Entretien de Jean-Noël Barrot avec « Radio J »

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Entretien à la presse

Le : 19 avril 2026

Q - Bonjour et bienvenue au forum Radio J, dont vous êtes l’invité Jean-Noël Barrot.

R - Bonjour.

Q - Bonjour. Après le décès d’un soldat français de la FINUL, le sergent-chef Florian Montorio, hier au Sud-Liban, Emmanuel Macron, a la responsabilité du Hezbollah. Alors comment la France entend-elle réagir ? Et au-delà de l’accord de cessez-le-feu entre le Liban et Israël, à quelques jours d’une rencontre au sommet à Washington entre le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Puis aussi dans l’actualité de ce dimanche, la guerre entre l’Iran et la paix toujours bloquée à Ormuz. Entre blocus et contre-blocus du détroit, chantage des Iraniens et menaces de Donald Trump. Sommes-nous plus proches d’un accord ou au contraire d’une reprise de la guerre. Et dans ce contexte, exclu de la relation transatlantique, après la conférence sur la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, organisée vendredi à l’Élysée.

Mais donc pour commencer, Jean-Noël Barrot, la mort du sergent-chef Florian Montorio, tué au Sud-Liban hier. Est-ce que pour vous, comme le président Macron l’a affirmé hier, c’est bien le Hezbollah qui est derrière cette embuscade ?

R - D’abord, Frédéric Haziza, ce matin, je ressens, comme beaucoup de Français je crois, une profonde tristesse et une profonde indignation. Profonde tristesse d’abord en pensant à cet homme qui n’avait pas 40 ans, à ses frères d’armes, à Deir Kifa au Liban, mais aussi à Montauban. Trois sont blessés et pris en charge.

Q - Alors justement la question ?

R - Je pense à sa famille et à ses proches. Et je veux leur dire notre solidarité et toutes nos condoléances. Mais aussi une profonde indignation. Parce que s’en prendre à des casques bleus qui sont des soldats de la paix, quelle que soit leur nationalité et quelles que soient les circonstances, c’est non seulement constitutif d’un crime de guerre, mais c’est aussi une atteinte à la communauté internationale. Ces soldats servent la France pour ce qui concerne le contingent français au Liban, les 700 militaires dont je veux saluer la bravoure et le dévouement. Mais ils servent aussi la paix sur un mandat de la communauté internationale et du Conseil de sécurité des Nations unies. S’en prendre à eux, c’est constitutif d’un crime de guerre et c’est une atteinte à la communauté internationale tout entière.

Q - Sur le Hezbollah, est-ce que vous confirmez ce qu’a dit Emmanuel Macron hier ? C’est le Hezbollah qui est derrière cette embuscade ?

R - Tout laisse à penser que le Hezbollah est responsable. Le président de la République a exigé des autorités libanaises qu’une enquête soit diligentée, que les responsables soient arrêtés. Et je veux saluer les déclarations hier du président de la République libanaise et du Premier ministre qui ont répondu à l’exigence du président de la République.

Q - Et vous croyez que la demande qui a été faite par Emmanuel Macron au président Aoun et au Premier ministre libanais sera suivie de faits ?

R - Nous avons reçu des assurances hier que la priorité absolue serait donnée par les autorités libanaises à retrouver et arrêter les responsables de ce meurtre.

Q - Vous parliez des autres soldats qui ont été blessés, deux l’ont été gravement. Est-ce que leur vie est en danger ?

R - Ils ont été évacués hier, ils sont pris en charge. Je veux leur redire tout notre soutien. Ainsi qu’à leurs frères d’armes, à Deir Kifa, au Liban. Les 700 militaires français qui sont engagés pour la paix font notre fierté et notre admiration.

Q - Ils ont été évacués, ils sont en France ou ils sont toujours au Liban ?

R - Ils sont pris en charge dans les meilleures conditions possibles. La mort du sergent-chef Florian Montorio au Sud-Liban intervient un peu plus d’un mois, le 12 mars, après celle de l’adjudant-chef Arnaud Frion, tué par le groupe Ashab al-Kahf, une autre milice pro-iranienne basée en Irak.

Q - En clair, la responsabilité de l’Iran n’est-elle pas avérée contre la France ?

R - Le soutien de l’Iran à des milices qui déstabilisent la région et qui, dans le cadre de cette guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ont pris pour cible des pays voisins et des soldats français, eh bien, elle est accablante, bien évidemment, et nous l’avons dénoncé depuis de nombreuses années. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, il n’y aura pas de solution à cette crise, à cette guerre sans que le régime iranien puisse se résoudre à un changement radical de posture et à des concessions majeures.

Q - On parlera de l’Iran un peu plus tard, mais concession à partir, peut-être ?

R - Il faut que tout change, et en particulier en matière nucléaire, balistique, mais aussi le soutien à ces groupes armés dont on voit bien qu’il fait couler le sang au Proche et Moyen-Orient. On va en parler.

Q - Donc, pour revenir à ce que vous disiez au début, vous ne croyez pas au démenti du Hezbollah ?

R - Tout laisse à penser que le Hezbollah est responsable.

Q - Et puis, vous considérez que c’est la France qui a été visée en tant que telle hier au Sud-Liban ?

