Discours d’ouverture d'Éléonore Caroit lors de la réunion ministérielle du G7 développement G7 Discours Le : 04 mai 2026 Mesdames et Messieurs les ministres, Monsieur le Commissaire, cher Joseph, Chers collègues, C’est un honneur pour moi de vous accueillir à Paris pour la réunion des ministres du développement du G7. La France a succédé au Canada, il y a bientôt cinq mois, et en quelques mois, le monde a encore beaucoup changé. Il change de plus en plus vite. Lorsque nous nous sommes réunis tous ensemble il y a six mois à Washington, sous votre présidence, un certain nombre de crises n’avait pas encore eu lieu et donc il y a encore eu de grands changements. À notre époque il y a quelques faits nouveaux, radicalement, comme les nouvelles technologies, leurs possibilités et leurs dangers ; il y a surtout beaucoup de faits anciens qui ressurgissent, qui reviennent et qui s’accentuent. Le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité s’accélèrent. Les conflits armés se multiplient. Les pandémies ressurgissent. Les grands déséquilibres mondiaux s’accentuent. L’écosystème du développement est au cœur de ces bouleversements, car les pays en développement, plus vulnérables, sont en première ligne face aux crises. Par exemple, cinq ans après la pandémie [de Covid-19], plus d’un quart de nos partenaires en voie de développement n’ont pas rattrapé le niveau de revenu par habitant d’avant 2020. Il y aussi évidemment la question de la dette, dont les charges empiètent sur la capacité d’investir dans l’avenir. 3,4 milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent plus pour rembourser leur dette qu’en matière de santé ou d’éducation. Et face à ces défis et ces besoins croissants, les ressources concessionnelles publiques sont de plus en plus limitées. Vous le savez, l’APD mondiale a diminué de 23% en 2025. Et en même temps, les grands émergents assument un rôle croissant dans le financement du développement, avec des niveaux de responsabilités et d’engagement différenciés. Si l’on prend un peu de recul historique, on se rendra compte des bouleversements, des changements de paradigme, et la communauté du développement en a déjà connu quelques-uns. C’était le cas après la fin de la guerre, après les indépendances, après la guerre froide, après l’adoption d’agendas communs sur les objectifs du développement durable en 2015. L’important, c’est de percevoir et d’accompagner ces changements historiques. Et pour le G7, c’est l’opportunité de prouver sa capacité d’entraînement dans le monde de demain. Cette exigence a d’autant plus de sens qu’elle correspond aux attentes de nos partenaires, mais également de nos concitoyens. En France, 78% d’entre eux perçoivent la coopération internationale comme un investissement de long terme ; 77% estiment que la tentation du retrait aurait de fortes conséquences sur la gestion des crises actuelles. Et c’est notamment pour cela que le président de la République a placé les partenariats internationaux au cœur des priorités du Sommet du G7 d’Évian, qui se tiendra, comme vous le savez, chers collègues, du 15 au 17 juin prochains. Les transformations sont nécessaires, elles sont déjà en bonne voie. La France a, dès 2022, appuyé la réforme historique du groupe de la Banque mondiale, nous avons soutenu la création d’une troisième chaise africaine au Conseil d’administration du FMI et impulsé le Pacte pour la prospérité, les peuples et la planète. Nous avons, suite à la pandémie, et avec nos partenaires du G20, soutenu l’objectif de mobilisation de 100 milliards de droits de tirage spéciaux en faveur des pays qui en ont le plus besoin et l’objectif était alors atteint lors du Sommet pour un Nouveau Pacte financier mondial, organisé en juin 2023, à Paris. Nous avons aussi promu la mise en place et l’accélération du Cadre commun du G20 pour soutenir nos partenaires face aux poids de la dette. Enfin, la communauté internationale a conclu, il y a bientôt un an à Séville, un accord historique en faveur de la poursuite d’une réforme ambitieuse de notre architecture commune du développement. Mais quelle est la suite ? Nous devons maintenant réinventer le système, et ne pas nous contenter de celui dont nous héritons. Parce que le monde a, et je le disais en introduction, continué de changer. C’est pour cela que la France, avec ses partenaires du G7, défend et propose une nouvelle approche du développement, celle que nous voulons fonder sur des partenariats mutuellement bénéfiques. Et je parle de partenariats mutuellement bénéfiques, nous avons eu l’occasion d’en discuter entre nous, car nous voulons à la fois être attentifs aux besoins de nos partenaires, comme à nos propres intérêts. Les deux, d’ailleurs, convergent régulièrement, comme quand il s’agit