c'est le cas de figure, d'attendre la levée du blocus iranien pour intervenir ? Parce que le jour où il n'y a plus de blocus, finalement, il n'y a plus de problème, les navires pourront circuler à nouveau. R - Eh bien si, parce qu'après une période de blocus et dans une phase de tensions pour la région, qui n'a pas commencé avec la guerre déclenchée par Israël et les États-Unis en Iran, qui date de plusieurs années déjà, il est illusoire de penser que nous pourrons revenir rapidement à une circulation normale des navires sans qu'un système d'escorte soit mis en place. Et c'est la raison pour laquelle, à l'initiative du Président, nous avons initié, nous avons débuté un travail de recensement des pays qui souhaiteraient, à nos côtés, bâtir une telle mission, susceptible, dès que le blocus aura été levé, ou en tout cas dès que le calme sera revenu, d’accélérer la reprise du trafic, de manière à ce que, bien sûr, la pression, notamment sur les prix des hydrocarbures, puisse baisser au plus vite. Q - Et ça, une fois que le blocus est levé, c'est combien de temps pour revenir à une circulation normale ? R - Il faut s'imaginer comment ça fonctionne. Vous avez des navires qui viennent et qui repartent, notamment pour le commerce des hydrocarbures. Vous avez des compagnies d'assurance qui estiment le risque auquel s'expose tel ou tel navire. Ce que nous préparons, c'est en quelque sorte ce que nous avons déjà fait dans la région, en mer Rouge, avec une opération européenne qui a permis, avec des bâtiments de guerre, de sécuriser le passage de 1.600 navires depuis deux ans qui étaient menacés par le risque d'attaque en provenance du groupe terroriste des Houthis au Yémen. C'est un peu la même chose qui serait conçue de manière strictement défensive. Il ne s'agit pas d'aller attaquer quiconque. Et ça serait fait évidemment en lien, en coordination avec les pays de la région, notamment Oman et l'Iran, qui sur le plan territorial tiennent le détroit d'Ormuz. Q - Hier, Donald Trump a aussi voulu détailler l'exfiltration du pilote américain secouru dans le sud-ouest de l'Iran alors qu'il était traqué par les Iraniens. Est-ce que finalement la réussite de cette mission est de nature à conforter ceux qui souhaitent une opération terrestre américaine ? R - C'est une opération de sauvetage réussie, il n'y a rien à dire, mais ça n'a rien à voir avec une opération terrestre qui, elle aussi, ferait entrer le conflit dans une nouvelle phase particulièrement dangereuse et qui nous ramènerait à des souvenirs douloureux, ceux de l'Irak, ceux de l'Afghanistan qui ne se sont pas soldés par des succès militaires ou tactiques. Q - En même temps, on voit bien que les Américains massent de plus en plus de soldats dans la région. La 82e division aéroportée est déployée. Forcément, on se demande « Pour quoi faire une intervention au sol ? » On parle de l'île de Kharg, cette île stratégique pour l'exportation du pétrole iranien. Est-ce que c'est crédible comme hypothèse ? R - Je crois en tout cas que la plupart des experts, la plupart des observateurs, la plupart des chefs militaires estiment qu'une telle opération comporterait beaucoup plus de risques que de bénéfices pour l'atteinte des buts de guerre qui ont été affichés par les États-Unis, c'est-à-dire l'affaiblissement durable des capacités balistiques de l'Iran. Q - Il y a une autre hypothèse, celle d'une mission terrestre pour aller récupérer les stocks d'uranium enrichis cachés dans la région d'Ispahan. Là encore, est-ce que c'est crédible ou complètement déraisonnable ? R - Je veux le redire, le programme nucléaire iranien comporte des menaces pour la région, mais aussi pour nos propres intérêts de sécurité. C'est un sujet sur lequel la France est très engagée depuis plus de dix ans maintenant, sujet sur lequel nous avons obtenu il y a dix ans des contreparties, ou en tout cas un recul vérifié et significatif du programme nucléaire iranien. Une nouvelle fois, des opérations terrestres visant à traiter le problème comportent sans doute beaucoup plus de risques que de bénéfices. C'est par la négociation, c'est en l'encadrant de manière stricte, de manière très rigoureuse, que nous pourrons empêcher le régime iranien de développer une arme nucléaire. Q - On a le sentiment quand même que malgré la puissance américaine, les systèmes de commandement de l'Iran demeurent intacts. On le voit chaque jour, les Iraniens continuent de tirer des missiles, parfois moins nombreux, mais tout aussi précis. On voit que leur