R - Ce que je peux dire, c’est que les soldats de la paix, les Casques bleus des Nations unies, sont identifiables à tout moment et en tout lieu. Ils circulent dans des véhicules de couleur blanche. Ils portent un uniforme que chacun peut reconnaître. Il n’y a donc absolument aucune justification, aucune excuse possible lorsqu’ils sont pris pour cible ou lorsque, comme ça a été le cas, ils sont tués dans l’exercice de leur mission.

Q - La France visée en tant que telle ?

R - L’enquête le dira. Je ne peux pas jouer aux devinettes face à des circonstances qui sont si graves. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a qu’une excuse ni justification possible pour prendre à partie des Casques bleus.

Q - Comment, en tout cas, la France entend-elle réagir à ce qui s’est passé au Sud-Liban hier ? En pourchassant les responsables de cette action délibérée contre l’un de nos soldats ? En envoyant des troupes supplémentaires pour aider le gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah ? Ou en temporisant, en attendant, les résultats de l’enquête ?

R - La simple présence des militaires français au sein de la FINUL, de la Force des Nations unies, est un soutien capital apporté par la France au Liban. Et vous observerez que malgré l’intensité des combats et des hostilités depuis plus de 40 jours maintenant, les militaires français sont restés présents à leur poste en exerçant leur mission avec beaucoup de courage et de professionnalisme.

Q - Mais comment la France entend-elle répondre à cette mort du soldat français ?

R - Le président de la République s’est exprimé très clairement. Il a exigé de la part des autorités libanaises que les responsables soient arrêtés. Cet appel a été entendu par les autorités libanaises qui nous ont assuré qu’elles mettraient tout en œuvre et donneraient la priorité absolue à l’arrestation des responsables.

Q - Donc pour la France, c’est au Liban de régler cette affaire ?

R - C’est l’exigence qui a été formulée par le président de la République.

Q - Alors la résolution 1559 du conseil de sécurité de l’ONU, qui date du 2 septembre 2004, demandait que toutes les milices libanaises ou non libanaises, donc y compris le Hezbollah, soient dissoutes et désarmées. Mais comptant faire la France, 22 ans après, pour aider les forces armées libanaises, le Liban, les autorités libanaises à désarmer le Hezbollah ? Est-ce que c’est une priorité pour la France ?

R - C’est un processus qui est engagé grâce aux efforts que nous avons déployés avec les États-Unis. Vous vous souvenez du cessez-le-feu obtenu au mois de novembre 2024, qui a précédé l’élection du président de la République, Joseph Aoun, puis la formation d’un gouvernement qui, l’été dernier, a pris la décision historique d’adopter un plan de désarmement du Hezbollah - processus qui s’est interrompu avec la guerre en Iran, mais qui doit impérativement reprendre, puisque les résolutions successives des Nations unies et la seule solution politique pour assurer la paix et la stabilité au Liban, c’est de désarmer le Hezbollah, qu’il restitue ses armes à l’État, qui doit disposer du monopole des armes, être en capacité de protéger toutes les communautés. Puis c’est évidemment le retrait d’Israël du sud du Liban, de manière à ce qu’au sud du Liban comme au nord d’Israël, les populations civiles puissent vivre en paix et en sécurité.

Q - Le désarmement du Hezbollah, un objectif de la France ?

R - Bien sûr.

Q - Et donc de quelle manière vous pouvez aider les forces libanaises à l’obtenir ?

R - Après le cessez-le-feu du mois de novembre 2024, nous avons construit un mécanisme avec les États-Unis pour veiller sur le maintien du cessez-le-feu, qui était fragile, qui était violé à un certain nombre de reprises, mais qui a permis d’éviter que la situation ne dégénère. À partir de ce mécanisme, à partir de la FINUL, qui elle aussi joue un rôle majeur dans le cadre du mandat qui lui a été confié par les Nations unies, jusqu’au 31 décembre prochain, et dans la coopération et la coordination avec le gouvernement libanais, qui a proposé au gouvernement israélien un dialogue de haut-niveau, ce qui ne s’était jamais produit depuis des décennies, de façon à ce que le processus puisse se faire de manière coordonnée et sans passer par les frappes massives et coupables qui ont ensanglanté le Liban ces derniers jours et je pense en particulier aux frappes du 8 avril dernier.

Q - Vous parlez, pour être très clair, des frappes israéliennes.

R - Ce n’est pas en détruisant le Liban ou l’État libanais que l’on détruira le Hezbollah. Bien au contraire, on le renforcera. C’est donc un processus ordonné qu’il faut mettre en place.

Q - Donc il n’est pas légitime pour vous qu’Israël pourchasse le Hezbollah, les terroristes du Hezbollah, qui ont envoyé depuis 20 ans près de 200.000 missiles sur Israël et la population civile ?

R - Ce qui est parfaitement légitime, qui est souhaitable et que nous avons salué, c’est que s’engagent au plus haut niveau des discussions et des négociations entre le gouvernement libanais et le gouvernement israélien. C’est la seule manière de consolider un cessez-le-feu durable, de procéder au désarmement du Hezbollah de manière efficace et de régler le différend qui oppose les deux pays depuis trop longtemps.

Q - On va en parler de ça. D’abord, au passage, est-ce que le Hezbollah est pour la France une organisation terroriste ?

R - Oh, vous savez, la position de la France est connue. Sur le volet militaire, les activités du Hezbollah sont considérées comme des activités terroristes. Mais nous reconnaissons comme partie prenante du processus politique libanais les responsables issus du Hezbollah qui y contribuent. Ce qui est essentiel à nos yeux, c’est que le Hezbollah rende ses armes. Et toutes ses armes.

