Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, en marge de la Conférence internationale humanitaire pour le Soudan

  • Soudan

  • Action humanitaire

  • Conflits

Déclaration à la presse

Le : 16 avril 2026

Des millions de personnes déplacées qui fuient les combats, les exactions, les violences sexuelles. Des millions de femmes et d’enfants qui manquent de tout : de nourriture, de médicaments mais aussi de tentes pour s’abriter dans des camps où vivent des centaines de milliers de réfugiés. Il existe pourtant un autre avenir pour le pays, il est entre les mains des Soudanaises et des Soudanais. Il est entre les mains de ceux qui se sont levés il y a sept ans en 2019 pour faire naître l’espoir d’un printemps soudanais. C’est eux que j’ai invités hier au Quai d’Orsay, pour pouvoir entendre leurs attentes et leurs revendications, et c’est leurs voix que je viens de porter ici à Berlin, à l’occasion de cette conférence internationale pour le Soudan, la troisième depuis le début de cette guerre, co-présidée par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, les États-Unis, l’Union africaine et l’Union européenne. N’oublions pas le Soudan parce qu’au fond, c’est dans ce pays que se joue aujourd’hui une part de notre humanité. Et agissons en conséquence d’abord pour lever l’aide humanitaire nécessaire pour apporter secours aux populations qui en ont tant besoin.

Grâce à la mobilisation des 54 pays qui ont fait le déplacement aujourd’hui, nous devrions sous réserve des conclusions de la conférence, dépasser 1,3 milliard d’euros d’aide au profit des populations soudanaises et des pays du voisinage.

Deuxièmement, mettre fin aux combats. Nous appelons les belligérants à respecter une trêve humanitaire immédiate, à déposer les armes. Nous appelons aussi les pays étrangers qui mettent de l’huile sur le feu en armant les belligérants à cesser de le faire. Et nous appelons à ce que soit étendu l’embargo sur les armes au Darfour, à l’ensemble du Soudan, parce que chacun le voit, les combats font rage bien au-delà du Darfour, au Kordofan, dans le Nil Bleu ou encore à Khartoum.

Troisièmement, nous voulons soutenir les efforts de la société civile soudanaise qui, en 2019, je le disais, a fait se lever l’espoir d’une solution politique qui est indispensable si nous voulons éviter la partition de ce pays. Il y a une demande en particulier qui est portée par la jeunesse soudanaise et dont je me suis fait le relais, c’est que les examens nationaux puissent se tenir dans toutes les zones du Soudan, celles qui sont tenues aujourd’hui par les Forces armées soudanaises, mais aussi celles qui sont tenues par les Forces de soutien rapide, car nous ne pouvons pas nous résoudre à ce qu’une génération entière de Soudanais soit sacrifiée par cette guerre, en compromettant leur capacité à passer les examens et à poursuivre leurs études.

C’est dans ce contexte d’urgence humanitaire, d’urgence sécuritaire et de nécessité absolue de redonner sa voix à la société civile soudanaise que nous avons décidé avec mon homologue, ministre des Affaires étrangères allemand, que nous nous rendrons dans les prochains mois ensemble sur le territoire soudanais.

— -

Q - Monsieur le ministre, merci beaucoup. Est-ce que vous avez trouvé un chemin commun pour mettre la pression sur tous les acteurs externes qui fournissent des armes aux forces armées au Soudan ?

R - Vous savez, parmi les pays qui sont très engagés dans cette conférence, cette édition qui se tient aujourd’hui à Berlin, la précédente qui s’était tenue à Londres et la première qui s’était tenue à Paris, la priorité est donnée dans nos dialogues bilatéraux, dans nos échanges diplomatiques avec les pays en question à la résolution de la crise soudanaise, parce que c’est la pire des crises humanitaires aujourd’hui dans le monde et parce que, je le disais, c’est une part de notre humanité qui s’y joue.

Q - Comment le gouvernement français réagit-il aux déclarations de l’ambassadeur israélien aux États-Unis (inaudible) se tenir des négociations de paix (inaudible) ?

R - D’abord, je suis très satisfait de constater que le gouvernement israélien s’est résolu à répondre à la demande de la France, que j’avais moi-même exprimée le 3 mars dernier à Jérusalem, que le gouvernement israélien saisisse la main tendue par le gouvernement libanais pour engager un dialogue de haut niveau, historique, pour parvenir à consolider un cessez-le-feu, à engager de manière coordonnée un processus de désarmement du Hezbollah, et puis à régler le différend qui oppose les deux pays depuis des décennies. Je suis heureux de constater que le gouvernement israélien ait confié à M. Leiter, un homme qui apparemment est très diplomate, très fin et très subtil, le soin de mener cette négociation. Il est apparemment déterminé à réduire au maximum le nombre de pays partenaires dont le Liban aura besoin pour se redresser. Et je me permets simplement et humblement de faire deux suggestions : la première, que M. Leiter puisse se coordonner avec son ministère de tutelle, avec lequel mon ministère est en lien très fréquent puisque même lorsque nous avons des désaccords profonds, nous échangeons sur la situation régionale dont M. Leiter voudrait que la France se tienne éloignée ; puis la deuxième suggestion, dans l’intérêt de cette négociation historique entre le gouvernement israélien et le gouvernement libanais, c’est que M. Leiter lui-même se tienne le plus éloigné que possible des micros et des caméras de télévision.

Q - La France persona non grata à ces négociations (inaudible), malgré son histoire, malgré les liens qui nous unissent au Liban, vous trouvez que ces déclarations sont profondément déplacées ?

R - Je viens de vous répondre.

Q - Et vous pensez qu’elle aurait sa place à la table des négociations ?

R - Je viens de vous répondre. Est-ce qu’il y a une autre question ? Je crois que je viens de répondre à la question exacte que vous venez de poser.

Q - Comment vous interpréter les déclarations répétées du gouvernement israélien à l’encontre de l’Europe avec une rhétorique qui monte en puissance et pas forcément des déclarations très positives ?

R - Je ne sais pas à quelles déclarations est faite référence. Ce que je sais, c’est que dans le cas du Liban notamment, mais plus généralement pour trouver une solution aux problèmes de paix et de sécurité au Proche et au Moyen-Orient, nous avons besoin de tout le monde, de la mobilisation de la communauté internationale. C’est vrai pour le Soudan, c’est vrai pour un certain nombre de crises qui déchirent le Proche-Orient aujourd’hui. Et l’Europe entend bien jouer tout son rôle pour apporter des réponses aux attentes des populations civiles qui sont les grandes perdantes des tensions aujourd’hui au Proche et au Moyen-Orient.

Q - (inaudible) about the future of NATO (inaudible) ?

R - Non, parce que l’OTAN n’a rien à voir vraiment avec la guerre qu’Israël et les États-Unis ont initiée contre l’Iran. L’OTAN est une alliance qui va dans les deux sens et ce n’est pas nouveau que les États-Unis ont décidé d’une réduction à venir de leur engagement au sein de l’OTAN et d’un passage de relais aux Européens. Nous y voyons l’opportunité d’y développer notre propre vision et nos propres capacités d’européaniser l’OTAN. En tout cas, c’est ce à quoi nous devons tendre. Merci beaucoup.

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information