Entretien d'Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger, avec « France Info »

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Le : 04 mai 2026

Q - Bonjour Madame la ministre. Alors avant de parler des conséquences en France, de la crise au Moyen-Orient, j'aimerais qu'on parle du Mali, où on a ces derniers jours, des indépendantistes et des djihadistes ont encerclé Bamako. Est-ce que vous avez des informations concernant les ressortissants français qui restent là-bas ? On leur conseille de quitter le pays, mais est-ce que vous pouvez nous donner quelques précisions là-dessus ?

R - Oui, bien sûr. Alors nous suivons avec la plus grande attention la situation sécuritaire au Mali. Comme vous venez de le dire, c'est très fortement dégradé. Nous avons sur place 4098 Français qui sont inscrits au registre des Français de l'étranger. Je rappelle que les Français, où qu'ils soient dans le monde, sont invités à s'inscrire au registre des Français de l'étranger, qui nous permet de communiquer directement avec eux. Une crise s'aggrave lorsque c'est nécessaire. Et donc nous avons, dès samedi, pu entrer en contact avec cette communauté française pour leur donner des consignes de sécurité, pour leur conseiller de quitter le pays s'ils le pouvaient. Évidemment, le conseil que nous donnons aussi aux voyageurs, c'est de ne pas se rendre au Mali, sauf circonstances absolument exceptionnelles, mais vraiment de ne pas y aller. Et nous suivons avec attention l'évolution de la situation.

Q - Et on suivra parce qu'elle inquiète d'autres pays autour du Mali. Un effet domino qui est à prévoir, mais nous en reparlerons. Alors bien évidemment, il y a la crise au Moyen-Orient. Le ministre Jean-Noël Barrot est en déplacement pour 2-3 jours dans le Golfe. Quel est le sens de cette visite alors qu'on voit que le baril de Brent ne cesse d'augmenter ce matin ? Il y va pourquoi ? Parce qu'on a l'impression que la France ne peut pas peser sur ce conflit.

R - La France n'est pas à l'initiative de ce conflit. La France n'a pas été consultée lorsque les hostilités ont commencé. Elle ne participe pas à ce conflit.

Q - Une situation défensive, c'est le mot répété à l'envie par le président de la République.

R - Mais c'est important parce que défensive, ça veut aussi dire que nous sommes présents dans la région. Nous avons des bases militaires, nous avons des emprises diplomatiques. Nous avons pour le coup 400.000 Français qui résident dans les pays qui sont affectés par le conflit au Moyen-Orient. Et donc nous mobilisons nos partenaires, les pays du Golfe avec lesquels nous avons des traités, des accords. Et puis nous les mobilisons pour justement parvenir à une désescalade, revenir à un dialogue. Parce qu'on le voit, vous le disiez à l'instant, mobilisation, tout changement dans cette crise a un impact direct sur nous, sur le portefeuille des Français, mais aussi sur la stabilité de la région et sur la protection des Français qui sont sur place.

Q - Justement, vous l'évoquiez, la hausse des carburants. Hier, le président de la République a demandé au gouvernement d'apporter de nouvelles réponses pour aider les secteurs qui sont touchés, parce que la principale hantise du gouvernement, et on le voit, c'est que le conflit dure, et c'est le cas. Quelles sont les nouvelles solutions, les nouvelles réponses que peut apporter le gouvernement, au-delà des aides ciblées, quand le Premier ministre dit qu'on ne dépensera pas l'argent qu'on n'a pas, mais on n'oubliera personne ? Ça semble compliqué aujourd'hui, à la fois de protéger les finances publiques et d'aider les Français. Alors c'est quoi les nouvelles réponses ?

R - En fait, il y a deux niveaux de réponse. Il y a un niveau de réponse qui est dans l'immédiat. Et c'est ciblé sur les personnes qui sont les plus vulnérables.

Q - Déjà deux vagues.

R - Déjà, exactement. Vous avez raison de le rappeler. Ça avait été annoncé par la ministre en charge, justement, du dossier, Maud Bregeon, et par le Premier ministre, aider vraiment de manière ciblée les plus vulnérables, ceux qui sont affectés dans leur quotidien par cette hausse, parce qu'ils prennent leur voiture pour aller au travail... parce que ce sont les personnes qui sont les plus dans le besoin et les plus affectées. Après, vous avez aussi comment est-ce qu'on agit sur le long terme. Par rapport à d'autres pays européens, par rapport à d'autres pays voisins, nous, on n'a pas de pétrole, on n'a pas de gaz, mais on a de l'énergie nucléaire, on a la possibilité d'électrifier encore davantage et donc de se rendre moins dépendants. Vous savez que vous avez un éternuement au Moyen-Orient, nous, on attrape un rhume.

