Entretien d'Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, avec France Info Politique étrangère Interventions médias Le : 10 août 2026 Q - Bonjour, Éléonore Caroit. R - Bonjour. Q - Merci de nous rejoindre ce matin. La France n'est pas le seul pays concerné par les feux qui font rage partout en Europe : Italie, Espagne, Hongrie, Roumanie, Grèce, encore en plein pic touristique, mais aussi les États-Unis. Vous êtes chargée des Français de l'étranger. Est-ce qu'il y a, à l'heure où l'on parle, des compatriotes, des Français qui sont en difficulté ? R - Il y a 24 heures sur 24, tous les jours de l'année, une cellule au Quai d'Orsay qui liste les dangers potentiels auxquels sont exposés nos compatriotes, qu'ils soient en vacances ou qu'ils soient habitants à l'étranger. C'est le Centre de crise et de soutien du Quai d'Orsay. On voit qu'il y a des feux, il y a aussi des inondations, il y a toutes sortes de difficultés. Q - Des canicules. R - Des canicules, etc. Et donc nous, nous avons en lien les ambassades, les consulats, les îlotiers, tout notre maillage consulaire qui nous permet de donner des informations aux Français à condition qu'ils fassent deux choses : s'ils habitent à l'étranger, qu'ils s'inscrivent au Registre des Français de l'étranger et s'ils partent en vacances, qu'ils s'inscrivent sur le Fil d'Ariane. Et je le dis, et je suis heureuse de pouvoir le répéter ce matin, avant de partir en vacances, inscrivez-vous sur le Fil d'Ariane, ça prend deux minutes. Si vous êtes dans un endroit où il y a un risque d'incendie notamment, mais tout autre risque, naturel, politique, etc., vous aurez des informations en temps réel pour vous permettre de réagir. Q - Est-ce que tout va bien pour eux ce matin, les Français qui sont à l’étranger ? R - Il faudrait demander très précisément ce matin au Centre de crise, mais globalement, oui. Globalement, nous n'avons pas de Français dans des situations exposées à des incendies notamment, à notre connaissance et au moment où je vous parle. Encore une fois, il faudrait revérifier ce matin parce que c'est des informations qui sont mises à jour avec énormément de régularité. Q - Autour de Madrid notamment. R - Exactement, exactement. Donc c'est vraiment une information qui est mise à jour tout le temps. Et c'est pour ça que le message important pour nos compatriotes, c'est évidemment, partez en vacances, évidemment... Q - Mais vous ne déconseillez pas certaines destinations ? R - Alors ce qu'il faut faire, c'est regarder la page des Conseils aux voyageurs. Parce que ce n'est même pas pays par pays, c'est zone par zone. Vous pouvez avoir des zones qui sont déconseillées formellement. On ne peut pas interdire aux gens de partir là où ils le souhaitent, mais il y a des zones où vraiment on vous conseille de ne pas vous déplacer. Et d'autres, dans certains pays, où vous pouvez aller sans aucun problème. Donc c’est la page Conseils aux voyageurs du Quai d'Orsay, mise à jour extrêmement régulièrement, qui vous donne ces informations. Q - Éléonore Caroit, ces derniers jours, on a reçu l'aide de beaucoup de pays européens, une douzaine de pays européens, des Turcs, des Ukrainiens également, qui sont venus en soutien aux pompiers en Gironde. Vous diriez que ça a été déterminant dans le combat contre les flammes ? R - Nous avons vu effectivement une solidarité européenne d'une très grande ampleur et un mécanisme européen qui fonctionne très bien, il faut le dire, parce que quand l'Europe nous vient en aide et quand... Q - Le mécanisme de protection civile qui est géré par la Commission européenne. R - Exactement. Qui est géré par la Commission européenne et nous avons contribué par le passé, l'an dernier, et l'année d'avant, à ce mécanisme en envoyant des pompiers français, du matériel français à des pays européens qui en avaient fait la demande, qui en avaient besoin. Et cette année, nous l'avons activé, nous avons effectivement reçu de l'aide de nombreux pays européens. Et on voit bien que ça permet une mise en commun de moyens et un déploiement efficace qui nous permet de réagir. La saison