Q - Beaucoup vous disent que c’est un peu de la foutaise. Le Hezbollah, c’est un tout. La branche politique qui a été créée quelque part pour endormir les Occidentaux. Est-ce qu’en 1940, par exemple, vous aurez parlé de la branche politique de l’Allemagne nazie, c’est-à-dire le Parti nazi, et de sa branche armée militaire constituée des SA et des SS ?

R - La branche armée, elle doit être démilitarisée. Et c’est l’objectif prioritaire.

Q - Mais là, c’est pas pareil ? Est-ce que la branche politique, c’est vraiment quelque chose de différent de la branche armée du Hezbollah ? Est-ce que vraiment, c’est pas de la foutaise de dire ça ?

R - L’objectif, c’est le désarmement du Hezbollah, qui doit se faire de manière ordonnée, ce qui ne peut pas se faire exclusivement par la force. L’histoire du Liban et des relations entre Israël et le Liban l’a démontré.

Q - Alors, le Hezbollah, ses dirigeants ont dit vendredi avoir le doigt sur la gâchette. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

R - Ça m’inspire que le Hezbollah devrait reconnaître sa responsabilité écrasante dans la situation actuelle, puisque c’est le Hezbollah qui a entraîné, le 2 mars dernier, le Liban à nouveau, dans une guerre qu’il n’avait pas choisie, en décidant, en soutien à l’Iran, et peut-être sur instruction de l’Iran, de se joindre aux frappes de l’Iran contre Israël. Et c’est pourquoi il est indispensable que cette situation cesse, que le Hezbollah rende ses armes, et que l’État libanais, que l’armée libanaise, exerce le monopole des armes au Liban.

Q - Alors justement, vous avez parlé de ces négociations au plus haut niveau entre Israël et le Liban. Donc il y a eu un premier round de négociations la semaine dernière à Washington, cette semaine à Washington. Et puis, la semaine prochaine, a priori, une rencontre au sommet entre le président libanais, Joseph Aoun, et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou. En clair, est-ce que le Hezbollah ne fait pas tout pour saboter des négociations directes au sommet entre Israël et le Liban ? Et est-ce qu’il peut y parvenir ?

R - En entraînant le Liban une nouvelle fois dans la guerre, je le disais, le Hezbollah fragilise l’État libanais que nous avons pour objectif de renforcer. D’ailleurs, vous vous souvenez que le 5 mars dernier, nous devions accueillir à Paris une conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises dans leurs efforts pour désarmer le Hezbollah, sécuriser les frontières du Liban et restaurer leur autorité.

Q - Mais alors, est-ce que pour vous, on voit ce qui se passe au Sud-Liban et ailleurs, le Hezbollah ne fait pas tout pour saboter le processus en cours ?

R - Ce qui est essentiel pour que le processus en cours puisse se poursuivre, c’est que le cessez-le-feu entre le Hezbollah et le gouvernement israélien tienne. Il ne doit être violé sous aucun prétexte. Et évidemment, les deux parties doivent s’astreindre à respecter le droit international, le droit international humanitaire. Et je veux redire notre condamnation la plus ferme du meurtre d’un militaire français de la FINUL, dont tout laisse à penser qu’il porte la signature du Hezbollah.

Q - Reste que le Hezbollah menace de mort le président Aoun, en lui promettant le sort de Sadat, à cause de sa rencontre au sommet avec Netanyahou, la semaine prochaine à Washington. Est-ce que vous prenez, est-ce qu’il faut prendre cette menace au sérieux ? Puis quelque part, est-ce que c’est peut-être le signe que le Hezbollah panique.

R - En tout cas, ça ne doit pas nous décourager, ça ne doit pas nous intimider, parce que nous avons là une occasion historique sur les fondements d’une guerre que nous n’avons pas approuvée, qui a fait tant de mal au Liban et qui a fait tant de sang, de bâtir les conditions de la paix dans un dialogue politique de haut niveau entre Israël et le Liban.

Q - Alors vous parlez de cette guerre qui a fait tant de mal au Liban. Il y a eu des incompréhensions de la première réaction du président Macron et de la France, en considérant que c’était une guerre contre le Liban, Israël contre le Liban, alors qu’Israël avait mené cette guerre contre le Hezbollah. Vous ne faites pas la différence entre le Hezbollah et le Liban ?

R - Ah si, le Hezbollah, ce n’est pas le Liban. Et le Liban ne peut en aucun cas se résumer au Hezbollah. Mais force est de constater que dans la stratégie qui est la sienne, le gouvernement israélien a décidé de frapper massivement des quartiers résidentiels à Beyrouth, des infrastructures civiles dans le sud du Liban, a décidé de détruire des villages entiers au mépris du droit international humanitaire, ce qui, je le redis, n’est pas conforme à l’objectif que nous partageons pourtant de désarmement du Hezbollah. Chaque fois que le gouvernement israélien a décidé dans l’histoire de désarmer par le prolongement indéfini des opérations militaires des milices au Liban, ça s’est toujours mal fini.