Q - Ça, c'est le point d'électrification qu'a proposé le Premier ministre, mais qui est du moyen et du long terme. Et qui est important. Bien évidemment, mais aujourd'hui, les Français ont fait eux-mêmes le choix de moins consommer en se déplaçant moins, ce qui pose un problème de recettes fiscales. Et puis, on a vu hier les bénéfices de Total, plus de 50% sur le trimestre par rapport au premier trimestre 2025. Est-ce que l'idée de taxer les super-profits pétroliers fait son chemin ? Le Premier ministre a dit qu'il n'y était pas forcément posé. Et Maud Bregeon a dit dans le compte-rendu du Conseil des ministres... On ne ferme la porte à rien. Est-ce que cette porte-là est entrouverte par le gouvernement ?

R - C'est effectivement ce qu'a dit la porte-parole du gouvernement et le Premier ministre. Mais ce qu'il faut regarder, c'est l'efficacité des mesures qui pourraient être mises en place et surtout leur pérennité. Parce que ce que l'on voit, c'est que cette crise peut effectivement durer et que d'autres crises peuvent nous affecter tant qu'on ne prend pas ces mesures de moyen et long terme qui sont absolument essentielles, même si, vous l'avez dit, cela prend plus de temps. Donc il faut vraiment avancer en parallèle...

Q - On va avoir un problème de recettes, puisque si les Français consomment moins, il y a moins de rentrées de TVA, par exemple sur le carburant. Est-ce que le gouvernement n'a pas la crainte d'avoir un problème de recettes fiscales ?

R - Et vous avez annoncé les chiffres de la croissance qui sont un peu différents de ce que l'on avait prévu.

Q - Voilà, prévision à la baisse, l'inflation revient et la charge de la dette qui augmente aussi.

R - Vous devez prendre en compte évidemment tous les facteurs. Vous avez raison de parler de la charge de la dette qu'on a tendance à oublier lorsqu'on n'est pas en plein débat budgétaire. Donc il faut prendre tout cela en compte. C'est pour ça qu'on doit être aussi attentifs aux aides que l'on peut donner. Il faut les cibler, il faut qu'elles soient utiles. Et de la même manière, toutes les taxations supplémentaires, toutes les mesures supplémentaires qui pourraient être envisagées et éventuellement prises doivent être faites en regardant leur efficacité. Et il faut aussi, et le gouvernement le fait déjà très fortement, s'assurer qu'il n'y ait pas d'abus. Queue réellement, il n'y ait pas d'augmentation des prix dû à la crise qu'il n'y ait pas de « profiteur » de cette crise et c'est le cas. 

Q - Est-ce que Total est considéré par le gouvernement comme un profiteur de crise ? 

R - Non, à ce stade ce que l'on constate, c'est les chiffres qui ont été annoncés et la nécessité justement de mieux distribuer les potentiels gains d'une crise. Mais à ce stade, ce lien de causalité n'a pas été établi. Comme l'ont dit à la fois la porte-parole du gouvernement et le Premier ministre, ce qu'il faut, c'est étudier la situation, ne rien s'interdire, mais en même temps, encore une fois, rester sur l'efficacité des mesures et surtout ne pas stigmatiser. Vous savez, on est dans un contexte de crise, de guerre d'ailleurs, avec des gens qui aujourd'hui souffrent. De là où je vous parle, au Quai d'Orsay, on s'occupe surtout beaucoup des populations civiles, de la protection des Français et des solutions diplomatiques. Donc, de la cause de ces problèmes que l'on ressent aujourd'hui sur notre territoire. Je pense qu'il faut aussi, de manière générale, et dans le débat public, ne pas se pointer du doigt, ne pas cristalliser un débat lorsqu'on a vraiment besoin de trouver des solutions pour les Françaises et les Français dans un contexte difficile que vous avez rappelé.