de protéger nos biens communs, qui sont nombreux, la santé, l’éducation, la stabilité. Il y a quatre principes qui nous permettent de rechercher et de bâtir ces partenariats. Nous voulons faire consensus autour de ces principes. Le premier, c’est la souveraineté. Par le passé, certains pays sont tombés dans le piège de la dépendance à l’aide internationale. Et au contraire, nos investissements dans les pays en développement doivent contribuer à des trajectoires de croissance durables et souveraines. Cela implique de mobiliser des financements pérennes pour le développement, et donc, forcément, de mobiliser des ressources intérieures publiques. Ce sera essentiel, en particulier pour les secteurs moteurs du développement durable, comme la santé, l’éducation ou encore l’agriculture. Cela implique aussi d’aller chercher les capitaux privés, en particulier pour les infrastructures essentielles et stratégiques. Et c’est cette meilleure prise en compte de la souveraineté, des besoins propres à chaque pays, qui est une attente de nos partenaires. Nous devons y répondre en poursuivant nos efforts en matière de développement de capacités, d’évaluation des risques, d’instruments financiers innovants et de développement des chaînes de valeur locales. Le second principe que je voudrais mettre en valeur, c’est l’appui à la résilience des pays les plus fragiles. Pour reprendre les mots de la poétesse Gioconda Belli « la solidarité est la tendresse des peuples ». Mais, je l’assume, cet appui est aussi dans notre intérêt. C’est une question de stabilité et de sécurité mondiale. Quand une crise n’éclate pas, quand des trafics se tarissent, la communauté internationale est gagnante. La solidarité donc doit aller vers ceux qui sont exposés à l’extrême pauvreté, aux catastrophes naturelles, aux conflits et aux violences. Elle doit aussi aller vers les secteurs à la fois les plus critiques à cet égard, mais les plus éloignés des financements privés. Je pense en particulier, à la santé, à l’éducation, à l’enfance ou à la nutrition. Un troisième principe, dont j’espère aussi qu’il suscite le consensus, c’est l’efficacité. Ce d’autant plus quand les ressources sont plus rares, pour ne pas faire moins, il faut faire mieux. Faire mieux, cela consiste à regrouper nos efforts, et surtout à ne pas nous disperser. Nous devons renforcer la capacité de tous les acteurs du développement à travailler ensemble. Et je pense en particulier aux banques publiques de développement qui se réunissent aujourd’hui à Paris dans le cadre du réseau Finance en commun, j’y étais, vous le savez, pour identifier de nouvelles voies de coopération et d’harmonisation. Certaines d’entre elles nous rejoindront dans la soirée et nous pourrons évidemment échanger. Cette efficacité dépend aussi de l’appropriation des partenariats par les pays partenaires. Ils doivent être réellement bénéfiques, et donc fondés sur les stratégies définies par les pays partenaires. C’est pour cela que nous devons systématiser l’approche de la coordination par les pays, que l’on appelle « plateformes pays », comme principe essentiel de la coopération internationale. Cette exigence d’efficacité repose également sur celle de l’évaluation et de la redevabilité, envers nos partenaires mais également nos citoyens, afin de poursuivre les initiatives qui ont fait leurs preuves sur le terrain. Le dernier principe dont je veux vous parler, c’est l’esprit de réforme, la capacité d’un modèle à s’adapter et à refléter les réalités contemporaines, c’est sa faculté à répondre aux défis du siècle. En l’occurrence, il y a un chantier prioritaire. Il nous faut élargir notre approche du développement pour prendre en compte l’ensemble des acteurs et des flux en cause. D’une façon générale, nous arriverons à nous aligner à mesure que nous rendrons notre système plus inclusif. Nous avons commencé à le faire au sein des institutions de Bretton Woods. Nous devons poursuivre nos efforts, en particulier ici à Paris, au sein du comité d’aide au développement de l’OCDE. Et c’est dans cette même logique que le président de la République a souhaité faire de cette présidence du G7 une présidence plus inclusive. Si le G7 essayait de répondre seul aux défis de la communauté internationale, il n’atteindrait pas de bons résultats, et ce n’est pas grave, c’est normal. Le monde change et nous l’accompagnons. C’est pour cela que nous avons associé le Kenya, le Brésil, l’Inde et la Corée du Sud, à nos travaux, et que j’ai souhaité convier aujourd’hui également nos partenaires du Maroc et de la Côte d’Ivoire. Aujourd’hui et demain, chers collègues, des discussions importantes nous attendent. Je vous l’ai dit individuellement à chacun d’entre vous, j’espère faire de ces réunions du G7 les plus