Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot lors de son déplacement au Maroc

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Déclaration à la presse

Le : 20 mai 2026

Monsieur le ministre, cher Nasser,

C’est un plaisir d’être aujourd’hui à tes côtés, à l’occasion de la seconde conférence ministérielle sur le maintien de la paix en milieu francophone, que le Maroc et la France coorganisent et co-président ici à Rabat, dix années après l’organisation d’une première édition à Paris.

Avant de revenir sur le contenu de cette conférence, permets-moi de t’adresser mes premiers mots, pour te remercier tout d’abord, pour l’accueil extrêmement chaleureux qui m’a été réservé. Comme certains s’en souviennent peut-être, j’avais eu l’occasion de venir au Maroc une première fois – c’était peu de temps après ma prise de fonction comme ministre de l’Europe et des Affaires étrangères – dans la délégation du président de la République, pour la magnifique et mémorable visite d’État à laquelle Sa Majesté l’avait invité fin octobre 2024.

Depuis, notre dialogue a été continu et nous venons encore d’avoir un long échange, comme toujours particulièrement dense et utile. 

Je tiens à remercier le Ministre d’avoir proposé d’accueillir ici cette conférence ministérielle sur les enjeux du maintien de la paix en milieu francophone, qui est déjà un grand succès si j’en juge par la qualité des échanges de cette matinée de travaux mais aussi par la participation de nombreux pays qui ont répondu présents et positivement à notre appel. Il s’agit là d’une nouvelle démonstration de ce que le Maroc et la France peuvent faire ensemble pour promouvoir un multilatéralisme efficace. Face aux bouleversements du monde, notre partenariat d’exception renforcé est un outil puissant pour projeter de la stabilité et impulser des solutions concrètes. Nous le faisons sans exclusive mais avec cette responsabilité particulière qui est la nôtre, compte tenu de notre histoire et de notre géographie, de faire dialoguer l’Europe, l’Afrique et tous ceux qui ne veulent pas être enfermés dans des logiques de blocs et s’inscrire dans un multilatéralisme rénové et exigeant.

Je suis certain que cette conférence ministérielle, qui sera suivie de séminaires entre experts ces deux prochains jours, pourra apporter des recommandations très concrètes pour répondre aux défis qui sont les nôtres, à un moment charnière du maintien de la paix et alors que l’étude du Secrétaire général des Nations unies sur l’avenir de toutes les formes d’opérations de paix est sur le point d’être publiée. 

Cette conférence illustre également, quelques jours après le sommet Africa Forward, l’ambition qui est la nôtre d’un partenariat renouvelé et rénové avec le continent africain, et notre volonté d’y travailler avec le Maroc. Le Maroc est notre premier partenaire économique en Afrique. C’est un hub logistique, énergétique, financier majeur entre la France et une partie du continent. Il est naturel que nos deux pays travaillent ensemble à bâtir des projets d’avenir en Afrique et pour l’Afrique.

Ma présence aujourd’hui nous a aussi permis de préparer l’agenda du partenariat bilatéral franco-marocain. Il le fallait bien car cet agenda va être très dense dans les semaines et les prochains mois. Nous nous retrouverons en effet prochainement à Rabat pour notre quinzième séminaire intergouvernemental, la Réunion de haut niveau. Elle nous permettra de faire un point d’étape du « partenariat d’exception renforcé », notamment pour ce qui concerne les coopérations entre nos administrations. Et nous nous préparons aussi à accueillir Sa Majesté en visite d’État en France, ce qui sera un jalon historique pour les relations franco-marocaines.

Je voulais revenir sur quelques points qui me semblent, à cet égard, essentiels.

D’abord, beaucoup a été fait depuis la visite d’État de l’automne 2024. Les chefs d’État avaient fixé une feuille de route claire et ambitieuse. Nous l’avons mise en œuvre, en veillant à faire grandir encore l’élan qui entoure notre partenariat. Aujourd’hui, je veux vous dire que tous les « moteurs » de la relation franco-marocaine tournent à plein régime. Nous avons réactivé un potentiel commun et des réflexes franco-marocains. Nos entreprises, nos administrations, nos scènes culturelles et artistiques – en fait nos deux peuples – se connaissent bien depuis longtemps, et vont facilement l’un vers l’autre. C’est peut-être une évidence, mais je veux le rappeler et vous dire que ces liens à nul autres pareils sont pour nous un atout extraordinaire.

