Discours de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, à l’occasion de la réouverture de l’Institut polonais de Paris

  • Pologne

  • Diplomatie culturelle

  • Relation bilatérale

Discours

Le : 18 mai 2026

= seul le prononcé fait foi =

 

Monsieur le vice-Premier ministre, cher Radek, 

Messieurs les ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les parlementaires, 

Madame la directrice de l’Institut Polonais de Paris, 

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Nareszcie ! Enfin ! 

Quelle joie de voir l’Institut polonais rouvrir ses portes au public après plusieurs années de travaux. Le voici de retour dans son siège historique, au cœur de Paris. 

1/ L’histoire franco-polonaise

L’Institut polonais, témoignage vivant de notre histoire commune. Une histoire qui a pour fils conducteurs la fidélité et la liberté.

Depuis la Grande Émigration, qui suivit l’insurrection de 1830, la France a accueilli des générations de Polonais :

Adam Czartoryski, qui transforma Paris en capitale de l’exil.

Frédéric Chopin, qui fit résonner l’âme de son pays dans chacune de ses mazurkas.

Adam Mickiewicz, qui rappela par ses poèmes qu’une Nation peut tout perdre sans jamais être vaincue. 

Tous se battaient pour la liberté, la culture et l’identité du peuple polonais. Et tous contribuèrent à façonner Paris. Ils créèrent la Bibliothèque polonaise, sur l’Île Saint-Louis. Ils s’établirent dans le quartier de la « Petite Pologne », ici dans le 8e arrondissement.

Et lorsque la Pologne fut une nouvelle fois privée de liberté, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, c’est à nouveau en France que les Polonais s’organisèrent pour entretenir la flamme de l’indépendance. 

C’est à Maisons-Laffitte, dans les Yvelines, que s’établit le quartier général de l’institut littéraire et de la revue Kultura. Un haut-lieu de la dissidence contre le totalitarisme. 

Permettez-moi de saluer la décision du Sénat polonais d’honorer en 2026 la mémoire du fondateur de Kultura : Jerzy Giedroyc. 

Permettez-moi aussi de rendre hommage à la mémoire d’un autre artisan de l’aventure de Maisons-Laffitte : le peintre Józef Czapski. Un homme qui, dans la noirceur du Goulag soviétique, organisait des conférences clandestines pour parler de Marcel Proust et conjurer ainsi la déchéance. 

C’est à Yssingeaux, en Haute-Loire, que le consul général de Pologne Wladyslaw Marcinkowski trouva refuge, en 1943. Il fut aidé par quelques résistants français, parmi lesquels mon grand-père, Noël Barrot. Depuis, l’histoire de nos deux familles est liée à jamais. 

Cette histoire de la dissidence, je sais que c’est aussi la vôtre, cher Radek. 

Celle de Solidarnosc, illustrée par les photographies de Chris Niedenthal que le public parisien pourra admirer ici, à l’Institut polonais, au cours des prochaines semaines. 

Celle d’un espoir qui se leva chez des dizaines de millions d’Européens vivant de l’autre côté du Mur. 

Celle de la réunification de l’Europe et de la construction de notre Union européenne. 

Celle d’un idéal de liberté que certains, dans les couloirs du Kremlin, voudraient éteindre. Mais cet idéal continue d’inspirer les peuples. Car les Européens veulent rester libres et maîtres de leur destin. 

2/ Le Traité de Nancy

Fidèles à cet idéal, nos deux États ont fait le choix d’approfondir encore davantage leurs relations, à travers le Traité signé le 9 mai 2025 à Nancy, par le Président de la République et le Premier ministre Tusk. 

Le premier sommet bilatéral organisé dans le cadre de ce traité s’est tenu il y a un mois. Le 20 avril, à Gdansk, ville symbole de courage et de combats. Berceau de Solidarnosc. 

La France et le Pologne ont fait ce choix – je cite – au nom de « leur fraternité d’armes et leur lutte commune contre les régimes totalitaires » ; « en partageant l’objectif d’une Europe plus sûre, souveraine, démocratique et unie ». Parce qu’elles portent ensemble une « responsabilité particulière pour l’avenir de l’Union européenne ».

C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de placer la coopération culturelle, éducative et scientifique au cœur de notre partenariat. Ce n’est pas un hasard si la journée de l’amitié franco-polonaise a été instaurée le 20 avril, jour de l’entrée au Panthéon de Marie Curie, en 1995. Née en Pologne, elle fut la première femme ainsi honorée par la République française, elle qui reçut par deux fois le Prix Nobel, de physique et de chimie.

Ce n’est pas non plus un hasard si le premier Prix Geremek de nos deux ministères des Affaires étrangères a été décerné à l’acteur et metteur en scène Andrzej Seweryn, sociétaire honoraire de la Comédie française. Au fond, Jules Verne avait raison : « Qui dit polonais dit français » !

3/ La Saison croisée

C’est parce que nous croyons à la force de la culture que nous avons décidé d’organiser en 2027 une Saison croisée franco-polonaise. Elle sera portée par l’Institut français, l’Institut Adam Mickiewicz et l’Institut polonais de Paris. Avec le soutien du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Culture, et d’un comité de mécènes dont je veux saluer le président, Slawomir Krupa. 

La dernière édition d’une saison polonaise en France a eu lieu il y a 22 ans. C’était en 2004, année de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne. Que de chemin parcouru depuis ! 

Notre Saison croisée permettra de renforcer le dialogue entre les sociétés civiles de France et de Pologne. 

Elle contribuera à éclairer notre réflexion commune face aux grands bouleversements du monde et aux enjeux de la guerre informationnelle.

Elle mettra en lumière la créativité et l'innovation de nos jeunesses. 

Elle valorisera l’importance de la culture, du savoir, de l’esprit critique au service de la cohésion sociale. 

Elle renforcera le projet européen que nous portons ensemble, fondé sur le respect des valeurs démocratiques et de liberté. 

Mesdames et Messieurs,

Alors que le Festival de Cannes bat son plein, souvenons-nous de ce que nous disait Andrzej Wajda : « l’art peut sauver le monde ». Pour gagner la bataille des récits dans laquelle nous sommes engagés, nous devons opposer à nos adversaires les armes de l’esprit. Celles de la culture.

Je suis certain que l’Institut polonais prendra toute sa part dans ce combat. En faisant mieux connaître la culture polonaise aux Françaises et aux Français, à Paris et à travers toute la France. Comme continuera à s’y employer l’Institut français de Pologne. Ensemble, nous écrirons une nouvelle page du partenariat exceptionnel qui lie nos deux pays.

Victor Hugo qualifiait la France et la Pologne de « deux sœurs qui ont lutté ensemble pour la civilisation européenne ». Cette lutte est toujours d’actualité, et vous pouvez compter sur Radek et moi pour la mener. 

Pour que vive l’amitié et la fraternité entre la France et la Pologne.

 

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