Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, dans le cadre de son déplacement dans la région du Golfe Émirats arabes unis Iran Conflits Interventions médias Le : 01 mai 2026 Je suis aujourd’hui à Abou Dabi où je termine un déplacement dans le Golfe qui m’a emmené d’abord en Arabie saoudite, puis en Oman, terminé dans les Émirats arabes unis. La hausse des prix du carburant qui est très vivement ressentie à la pompe trouve son origine à quelques centaines de kilomètres d’ici, dans le blocage du détroit d’Ormuz, que nous avons dénoncé non seulement parce qu’il est contraire au droit international mais aussi parce qu’il emporte avec lui des conséquences majeures pour l’économie mondiale et donc pour les Françaises et les Français et pour les entreprises françaises. Depuis le premier jour de la guerre et de cette crise au Proche et au Moyen-Orient, la France a agi pour en limiter les conséquences, limiter les conséquences de cette guerre que nous n’avons pas approuvée et à laquelle nous n’avons pas participé, sur la vie quotidienne des Françaises et des Français. D’abord, sous l’autorité du Premier ministre, des mesures ont été prises pour que les secteurs les plus directement impactés par la hausse des prix du carburant, la pêche, l’agriculture, les transports, et puis plus tard les grands rouleurs fassent l’objet de mesures ciblées leur permettant d’absorber une partie de la hausse du prix des hydrocarbures provoquée par la crise puis par le blocage du détroit d’Ormuz. Et puis dans le même temps, le Gouvernement a lancé un plan d’électrification de nos usages pour que, à l’avenir, si de telles crises étaient amenées à se reproduire, nous n’ayons pas à en payer les conséquences. En limitant nos dépendances au gaz notamment et aux hydrocarbures plus généralement dans la manière dont nous nous déplaçons, dont nous nous chauffons, eh bien, nous pourrons éviter qu’à l’avenir ces conflits ou ces crises qui se passent loin de chez nous viennent s’inviter dans notre quotidien, avec les conséquences que l’on connaît. Et puis la France a agi également dans la région depuis le premier jour, d’abord en déployant massivement les moyens de sa marine pour protéger nos ressortissants, faciliter leur rapatriement en France et puis protéger nos partenaires qui ont été nombreux à être pris directement pour cible par les attaques de l’Iran. Et puis le Président de la République a lancé une initiative consistant à former une mission internationale pour qu’une fois que les conditions seront réunies, le trafic dans le détroit d’Ormuz puisse reprendre le plus rapidement possible. Une mission internationale dont la nature est strictement défensive, qui a vocation à se déployer en coordination avec les pays qui sont riverains de ce détroit et qui a vocation à agréger des pays qui ne sont pas parties à la guerre, qui ne sont pas des belligérants. Cette mission est désormais avancée. La planification a été finalisée et c’est le concept de cette mission que je suis venu présenter à un certain nombre de nos partenaires les plus proches dans la région. Au-delà, les leçons que nous tirons de cette crise pour nous-mêmes en France et en Europe mais aussi dans cette région du Golfe qui a été durement éprouvée, c’est que nous devons renforcer notre autonomie stratégique et notre souveraineté, que ce soit en matière de sécurité et de défense, mais aussi de sécurité économique. J'ai pu mesurer la reconnaissance à l'égard de la France, que m'ont témoignée mes interlocuteurs dans la région, pour la réactivité qui a été la nôtre et le soutien que nous leur avons apporté, mais aussi leur souhait de construire avec nous, avec la France, les conditions d'une prospérité à l'avenir qui puisse être protégée de ce type de crise et fondée sur des coopérations renforcées. Je suis à votre disposition pour toute question. --- Q - Merci Monsieur le ministre. Comment la France s'impliquer, notamment par rapport à cette coalition, si le blocus d'Ormuz se poursuit pendant des semaines et pendant des mois ? R - Le blocus d'Ormuz doit s'arrêter, il doit cesser. Il ne peut y avoir ni chantage, ni blocage, ni d'ailleurs aucun péage sur un détroit. Vous savez, les détroits, ils sont régis par le droit international et le droit de la mer. Ils forment des biens communs de l'humanité et ne peuvent en aucun cas être entravés. Dès lors que les conditions le permettront, cette mission internationale, qu'est-ce qu'elle fera ? Elle viendra participer à des opérations de déminage, des opérations d'escorte, pour que le trafic dans ce détroit, qui est un carrefour pour le commerce mondial, puisse revenir le plus rapidement possible à son niveau antérieur, de manière à ce que la pression sur le prix des hydrocarbures, notamment, puisse baisser au plus vite. Q - Est-ce que la France compte participer à la coalition américaine ? R - Nous avons reçu très récemment les informations sur l'initiative qui a été prise par les États-Unis. Il ne s'agit pas d'une initiative de même nature que celle que nous avons constituée à l'initiative du président de la République, qui réunit déjà plus de 50 pays, dont plusieurs dizaines ont d'ores et déjà annoncé qu'ils y contribueraient certainement. Elle s'inscrit dans une forme de complémentarité. Mais à ce stade, les informations nous étant parvenues dans le courant de ce déplacement, je ne peux pas vous en dire beaucoup plus. Q - Mais on n’y participerait pas ? Il s’agit d'une configuration qui ne nous permettrait pas de nous impliquer dans ce projet-là ? R - Je comprends que l'objectif de cette mission, ou en tout cas de cette initiative américaine, est de faire le lien entre les opérations qui sont aujourd'hui menées et le secteur maritime. Une nouvelle fois, ce n'est pas concurrent de l'initiative que nous avons prise et sur laquelle nous nous focalisons pleinement.