Q - Alors, on parlait de ce sommet, cette rencontre au sommet, Aoun, Netanyahou à Washington, sous l’égide des États-Unis et du président Trump. Est-ce que c’est pas quelque part une humiliation pour la France qui a toujours mis en avant ses relations privilégiées avec le Liban ? Vous parlez de cette réunion, cette rencontre, ce sommet qui n’a pas eu lieu à Paris le 5 mars, là, ça va être un sommet Netanyahou, Aoun, à Washington.

R - Le plus important, c’est que les deux dirigeants se parlent.

Q - Mais humiliation ou pas pour la France ?

R - Nous sommes au contact avec toutes les parties. Nous avons appelé les premiers à un dialogue de haut niveau entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais. Il va avoir lieu, il a déjà commencé à avoir lieu. Nous avons appelé à ce que le cessez-le-feu trouvé entre les États-Unis et l’Iran couvre le Liban, le cessez-le-feu couvre désormais le Liban. Les prescriptions, les exigences de la France ont été suivies. Et pour la suite, évidemment, nous faciliterons autant que de possible ce dialogue qui doit conduire à la consolidation du cessez-le-feu, au désarmement du Hezbollah et au règlement du différend historique entre les deux pays. C’est l’intérêt de la région et c’est donc notre intérêt.

Q - La France n’est pas froissée de voir le président libanais aller à Washington et tourner le dos quelque part à la France ?

R - Mais nous sommes en contact permanent avec les autorités libanaises. Le président de la République s’entretient très régulièrement avec le président libanais, mais aussi avec le Premier ministre qui lui rendra visite dans les prochains jours.

Q - Qui rendra visite au président Macron dans les prochains jours ?

R - La semaine prochaine. Nous sommes au cœur de ces discussions. Et c’est bien naturel puisque du fait de nos liens historiques et très forts avec le Liban, nous disposons d’une compréhension très fine des moyens de parvenir à la paix, à la stabilisation et à la sécurisation du pays.

Q - Vous dites quelque chose d’important, je ne crois pas que c’était connu. Donc, pendant que le président Aoun sera à Washington, le Premier ministre libanais sera à Paris.

R - Je vous ai simplement dit que dans les prochains jours, le Premier ministre libanais rendra visite au président de la République dans la poursuite des échanges nombreux qu’ils ont eus ainsi que de ceux que le président de la République entretient avec le président libanais.

Q - Alors, il y a une déclaration qui a beaucoup marqué les esprits, qui a posé une simple question. C’est Yechiel Leiter, l’ambassadeur israélien à Washington, qui a été très dur avec la France mercredi en affirmant qu’Israël voulait tenir la France, je le cite, aussi loin que possible des négociations avec le Liban. Est-ce que ce n’est pas le signe d’un divorce entre Israël et la France ?

R - Non, j’ai suggéré que M. Leiter se coordonne mieux avec son ministère de tutelle avec lequel je suis en contact très fréquent, notamment au sujet de la situation régionale et celle du Liban. Je lui ai suggéré aussi, puisqu’il entend que la France se tienne éloignée de ce processus, que lui-même se tienne le plus éloigné possible pour donner à ce processus toutes les chances de succès, loin des micros et des caméras de télévision.

Q - Il vous dit quoi, votre homologue israélien ?

R - C’est-à-dire ?

Q - Je ne sais pas, il vous dit quoi par rapport au rôle de la France que la France pourrait...

R - Je peux vous dire ce que moi je lui ai dit. Et ce que je lui ai dit dès le début du mois de mars, c’est qu’il fallait impérativement que ce dialogue au plus haut niveau entre Israël et le Liban ait lieu. Il y avait des réticences, elles ont été levées. Je lui ai dit qu’il fallait impérativement que le cessez-le-feu puisse couvrir le Liban. Il y avait des réticences au début. Le cessez-le-feu couvre le Liban désormais.

Q - Et le dialogue entre la France et Israël, comment il se porte ?

R - Vous savez que la France est indéfectiblement attachée à la sécurité d’Israël. C’est la raison pour laquelle depuis plusieurs décennies, nous sommes en lien étroit avec les autorités israéliennes s’agissant notamment de la menace nucléaire que représente l’Iran et que ces échanges ont vocation à se poursuivre au moment où nous cherchons les voies d’un règlement de la question iranienne dans toutes ses composantes et on y reviendra sans doute.

Q - On y revient très bien. C’est lié à l’Iran d’ailleurs. Israël reproche à la France d’avoir refusé le survol de son espace aérien, peut-être d’où la déclaration de l’ambassadeur israélien à Washington pour délivrer les livraisons d’armes US vers Israël. Si c’était à refaire, est-ce que vous le referiez ? Est-ce que la France le referait ?

R - C’est un choix souverain.

Q - Et est-ce que l’Italie a suspendu un accord de défense avec Israël ? Est-ce que vous approuvez cette initiative ? Est-ce que la France pourrait prendre une initiative similaire ?

R - Non mais soyons clairs. La France est indéfectiblement attachée à l’État d’Israël, son existence et sa sécurité. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir parfois des désaccords très profonds avec la politique qui est menée par le gouvernement israélien et de condamner, de dénoncer, voire de sanctionner certaines de ses attitudes lorsque nous considérons justement qu’elles hypothèquent la sécurité d’Israël et de son peuple. Condamnation de la prolongation indéfinie des opérations militaires à Gaza qui, heureusement, s’est interrompue à l’automne dernier...

Q - Vous parlez de génocide ou pas à Gaza ?

