Discours de Jean-Noël Barrot à l'occasion de la neuvième édition du Concours des Jeunes ambassadrices et ambassadeurs Actualités du Ministère Discours Le : 19 mai 2026 Monsieur le Directeur des Archives, Mesdames et Messieurs les conseillers diplomatiques, les proviseurs, les principaux, les professeurs, les Recteurs, Mesdames et Messieurs, chers jeunes ambassadrices et jeunes ambassadeurs, Bienvenue au Quai d’Orsay, le cœur battant de la diplomatie française. En tant que jeunes ambassadrices et jeunes ambassadeurs, vous êtes ici chez vous. Cette maison, vous le savez, a vu se succéder des générations de diplomates qui, un peu comme vous, ont tout fait pour que le dialogue l’emporte sur la confrontation et sur la guerre. C’est dans ces murs qu'est signé le traité de Paris, le 30 mars 1856, mettant fin à la guerre de Crimée. Et c'est dans ces murs, dans la salle d'à côté, dans le salon de l'Horloge, que Robert Schuman prononce sa célèbre déclaration du 9 mai 1950, proposant de mettre en commun la production franco-allemande de charbon et d’acier, l’acte fondateur de la construction européenne. Un discours d'une minute trente, beaucoup plus court que celui que je vais prononcer, qui a permis de sceller la réconciliation entre les ennemis d'hier et transformer un continent déchiré par deux guerres mondiales en un espace de paix et de prospérité. Pour vous, qui êtes de jeunes ambassadeurs, cette déclaration est un exemple à suivre. Certains de ses passages résonnent encore aujourd’hui. Je pense à cette phrase que vous connaissez sans doute : « L’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre » ou encore celle-ci qui est un peu moins connue mais qui résonne avec une acuité particulière : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans les efforts créateurs à la hauteur des dangers qui la menacent. » Aujourd'hui encore, nous continuons à bâtir une Europe plus forte et plus souveraine. C'est d'ailleurs pour cela qu'en 2017, ce ministère a pris le nom de ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. À l’heure où le grand défi du siècle réside dans l'affrontement qui se met en place entre les États-Unis d’Amérique et la Chine, il nous revient tous ensemble de faire entendre la voix de l’Europe. Pourquoi ? Eh bien, pour défendre une vision du monde fondée sur le droit international, sur une certaine idée de l’homme et de la femme, sur la souveraineté des nations. Au fond, c’est ce qu’on appelle le multilatéralisme. Agir ensemble pour résoudre des problèmes d’envergure mondiale tels que le dérèglement climatique ou la protection des océans. C’est ce que nous avons fait à Nice, est-ce qu’il y en a d’entre vous qui viennent de Nice ? Félicitations à vous. Vous vous souvenez de ce qu’on a fait l’année dernière à Nice ? Non ? Vous n’êtes pas allés à (inaudible) ? Alors, à Nice, l’année dernière, nous avons accueilli la plus grande manifestation jamais consacrée à la préservation des océans. Et à cette occasion, nous avons permis l’entrée en vigueur du traité sur la haute mer, un espace qui couvre la moitié de notre planète, les deux tiers de l'océan, qui est un réservoir de biodiversité et qui est un puits de carbone, le principal, mais qui était jusque-là un espace de non-droit. Voilà un exemple concret de ce que nous sommes capables de faire grâce à la diplomatie et à sa créativité. En participant au concours des jeunes ambassadrices et ambassadeurs, vous avez pu découvrir certaines facettes du métier de diplomate. Et vous avez relevé un défi ambitieux, comprendre une époque lointaine, celle des années 30, et vous glisser dans la peau des ambassadeurs américain, britannique, soviétique, français présents à Londres en août 1938. Avec vos professeurs, que je remercie, vous vous êtes plongés dans des documents d'archives que vous avez su décortiquer. Ensemble, vous avez dialogué, défendu des positions souvent divergentes car la diplomatie, ce n’est pas uniquement discuter entre amis, c’est accepter de négocier, parfois avec des adversaires. Et pour ce faire, il faut trouver les mots justes, les arguments qui font mouche, il faut trouver des images suffisamment fortes pour marquer les esprits et emporter l'adhésion sans pour autant nier la complexité des situations et le besoin de nuances. Mais par-dessus toutes les qualités dont disposent nos ambassadrices et nos ambassadeurs, celles qui, à mon avis, distinguent ceux des grands diplomates qui ont changé le cours de l’Histoire, c'est la capacité à trouver en nous-mêmes la part d'humanité que nous allons mobiliser pour activer celle de l'autre, en étant capable de se mettre à sa place et de reconnaître en lui, tout adversaire qu’il soit, un semblable avec lequel nous partageons, malgré nos intérêts divergents, une part d'humanité commune. Grâce à ce concours, vous avez également pu comprendre comment la montée du nazisme avait affecté la Tchécoslovaquie et l'Europe toute entière. Les accords de Munich constituent un précédent tragique pour tous les diplomates. Car en 