des incendies n'est malheureusement pas terminée, vous le disiez il y a un instant. En France, elle est très largement stabilisée, mais nous restons très attentifs. Et donc ce mécanisme est précieux, effectivement. Q - Mais ce mécanisme, si à l'avenir, les feux simultanés continuent et se multiplient, si en même temps la Grèce brûle, l'Espagne brûle, la France brûle, est-ce que ce système pourra tenir le choc ? Est-ce qu'il ne faudrait pas se poser la question de notre souveraineté, nous nationale, sur notamment la production de Canadairs ou sur le matériel des pompiers ? R - En fait, une chose n'exclut pas l'autre. C'est-à-dire que la question de notre souveraineté en matière de protection et de lutte contre les incendies, cela fait des années qu'on se la pose et qu'on y répond. C'est la raison pour laquelle nos moyens sont passés de 450 millions d'euros à environ 800 millions d'euros sur cette question vraiment de la protection des incendies. C'est la raison pour laquelle on met un milliard dans la protection civile. C'est la raison pour laquelle notre flotte d'ailleurs a cru considérablement. Q - Mais il y a du retard dans la commande de certains Canadairs, c'est la polémique qui a animé ces dernières semaines… R - Oui mais je vais vous dire, même si on avait eu tous les Canadairs, à un moment donné, lorsque vous faites face à des feux de cette ampleur, avec cette convectivité, avec ces vents qui en fait font que le feu s'auto-alimente, vous n'avez pas les moyens nécessaires seuls. C'est pour ça que la coopération internationale est absolument essentielle. Q - Oui mais c’est une histoire aussi de planification, parce qu'on savait que les commandes, la production de bombardiers d'eau a été stoppée pendant dix ans, ça a repris au Canada, mais ils sont sursollicités. On sait que ça prend du temps, on le savait ce calendrier, on le connaissait. R - Je sais que beaucoup, notamment des responsables politiques, se focalisent sur la question des Canadairs parce qu'ils cherchent une polémique alors que c'est un moment qui appelle à l'unité nationale et c'est un moment qui d'ailleurs a montré qu'il y avait une véritable unité nationale et qu'il y avait une véritable réponse. Contrairement à d'autres pays, y compris européens, il n'y a pas eu de victimes civiles de ces incendies d'une force qu'on n'avait jamais vue sur notre territoire. Q - Il y a eu quatre pompiers décédés, volontaires. R - J'allais y venir et j'allais justement exprimer mon soutien très sincère et mes remerciements et ceux de la Nation aussi pour ces quatre pompiers volontaires. Mais vous vous rendez compte, on a déplacé 220.000 personnes sans heurt, sans mouvement de panique. On est en train maintenant de permettre à ces personnes de rentrer chez elles. Il y a énormément de choses qu'on peut améliorer, évidemment, mais on a vu que cela fonctionnait. On a vu que l'État répondait, notamment lorsqu'il y avait des besoins, notamment lorsqu'on avait une crise inédite. Maintenant, pour répondre à votre question, il y a deux choses qui sont différentes. Il y a la question de comment est-ce qu'on se prépare, et on se prépare toujours plus, notamment en mettant des moyens, en permettant à un nombre suffisant de pompiers d'être disponibles. Là, on a vu, les pompiers se sont relayés, il n'y a pas eu de manque ou de pénurie de pompiers. 95% des opérations se font sur terre. Ensuite, on voit la question de la réponse aérienne. Il y a eu effectivement toutes ces polémiques… Q - Qui est indispensable. R - …qui est indispensable. Et sur le fait que tous les Canadairs ne marchaient pas en même temps, les flottes aériennes, elles ont toujours... Q - Des temps de maintenance aussi qui sont extrêmement longs. R - Des temps de maintenance qui sont importants. Sur la question d'en commander davantage, de prévoir, de continuer à prévoir parce que les feux s'intensifient, évidemment. Mais de se dire que la France aurait un déficit de souveraineté en la matière, c'est un faux procès. C'est un procès qui est fait à des visées surtout électoralistes. Q - Et le déclic-là, il est aussi arrivé