Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, à l’université de Montpellier Politique étrangère Déclaration à la presse Le : 17 avril 2026 Je suis très heureux d’être aujourd’hui à Montpellier et d’avoir été accueilli dans cette université multiséculaire où séjournèrent Marc Bloch, Pierre-André Teitgen ou encore Jean Moulin pour passer un message simple, comme je le fais chaque fois que je me déplace sur le territoire national : les affaires étrangères sont les affaires de tous. Ce qui se passe au-delà de nos frontières a des conséquences très concrètes sur nos vies quotidiennes. Et nous sommes toutes et toutes appelés à prendre une part de l'action internationale de la France. Et c'est particulièrement vrai des étudiants de cette université avec lesquels j'ai eu un échange extrêmement fructueux, échange qui s'ajoute à celui que j'ai eu un peu plus tôt ce matin avec les représentants du monde économique et des collectivités territoriales. Ce sont les premiers partenaires de l'action internationale que nous menons depuis le Quai d'Orsay, et qui concourt à faire rayonner la France, mais aussi à créer des emplois et de l'innovation dans ce territoire occitan qui contribue à redresser autant que de possible notre solde commercial grâce à des filières aussi emblématiques et prestigieuses que l'aéronautique, la filière vinicole et viticole, mais aussi la santé qui sera au menu de mes visites cet après-midi au CIRAD et à l'ICM [Institut régional du cancer de Montpellier]. Je conclurai cette journée à Montpellier par un échange très ouvert, l'agora citoyenne, pour aborder des questions internationales qui préoccupent nos compatriotes, qui ne souhaitent pas rester spectateurs des désordres du monde, qui souhaitent avoir les cartes en main, et c'est parfaitement légitime. Ce sont ces cartes que je suis venu leur apporter aujourd'hui à Montpellier. --- Q - Monsieur le ministre, vous avez évoqué devant les étudiants de Montpellier la question des Français qui sont parfois détenus à l'étranger. Est-ce que vous avez des nouvelles de Marie-Thérèse, cette octogénaire qui était détenue apparemment aux États-Unis, qui aurait pu être libérée aujourd'hui ? R - Elle est rentrée en France et c'est une grande satisfaction. Q - En temps de tensions, est-ce indispensable de rappeler que les affaires étrangères, la diplomatie, ce n'est pas que gérer le conflit ? R - Effectivement, c'est créer un environnement propice à la paix, la sécurité, la prospérité et pour ce qui nous concerne, la préservation de la démocratie. Et dans le monde dans lequel nous vivons, il est essentiel que l'Europe se redresse, qu'elle puisse construire son autonomie stratégique pour ne pas être entraînée dans des guerres qui ne sont pas les siennes, pour ne pas avoir à subir les conséquences de ces guerres comme c'est le cas aujourd'hui avec le prix du carburant qui affecte la vie quotidienne, nos vies quotidiennes, mais aussi la vie de nos entreprises, et pour pouvoir en toute indépendance préserver le modèle qui est le sien, qui est fondé sur la prospérité et sur la démocratie, sans avoir à subir les pressions, les intimidations, les chantages des nouveaux entiers. Q - Monsieur le ministre, qu'est-ce qu'il faut nous dire de plus sur cette octogénaire qui a été détenue aux États-Unis par ICE ? C’est un cas de figure quand même assez… R - Ce que je peux vous dire, c'est qu'elle est rentrée en France ce matin et que c'est une source de satisfaction pour nous. Q - Et sur les conditions de sa détention et les raisons pour lesquelles elle a été initialement détenue ? R - J'ai eu déjà l'occasion de m'exprimer par le passé. Ce ne sont pas des méthodes qui sont nécessairement conformes, je ne parle pas du cas spécifique, mais plus généralement qui sont conformes avec celles qui sont en vigueur et qui sont acceptables pour nous. Il y a eu des violences qui ont suscité notre préoccupation, mais l'essentiel, c'est qu'elle soit de retour en France et ça nous satisfait pleinement. Q - Pour compléter la question de ma collègue sur le volet international, quel rôle peuvent jouer les collectivités locales dans ces crises internationales ? R - Elles contribuent par les liens étroits, humains, mais aussi économiques, culturels et scientifiques avec les pays en question, d'abord à favoriser le développement des pays qui sont les bénéficiaires de cette coopération, ce qui écarte d'autant le risque de la guerre et de l'insécurité. Et puis, plus généralement, les liens étroits qui sont tissés au fil des années et des décennies entre les peuples sont le ferment de la bonne relation entre leurs autorités et leurs gouvernements et donc de la paix et