1938, les démocraties se sont couchées face aux prétentions territoriales, colonialistes et idéologiques du Troisième Reich. Elles n'ont pas su dire « non ». Elles n'ont pas réussi à arrêter la folie d'Hitler. On connaît la suite. Plus de 60 millions de morts et le plus grand génocide du XXe siècle. C'est un épisode de notre histoire que nous devons garder en mémoire. Il montre combien le métier de diplomate est exigeant et combien la compromission n'est jamais une solution. La paix est un travail de patience, de rigueur et de courage. Mais bien d'autres facteurs entrent en considération et malheureusement, la diplomatie n'est pas une science exacte. Doit-on pour autant baisser les bras ? La réponse est non. Gardons à l'esprit la chance que nous avons de vivre dans un pays libre et démocratique. Cette liberté, nous nous sommes battus pour l'obtenir. Mais elle n'est pas acquise pour toujours. C'est pourquoi nous ne devons pas relâcher nos efforts. La guerre n'est jamais loin. Regardez en Ukraine, à 2.000 kilomètres d’ici, une guerre d'agression se déroule sous nos yeux. Une guerre qui est l’expression du projet révisionniste de Vladimir Poutine, une guerre brutale et injustifiable qui doit cesser. La France, avec ses alliés, continue à se mobiliser pour mettre un terme aux combats et permettre les conditions d’une paix durable. Ici, au Quai d’Orsay, nous travaillons chaque jour pour soutenir le peuple ukrainien qui se bat héroïquement pour sa liberté et son indépendance contestées par Vladimir Poutine. En Europe, depuis 80 ans, nous nous sommes quelque part un peu habitués à la paix. Nous avions déposé les armes de l’esprit, il nous faut aujourd’hui les reprendre. Nous avions cru que chacun avait entendu le message pacifique de Robert Schuman. Il faut le porter à nouveau. Tous nos espoirs reposent sur vous, jeunes ambassadrices et jeunes ambassadeurs. C'est à votre génération qu'il appartient désormais à son tour de dire « non » aux logiques de confrontation, « non » aux logiques de blocs, « non » à la guerre. Et pour cela, il vous appartient de nouer des liens nouveaux avec les autres jeunesses du monde. N'ayez pas peur de faire un pas les uns, les unes, vers les autres. Dans quelques années, certains et certaines d’entre vous embrasseront peut-être une carrière de diplomate, vous serez peut-être même un jour ambassadrice ou ambassadeur de France, peut-être même ministre des Affaires étrangères. Vous devrez alors résoudre des problèmes d'une grande complexité, comme ceux que vous avez eu à traiter dans le cadre de ce concours, vous devrez négocier avec des États qui ne partagent toujours nos valeurs et auprès desquels nous devons défendre avec fermeté nos intérêts pour protéger les Françaises et les Français. J’espère que cette immersion vous aura donner le goût de la négociation, du dialogue et de la diplomatie. En tout cas, vous pouvez d’ores et déjà être fiers d’avoir participé à ce concours. Félicitations à vous toutes et tous. Félicitations pour vos efforts et votre curiosité qui vous ont permis de remporter le premier prix du concours dans vos régions respectives. Félicitations aussi à toutes celles et tous ceux qui vous ont accompagnés et guidés, au premier rang desquels vos professeurs. Votre succès, c'est évidemment aussi le leur. Vous pouvez les remercier. Je rends hommage avec vous au travail qu'ils accomplissent au quotidien, avec passion et dévouement, pour vous transmettre le savoir, pour former votre esprit critique. À l'heure des manipulations de l'information, c'est une nécessité vitale. Que soient également remerciés les préfets de région, les rectrices et recteurs, ainsi que les conseillers diplomatiques des préfets de région, qui nous ont permis de proposer cette initiative à la majorité des établissements scolaires du territoire national. Enfin, le meilleur pour la fin, je remercie vivement le directeur des archives et ses équipes qui conçoive[nt] et coordonne[nt] ce formidable concours depuis 2017. Par cette initiative à destination des jeunes, elle[s] [font] œuvre utile pour notre diplomatie d'aujourd'hui et celle de demain. Et puis, notre Académie diplomatique et consulaire qui nous permet de valoriser ce métier à nul autre pareil, je me réjouis de voir grandir cette jeune structure au service de tous les talents et j’espère vous compter un jour, chers ambassadrices et ambassadeurs, parmi les apprenants de notre Académie. En 2026, ce concours a réuni 6.300 participants dans neuf régions académiques. C’est un record et c’est aussi un message d’optimisme. Les jeunes s’intéressent de plus en plus aux relations internationales, au grand débat du monde, à la parole diplomatique. Oui, vous avez du talent et vous l'avez prouvé tout au long de ce concours. C'est pourquoi je vais maintenant laisser la parole à l’un des groupes de lauréats afin qu’il puisse jouer devant nous le dialogue qu’ils ont eux-mêmes mis en scène. Mesdames et Messieurs les jeunes ambassadrices et jeunes ambassadeurs, la parole est à vous.