R - …Condamnation de la politique d’extension de la colonisation en Cisjordanie et de l’explosion des violences des colons qui n’a jamais été aussi préoccupante que ces dernières semaines, je proposerai d’ailleurs mardi prochain lors du Conseil européen des affaires étrangères qui se tiendra à Luxembourg que nous prenions un troisième paquet de sanctions à l’encontre des entités et individus responsables de cette extension.

Q - Quelles entités et quels individus ?

R - Je vous fournirai tout le détail, Frédéric Haziza, si vous le souhaitez. Mais il faut que ce phénomène cesse et il faut que les autorités israéliennes tiennent leur engagement, c’est-à-dire de traduire devant la justice les responsables de ces meurtres, les responsables de ces incendies qui aujourd’hui fragilisent la perspective d’une paix et d’une solution politique reposant sur deux États vivant côte à côte et en paix et en sécurité, ...

Q - On vous demande d’ailleurs dans la perspective...

R - …Consternation aussi, je le disais, face à l’adoption récente à la Knesset, avec le soutien et les votes de certains ministres du gouvernement israélien qui arboraient un nœud coulant, symbole de mort, à la boutonnière, de cette loi étendant l’application de la peine de mort qui nous paraît contraire à l’éthique universaliste, humaniste qui est celle d’Israël.

Q - Enfin, la loi n’a pas été totalement adoptée puisque maintenant, on attend le verdict de la Cour suprême en Israël.

R - Elle a été adoptée, un recours a été introduit devant la Cour suprême.

Q - Elle n’est pas effective, on va dire. Vous parlez du Conseil européen de mardi. Une initiative européenne relayée en France par LFI qui a dépassé un million de signatures en Europe réclame la suspension de l’accord Union européenne-Israël. Ça devrait être peut-être à l’ordre du jour de ce Conseil européen, est-ce que vous le confirmez ? Est-ce que la France est favorable à la suspension de cet accord Union européenne-Israël ?

R - C’est à la Commission européenne de tirer les conséquences de la pétition qui a été introduite. S’agissant plus particulièrement de l’accord d’association et de la situation à Gaza et en Cisjordanie, l’été dernier, au regard de la gravité de la situation, nous avions soutenu le réexamen par la Commission européenne de l’article 2 conduisant potentiellement à sa suspension. Et c’est cette démarche entreprise par la Commission européenne qui, à mon sens, a conduit à ce qu’un cessez-le-feu puisse être trouvé à Gaza.

Q - Est-ce que vous êtes favorable à la suspension de l’accord ou pas ?

R - La Commission européenne doit se déterminer en fonction de la Commission et se prononcera dans les semaines qui viennent et en tout état de cause, pas le mardi qui vient.

Q - Pas le mardi qui vient. Au passage, relation France-Israël que vous inspirez dans la rencontre mercredi entre l’ambassadeur d’Israël Joshua Zarka et Marine Le Pen et l’ambassade d’Israël à France.

R - Chacun est libre dans notre pays de rencontrer les responsables qui participent à la vie du pays.

Q - Hisham Harb, l’un des suspects de l’attentat de la rue des Rosiers, a été extradé jeudi par l’Autorité palestinienne et remis à la France. Il est depuis écroué. Et ce, 44 ans après ce premier massacre antisémite commis en France depuis la Shoah. Quelle est la genèse de cette extradition et que faut-il attendre du procès qui a priori est prévu d’ici à la fin 2027 ?

R - C’est une grande satisfaction que d’avoir obtenu des autorités palestiniennes cette extradition. C’est le fruit d’une mobilisation de longue haleine qui va permettre que justice soit rendue 44 ans après que cet acte odieux terroriste et antisémite a été perpétré sur notre sol. C’est une mobilisation que nous devons également aux familles des victimes qui continuent de rappeler les autorités françaises à la nécessité absolue qu’il ne puisse y avoir aucune impunité face à ce crime.

Q - À l’époque, en 1982, les commanditaires du massacre de la rue des Rosiers parlaient déjà de lutte contre le sionisme, de la Palestine, de la mer au Jourdain, comme Rima Hassan aujourd’hui. 44 ans après, rien n’a changé ou peut-être que même la situation a empiré en matière d’antisémitisme. Est-ce que c’est ce que vous pensez ? Cet antisémitisme porté désormais notamment par Jean-Luc Mélenchon et les élus LFI ?

R - L’antisémitisme est un poison absolu que tout rejette dans l’âme de la France et de la République. Pourquoi ?

Q - Notamment chez vous, dont le grand-père a été un Juste ?

R - Chez moi, mais je crois chez beaucoup de Français qui rejettent l’antisémitisme, ce qu’il a produit dans notre histoire et ce qu’il continue de produire aujourd’hui. C’est pourquoi, sous l’autorité du Premier ministre, le gouvernement est pleinement mobilisé pour faire face avec beaucoup de fermeté à l’explosion des actes antisémites.

Q - Que faut-il attendre de la nouvelle version de la loi Yadan qui sera proposée par le gouvernement d’ici la fin juin ?

R - La proposition de loi de Mme Yadan était fragile initialement. Après l’avis du Conseil d’État, elle a été renforcée. Le groupe politique qui l’avait déposée a décidé de la retirer. Le gouvernement a indiqué qu’il la re-présenterait après l’avoir retravaillée et en veillant à ce que les libertés fondamentales puissent être respectées.

