Entretien de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec « France 2 » Politique étrangère Entretien à la presse Le : 09 avril 2026 Q - Le ministre des affaires étrangères est avec nous, Jean-Noël Barrot, bonsoir. R - Bonsoir. Q - Merci d'être là ce soir particulièrement alors que l'actualité s'accélère. D'abord, nos compatriotes Cécile Kohler et Jacques Paris, ils ont pu quitter l'Iran ce matin. Comment vont-ils ? Où sont-ils à l'heure où nous parlons ? Et quand vont-ils arriver en France ? R - D'abord, permettez-moi d'exprimer mon immense émotion, de les savoir libres après l'enfer qu'ils ont vécu. Et j'ai évidemment une pensée pour leurs proches, avec lesquels je me suis entretenu à l'instant, mais aussi pour tous les agents du ministère des affaires étrangères qui les ont accompagnés, qui se sont battus sans relâche pour obtenir cette libération. Et à titre personnel, c’est pour moi aussi une émotion particulière, parce que mon premier entretien, le jour de ma prise de fonction comme ministre des affaires étrangères, était avec mon homologue iranien pour exiger leur libération. C'est donc un travail collectif de longue haleine qui a porté ses fruits. Q - Et alors ils sont où ? Et ils arrivent quand ? À l'heure où nous parlons, comment vont-ils ? R - Ils sont aujourd'hui en Azerbaïdjan puisqu'ils ont franchi la frontière à la mi-journée. Ils seront de retour demain matin où ils seront accueillis par leurs familles et leurs proches, par les équipes du Centre de crise du ministère des affaires étrangères. Et puis je n'ai pas de doute que le président de la République souhaitera les recevoir lui aussi. Q - Emmanuel Macron a remercié les autorités omanaises. Pourquoi ? À quel moment les négociations ont-elles abouti ? Et y a-t-il eu contrepartie ? Comme on l'a entendu dans le sujet, on pense à cette femme iranienne que Téhéran réclame. Est-ce que vous avez levé son assignation à résidence ? Elle va pouvoir rentrer ? R - Sur le rôle des autorités d'Oman, elles ont permis, sur la dernière ligne droite, de faire passer un certain nombre de messages au sein du système iranien. Sur la temporalité, c'est dimanche soir, dimanche de Pâques, que j'ai reçu un appel de mon homologue, ministre des affaires étrangères de l'Iran, me confirmant que la décision était prise de leur côté. Q - Sur la contrepartie ? R - Vous savez, c'est un travail de longue haleine, je le disais. Ça fait un an et demi que nous travaillons sur le sujet. Nous avons exploré de nombreux scénarios et ce sont des discussions qui sont sensibles, qui sont par nature confidentielles et qui doivent le rester. Q - Elle a été levée, son assignation à résidence ou pas ? R - L'assignation de qui ? Q - De cette femme iranienne, Mahdieh Esfandiari ? R - J'ai vu une dépêche AFP qui le confirmait, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'en aucun cas et d'aucune manière, nous n'avons, par exemple, puisque j'ai vu que certains étaient tentés de le reprocher à la France, mêlé le sort de nos otages, qui était une priorité absolue pour nous, avec les choix de politique étrangère de la France. Jamais. Q - Encore un mot sur Christophe Gleizes, ce journaliste français retenu depuis presque deux ans maintenant en Algérie, avez-vous des nouvelles ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire ce soir ? R - Il va bien, mais nous exigeons sa libération immédiate. Et nous y parviendrons, parce que nous sommes parvenus ces derniers mois, grâce à la mobilisation du ministère des affaires étrangères, à obtenir des libérations. Des retours du Venezuela, des retours de Malaisie et maintenant des retours d'Iran. Et donc nous allons continuer à nous mobiliser pour Christophe Gleizes, pour obtenir sa libération. […] Q - Jean-Noël Barrot, à 2 heures du matin, heure française, l'ultimatum de Donald Trump prendra fin. Il menaçait, il y a encore quelques heures, d'éradiquer entièrement la civilisation iranienne. Faut-il le prendre au sérieux ? R - Vous savez, comme on dit, tout ce qui est excessif est insignifiant. On n'efface pas une civilisation. Et surtout, il ne faut pas confondre : l'Iran qui est un grand pays, avec un grand peuple, avec le régime iranien qui est une théocratie sanguinaire qui, il y a encore quelques semaines, a abattu son propre peuple à bout portant avec des fusils d'assaut. Et donc, cet ultimatum, ce n'est pas le premier qui a fixé le président Trump depuis le début de cette guerre et je souhaite évidemment qu'il ne mette pas à exécution ces menaces qui entraîneraient la région, mais aussi le monde dans une nouvelle phase d'escalade particulièrement dangereuse pour la région mais aussi préoccupante pour nos intérêts. Q - Donc, ce soir, vous dites, la France dit : il ne faut pas aller vers l’escalade. C’est ce que vous dites clairement ? R - Dans tous les cas, la menace qui est brandie, c'est celle de frapper les infrastructures civiles, les infrastructures énergétiques. Q - Ils ont déjà commencé aujourd’hui… R - Absolument. Q - …les ponts, les autoroutes et les lignes de train. R - La France est fermement opposée aux frappes contre les infrastructures civiles, où qu'elles interviennent et qui que soit leurs auteurs, parce qu'elles sont condamnables, qu'elles ne sont pas conformes avec le droit de la guerre, les règles de la guerre et qu'elles portent atteinte à la vie des peuples qui subissent les violences de la guerre. Q - C'est des crimes de guerre ? R - Et vous savez les crimes de guerre, il faut pouvoir analyser d'abord les frappes et leurs conséquences pour pouvoir le dire. Mais ce qui est certain, c'est qu'elles ne sont pas légales au sens du droit international et que la France systématiquement les dénonce et les condamne, qu'elles interviennent d'ailleurs en Iran ou qu'elles interviennent en Russie. Ça ne fait pas de nous un pays complaisant avec le régime iranien que nous avons très durement sanctionné l'année dernière, que nous avons inscrit sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne. Bref, nous n'avons aucune complaisance et ça n'excuse pas tout. Q - Merci d'avoir été avec nous ce soir pour réagir à cette double actualité.