Déclarations à la presse d'Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, en marge du sommet Africa Forward Afrique Aide au développement Déclaration à la presse Le : 15 mai 2026 Ce sommet Africa Forward, c'est un sommet qui rassemble plus de 30 chefs d'État et de gouvernement, qui sont dans la salle juste au-dessus d'où nous nous parlons, pour des rencontres, à la fois une plénière et des discussions très ouvertes, mais aussi des tables rondes sur des sujets extrêmement importants pour le continent africain, et aussi évidemment pour la France et pour l'Europe : la souveraineté alimentaire, la question aussi de la santé… Vous savez que nous avons eu, il y a quelques semaines à Lyon, le sommet One Health, et que nous sommes extrêmement mobilisés sur les questions de santé mondiale. Il y a aussi une table ronde sur la paix et la sécurité. Il y a plusieurs rencontres qui sont prévues, des bilatérales. C'est un sommet qui est très unique, parce que c'est la première fois qu'on fait ce type de format dans un pays anglophone. Beaucoup m'ont déjà posé la question : est-ce qu'il faut y lire quelque chose ? Ça veut dire qu'en réalité, on parle à toute l'Afrique, que la France est attendue partout et que surtout, notre relation a évolué. C'est une relation partenariale. D'ailleurs, le titre de mon ministère, c'est « des Partenariats internationaux ». Très concrètement, ça veut dire que l'on va où nos partenaires nous demandent d'investir, et aussi là où on a un savoir-faire. On a des entreprises françaises, on a des agences françaises qui ont une expérience sur le continent africain. Et surtout, j'aimerais vraiment insister là-dessus, on a une diaspora qui est extrêmement riche, très mobilisée lors de ce sommet, et qui crée aussi des ponts avec le continent africain. D'ailleurs, la veille du sommet, donc hier, il y a eu un grand forum d'affaires qui a réuni plus de 7.000 participants des entreprises françaises et des entreprises de tout le continent. Il y a eu 23 milliards d'euros d'investissements privés qui ont été annoncés, 14 milliards d'euros d'investissements des entreprises françaises sur différents pays du continent africain et, ça aussi c'est très intéressant, 9 milliards d'euros d'entreprises africaines dans d'autres pays africains. Cela montre bien la spécificité de ce sommet. Il y a aussi eu une rencontre de la société civile à laquelle j'ai pu participer, il y a eu des rencontres avec la jeunesse, un événement sportif, et puis ce soir il y aura un concert. Donc c'est vraiment un événement qui rassemble, qui unit, et puis surtout qui montre à quel point notre relation avec la quasi-totalité des pays du continent africain a évolué très positivement. C’est en tout cas ce que nous disent nos partenaires africains ici, c'est ce que nous ressentons aussi. Un partenariat qu’on appelle gagnant-gagnant, d'égal à égal, et bien cela se matérialise dans ce que nous sommes en train de vivre en ce moment à Nairobi. Q - Est-ce que ce rapprochement avec de nouveaux partenaires anglophones, est-ce que vous ne craignez pas qu'il y ait quelques grincements de dents au niveau des alliés francophones, les alliés traditionnels ? R - J'ai entendu beaucoup de questions de la part de la presse francophone, et d'ailleurs je vous remercie de votre intérêt, mais pas de la part de nos alliés, pas de la part des chefs d'État et de gouvernement et des ministres avec lesquels j'ai pu m’entretenir, parce qu'ils comprennent très bien que ce n'est pas un désinvestissement de l'Afrique francophone dans laquelle nous avons des liens, des liens historiques, nous avons aussi fait un travail mémoriel sous l'impulsion du Président de la République, suite à son discours de Ouagadougou. D'ailleurs, j'ai oublié de vous dire, mais une des parties très importantes aussi des rencontres d'hier, c'était sur la restitution du patrimoine. Et d'ailleurs, nous avons une loi-cadre qui est passée, qui a été votée à l'unanimité en France. Tout ça, ça a été discuté. Donc pas de sujet de tension, mais au contraire, vraiment, la perception qu'on est en train d'évoluer dans notre relation avec le continent africain et qu'on parle à tous les pays, à la quasi-totalité, en tout cas, des pays d'Afrique. Q - Vous devez quand même assumer la baisse de l'aide au développement, aussi. R - Absolument, et c'est vrai qu'il y a moins de fonds qui sont disponibles, de fonds publics dans les pays du G7. D'ailleurs, il y