dynamiques possible, avec des échanges les plus spontanés possibles pour pouvoir justement trouver ces points de convergence. Durant toutes nos séquences, l’objectif ne sera pas d’étaler ce qui nous sépare, les points où nous ne sommes pas d’accord, mais de construire sur ce qui nous rassemble, aussi limités soient-ils, mais je pense que c’est beaucoup plus large que ce que beaucoup peuvent imaginer. Nous avons certes des divergences, qui sont parfois importantes, mais comme on dit, et je ferai exception à la francophonie, « we have sometimes to agree to disagree, and that’s fine », mais nous devons nous concerter sur nos lignes de convergence. Et elles sont, comme je le disais, beaucoup plus nombreuses que l’on ne le croit. Et donc je tiens à remercier, je l'ai fait publiquement à l'instant avec vous, mais à remercier très chaleureusement nos équipes qui sont ici présentes pour leur travail, pour leur esprit justement constructif, pour permettre d'avoir cette déclaration qui vous sera recirculée, mais que vous avez déjà tous vue et validée, qui permet justement de concentrer l'essentiel, c'est-à-dire ces points de convergence justement. Et nous nous réunirons ensemble au déjeuner pour évoquer avec le PNUD et la Banque mondiale les conséquences des crises au Moyen-Orient sur les pays les plus vulnérables et l'engagement du G7 pour répondre aux besoins les plus immédiats, mais aussi, à long terme, la coopération en faveur de la reconstruction. Nous travaillerons ensuite sur des partenariats mutuellement bénéfiques du G7 en matière d'infrastructures et échangerons avec la Banque européenne de reconstruction et de développement sur le soutien à l'Ukraine et la situation de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Nous poursuivrons nos échanges ce soir sur le financement souverain de la santé en prenant exemple des pactes nationaux de santé soutenus par la Banque mondiale. Demain, nous allons accueillir la première session ouverte, les principales fondations et philanthropies pour évoquer la contribution à cette nouvelle approche. Et nous aurons ensuite une discussion en format plus élargi avec les principales organisations internationales du développement sur l'efficacité des politiques de développement, sur la capacité des banques multilatérales de développement à travailler en système, sur les plateformes pays et sur la mobilisation des financements pérennes, domestiques et même diasporiques. Nous poursuivrons autour d'un point de réforme plus restreint avec les pays associés, la Banque mondiale, le PNUD et l’OCDE pour préparer le sommet d’Évian. Et enfin, nous clôturerons cette ministérielle avec un autre événement portant sur le soutien à la résilience des partenaires les plus vulnérables face aux catastrophes naturelles, notamment aux mécanismes d'alerte précoce et en particulier l'excellente initiative CREWS en présence des principales organisations du secteur. Alors vous avez vu et vous le savez, parce que vous aviez déjà vu le programme et vous l'aviez validé, Mesdames et Messieurs, chers ministres, chers collègues, un programme dense, riche, qui couvre, je le pense, tous les aspects sur lesquels nous avons discuté et travaillé ensemble au cours des derniers mois. Nous sommes à un tournant pour l'avenir du G7, pour l'avenir des pays dans lesquels nous investissons, pour l'avenir de la coopération internationale et du développement. Et l'histoire étant réellement en marche avec le G7, je suis convaincue que si nous agissons ensemble, nous pouvons écrire cette histoire ensemble, sur de très nombreux sujets, sur de très nombreux points. Le G7 sera scruté de près cette année. Les accords que nous trouverons ou non lors de cette ministérielle vont peser lourd pour la suite. C'est pour cela qu'une fois de plus, je pense que notre travail, notre attitude constructive et notre volonté de montrer les convergences est extrêmement importante. Nous avons des sensibilités divergentes, ça se sait, ça se voit. Chacun est libre de ses ambitions en matière de développement et heureusement. Mais ce qui est important, c'est aussi de montrer ces points sur lesquels nous pouvons travailler ensemble, ces livrables auxquels, je l'espère, nous allons aboutir. Et votre présence à tous aujourd'hui dans cette ministérielle du développement prouve l'importance que vous continuez d'attacher à ces sujets, la volonté de chacune et de chacun d'entre vous, des membres du G7, à faire vivre cette coopération internationale. C'est une grande responsabilité pour nous tous. Alors, je vous propose sans plus attendre d'engager nos travaux. Mesdames et Messieurs les ministres, chers collègues, merci beaucoup pour votre attention. Je vous promets, après, je ne lirai pas de statement. Merci à tous.