chez nos voisins européens ? En termes de commandes, est-ce qu'on commande plus ? Est-ce qu'on commande d'autres appareils ? Est-ce qu'on essaie d'aller voir ailleurs ? R - Nos voisins européens sont comme nous en train de faire face à des situations qui sont d'une violence extrême et inédite en réalité, mais qui sont appelées à se reproduire parce que les causes profondes, c'est le réchauffement climatique. Et si vous le souhaitez, nous pouvons venir un peu sur notre diplomatie climatique qui est un point essentiel. Sur cette question-là, évidemment que les pays européens y répondent. Nous avons utilisé un avion militaire, un A400M, qui est un avion qu'on utilise aussi pour évacuer des Français lorsqu'ils sont dans des situations de difficulté. Q - Et pour le transport de troupes effectivement. R - Et pour le transport de troupes. Et là, on a pu le transformer et ça a permis... Q - Pour larguer du produit retardant. R - Exactement. On est tous devenus spécialistes des incendies et c'est important parce que c'est un sujet qui concerne un grand nombre… Q - Mais là encore, La France insoumise et le Rassemblement national vous ont reproché de trop attendre pour mettre en place cet A400M sur les feux de forêt. R - En réalité, La France insoumise et le Rassemblement national étaient observateurs d'une situation et commentateurs d'une situation. Alors qu'on voit que tous les Français, que ce soit les collectivités, l'État, les volontaires, tout le monde s'est mobilisé. Et je pense que si cette situation est dramatique et que maintenant il va falloir reconstruire et que... Et d'ailleurs, mes pensées ce matin, elles sont pour les personnes qui ont perdu leur maison et qui pensent à tout ce qu'elles ont perdu et à tout ce qu'elles vont devoir reconstruire. Mais on regarde le bilan, on regarde... Q - Un coordinateur à la reconstruction sera d'ailleurs nommé prochainement, promettait ce week-end Sébastien Lecornu. R - Absolument, et c'est essentiel. Q - Quel sera son rôle ? R - Mais justement, de coordonner la reconstruction de ces territoires qui ont été affectés massivement. Q - Des forêts essentiellement. R - Des forêts essentiellement, mais aussi, vous le voyez sur le territoire, on a eu tout ce qui a été affecté par le feu. Comment est-ce que vous reconstruisez ? Comment est-ce que vous coordonnez pour vous assurer que chacun puisse au plus vite récupérer ses conditions de vie. Aujourd'hui, la question, c'est à la fois la prévention et la réponse. On doit y faire face de manière simultanée parce que la saison des feux, une fois encore, même si nos feux sont en ce moment maîtrisés, n'est pas terminée. Et donc, pour cela, il faut continuer à répondre. Mais ces polémiques sur le nombre d'avions déployés ou sur les décisions qui ont été prises, elles sont quand même généralement alimentées par les personnes même qui n'ont pas voté les lois qui nous permettaient d'augmenter les budgets et par ceux qui, aujourd'hui, se complaisent à voir les difficultés dont font preuve ces personnes sur ces territoires. Q - Éléonore Caroit, en Gironde, la plupart des évacués ont pu rentrer. Des campings ont rouvert hier soir, huit campings de Lège Cap Ferret. Est-ce que vous appelez, vous aussi, les touristes à revenir en Gironde ? N'est-ce pas trop tôt ? R - Absolument, mais pendant toute la crise, vous savez, il y avait des zones entières de la Gironde qui n'étaient pas affectées par les feux. Donc le message que j’ai transmis… Q - Mais la préfète de Gironde a dit à un moment donné « ne venez pas en Gironde ». Q - Et Serge Papin, ministre des Transports et Tourisme, a dit l'inverse juste après. R - Exactement. Q - Il y a eu un peu de cacophonie à un moment donné. R - Alors non, parce que ce qui est important, et c'est ce que je dis aux touristes étrangers qui nous posent la question, encore une fois, au Quai d'Orsay, on est en lien avec justement toutes ces populations qui souhaitent venir sur notre territoire et qui s'interrogent. Eh bien, c'est « regardez très précisément le lieu où vous souhaitez vous rendre en vacances ». Et c'est valable pour