Q - Vous avez cité cette phrase de Golda Meir le 9 avril au Sénat. « Nous pouvons pardonner à nos ennemis d’avoir tué nos enfants, mais nous ne pouvons pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants. » Cela vous a valu les foudres de LFI. Aymeric Caron a même dénoncé un propos, je le cite, « raciste et suprémaciste » utilisé en son temps par Golda Meir, et c’est toujours Caron qui parle, pour justifier les massacres des Palestiniens qui ne devraient s’en prendre qu’à eux-mêmes ces propos de l’ancienne Premier ministre d’Israël avaient été interprétés ainsi. On y a plutôt vu depuis 50 ans une volonté de paix de l’ancienne Premier ministre israélienne. Est-ce que vous assumez, est-ce que vous renouvelez ces propos ?

R - Il faut se tenir à l’écart des interprétations ou réinterprétations hasardeuses de la France insoumise. Ce que j’ai dit, c’est ma consternation après l’adoption par la Knesset. J’en parlais il y a quelques instants de cette loi dégradante, profondément discriminatoire, qui vise exclusivement les Palestiniens en étendant les cas d’application de la peine de mort. Et j’ai dit ma consternation car la France reconnaît dans le peuple d’Israël non seulement un peuple ami mais aussi une éthique humaniste et universaliste forgée par des siècles d’exode et de persécution qui rejettent l’arbitraire de la peine de mort. Et même chez les dirigeants israéliens les plus durs de ces dernières décennies, et bien on retrouve ce rejet de l’arbitraire de la peine de mort et c’est le cas chez Golda Meir.

Q - Mais cette phrase de Golda Meir, vous la reprenez à votre compte ?

R - Je vous l’ai dit, le propos qui était le mien était de dire que dans l’éthique d’Israël, il y a ce rejet de l’arbitraire de la peine de mort et que vous alliez chercher des dirigeants à gauche ou à droite de l’échiquier politique et même les plus durs à l’encontre des Palestiniens, vous aurez toujours retrouvé ce rejet-là, ce qui signifie que cette loi adoptée récemment par la Knesset est au fond une trahison de l’éthique d’Israël.

Q - Alors on revient à l’Iran, nous sommes à trois jours de l’expiration du cessez-le-feu entre l’Iran, les États-Unis et Israël où blocus iranien a répondu un contre-blocus américain suivi d’une ouverture puis d’une re-fermeture d’Ormuz par l’Iran et de menaces et attaques par les gardiens de la révolution de navires dans le détroit d’Ormuz. Sans accord rapide de guerre, la guerre pourrait reprendre dans les prochains jours, a-t-on dit dans l’entourage de Donald Trump hier. Est-ce que vous pensez vraiment que le cessez-le-feu va tenir ou est-ce que vous parliez sur un retour de la guerre ?

R - Je ne fais pas des paris. Je souhaite évidemment que le cessez-le-feu puisse tenir et je souhaite que les négociations puissent se poursuivre et qu’elles permettent de régler les questions que cette guerre au fond a laissées en suspens. L’encadrement strict et vérifiable du programme nucléaire iranien, le programme de missiles de l’Iran, son soutien à des groupes terroristes qui déstabilisent la région, son blocage du détroit d’Ormuz, mais aussi un règlement qui permette au peuple iranien de construire librement son avenir. Voilà quel est l’objectif qui doit être poursuivi dans ces négociations dont je souhaite qu’elles puissent continuer.

Q - D’après les informations que vous avez, on va vers un maintien du cessez-le-feu ou vers un retour de la guerre ?

R - Les négociations doivent se poursuivre, les deux parties y sont prêtes et c’est une bonne chose.

Q - Alors, l’Iran veut laisser franchir le détroit d’Ormuz par les bateaux qui payent une taxe. Est-ce que c’est acceptable au sujet de la France ? Est-ce que l’on peut accepter qu’un État se comporte comme des pirates ? Trump parle de chantage.

R - Non, ça ne l’est pas. Les eaux internationales sont un bien commun de l’humanité et la liberté de navigation est protégée par le droit international. Il est hors de question qu’elle soit entravée par quelques obstacles ou quelques droits de passage que ce soit. Cela créerait un précédent majeur qui remettrait en cause très profondément l’organisation des échanges à l’échelle mondiale.

Q - Dans ce contexte, est-ce que le contre-blocus américain n’a pas tout son sens ? Est-ce qu’il est justifié ou pas ?

R - Le président de la République a accueilli vendredi à Paris une cinquantaine de pays qui ont dit d’une seule voix qu’ils refusaient tout blocage d’où qu’ils viennent, du détroit d’Ormuz ou de tout autre détroit à l’échelle de la planète.

Q - Donc y compris des États-Unis ? Tout blocage. C’est un acte de guerre le contre blocus américain ?

R - Les eaux internationales sont un patrimoine de l’humanité qui doit être préservé de la guerre en toutes circonstances.

Q - Donc je vais reprendre les conditions que vous avez émises concernant l’arrêt de cette guerre. D’abord, l’uranium iranien. Est-ce qu’un accord entre l’Iran et les États-Unis peut intervenir sans résolution du dossier de ces 440 kilos d’uranium enrichi à 60% ? Et il y a aussi un point de détail en dehors de ces 440 kilos d’uranium enrichi à 60%. Il y a 1 tonne 2 d’uranium enrichi à 20%. Est-ce que ça doit faire partie du package ?