Q - On verra comment le gouvernement répond au président de la République. On verra s'il y a des nouvelles réponses à la crise. Votre actualité du moment, c'est le G7 du développement. Parmi les thèmes abordés, il y a lutter contre la crise au Moyen-Orient au niveau des crises alimentaires. Est-ce que vous pouvez nous en dire un mot sur ce sujet-là ? Parce que bien évidemment, c'est lié à l'actualité qu'on vient d'évoquer.

R - Tout à fait. On a pu organiser hier une session sur la question de l'impact de la crise au Moyen-Orient, notamment sur les systèmes alimentaires. 45 millions de personnes qui sont dans un risque immédiat de sombrer dans une insécurité alimentaire aiguë du fait de la crise au Moyen-Orient. Pourquoi ? Parce qu'il y a la question des engrais qui ne sont pas produits localement dans de nombreux pays.et qui aujourd'hui ne peuvent pas transiter par le détroit d’Ormuz. Alors il faut apporter des réponses, rendre ces pays beaucoup plus résilients. Et c'est d'ailleurs le sens de cette ministérielle du G7 sur le développement : c'est comment est-ce que l'on s'assure que les pays qui reçoivent cet investissement dans le développement construisent des politiques durables, stables et ne sont pas dépendants de l'aide étrangère, de l'investissement étranger.

Q - Vous voulez dire que ça déséquilibre toutes les économies. Donc le développement, ce n'est peut-être pas le bon mot, c'est de se défendre contre cette crise. Ça, est-ce que vous en parlez pendant ?

R - Vous avez raison de lier développement à la défense. D'ailleurs, nous le faisons. Et vous savez, le fait d'avoir une ministérielle sur le développement dans le contexte actuel avec des pays du G7 qui ont des positions extrêmement divergentes, notamment sur ce conflit, notamment sur la question du développement, sur l'essence même de cet investissement, ce n'était pas du tout une évidence. Et nous, on a réussi à le faire. On réussit aussi à avancer avec un communiqué conjoint. Il n'y en avait pas eu depuis deux ans et pour cause parce qu'il y avait des divergences au sein du G7. On a réussi aussi à le faire avec les Américains, malgré nos divergences de points de vue. Je pense à la une du Point d'il y a une semaine où on disait que la France ne pèse plus rien à l'international. Ce n'est pas vrai. On a justement ce leadership à l'international parce qu'on arrive à regrouper des pays qui ont des vues différentes sur l'essentiel, c'est-à-dire investir et agir pour les populations qui aujourd'hui souffrent de cette crise dont on parle.

Q - C'est vrai qu'on regarde de quelle manière la France peut peser sur le conflit. Donc avec peser sur l'international, ce n'est pas simplement le conflit au Moyen-Orient ou en Ukraine. Ça, c'est clair. Mais c'est vrai que c'est assez compliqué de voir un peu quel rôle peut jouer la France. Et puis, je vais vous parler d'une échéance qui n'a échappé à personne. C'est la présidentielle dans un an. Gabriel Attal fait un meeting le 30 mai. On pense peut-être qu'il va lancer sa campagne. Vous, vous avez été longtemps porte - parole du parti Renaissance. Gabriel Attal, c'est votre candidat pour 2027.

R - Du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale, oui. À ce stade, je pense qu'il faut vraiment se concentrer sur les urgences que l'on doit gérer, notamment on parlait du prix du carburant, de l'évolution aussi de nos comptes publics et puis surtout de répondre aux attentes des Français. Le Premier ministre parle justement de cette question du logement, revient sur les sujets essentiels. Évidemment que la présidentielle est importante, évidemment qu'il y a une forme de pré-campagne avec de nombreux candidats qui d'ailleurs présentent leurs programmes, leurs idées et c'est sain dans la mesure où à la fin on peut se retrouver derrière une ou un candidat dans cet espace qui est le centre, qui lutte contre les extrêmes, qui aujourd'hui polarise le débat, notamment en matière de développement. Et c'est regrettable parce que c'est vraiment des sujets sur lesquels on doit pouvoir se retrouver et dans lesquels on peut aussi être fiers d'être français.

Q - Vous ne m'avez pas répondu sur Gabriel Attal.

R - Je ne vous répondrai pas sur les candidatures à ce stade. Comme vous avez compris, ce n'est pas mon sujet aujourd'hui.

Q - Merci beaucoup d'être venue sur le plateau de France Info ce matin.

R - Merci.

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