les Français, c'est valable pour les étrangers, c'est valable pour la Gironde, mais c'est valable pour d'autres départements, pour le Var. Regardez très précisément si la zone où vous souhaitez vous rendre est affectée, quel est le risque. Là encore... Q - Il y a les fumées, c'est compliqué aussi de dire aux gens de revenir sans que l'on sache vraiment les conséquences des fumées. R - On a évacué un nombre record de personnes, y compris des personnes qui se demandaient pourquoi elles étaient évacuées alors que leur village, leur lieu de villégiature n'étaient pas touchés. On a été extrêmement précautionneux justement en gardant à l'esprit notre boussole qui est la protection et sauver les vies humaines et puis justement ne pas prendre de risques aux populations civiles. Ça a été le cas jusqu'à présent. J'espère que ça sera le cas et on continuera à appliquer tout ce principe de précaution. Q - Éléonore Caroit, beaucoup de touristes étrangers ont renoncé à venir en France ? R - C'est difficile de vous donner des chiffres aujourd'hui, mais on voit que beaucoup se sont posés la question, nous ont posé la question, ont changé aussi de région, ont déplacé ou décalé leur venue en France. Nous espérons qu'ils viendront. Encore une fois, l'été n'est pas terminé. C'est une saison qui est importante pour nos territoires, pour nos commerçants. Nous sommes une nation touristique et nous sommes une nation qui, très globalement, est en mesure d'accueillir aujourd'hui ceux qui souhaitent la visiter. […] Q - Éléonore Caroit, ministre chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger est notre invitée jusqu'à 9 heures. Est-ce que le bilan d'Emmanuel Macron en termes de lutte contre le réchauffement climatique est à la hauteur ? R - Écoutez, le bilan de personne aujourd'hui n’est à la hauteur lorsque l'on voit que le réchauffement climatique est une réalité. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est que la France n'a pas à rougir de sa politique climatique, et notamment à l'international. Alors que d'autres pays choisissent de nous dire que le changement climatique est une invention, alors qu'au sein même de notre pays, vous avez des partis politiques qui le contestent, nous avons tenu et nous tenons dans toutes les instances internationales un discours en faveur du climat et même des actes et des actions concrètes. Je vous donne un exemple, et ça c'est aussi un travail entre les parlementaires et le gouvernement, la ratification du traité sur la haute mer qui permet de protéger toute la mer qui n'est pas dans les zones économiques exclusives, donc en fait le principal régulateur des températures et du climat, parce que quand on parle de la mer, c'est le principal capteur de carbone. Ce type de traité, normalement ça met une dizaine d'années, une quinzaine d'années pour entrer en vigueur. Grâce à l'action diplomatique de la France et c'est reconnu par tous les pays à travers le monde, il est rentré en vigueur et il va pouvoir s'appliquer. On aura la première COP océan avec des mesures très concrètes de protection de la biodiversité marine et justement d'action sur cette régulation du climat. Q - Ce sera à New York au mois de janvier. R - Exactement. Q - Mais en France, il y a eu quand même énormément de renoncements, Éléonore Caroit, les ZFE, les zones à faible émission, finalement annulées alors que Monique Barbut, la ministre de la Transition énergétique, les jugeait essentielles. Il y a eu le gel du fonds vert pour les collectivités. Elles s’en sont beaucoup émues. Les allers-retours sur Ma Prime Rénov’ pour aider les ménages à rénover leur logement mal isolé. Ça fait beaucoup de renoncements quand même. R - En fait, là, vous parlez de mesures de soutien à la transition, à l'adaptation climatique. Q - Qui permettent à la population de s’adapter. R - Et la raison pour laquelle certaines ont dû être mises à l'écart ou, disons, arrêtées momentanément, ça a à voir avec un débat parlementaire compliqué, des groupes justement qui s'y opposaient, des choix qui ont été faits, des choix budgétaires notamment. Q - Donc vous remettez