Discours de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à l’occasion du dévoilement de la plaque « Patrimoine de la diplomatie » du Palais du Pharo Diplomatie culturelle Discours Le : 18 mai 2026 Mesdames et Messieurs les anciens ministres, nombreux à être avec nous aujourd’hui, Monsieur le Préfet, Monsieur le maire de Marseille, Mesdames et Messieurs les présidents du tribunal, du grand port, de l’Institut français, du groupe SOS un peu plus loin dans la salle, Je salue les consuls généraux, le gouverneur d’Alexandrie, Madame la maire de Casablanca, Monsieur le maire de Beyrouth, les maires adjoints de Gênes et de Naples, les élus qui sont présents parmi nous, pour ce moment qui est évidemment un moment d’amour, mais qui est aussi, au fond, et pour moi, un moment de démocratie. Vous allez comprendre en quelques mots ce qui nous a conduits à nous retrouver aujourd’hui, pour dévoiler dans quelques instants cette plaque qui indiquera à toutes celles et ceux qui auront le privilège de découvrir ce magnifique palais, qu’il fut, en plus d’être un lieu d’amour, un lieu de la vie. Parce que « la mémoire prend vie quand elle rejoint le citoyen », écrivait Pierre Nora, qui consacra une large partie de son travail aux lieux de mémoire de notre pays. Mettre en valeur le patrimoine de la diplomatie, c’est permettre aux Françaises et aux Français de mieux se l’approprier, de redécouvrir leurs régions et leur histoire. Dans les palais, les châteaux, théâtres, lieux de science et de culture, la diplomatie est partout, il nous suffit d’ouvrir les yeux. Alors ouvrons grand les yeux. Le ministère des Affaires étrangères, avec sa direction des archives, a engagé un long travail pour identifier, documenter et faire connaître les sites qui ont contribué, d'une manière ou d'une autre, à l'action étrangère de notre pays. Et pour ce faire, nous avons compté sur la mobilisation de tous les citoyens pour faire valoir le patrimoine qui leur est cher. Le choix des sites du patrimoine de la diplomatie n’est pas l’affaire de quelques-uns, tout le monde peut y participer où qu’il se trouve. Aujourd’hui, c’est bien une proposition citoyenne, celle d’un certain Benoît P., qui est à l’origine de la labellisation du Palais du Pharo. Preuve, s'il en fallait une, que les Affaires étrangères sont bien l’affaire de tous, car chaque Français est dépositaire d’un fragment de notre belle et longue histoire diplomatique. Chaque paysage, chaque ville, chaque rivage en garde la trace. Chaque génération en porte la responsabilité, et c’est à nous de faire vivre cet héritage. C’est pourquoi je suis fier, aux côtés des ministres, du maire de Marseille, de vous toutes et tous, de dévoiler aujourd’hui la plaque que nous apposerons au Palais du Pharo, qui devient le cinquième lieu labellisé « Patrimoine de la diplomatie », rejoignant d’autres lieux prestigieux : la bibliothèque Choiseul de Versailles, l’Hôtel du ministre au Quai d’Orsay - deux sites qui ont accueilli et accueillent aujourd’hui le ministère des Affaires étrangères -, mais aussi le château de Rambouillet, qui accueillit le premier G6, devenu G7, il y a 50 ans, à peu près jour pour jour, et le Palais de l’Europe, qui accueille à Strasbourg le Conseil de l’Europe. Cinquième site, avant que d’autres, des dizaines d’autres sur l’ensemble du territoire national, soient labellisés à leur tour. Cela a été rappelé, le Palais du Pharo fut imaginé par Napoléon III pour être la résidence de l’impératrice Eugénie. Surplombant le Vieux-Port depuis son promontoire battu par le mistral, le palais impressionne par sa silhouette imposante et symétrique, ses façades, ses baies en plein cintre, ses hautes fenêtres et bien sûr son fronton portant les armes de la ville. Cette construction monumentale traduit l’importance de Marseille dans la France du Second Empire. Et je veux dire et souligner là les correspondances qui existent entre ce bâtiment et celui de l’Hôtel du ministre qui fut érigé pour être le ministère des Affaires étrangères à peu près à la même époque. Outre le trésor architectural, c’est un lieu éminent de la diplomatie française que nous voulons mettre à l’honneur par cette labellisation. Car le Palais du Pharo s’est imposé comme un symbole de l’ouverture de la France sur l’espace méditerranéen. Les 3 et 4 novembre 2008, Madame la Ministre, Madame l’Ambassadrice, ces murs accueillirent le premier sommet de l’Union pour la Méditerranée, à l’occasion duquel les ministres des affaires étrangères de 42 pays membres se réunirent sous la présidence conjointe, Monsieur le Gouverneur, de l’Égypte et de la France. La même année, le Palais du Pharo fut le théâtre du sommet entre l’Union européenne et l’Inde, qui permit l’approfondissement d’une relation stratégique en matière commerciale, climatique, énergétique et technologique. En 2019, ce fut le Sommet des deux rives de la Méditerranée avec pour ambition celle du Président de la République de refonder une politique méditerranéenne plus inclusive. Ce sommet lança une dynamique qui nous a menés jusqu’à la Saison Méditerranée 2026 que nous lançons aujourd’hui ensemble. Le Palais du Pharo n’est pas seulement un lieu de passé, mais aussi et surtout d’avenir. « Pharo », en occitan, c’est le phare, qui guide les navigateurs pour les mener à bon port à travers la houle et les récifs. Il nous aide à garder le cap dans cette Méditerranée où les vents sont parfois trompeurs. « La Méditerranée est propre à la civilisation ; c’est la mer illustre et rayonnante éclairée à la fois, et dans tous ses recoins, par l’histoire et par le soleil. Toutes ses rives ont fait quelque chose et savent ce qu’elles ont fait », écrivait Victor Hugo, dans ses récits de voyage. Puissions-nous, et pour longtemps, garder le cap : celui de la paix et de la coopération entre les peuples, celui de la diplomatie. Et donc, d’une certaine manière, de l’amour aussi. Que vive la France, vive la Méditerranée et vive le patrimoine de notre diplomatie !