défense aérienne est encore active. On voit que le détroit d'Ormuz est toujours bloqué. Est-ce que cette résistance iranienne, ce n'est pas la surprise de ce conflit ? R - Je ne suis pas sûr parce que vous savez, nous avons un régime qui prépare depuis longtemps la possibilité d'un conflit ouvert avec une puissance étrangère. Nous avons un pays de 90 millions d'habitants qui est particulièrement vaste, donc rien ne pouvait laisser présager qu'une opération militaire venue de l'extérieur se passerait sans difficulté à mon sens. Q - Donald Trump affirme aussi que des négociations sont en cours avec l'Iran, non seulement sont en cours, mais seraient sur le point d'aboutir. Est-ce que là encore, est-ce qu'il faut le croire ? R - Ce que nous savons, c'est que des discussions sont en cours de part et d'autre avec un groupe de médiateurs régionaux. Ce sont des discussions que nous soutenons puisqu'elles sont préférables, je le disais, à une escalade qui porterait atteinte à nos propres intérêts avec des conséquences sur l'économie mondiale et donc sur la nôtre, sur le pouvoir d'achat des Français, sur la vie de nos entreprises. Nous souhaitons que ce dialogue puisse se poursuivre et qu'il soit une alternative crédible à l'escalade militaire. Q - Et la France ? Quel rôle joue la France dans ce conflit ? Est-ce que vous, vous avez des contacts avec votre homologue iranien ? Est-ce que vous avez des contacts avec des personnalités iraniennes de haut niveau ? R - Vous savez, la position de la France dans ce conflit, elle est très claire depuis le premier jour. Nous n'avons pas approuvé les interventions israélo-américaines qui n'avaient pas de but suffisamment précisément défini et qui s'écartaient du droit international. Et dans ce contexte qui a néanmoins été provoqué par l'attitude de l'Iran et notamment le développement de ce programme nucléaire dont on parlait à l'instant, notre priorité est allée à la sécurité de nos compatriotes, qui sont très nombreux dans la région, à la sécurité de nos partenaires, qui ont été en grand nombre attaqués par l'Iran, en représailles des interventions militaires. Et c'est ainsi que nous avons déployé des capacités, des moyens de la Marine nationale dans la région, tel qu'on ne l'avait pas vu depuis très longtemps, avec une reconnaissance marquée de nos partenaires. Et puis aujourd'hui, c'est la restauration le plus rapidement possible de la circulation des navires dans le détroit, c’est cela notre objectif. Q - Donc vous avez des contacts, vous aussi, avec les Iraniens ? R - C'est une guerre que nous n'avons pas choisie et dont nous gérons les conséquences pour nos compatriotes, pour nos partenaires et pour l'économie mondiale. C'est ça la France. Et c'est la bonne posture à avoir pour la France et pour l'Europe, de ne pas se laisser entraîner dans des guerres que nous n'avons pas choisies, mais aussi de savoir en limiter les conséquences, tout en soutenant les efforts de médiation qui sont conduits par les pays de la région. Q - Effectivement, Emmanuel Macron continue de dire que cette guerre, ce n’est pas notre guerre, sauf que cette guerre, elle met aux prises quand même une démocratie américaine face à une dictature des mollahs, avec effectivement la France qui en subit les conséquences. Est-ce que ce discours, il est tenable longtemps ? R - Je crois, parce que la vocation de l'Europe, ce n'est pas d'aller faire la guerre partout dans le monde, c'est au contraire de montrer qu'il y a, par l'exemple qui est donné, d'un continent démocratique, où l'on vit bien, où l'on vit mieux d'ailleurs, aux États-Unis ou en Chine, qu'il y a une alternative à, je dirais, la domination des nouveaux empires. Et s'agissant plus particulièrement de l'Iran, ce n'est pas un sujet que nous découvrons. Je vous le disais, ça fait plus de dix ans que la France y travaille. Moi-même, j'ai passé une grande partie de l'année dernière à des négociations et à prendre des sanctions contre le régime iranien, sanctions notamment au niveau européen mais aussi au niveau international. Et donc nous avons une parfaite lucidité sur les dangers, les menaces à nos intérêts de sécurité. Mais nous considérons qu'il y a d'autres voies pour les contenir, et en particulier la voie de la négociation, du dialogue exigeant, rigoureux, sous la menace des sanctions. Q - Sauf que Donald Trump a proféré des insultes contre plusieurs dirigeants européens, dont Emmanuel Macron. Il y a des coups de boutoir quasi quotidiens contre l'OTAN, qu'il décrit