la responsabilité sur le Parlement ? R - Non, non, non. Je suis une ancienne parlementaire, donc je sais très bien comment ça se passe. Ce que je veux vous dire, c'est que les actions profondes pour changer notre mix énergétique, c'est ça vraiment qui va avoir un impact sur nos émissions et sur le climat, les actions profondes pour changer nos habitudes alimentaires, la loi EGalim, l'interdiction des plastiques à usage unique, toutes ces choses dont on ne parle plus, dont on ne parle pas assez, ce sont des mesures concrètes qui ont un effet. Aujourd'hui, si vous voulez parler du climat et si vous voulez voir comment est-ce qu'on agit réellement sur le climat en France et à l'étranger, il faut regarder ce qui est fait à l'international parce qu'aucun pays seul ne peut agir sur le climat. Tout ce que vous dites est tout à fait vrai et je suis de celles qui sont favorables à revenir sur ces mesures, à continuer à soutenir, à aider nos agriculteurs, les ménages, les Français à accélérer cette transition, à leur donner aussi un coup de pouce pour pouvoir faire les investissements nécessaires pour pouvoir acheter un véhicule électrique, pour pouvoir rénover leurs logements, pour les rendre, disons, plus adaptés. Mais si on parle vraiment du climat, si on parle vraiment des causes profondes de ce qui fait qu'aujourd'hui, vous avez des feux de forêt de plus en plus spectaculaires, il faut regarder ce que l'on fait à l'international. Et là, encore une fois, je vous le dis, la France est l'un des pays pionniers en la matière qui embarque les autres. J'étais à la Banque mondiale il y a quelques mois, justement, pour maintenir les objectifs climat du principal bailleur international. Je peux vous dire qu'on n'est pas beaucoup de pays à avoir cette position-là. Les accords de Paris, c’était à Paris. Q - Et pourtant des spécialistes, Éléonore Caroit, comme Jean Jouzel, explique dans Sud-Ouest qu'Emmanuel Macron « a entubé tout le monde ». C'est un expert et ce sont des mots extrêmement forts. R - Écoutez, je n'ai pas l'interview à laquelle vous faites référence, je n'ai pas lu Sud-Ouest aujourd’hui. Q - Il dit qu'on n'a repris aucune des préconisations du Conseil citoyen sur le climat. R - Écoutez, je pourrais vous donner la liste et ce n'est pas l'objet… Q - De la Convention citoyenne. R - De la Convention citoyenne sur le climat. Mais sur les mesures qui ont été prises, je ne vais pas vous faire tout le bilan d'Emmanuel Macron et des différents gouvernements qui se sont succédés. Mais ce que je peux vous dire encore une fois, parce que vous me posez la question des effets sur le climat… Q - Mais n’y-a-t-il pas un retard sur les promesses qui ont été faites ? L'électrification du parc automobile, les centrales à charbon qui devaient fermer à l'horizon 2022, ce n'est toujours pas le cas aujourd'hui. R - Et sur les renouvelables et sur l'utilisation du nucléaire et sur... Regardez les pays européens, regardez nos pays voisins et regardez où nous en sommes. Moi, je ne vais pas vous dire ici que tout va bien et qu'il n'y a plus rien à faire et que nous, finalement, on a fait notre partie, on a pris notre responsabilité. Ce n'est pas vrai. La situation est tellement grave qu'il faut que tous les pays, y compris ceux qui font le plus, accélèrent. Maintenant, est-ce que la France a une politique basée sur la science ? Est-ce que la France écoute justement les scientifiques ? Est-ce que nous sommes, par exemple, à l'origine du sommet Une seule santé dans lequel on montre que la santé environnementale a un impact direct sur notre santé humaine et où on prend des orientations pareilles au niveau international sur le sujet ? Est-ce qu'on s'intéresse aux forêts à l'international ? Q - Est-ce que la France écoute les scientifiques ? Dans la loi agricole, Éléonore Caroit, très décriée, il y a un amendement qui réintroduit deux pesticides, critiqués, dénoncés par les scientifiques, sous dérogation, je le rappelle, avec aval de l'ANSES. Huit associations, ONGs et la Confédération paysanne soutiennent les recours déposés aujourd'hui par des parlementaires