R - Ça en fait partie. Mais vous vous souvenez que le seul moment dans notre histoire récente où nous avons obtenu un recul significatif et vérifié du programme nucléaire iranien, c’est lorsqu’un accord a été trouvé il y a 11 ans maintenant, dont la France a été l’un des artisans majeurs, qui imposait à l’Iran des contraintes non seulement sur son stock, mais aussi sur ses capacités d’enrichissement et de militarisation. Et qui lui imposait aussi un régime d’inspection de la part de l’Agence internationale responsable, l’Agence internationale de l’énergie atomique, des contrôles s’assurant que les règles étaient respectées.

Q - Un accord rompu par Donald Trump lors de son premier mandat. Là, sur les 440 kilos d’uranium enrichi, Trump dit si l’uranium enrichi iranien n’est pas rendu, n’est pas remis à une autre autorité que celle de l’Iran, nous irons le chercher. Est-ce que c’est la solution ?

R - Ce qui est clair, c’est que ces stocks ne peuvent rester entre les mains de l’Iran dans le cadre d’un règlement négocié.

Q - Ces stocks ne peuvent rester dans les mains d’Iran ? Par exemple, est-ce que la France propose que cet uranium enrichi à 60%, éventuellement celui enrichi à 20%, soit envoyé en France ?

R - Il y a plusieurs scénarios possibles. Ça n’est pas la première fois que nous avons ces discussions et ces négociations, je vous rappelle que tout au long de l’année dernière, nous avons nous-mêmes entretenu des négociations très serrées avec les autorités iraniennes. N’ayant pas obtenu les compromis nécessaires, nous avons décidé au mois de septembre dernier de réappliquer les embargos mondiaux sur les armes, les banques et les équipements nucléaires qui avaient été levés il y a dix ans. Bref, c’est un sujet complexe qu’on ne peut pas d’ailleurs résoudre dans une émission de radio, mais que ce soit le stock, les capacités d’enrichissement et les capacités de militarisation, c’est-à-dire de constitution d’armes nucléaires, c’est tout cela qui devra être encadré par un accord très robuste, vérifiable, imposant à l’Iran un régime strict d’inspection de l’Agence internationale pour l’énergie atomique.

Q - Est-ce que l’Iran pourra continuer à développer une capacité nucléaire, civile ou militaire ?

R - L’accord qui a été trouvé il y a dix ans autorisait l’Iran à enrichir de l’uranium à 3,67%, ce qui a été compatible avec un programme nucléaire civil, mais en aucun cas avec un programme nucléaire militaire.

Q - Alors, vous avez parlé aussi de peuple iranien. On a l’impression que les 30.000, 40.000, voire 80.000 manifestants iraniens tués, assassinés entre le 8 et le 10 janvier dernier ont été oubliés. La chute du régime des mollahs est-elle selon vous inévitable, voire souhaitable ? Et surtout, dites-vous que ça serait un bienfait pour le peuple iranien et éventuellement pour l’ensemble de la planète ?

R - Ce que je veux dire, c’est que le grand peuple iranien n’est pas oublié et que nous n’oublions rien des violences d’État aveugles qui se sont abattues sur sa révolte légitime avec des milliers, peut-être des dizaines de milliers de morts tués à bout portant par des fusils d’assaut, avec un blocage d’Internet, avec une répression sanglante. Et nous appelons à la libération des prisonniers, nous appelons à la fin des exécutions, à la levée de ce blocage d’Internet et nous appelons à ce que le peuple iranien puisse disposer de son propre avenir, qu’il puisse être respecté dans ses droits.

Q - Ça veut dire que vous misez sur le maintien du régime des mollahs à Téhéran ?

R - Il n’y aura pas de solution politique à cette crise sans un changement radical de posture et des concessions majeures, sans que les responsables du régime iranien acceptent de tout changer.

Q - Relation transatlantique, l’anti-américanisme français et l’anti-trumpisme apparaissent de plus en plus de plus en plus véhément, notamment sur les plateaux télé, parmi les journalistes, les experts ou même au niveau politique. Certains vont même jusqu’à s’interroger, je ne sais pas si c’est votre cas, sur l’état mental du président américain. Est-ce que c’est justifié ou non ? Anti-américanisme, anti-trumpisme, interrogation sur l’état de santé du président américain.

R - Il y a une forme d’imprévisibilité, le président de la République l’a dit, dans la politique qui est menée par les États-Unis d’Amérique qui suscite une réaction dans les pays européens.

Q - Une réaction ou des interrogations quant à l’état de santé du président américain ?

R - Une réaction, qui, à mon avis, appelle à une plus grande souveraineté européenne. Dans un moment où nous voyons bien que ce qui se joue devant nous, c’est la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine et que si nous ne faisons rien, nous risquons de payer le prix de guerres que nous n’avons pas choisie, comme c’est le cas aujourd’hui de cette guerre au Proche-Orient dont nous subissons les conséquences dans nos vies quotidiennes, dans la vie de nos entreprises, avec le prix du carburant notamment. Et donc, le seul moyen d’éviter de nous retrouver ballottés dans une actualité internationale où se multiplieront les crises et les conflits, c’est d’être plus forts et plus indépendants. C’est tout le projet que porte le président de la République depuis dix ans. Nous avons fait des progrès ces derniers mois. Il faut maintenant accélérer.