comme un tigre de papier, qu’il menace tous les quatre matins de quitter, il y a aussi cet unilatéralisme de l'offensive américaine en Iran. Ça peut resserrer les rangs de l'Union européenne ? R - Je l'espère. En tout cas, ce que je souhaite vivement que cela puisse produire comme effet, c'est une prise de conscience des Européens que dans un monde qui va devenir de plus en plus instable, de plus en plus dangereux, nous avons avec l'Europe le moyen de nous protéger contre les convulsions du monde, d'éviter d'en subir les conséquences. Et vous voyez bien que l'une des leçons qu'il nous faut absolument tirer de ce qui se passe aujourd'hui au Proche-Orient, c'est que nous devons nous défaire une bonne fois pour toutes de nos dépendances aux hydrocarbures. Voilà une guerre que nous n'avons pas déclenchée, à laquelle nous n'avons pas participé, et qui s'invite dans la vie quotidienne des Français. Nous devons couper ces dépendances, ces servitudes, qui aujourd'hui, indirectement, nous exposent aux conséquences de cette guerre, ou de ces guerres, pour pouvoir être libres, pour pouvoir être libres de faire les choix qui nous appartiennent, pour être libres de vivre en Europe, dans ce modèle que nous avons conçu, sans être entraînés dans les guerres des uns ou les guerres des autres. Q - Nous avons deux Français, Cécile Kohler et Jacques Paris, qui sont toujours confinés à l'ambassade de France en Iran. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur eux ? Et surtout, quand est-ce qu'ils pourront rentrer en France ? R - Vous dire qu'ils tiennent le coup dans des conditions qui sont extrêmement éprouvantes. Ils sont entourés par l'équipe de l'ambassade sur place, à laquelle je veux rendre un hommage appuyé, puisqu'ils exercent leur mission, là encore, dans un contexte particulièrement dégradé. Et nous exigeons, je l'ai encore dit à mon homologue iranien hier, nous exigeons leur libération définitive et leur retour à Paris de manière immédiate. Q - Et il vous répond quoi, votre homologue iranien ? R - Je ne vais pas faire état de conversations qui méritent d'être, je dirais, entourées de la discrétion qui s'impose. Mais je reste très déterminé à obtenir cette libération définitive et j'ai bon espoir d'y parvenir. Q - Un tout dernier mot sur le Liban, avec qui on a effectivement des liens historiques. L'armée israélienne multiplie les frappes sur des positions du Hezbollah. Selon les Libanais, la guerre a déjà fait plus de 1.400 morts et plus d'un million de déplacés. Quel rôle, là encore, peut jouer très concrètement la France ? R - Une nouvelle fois, le Liban est entraîné dans cette guerre par le Hezbollah en soutien à l'Iran. Des représailles israéliennes qui plongent le pays dans une situation dramatique avec plus d'un million de personnes déplacées et puis vous l'avez dit, déjà plus de 1.500 morts au Liban. Priorité première, la sécurité de nos ressortissants, des agents de notre ambassade et de nos emprises. Et puis la deuxième des priorités, parce que le Liban est un pays frère, c'est de nous tenir à ses côtés dans ce moment si difficile. Soutien humanitaire, plusieurs dizaines de tonnes d'aide humanitaire ont déjà été acheminées par nos soins sur place - je me suis moi-même rendu à Beyrouth, dans la banlieue sud, pour visiter un abri accueillant des déplacés, où cette aide humanitaire est dispensée - et puis soutien diplomatique, pour que, comme le souhaite le président libanais, un dialogue historique puisse se nouer entre le gouvernement libanais d'un côté et le gouvernement israélien de l'autre, pour parvenir au plus vite à un cessez-le-feu, pour reprendre le processus ordonné de désarmement du Hezbollah, qui doit rendre ses armes, et puis pour résoudre le différend qui oppose encore le Liban à ses deux voisins, Israël et la Syrie Q - On l'a dit tout à l'heure, la France a un accord de défense avec les Émirats arabes unis et le Qatar notamment, et les équipes en défense anti-aérienne, est-ce que se concentrer en ce moment sur le front iranien, ça ne prive pas non plus l'Ukraine de nos technologies ? La guerre fait toujours rage là-bas. R - On continue de soutenir la résistance ukrainienne et on continuera puisque c'est notre sécurité qui se joue aujourd'hui sur le front. Un front qui est tenu par les Ukrainiens puisque pour la première fois depuis le début de la guerre, les armées de mercenaires de Vladimir Poutine sont à l'arrêt. Et depuis le début de l'année, l'Ukraine reprend plus de territoires que la Russie n'en conquiert