de la stabilité. Q - Sur la situation internationale, vous avez évoqué la situation internationale devant les étudiants. On évoque une reprise des négociations entre l'Iran et les États-Unis à Islamabad, est-ce que vous avez des informations ? Est-ce que ça va se concrétiser ? Et quid de la question de l'uranium enrichi iranien, qu'est-ce qu'on en fait ? Est-ce que vous voyez des pistes de solutions ? R - Nous espérons que ces négociations puissent se poursuivre pour mettre fin à cette guerre qui comporte des conséquences majeures pour l'économie mondiale, mais aussi pour la vie quotidienne des Françaises et des Français, pour la vie de nos entreprises, pour qu’une solution puisse émerger, il me semble essentiel, indispensable que le régime iranien puisse se résoudre à des concessions majeures et à un changement radical de posture, s'agissant de son programme nucléaire, de son programme de missiles, de son soutien à des groupes qui déstabilisent le Proche et le Moyen-Orient depuis trop longtemps déjà, et qui puisse permettre aussi au peuple iranien de construire librement son avenir et d'être respecté dans ses droits. Q - Je reviens sur la question du rôle des collectivités locales. Vous avez cité tout à l'heure l'exemple de Montpellier qui constitue justement, sur toutes les questions que vous avez évoquées, une sorte de modèle. C'était aussi pour ça que vous avez choisi de venir à Montpellier particulièrement ? R - Oui, à quelques semaines de la prochaine édition du sommet Africa Forward, que la France présidera avec le Kenya à Nairobi, nous nous souvenons de la précédente édition qui avait été accueillie à Montpellier, qui s'est illustrée comme un trait d'union entre la France et les pays du continent africain, qui ont un avenir à bâtir en commun au bénéfice des peuples, au bénéfice de leur prospérité et de leur souveraineté. Q - À Montpellier, il y a 13 jumelages internationaux. Il y a des manifestations régulièrement, pro-palestiniennes, qui demandent le retrait du jumelage avec Tibériade. Pour vous, ça serait une erreur ? R - Le maire de Montpellier a témoigné tout à l'heure de l'importance de ces jumelages dans l'histoire de la ville, en rappelant que le jumelage avec Heidelberg a été initié par des jeunes de 20 ans qui, en 1950, ont dit « assez la guerre » et qui ont voulu établir des liens nouveaux avec le peuple allemand. Je crois que c'est dans cette histoire-là que nous devons puiser pour reconstruire et consolider toujours plus l'amitié entre les peuples de l'Europe qui font face aux mêmes défis et qui ont besoin de se serrer les coudes pour résister à la pression de ces nouveaux empires et de ces superpuissances. Q - Ce n'est pas aux collectivités locales de faire pression sur des belligérants ? R - Chacun dans son rôle. Les collectivités locales établissent des liens humains au travers des comités de jumelage, des projets de partenariat avec la coopération décentralisée. Ce faisant, elles concourent directement au développement et donc à la paix. Q - Récemment, on a assisté à plusieurs actes d’ingérence sur le territoire français. Récemment, plusieurs établissements scolaires, des lycées ont été tagués par des tags antisémites, racistes à Montpellier. Je ne sais pas si on peut considérer que ces actes sont des actes d'ingérence, mais est-ce que vous vous penchez sur ces cas ? Est-ce que ça pourrait être des ingérences étrangères ? R - Je n’ai pas d'élément me permettant de répondre à cette question. Toute manifestation d'antisémitisme dans notre pays est absolument inacceptable. Et puisque vous m'interrogez sur ce sujet, je veux me réjouir que la mobilisation qui a été la nôtre avec le président de la République, pour obtenir l'extradition du principal suspect de l'attentat de la rue des Rosiers, attentat terroriste et antisémite à Paris il y a plusieurs décennies, ait permis cette extradition. Le principal suspect est arrivé en France hier soir et pourra donc être traduit devant la justice dans le cadre du procès de l'attentat de la rue des Rosiers. Q - Est-ce qu’on observe toujours autant de cas d’ingérences comme on a pu le voir il y a quelques mois (inaudible) la Russie ? R - La France est une cible privilégiée de la Russie puisque nous portons une voix forte pour soutenir la résistance ukrainienne contre la guerre d'agression coloniale et impérialiste que lui mène Vladimir Poutine. C'est vrai sur le territoire national, c'est vrai en Afrique et c'est la raison pour laquelle nous avons pris un certain nombre de dispositions, notamment au ministère des Affaires étrangères, pour repousser ces tentatives d'ingérence et leur faire échec chaque fois qu'elles surviennent.