Q - Est-ce que vous croyez vraiment que c’est Benjamin Netanyahou qui a imposé cette guerre contre l’Iran à Trump ?

R - Je ne veux pas commenter les articles ici ou là, essayer d’interpréter les choses. Ce que nous avons dit depuis le début, c’est que le refus de l’Iran de remettre en cause son programme nucléaire, son programme de missiles, son soutien aux groupes terroristes dans la région et donc de renoncer à constituer pour la région et pour nos intérêts une menace, est au fond à l’origine de cette crise, même si la guerre qui a été lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Nous ne l’avons pas approuvée car ses buts étaient imprécisément définis et car elle s’écartait du droit international.

Q - Au passage, il y a des élections en Israël et aux États-Unis, législatives en Israël en octobre ou au plus tard en octobre, peut-être avant, et les élections de mi-mandat, les midterms le 3 novembre aux États-Unis. Est-ce que ce n’est pas juste de dire que la France souhaite la défaite de Netanyahou et la défaite de Trump ?

R - La France reconnaît le droit imprescriptible des peuples à disposer d’eux-mêmes. Elle ne fait pas les élections à la place des autres.

Q - C’est vrai ?

R - Bien sûr que c’est vrai. Elle ne fait pas les élections.

Q - Mais c’est vrai qu’on n’avait pas de souhait particulier ?

R - Nous n’acceptons pas que l’on vienne s’ingérer dans nos processus électoraux, ce n’est pas pour le faire dans les processus électoraux des autres.

Q - Est-ce que vous croyez Pedro Sanchez a eu une bonne idée en régularisant 500.000 immigrés en situation irrégulière ? Une bonne idée pour l’Espagne mais surtout pour l’Europe et pour la France.

R - Ce que je crois c’est que nous devons continuer les efforts que nous avons initiés. Le gouvernement est pleinement mobilisé à la fois pour lutter sans relâche contre l’immigration irrégulière mais aussi en répondant beaucoup plus efficacement aux besoins du marché du travail avec une immigration économique qui correspond aux attentes des entreprises de France.

Q - Ça correspond peut-être au système des quotas mais est-ce que Pedro Sanchez en régularisant 500.000 immigrés en situation irrégulière a eu raison ? Est-ce qu’il met en danger l’Europe des vagues d’immigration dans les autres pays européens ou est-ce que quelque part il ne fait pas ça pour faire oublier l’inculpation de sa femme pour corruption ?

R - Je constate qu’il mène une politique qui rappelle celle que Giorgia Meloni a menée en Italie, ce qui signifie bien que s’agissant de l’immigration économique, il y a un sujet à intégrer et à retravailler. Autant nous devons être inflexibles sur l’immigration irrégulière, autant nous devons travailler à mieux faire correspondre l’immigration économique avec les besoins du marché du travail.

Q - Donc des quotas pour la France ? Ce qui sera sans doute au centre de la prochaine campagne présidentielle ?

R - C’est l’une des possibilités que certains évoquent. La nécessité absolue c’est, tout en luttant au niveau européen comme le pacte européen sur l’asile et l’immigration permettra de le faire, de faire échec à l’immigration irrégulière, aux réseaux de passeurs qui en sont les responsables tout en faisant correspondre l’immigration en Europe avec les besoins économiques de la France et des autres pays européens.

Q - Une question sur l’Algérie, monsieur le ministre des Affaires étrangères. Est-ce que vous avez bon espoir depuis la visite du pape à Alger d’obtenir la libération de Christophe Gleizes ?

R - Bien sûr que nous avons l’espoir d’obtenir la libération.

Q - Est-ce que ça va être effectif rapidement ?

R - Je veux saluer la mobilisation et la dignité de sa famille. Je veux saluer la mobilisation du monde du sport mais aussi du monde des médias.

Q - Est-ce que vous pouvez nous annoncer qu’il va être libéré rapidement ?

R - Nous continuons d’appeler à un geste de clémence de la part des autorités algériennes pour que sa libération puisse être immédiate et inconditionnelle.

Q - Ça peut être le cas rapidement comme ça a été le cas pour les otages français qui étaient encore en Iran ?

R - Vous savez, dans ce genre de circonstances, on ne fait pas de devinettes. Depuis que j’ai pris mes fonctions il y a un an et demi à peu près, c’est plus de 20 de nos compatriotes otages ou détenus arbitraires à l’étranger dont nous avons permis le retour. Nous espérons le retour prochain de Christophe Gleizes.

Q - Vous savez si le Pape en a parlé aux autorités algériennes, au président algérien ?

R - C’est aux services du Vatican qu’il faut poser la question.

Q - Vous avez dû leur poser. D’ailleurs, puisqu’on parle du pape, cette polémique, ces échanges très vifs entre le président Trump et le pape, ces attaques du président Trump contre le pape, qu’est-ce que vous en pensez ? Qu’est-ce que ça vous inspire ?

R - Le Saint-Père est évidemment à sa place lorsqu’il appelle à la paix et à la fraternité, chacun le sait.

Q - Donc vous ne comprenez pas les attaques du président Trump ?

R - Je ne les comprends pas et je ne crois pas qu’elles soient acceptables dans la mesure où la mission du souverain pontife, c’est d’appeler à la paix et la fraternité en tout lieu et en toutes circonstances. 
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