sur le territoire ukrainien. Pour dissimuler cet échec militaire, que fait Vladimir Poutine ? Eh bien, y compris le week-end de Pâques, il fait pleuvoir sur les villes de l'arrière, sur les zones résidentielles, sur les infrastructures énergétiques, des missiles et des drones, en tuant des femmes, en tuant des enfants. Le week-end de Pâques, alors même que le président ukrainien avait proposé une trêve. Voilà ce que fait Vladimir Poutine en Ukraine. Et voilà pourquoi notre soutien est indéfectible et que nous allons sur le plan militaire poursuivre, que nous allons sur le plan financier poursuivre, avec ces 90 milliards d'euros qui vont permettre à l'Ukraine d'être à l'écart de toute difficulté pour les deux années qui viennent. Q - Donc effectivement l'Union européenne a débloqué un prêt de 90 milliards, prêt qui est aujourd'hui bloqué notamment par la Hongrie. Or, on sait qu'il y a urgence. Kyiv pourrait se retrouver à court de trésorerie à la fin avril. Il y a des législatives ce dimanche en Hongrie. Le Premier ministre Viktor Orbán est vraiment en difficulté dans les sondages. Est-ce que vous souhaitez tout simplement sa défaite ? R - Je souhaite que ce prêt de 90 milliards d'euros puisse être définitivement finalisé. Je sais qu'il le sera. J'en ai la conviction absolue. Ce n’est pas une question de savoir s'il le sera, mais quand il le sera. Q - Ça peut accélérer. S'il y a la défaite de Viktor Orbán dimanche soir, vous vous dites « ça y est, notre prêt peut passer » ? R - Possiblement, mais que cette victoire soit acquise ou non, je sais que la Commission européenne se mettra en disposition, si fin avril les travaux ne sont pas finalisés, de permettre à l'Ukraine de disposer des liquidités nécessaires. Q - Vous l'avez dit, il y a aussi des conséquences concrètes en France, notamment sur la hausse des carburants, avec ce conflit en Iran. Les oppositions réclament des mesures pour soulager les Français. Visiblement, le Premier ministre préfère des mesures ciblées. Est-ce qu'il va pouvoir tenir longtemps ce discours plutôt que finalement de donner un chèque global ? R - Le Premier ministre est mobilisé sur ce sujet depuis le premier jour et il le suit très attentivement. Il a décidé de lancer des contrôles sur les stations essence pour veiller à ce que personne ne se fasse du profit sur le dos des Français. Il a annoncé de premières mesures, 70 millions d'euros pour les secteurs les plus directement impactés, la pêche, l'agriculture, le transport routier. Q - Il devrait y en avoir des nouvelles ? Il y a une réunion à Bercy cet après-midi. R - Oui, des mesures qui ont été complétées, vous l'avez vu, au fil de l'eau jusqu'à vendredi dernier avec un prêt pour les petites entreprises de ces secteurs qui en ont besoin pour soutenir la situation. Il a demandé à ce que toutes les mesures possibles et souhaitables puissent lui être présentées et en parallèle, il travaille à ce que nous puissions lancer un plan d'électrification pour réduire cette dépendance qui fait que lorsque des guerres sont déclenchées au Proche-Orient, nous en subissons les conséquences. Ce n'est plus acceptable, nous voulons sortir de cette situation. Donc le Gouvernement, sous l'autorité du Premier ministre, travaille à apporter des réponses ciblées aux Français qui en ont le plus besoin et en parallèle à nous sortir définitivement de cette situation de dépendance qui nous expose à des guerres, y compris lorsque nous ne les avons pas choisies. Q - Ça, ce serait l'idée de flécher l'éventuel surplus de recettes émanant de la hausse du carburant vers cette fameuse électrification. Les oppositions, elles parlent de cagnotte cachée. Est-ce qu'il y a une cagnotte cachée ? R - Non, il n'y en a pas. Parce que l'histoire démontre que lorsqu'on a connu des crises énergétiques comme celle qui est provoquée par cette guerre, les recettes ont baissé pour l'État. Donc il n'y a pas de cagnotte particulière. Mais il y a une responsabilité. Et cette responsabilité, c'est qu'en Europe, nous puissions vivre libres, que nous ne soyons pas entraînés dans des guerres, dans des conflits, dans des tensions qui se passent à l'autre bout du monde et qui ont un impact sur notre vie quotidienne. C'est la responsabilité du Gouvernement et je crois que c'est la responsabilité des autres forces politiques que de s'atteler à ce chantier qui me semble prioritaire dans un monde qui ne va cesser de se brutaliser. Q - Merci beaucoup Jean-Noël Barrot d'avoir été avec nous ce matin. R - Merci à vous.