Mais nous avons aussi, et j’y tiens énormément engagé une très profonde réinvention de notre relation. Nous aurions pu nous contenter de vivre de notre capital existant, de chercher à réactiver une forme de rente. Nous avons au contraire choisi de nous réinventer, de nous redécouvrir en explorant de nouveaux champs de coopération, de nouvelles façons de travailler ensemble, pour que ce lien vive et reste unique. Le partenariat franco-marocain de 2026 ne ressemble plus du tout à celui de 2016 ou de 2006 et c’est tant mieux. C’est la preuve qu’il est vivant.

Dans tous les domaines, que ce soit l’industrie, l’énergie, la sécurité, la défense, le capital humain, la culture ou le numérique, Français et Marocains travaillent sur des projets ambitieux, concrets, qui auront beaucoup de valeur pour nos deux pays et qui seront à l’agenda de des échéances importantes, majeures que j’ai évoquées.

Nous avons aussi engagé un chantier unique en son genre, le ministre en parlait, celui d’un traité bilatéral entre la France et le Maroc. Pour le Maroc comme pour la France, rares sont les pays avec lesquels nous nous engageons dans une telle démarche. Pour ce qui concerne la France, il s’agirait du premier traité de ce type avec un pays non-européen. Notre objectif est au fond assez simple dans son ambition : poser le cadre de la relation franco-marocaine pour les décennies qui viennent. Un cadre pour travailler et agir ensemble. Un cadre pour faire vivre l’amitié et les échanges entre nos sociétés. Un cadre pour exprimer ensemble une vision commune des grands défis qui nous entourent. Je suis heureux de cette perspective qui confirmera que cette relation franco-marocaine est décidément, et pour longtemps, un modèle d’exception et je sais que le groupe des sages est en train d’y travailler activement. 

Pour finir, je veux revenir sur la question du Sahara que je sais existentielle pour le Maroc mais qui est aussi stratégique pour la France et pour la région. Vous connaissez la position de la France. Comme l’a écrit le président de la République à Sa Majesté le Roi, le présent et l’avenir de ce territoire s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine et le plan d’autonomie proposé par le Maroc est la seule base d’une solution politique juste, durable et négociée. Le Conseil de sécurité des Nations unies, dans sa résolution 2797, s’est inscrit dans cette logique, on ne peut que saluer cette dynamique positive ainsi que la reprise de discussions directes entre toutes les parties prenantes sur la base de ce plan d’autonomie. J’émets le souhait qu’elles puissent aboutir rapidement, car ce conflit n’a que trop duré.

Dans l’attente de ce règlement définitif que nous appelons de nos vœux, la France reste à l’initiative. Nous n’attendons pas pour soutenir les importants efforts entrepris par le Maroc pour développer ces régions et agir au bénéfice des populations qui y résident. Comme je l’avais annoncé en 2024, nous avons désormais accru notre présence consulaire et nos activités culturelles, avec l’ouverture d’un centre de dépôt des demandes de visa et la création d’une Alliance française à Laâyoune. Nous venons d’y inaugurer une nouvelle école. Nos entreprises y investissent, l’Agence française de développement et nos opérateurs les accompagnent. Et cela ne fait que commencer.

Monsieur le ministre, cher Nasser,

C’est avec résolution, enthousiasme mais aussi respect et amitié pour le Maroc et les Marocains que j’entends travailler avec toi à la tâche que nous ont confiées nos plus hautes autorités : aller « plus haut, plus loin et plus fort », ensemble. 

Alors merci beaucoup pour l’accueil chaleureux qui m’a été réservé et je t’attends bientôt, le plus prochainement possible à Paris. 

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