devant le Conseil constitutionnel sur la loi d'urgence agricole justement pour la faire censurer. Est-ce que vraiment on écoute les scientifiques ? R - Alors on écoute les scientifiques lorsqu'ils nous disent quels sont les impacts encore une fois de nos politiques sur le climat. Je ne vais pas rentrer dans le détail de la loi agricole qui comme vous l'avez vu... Q - La pression des agriculteurs était trop forte ? R - Non, ce n'est pas ça. Il y a une question aussi de temporalité, il y a une question aussi de logique dans un marché européen dans lequel vous avez des produits qui utilisent ces mêmes pesticides qui sont introduits. Vous avez une question de concurrence déloyale, vous avez une question de... En fait, vous devez prendre ces sujets-là, non pas à l'échelle nationale, mais à l'échelle européenne ou à l'échelle internationale, parce que vous avez aussi une question de justice à l'endroit de nos agriculteurs, à l'endroit de ceux qui produisent à manger. Si vous me posez la question, et si vous regardez les votes que j'ai pu faire lorsque j'étais justement parlementaire, vous verrez quelle est ma position. Mais aujourd'hui, il faut aussi avoir un calendrier qui soit réaliste, qui soit respectueux de nos agriculteurs et qui nous permette aussi de faire les choses progressivement et surtout de ne pas créer de situations qui puisse être perçues comme étant des injustices. Q - Le gouvernement, justement, est en train de plancher sur le budget pour 2027. Est-ce qu'il y aura des coupes ? Et vous savez dans quel secteur ce sera le cas ? R - Le gouvernement planche sur le budget sur 2027. Le Premier ministre a eu l'occasion, notamment dans l'interview qu'il a donnée ce week-end, de montrer quelles étaient nos priorités, notamment en matière de protection civile, notamment en matière de reconstruction. Q - On ne sait pas encore où seront faites les économies. R - Parce qu'en réalité, le gouvernement propose un budget et dans une situation comme celle que nous avons aujourd'hui, avec un grand éclatement de groupes à l'Assemblée nationale, avec toujours un risque de censure, avec la nécessité de composer avec toutes ces différentes sensibilités politiques, vous devez faire des choix. Faire des choix, ça nécessite de renoncer à certaines…. Q - Notre ministère sera touché, par exemple ? On sait notamment que l'aide publique au développement a été particulièrement touchée ces dernières années. R - L'aide publique au développement, après avoir connu une croissance très importante, a été particulièrement touchée, vous l'avez dit, au cours des deux dernières années… Q - Ce sera encore le cas l'année prochaine ? R - Je défendrai ces budgets parce que ce que l'on fait en matière d'aide publique au développement, ça a un impact direct sur notre sécurité, et notamment en matière climatique. J'étais à Montpellier il y a quelques jours. Vous avez l'IRD, le CIRAD, qui sont notamment financés par notre ministère et qui travaillent sur la résistance des plantes à l'autre bout du monde pour leur permettre d'être justement plus résistantes et plus résilientes lors de grands incendies. Et bien ça, ce sont des savoir-faire que nous obtenons lorsque nous soutenons des politiques à l'étranger et qui ensuite sont utiles sur notre sol. Pareil pour les maladies, pour la santé mondiale. On peut vous dire « à quoi ça sert de donner des vaccins en Afrique ? » ou « à quoi ça sert d'intervenir dans des crises qui sont lointaines ? ». On a bien vu en 2019 que finalement, tout ce qui touche à la santé, notamment lorsqu'on parle de zoonoses, lorsqu'on parle de maladies qui sont transmises par des animaux, elles peuvent également se retrouver sur notre sol. Là aussi, vous n'avez pas de frontières. Donc, ce que l'on fait en matière de développement est essentiel. Et lorsque vous avez Jordan Bardella, pour ne pas le citer, qui vous dit qu'on pourrait se passer d'être public au développement, ou Sarah Knafo, eh bien, clairement, on est dans un vrai déni. Q - Il n'y a aucune économie à faire sur ce poste-là ? R - Écoutez, sur ce poste-là, il y a un travail que