Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en marge de son déplacement au Brésil

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Le : 02 juillet 2026

Bonjour à toutes et tous. Nous sommes aujourd'hui, avec le ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, à Oiapoque, à la frontière entre le Brésil et la France, qui est la plus grande de nos frontières avec un pays voisin. 730 km et des enjeux très importants. 

Hier, à Brasilia, nous avons signé un accord majeur de sécurité publique. Celui-ci permettra à la fois de juguler l'immigration irrégulière entre le Brésil et la France, de lutter plus efficacement contre la criminalité environnementale, contre l'orpaillage illégal, mais aussi de faciliter les mobilités légales entre le Brésil et la France pour permettre à la Guyane, notamment, de s'intégrer dans son environnement régional au bénéfice de nos ressortissants, de nos compatriotes établis de l'autre côté du fleuve Oyapock, juste du côté de la Guyane, en France. 

C'est l'aboutissement d'un travail de longue haleine qui a associé le ministère de l'Intérieur, le ministère des Affaires étrangères et leurs interlocuteurs au Brésil, et c'est une nouvelle étape qui s'ouvre, à la fois pour garantir la sécurité de nos compatriotes mais aussi d'assurer les conditions du développement économique de la Guyane, en l'ouvrant vers son voisin brésilien, en particulier l'État de l’Amapá. C'est la raison pour laquelle nous sommes accompagnés ce matin par le maire d’Oiapoque, mais aussi par les représentants de cet État brésilien voisin de la Guyane.

Q - Quid de la contrepartie de la reprise des détenus brésiliens au Brésil ? Ça avait été dans la signature de l'accord entre président Lula et Macron.

R - L'accord que nous avons trouvé hier, je le disais, il permet d'abord de renforcer notre coopération pour juguler l'immigration irrégulière, lutter contre la criminalité environnementale, mais aussi contre l’orpaillage illégal. Concrètement, vous allez voir des officiers français déployés auprès d'un certain nombre de cellules de coopération policière, à la fois ici, mais aussi à Belém, s'agissant de la lutte contre la pêche illégale. Vous allez voir un dialogue migratoire se nouer, qui permettra d'ailleurs d'évaluer les conséquences de l'accord que nous avons trouvé. Et vous allez voir aussi les opérations conjointes entre les forces de sécurité françaises et brésiliennes se multiplier. Tout cela va permettre de lutter plus efficacement contre l'immigration irrégulière et de nous permettre, c'est la contrepartie dans cet accord, pendant une période de six mois à compter du 31 juillet prochain, de suspendre l'obligation qui est faite aux ressortissants brésiliens d'avoir un visa pour entrer sur le territoire national. Vous m'interrogez sur un autre point, qui est évidemment très important et le Garde des sceaux y accorde beaucoup d'attention, qui est celui du transfèrement des détenus brésiliens en France et de leur retour au Brésil. C'est un sujet sur lequel nous continuons de travailler pour trouver des solutions pragmatiques, qui respectent les règles, les normes en vigueur dans nos deux pays.

Q - Cet accord concerne aussi la criminalité organisée. Qu'est-ce qui est fait au niveau diplomatique pour lutter contre l'importation de la violence depuis le Brésil, souvent vers la Guyane ? On parle du PCC, du CV. Qu'est-ce qui est fait au niveau diplomatique pour lutter contre cette criminalité organisée ?

R - Ce que nous voyons, c'est le développement de groupes transnationaux, de multinationales du crime et du trafic de drogue, d'armes et de la traite des êtres humains. C'est la raison pour laquelle, sous l'autorité du Président de la République et du Premier ministre, nous avons lancé à l'automne dernier, pour la première fois, un plan international de lutte contre le narcotrafic et la criminalité organiséen qui est en train de se mettre en œuvre. Concrètement, nous avons signé un grand nombre d'accords de coopération, que ce soit en matière judiciaire, en matière de douane, en matière militaire ou policière, avec les États de la région d'Amérique latine et des Caraïbes, qui est une zone majeure de production et de transit. Nous avons renforcé nos effectifs spécialisés dans les ambassades de la régionn avec des postes d'attachés douaniers, des postes d'attachés de sécurité intérieure qui nous permettent, par leur présence sur le terrain, d'échanger le renseignement avec les pays concernés et puis de coordonner les manœuvres visant à faire échec à tous ces trafics. Troisième élément, nous avons ciblé notre aide publique au développement sur les cultures de substitution à la feuille de coca, notamment, sur la sécurisation des ports et sur la lutte contre le blanchiment d'argent. Et puis, nous avons lancé une académie régionale qui permettra aux pays de la région de former aussi leurs experts sécuritaires dans la lutte contre le narcotrafic. 

J'ajoute à ça que nous avons proposé à l'Union européenne la création d'un nouveau régime de sanctions contre les narcotrafiquants et les criminels organisés qui permettra, il est en cours de finalisation, de prendre des sanctions à leur encontre, d'immobiliser leurs actifs, d'interdire toute transaction avec eux, et de leur interdire l'accès au territoire de l'Union européenne. Tout cela avance et s'inscrit évidemment dans un plan plus large que le ministre de l'Intérieur et le ministre délégué supervisent pour lutter contre le déferlement des produits stupéfiants sur le territoire national. 

Dans quelques heures, nous serons avec Jean-Didier Berger en Martinique pour une conférence régionale de sécurité, qui abordera notamment ces questions-là, parce que nous avons non seulement conscience, mais nous avons changé d'échelle dans notre bataille contre le narcotrafic, en donnant une part très importante à la coopération internationale, qui est la seule manière d'éradiquer le mal à la racine.

Q - Est-ce qu’on peut imaginer, comme aux États-Unis, que demain, le PCC et le CV soient classifiés comme des organisations terroristes ?

R - Je vous ai dit, nous avons été à l'initiative d'un régime inédit de sanctions européennes contre les narcotrafiquants, les criminels organisés qui échappent à l'arrestation en trouvant refuge dans tel ou tel pays. C'est une première étape. Je souhaite vivement que ce travail mené par la Commission européenne puisse être finalisé au plus vite pour que nous puissions sans délai prendre les premières sanctions.

Q - Qu'est-ce que vous pensez de cet accord pour les relations bilatérales, et spécialement à la frontière entre la Guyane et l’Amapá ?

R - C'était la volonté du Président de la République et du président Lula que de faire aboutir cet accord. Donc je suis très heureux et je crois que mon collègue l'est aussi, que nous y soyons parvenus au prix de beaucoup d'efforts et d'un esprit de compromis qui nous permettra à la fois, je le disais, de garantir la sécurité de nos compatriotes, de lutter contre la criminalité, mais aussi, en facilitant les mobilités, d'assurer les conditions d'un développement plus dynamique de la Guyane et de l’Amapá.

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