a deux semaines, j'ai présidé à Paris la réunion ministérielle des ministres du développement du G7. Et on voit bien que pour tous les pays, ça représentait 70% quand même de l'investissement en matière de développement, mais partout, dans tous les pays, il y a une baisse de ces crédits, soit pour des raisons de principes ou idéologiques pour certains, ou alors pour des raisons budgétaires, ce qui est notre cas. On a dû réduire tous les budgets de l'État, et celui de l'aide au développement n'est pas une exception. Ce qui est intéressant, c'est que ce n'est pas de l'aide au développement, c'est vraiment un investissement dans le développement. Et ce n'est pas purement sémantique : c’est-à-dire qu’on investit là où on nous demande d'investir, mais là aussi on a un intérêt, parce qu'on a un savoir-faire, parce que ça va créer des emplois. Et dans les annonces qui ont été faites hier sur les 14 milliards d'investissements français, ce sont aussi des emplois qui sont créés en France, sur le continent africain, ce sont des partenariats à long terme, ce sont aussi des marchés qui sont développés pour nos entreprises. Donc on voit bien qu'on change effectivement. Et, peut-être pour ne pas être trop longue mais, c'est quand même la question que je porte dans mon ministère, il y a aussi toute cette réforme de l'architecture globale du développement qui va évidemment être discutée et entérinée lors du sommet d’Évian, mais qui prévoit aussi une plus forte mobilisation des fonds domestiques, une meilleure utilisation des fonds des diasporas, et puis surtout un engagement du secteur privé aussi en Afrique, ce qui a été rappelé par les présidents Ruto et Macron. Donc on voit bien qu'il y a une évolution de cette architecture, mais c'est une évolution positive, parce que cela permet aussi des projets sur le long terme, qui sont pilotés par les pays qui reçoivent cet investissement dans le développement. Q - L’élection à l’Organisation de la francophonie, est-ce que c’est au rendez-vous de ce sommet ? R - Alors, évidemment, il y a ici des acteurs qui sont intéressés. Il y a des acteurs qui sont très présents dans la francophonie, mais ce n'est pas le sujet de ce sommet. D'ailleurs, les candidatures sont encore ouvertes. La clôture du dépôt des candidatures est à la fin de cette semaine. Et ensuite, il y aura tout un processus. Mais ce que je peux vous dire sur la Francophonie, parce que c'est effectivement aussi l'un de mes portefeuilles et parce que je défends haut et fort la francophonie, c'est qu'aujourd'hui, et c'est le Président Macron qui l'a rappelé lorsqu'il était en Égypte il y a quelques temps pour inaugurer l'université Senghor, l'épicentre de la francophonie se trouve en Afrique. On est passé d'être la cinquième langue la plus parlée au monde à être la quatrième, avec 396 millions de locuteurs de français. Et donc cette croissance, elle est essentiellement africaine. Donc on voit bien que c'est évidemment un sujet qui est présence dans les discussions, mais qui n'est pas l'objet du sommet Africa Forward. Q - On a entendu beaucoup les chefs d'entreprise durant ce sommet. Est-ce qu'on a assez entendu la société civile qui, contrairement à Montpellier, était un petit peu au second plan, quand même, cette fois-ci ? R - Moi, je n'ai pas du tout trouvé. S'ils étaient au second plan pour vous, c'est que vous n'avez peut-être pas vu toutes les réunions. Mais c'était le 10, donc le dimanche. Il y a eu un sommet de la société civile avec la FIDEM, avec toutes les agences NGO. Q - Mais en-dehors du sommet, si je peux me permettre. R - Mais comme la réunion d'hier des chefs d'entreprise, qui était en-dehors du sommet. Ils font partie du sommet, ils sont partie intégrante. Et d'ailleurs, hier, le professeur Achille Mbembe a remis au Président de la République, Emmanuel Macron, un livre blanc avec des propositions, 60 propositions concrètes, qui ont été justement développées par la société civile. Et par ailleurs, tous ces représentants de la société civile, des sociétés civiles africaines, françaises, sont présents au sommet. Et puis moi, je peux vous dire qu'à mon niveau, je les rencontre beaucoup. On prend toutes leurs propositions, on les étudie et surtout, on les met en action. Et je vous parlais des diasporas, mais c'est aussi important parce que, comme je le disais, ça crée des ponts et beaucoup sont engagées dans ces organisations de la société civile. Merci beaucoup.