j'ai entrepris et qui est fait aussi avec l'AFD, l'Agence française du développement, qui est d'avoir plus d'impact sur nos politiques, de faire des choix, parce que lorsque vous avez un budget qui a été divisé comme le nôtre, et de toute façon, il y a un certain nombre de politiques que vous ne pouvez plus faire. Il faut prioriser justement les secteurs qui impactent les Françaises et les Français. C'est ce que nous faisons. Q - On aimerait revenir sur ce qui s'est passé à Ceuta le week-end dernier, 60.000 migrants qui débarquent en quelques heures dans cette toute petite enclave espagnole située sur le territoire marocain pour repartir pour la plupart quelques heures plus tard. Le député européen du RN, Aleksandar Nikolic, était à votre place hier matin. Il accuse le gouvernement espagnol. […] Est-ce que le gouvernement espagnol a failli ? R - Le gouvernement espagnol, l'Espagne, a été victime d'une situation inédite, c'est-à-dire un afflux qui nous a tous surpris, on a tous vu les images. Maintenant, avant d'entrer dans le pourquoi est-ce qu'on en est arrivé là, j'aimerais quand même avoir une pensée pour toutes celles et ceux qui ont péri, parce qu'on a quand même 70 personnes qui ont péri dans cet épisode véhiculé par des fake news, instrumentalisation d'une décision d'ailleurs du tribunal suprême espagnol qui voulait qu'on ne pouvait pas renvoyer les migrants en caliente, c'est-à-dire à chaud. Mais on parle d'une enclave sur le continent africain, on parle de Ceuta et Melilla, ce sont des enclaves espagnoles sur le continent africain. Ce n'était pas des afflux de migrants qui arrivaient sur le continent européen. Et si ça fait partie de l'espace Schengen, il n'y a pas d'automaticité de l'arrivée de ces personnes sur le sol européen et sur le territoire Schengen. Ils ne peuvent pas passer les frontières. Il n'y a pas en fait une liberté de circulation comme lorsque vous, vous prenez l'avion pour vous rendre au Danemark ou lorsque vous prenez le train pour vous rendre en Espagne. Q - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Est-ce que le quai d'Orsay sait ce qu’il s'est passé ce matin ? R - Alors, toute la lumière sera faite sur ce qui s'est passé, sur pourquoi est-ce qu'à un moment donné, vous avez des dizaines de milliers de personnes qui se retrouvent à chercher à franchir, au péril de leur vie… Q - Est-ce que vous pensez qu’il y a une responsabilité du Maroc ? R - Je vais vous dire, aujourd'hui, je pense qu'on n'a pas tous les éléments sur ce qui s'est passé. Il y a clairement des passeurs. On voit qu'il y a des personnes qui réagissent et qui instrumentalisent des vies humaines. Et ça, il faut absolument le condamner. Il y a aussi des personnes qui ont cru. Donc il y a des personnes qui veulent migrer parce qu'ils veulent changer leurs conditions de vie, parce qu'ils considèrent qu'ils ont un avenir ou un espoir. Mais il y a surtout, et vous me posiez la question, est-ce que le gouvernement espagnol est responsable ? Ce que je vois, c'est que le gouvernement espagnol a été en mesure de renvoyer 96% des personnes qui avaient franchi l'enclave et qui étaient arrivées côté espagnol. Q - Est-ce que l'Union européenne est suffisamment armée ? C'est souvent la critique que fait l'extrême droite. R - Aujourd'hui, vous voyez que cet afflux de migrants qui aurait fait le beurre de l'extrême droite et qui d'ailleurs leur a donné de quoi commenter pendant cette première semaine du mois d'août, parce qu'on ne parle que de ça, et bien finalement, ça ne s'est pas traduit par un afflux de migrants en Europe. Ça nous permet justement de voir à quel point notre politique de frontières, notre politique européenne, comment Frontex fonctionne. Et on a vu surtout un pays voisin, un pays duquel on doit être solidaire, l'Espagne, qui a dû faire face à une situation extrêmement compliquée. Et encore une fois, des gens qui tout simplement ont péri en Méditerranée, ce qui est inacceptable en 2026. Q - Merci beaucoup, Éléonore Caroit, invitée du 8 : 30 France Info, ministre chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger.