Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, lors de sa visite officielle au domaine national du château de Rambouillet

  • Politique étrangère

Déclaration à la presse

Le : 16 avril 2026

Bonjour à toutes et à tous. Je suis ce matin à Rambouillet, au château de Rambouillet pour porter un message simple : les affaires étrangères sont les affaires de tous. Jamais ce qui se passe au-delà de nos frontières, sans doute, n'a eu autant d'impact sur nos vies quotidiennes. Je pense notamment, mais pas seulement, au blocage d'Ormuz, dont nous subissons les conséquences dans nos vies quotidiennes. Les Françaises et les Français n'ont pas tellement envie d'être spectateurs de l'action internationale menée par la France. Ils ont envie d'avoir des cartes en main. 

La première raison de ma présence ici, c'est d'apposer un label sur le château de Rambouillet, le label « Patrimoine et diplomatie », et d'annoncer que 15 sites dans l'Hexagone et les Outre-mer ont été identifiés, notamment sur des propositions qui sont remontées du terrain pour être ainsi labellisés et être identifiables par nos compatriotes, par les Françaises et les Français, qui savent que la diplomatie ne se fait pas uniquement au Quai d'Orsay ou dans les ambassades, mais qu'elle s'est faite tout au long de notre histoire dans l'ensemble des territoires de la République. 

La deuxième raison de ma présence ce matin, c'est que le président de la République a voulu que la France, qui accueille le G7 cette année et qui le préside, en fasse une présidence ouverte, participative. Et donc 50 ans après la première réunion du G7, qui s'est tenue ici même, au château de Rambouillet, nous recevrons les groupes d'engagement, les groupes de la société civile qui travaillent depuis de longs mois pour contribuer, venant de chacun des pays du G7, aux travaux des dirigeants de ces sept pays. Qu'ils soient représentants des entreprises, représentants des universités, des mouvements de jeunesse, des mouvements féministes ou de défense des droits civiques, nous recueillerons aujourd'hui leurs propositions et leurs recommandations de manière à les intégrer dans nos propres réflexions et les déclarations qui, tout au long de l'année et singulièrement à l'occasion du sommet qui se tiendra à Évian au mois de juin, pour qu'ils reflètent ce que les citoyens attendent de leurs gouvernements et de leurs dirigeants. 

C'est donc une journée consacrée ici à Rambouillet, à resserrer les liens entre les Françaises et les Français, entre les citoyens d'une part, et la diplomatie, dans un monde où nous avons précisément besoin que ces liens soient de plus en plus forts.

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Q - Pourquoi le château de Rambouillet devait avoir ce label ?  

R - Le château de Rambouillet, c'est d'abord et avant tout le lieu où se retrouvèrent, il y a 50 ans, quasiment jour pour jour et pour la première fois, les six pays puis les sept pays du G7, ce groupe des démocraties industrialisées les plus avancées du monde qui, après le choc pétrolier de 1973, se sont résolues à débattre ensemble des solutions à apporter aux problèmes mondiaux. Il faut rendre hommage au président Valéry Giscard d'Estaing, visionnaire, qui a eu cette intuition de réunir dans un même lieu, le château de Rambouillet, il y a 50 ans, ces dirigeants, pour qu'ils puissent travailler à faire émerger des solutions communes aux préoccupations vécues et ressenties de leurs concitoyens.

Q - Concernant la situation internationale, les pourparlers Liban-Israël, quel est l'espoir de la France ?

R - D'abord qu'un dialogue de haut niveau puisse s'engager entre Israël et le Liban, c'est ce que nous souhaitons. C'est la demande que la France a faite au Liban comme à Israël. C'est la demande que j'ai portée moi-même à Jérusalem le 3 mars dernier auprès de mon homologue israélien et c'est la seule voie possible pour qu'un cessez-le-feu dont nous considérons qu'il doit impérativement couvrir le Liban puisse être consolidé dans ce pays qui a été meurtri par des guerres trop nombreuses et tout récemment par les frappes israéliennes massives qui ont ensanglanté le pays, qu'il puisse engager un processus ordonné de désarmement du Hezbollah, qui doit rendre ses armes à l'État libanais, puis qui permette de résoudre le différend qui oppose Israël et le Liban depuis des décennies.

Q - Vous avez parlé de l'importance du G7 comme une instance de dialogue. Vous avez expliqué à quel point la France compte sur la scène diplomatique mondiale. Justement, demain se tiendra une conférence co-présidée par la France et le Royaume-Uni pour restaurer la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz dans une mission pacifique et défensive. Vous pourriez vous en dire davantage sur cette mission ?

R - Chacun le voit, le blocage du détroit d'Ormuz a des conséquences majeures sur l'économie mondiale et donc sur la vie quotidienne des Françaises et des Français, la vie des entreprises françaises. Il est donc essentiel que la liberté de navigation puisse être restaurée au plus vite dans ce point névralgique des échanges internationaux. Pour y parvenir, le président de la République a lancé une initiative, celle qui consiste à former une mission internationale qui pourra, le moment venu, une fois le calme rétabli, de manière pacifique, de manière strictement défensive, en coordination avec les pays riverains du détroit, fluidifier la circulation des navires pour que le trafic puisse reprendre et que les impacts de la guerre sur l'économie mondiale puissent diminuer au plus vite. Et c'est l'objectif de la réunion de demain que le Président co-présidera, accueillera, avec le Premier ministre britannique, que de fédérer tous les pays qui, dans ce même esprit, souhaitent participer à une telle initiative. Participer à cette initiative pour la France, à une initiative de ce type, est pour la France pas tout à fait nouveau, puisque ça fait plusieurs années déjà que la France contribue en mer Rouge à faciliter la circulation des navires et à limiter le risque auquel ils s'exposent, et notamment le risque d'agression ou de frappes des Houthis, qui, depuis le Yémen, ont harcelé par phases et par périodes les navires transitant par la mer Rouge. Donc c'est dans ce même esprit pacifique, défensif que nous voulons constituer cette mission, en rappelant demain à Paris à quel point il est essentiel que la liberté de navigation et que la sécurité maritime dans les eaux internationales, qui sont des biens communs de l'humanité, puissent être préservées partout et en toutes circonstances.

Q - Dernière question. Vous avez appelé les Israéliens à saisir la main tendue par le Liban. Vous êtes en contact permanent avec vos partenaires régionaux et internationaux, vous et le président de la République, est-ce qu'il peut y avoir un cessez-le-feu prochainement entre le Liban et Israël pour mettre un terme à ce que vous avez vous-même qualifié des « attaques intolérables » contre les civils ?

R - Il doit impérativement y avoir un cessez-le-feu au Liban, que nous puissions revenir aux arrangements qui avaient été trouvés grâce aux efforts déployés par les États-Unis et la France au mois de novembre 2024 qui avaient permis de mettre fin à une escalade meurtrière au Liban et que sur cette base-là, un travail coordonné entre le gouvernement libanais et le gouvernement israélien puisse s'engager pour désarmer le Hezbollah, pour restaurer l'autorité de l'État libanais qui doit disposer du monopole des armes, de manière à être en capacité d'assurer la sécurité sur l'ensemble de son territoire, au profit de toutes les communautés du Liban, et à vivre en paix et en sécurité avec ses voisins.

Q - Les attaques israéliennes contre les civils ?

R - Je l'ai dit, les attaques du 8 avril dernier qui ont ensanglanté le Liban et fait en moins de dix minutes plusieurs centaines de morts qui viennent s'ajouter aux 1.500 morts au Liban depuis le début de cette offensive étaient intolérables. Nous les avons condamnées avec la plus grande fermeté, notamment parce qu'elles fragilisaient un cessez-le-feu qui avait été trouvé entre les États-Unis et l'Iran, mais aussi parce que le Liban ne doit pas être la victime expiatoire de dynamiques régionales ou de guerres qu'il n'a pas choisi, et que détruire le Liban ne permet pas de détruire le Hezbollah, au contraire, cela le renforce. 

Q - Je reviens juste sur le détroit d'Ormuz, qu'attend la France précisément et concrètement ?

R - Sa réouverture complète. Parce que les eaux internationales, je le disais, sont un bien commun de l'humanité. Il ne peut y avoir aucune entrave, aucun droit de passage dans les eaux internationales. Vous imaginez un monde où chacun se mettrait à imposer des blocages ou à imposer des droits de douane sur la circulation des navires ? C'est une humanité qui se retrouverait appauvrie, qui se retrouverait repliée sur elle. Donc nous avons besoin que cette circulation soit rétablie, non seulement pour que l'impact de la guerre sur l'économie mondiale soit contraint, et ensuite, pour ne pas créer un précédent grave, c'est l'un des objectifs de la réunion de demain, d'une part, réaffirmer ces principes auxquels nous sommes très attachés, liberté de navigation partout et en toutes circonstances, et créer les conditions par la mobilisation de pays partenaires qui veulent se placer dans une logique strictement défensive et pacifique pour, grâce à un système d'escortes, faciliter la circulation des navires, dire que nous sommes prêts, dès lors que le calme sera rétabli, à œuvrer activement pour que le trafic puisse reprendre.

Q - Sur l'Ukraine, on a appris ce matin que des frappes russes avaient fait 16 morts et plus de 100 blessés. Qu'est-ce qu'il faut faire pour arrêter la Russie ? On a l'impression que les sanctions ne fonctionnent pas. Il faut aller plus loin ?

R - Oui, la Russie qui échoue à percer la résistance héroïque des Ukrainiens sur le front tente de masquer cet échec en pilonnant les villes de l'arrière avec des attaques meurtrières qui visent délibérément des civils, des infrastructures énergétiques, des infrastructures de transport. Tout cela, ça constitue évidemment des crimes de guerre qui s'ajoutent à la longue liste dont Vladimir Poutine est le premier des responsables. Dans ce contexte, notre responsabilité, c'est évidemment d'accroître notre soutien à l'Ukraine et notre pression sur la Russie. Et je regrette que certains représentants responsables politiques français se désolidarisent aujourd'hui de l'Ukraine, alors même que l'Europe a décidé, avec un prêt de 90 milliards d'euros, d'apporter cette aide financière à l'Ukraine, lui permettant d'être à l'abri de toute difficulté financière pendant les deux années qui viennent, et surtout d'aborder les futures échéances de négociations dans une position de force.

Q - Et sur les sanctions ?

R - Les sanctions à l'encontre de la Russie vont se poursuivre. Le 20e paquet de sanctions est prêt. Il y a une voix qui s'est levée lorsque, par le passé, nous avons tenté de le faire adopter. C'était celle de Viktor Orbán, qui a été sèchement battu dans les urnes par le peuple hongrois. Je souhaite vivement qu'une fois la transition réalisée en Hongrie, ce 20e paquet de sanctions puisse être adopté.

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