Déclarations à la presse d'Eléonore Caroit à l’issue de la réunion ministérielle du G7 développement - Propos liminaire. Aide au développement G7 Interventions médias Le : 30 avril 2026 Dans le cadre de la présidence française du G7, j’ai réuni ces deux derniers jours mes homologues allemande, américain, britannique, canadien, italien et japonais et le Commissaire en charge du développement pour une réunion ministérielle sur les enjeux du développement. Dans un contexte international instable et face à des acteurs du G7 qui ont des positions assez divergentes en matière de développement, le fait même d’avoir une conférence ministérielle sur le développement n’allait pas forcément de soi, ni leur présence même, à tous, à ce niveau-là, n’était pas forcément acquise. Notre capacité à nous parler et à tracer un chemin collectif ne l’étaient pas non plus et nous avons réussi donc en soi, c’est déjà une belle réussite. Ce G7 avait une responsabilité d’ailleurs toute particulière puisque les membres du G7 représentent aujourd’hui 70% des montants de l’APD. Et comme vous le savez, les besoins, aujourd’hui, en financement du développement sont extrêmement importants, et augmentent au fur et à mesure que des crises s'accumulent dans de nombreuses régions du monde, sujet que nous avons également évoqué dans le cadre de cette ministérielle. Pour ajouter à ce contexte, les moyens dont nous disposons globalement pour répondre aux crises sont contraints. L’ambition de la France était très présente, nos capacités d'action doivent évoluer. C'était aussi ce que marquait cette ministérielle. Nous avons poussé une nouvelle approche qui devait être construite évidemment avec nos partenaires du G7, mais avec nos partenaires plus largement. Et c'est la raison pour laquelle nous avons eu un certain nombre de sessions de travail aujourd'hui au cours de cette deuxième journée avec des ministres du Brésil, de la Corée [du Sud], de Côte d'Ivoire, du Kenya, de l’Inde et du Maroc. Ont aussi été associées les organisations internationales en première ligne des projets de développement, évidemment le PNUD, mais aussi la Banque mondiale, les banques régionales de développement et comme vous le savez sans doute, notre ministérielle s'est tenue en même temps que le sommet « Finance in Common », FiCS, donc c'était vraiment extrêmement intéressant de pouvoir dialoguer suite à leurs différents échanges et leurs rencontres, et pouvoir voir les instruments concrets qui permettent de mettre en œuvre cette nouvelle approche que nous avons fait évoluer avec nos partenaires du G7. Ces banques de développement sont aussi intervenues au cours de certaines des sessions pour aligner nos priorités et nos capacités financières. Notre objectif, c'est évidemment d'avancer ensemble avec une approche réformée du développement international qui serve les intérêts de tous et qui soit évidemment comprise par nos opinions publiques ici, dans les opinions publiques des pays du G7 et aussi des pays partenaires qui reçoivent justement cet investissement en matière de développement. Pendant deux jours et pendant surtout des mois avant cette ministérielle, nos équipes et nous-mêmes avons eu des échanges approfondis, des échanges exigeants, lucides pour regarder la réalité, pour agir ensemble. Et nous sommes parvenus, ce qui n'était pas du tout gagné non plus, à un texte commun, un texte ambitieux qui, justement, énonce les principaux aspects et principes de cette réforme de l'architecture internationale du développement qui était donc l'objectif de cette ministérielle qui est évidemment également atteint. Le monde dans lequel nous évoluons n'est pas le monde d'hier. Les crises se multiplient, s'alimentent en plus, ont des répercussions et sont évidemment très interdépendantes : endettement croissant, pauvreté persistante, insécurité alimentaire, multiplication des besoins humanitaires. Nous avons focalisé une partie de cette ministérielle du G7 justement sur les crises et sur la réponse que nous apportons à ces crises, nous avons notamment pu évoquer dans le détail la crise au Moyen-Orient. Nous avons également discuté de l'architecture et du modèle de cette crise, en réalité, du modèle qui ne répond plus aux attentes des pays partenaires, ni à nos propres impératifs de stabilité, de sécurité, évidemment, de prospérité. C'est un système qui a été bâti ces dernières décennies et qui n'est plus adapté aux défis que nous voyons, y compris à la résilience dont doivent faire preuve nos sociétés. Et puis surtout, un terme qui est revenu très souvent et qui marque aussi un consensus entre les pays du G7, c'est que le secteur du développement reste beaucoup trop fragmenté. Vous avez énormément d'acteurs qui interviennent dans un même pays, qui interviennent parfois dans un même secteur et cela évidemment crée des formes de déperdition et donc il y a un consensus de la part des pays du G7 pour faire en sorte que l'on concentre davantage ces investissements pour qu'ils aient plus d'impact, pour qu'ils aillent directement aux populations qui sont concernées. Un accord aussi pour maintenir un principe essentiel qui est celui de la solidarité envers les plus vulnérables et donc que les ressources concessionnelles soient mobilisées avant tout pour cette priorité-là. Et puis, évidemment, de chercher d'autres sources de financement, non pas pour remplacer les financements publics qui restent et sont absolument nécessaires, mais pour leur permettre d'avoir encore plus d'impact et encore plus d'efficacité. Et c'est la raison pour laquelle nous avons notamment trouvé des accords sur notre vision de la mobilisation des ressources domestiques, que ce soit d'ailleurs des ressources publiques ou des ressources privées domestiques dans les pays qui sont récipiendaires de ces investissements, la mobilisation aussi de divers fonds de flux qui transitent entre les pays en développement et les pays développés, notamment les transferts de fonds. Et également sur la question de la mobilisation des fonds privés. Nous avons eu, pour la première fois dans un G7 développement, des philanthropies qui sont intervenues et qui nous ont montré très concrètement comment elles fonctionnent, comment elles interagissent avec les banques multilatérales de développement et leurs attentes par rapport aux États que nous représentons. Nous avons vraiment maintenu cette attention à l'égard des plus vulnérables et nous sommes convenus de concentrer nos ressources là où ces besoins sont le plus pressants, donc dans les pays en crise, vulnérables et fragiles, mais aussi dans certains secteurs que nous avons identifiés comme étant essentiels, la santé, l'éducation, la sécurité alimentaire ou encore le développement durable. C'est important, et je m'arrêterai sur ça une seconde, c'est que non seulement nous avons réussi à faire endosser un texte qui, en réalité, montre nos points de convergence dans un contexte dans lequel ce n'était pas évident, mais en plus ce texte est suivi d'un certain nombre de déclarations sur des sujets très concrets qui, ensemble, permettent d'avancer très concrètement et de créer pour la première fois dans le cadre du G7, un consensus entre différents pays pour une réforme de l'architecture globale du développement, ce qui est un point vraiment très important en vue du sommet d’Évian, dans lequel la réforme de l'architecture du développement et cette nouvelle approche dont nous avons beaucoup débattu au cours de ces deux jours avec mes homologues à Paris sont des éléments essentiels. Si je peux rentrer un peu dans les détails, nous avons travaillé notamment sur un nouveau cadre commun d'investissement pour mieux coordonner l'appui des pays du G7 en alignant les priorités de nos pays avec les pays qui sont partenaires. Mon ministère s'appelle les partenariats internationaux. Et ce n'est pas un hasard, ce n'est pas anodin. Ça illustre cette vision que nous avons en France et que nous portons depuis des années. Et c'est cette vision partenariale, cette vision de partenariats gagnant-gagnant entre les pays traditionnellement perçus comme donateurs ou investisseurs et ceux qui reçoivent ces politiques qui a été très largement débattu et sur lesquels nous avons trouvé aussi des consensus au sein de cette ministérielle. Plus concrètement et peut-être plus dans le détail, nous sommes aussi convenus que la mobilisation des ressources domestiques nécessitait évidemment que le pays qui mobilise ses ressources domestiques puisse faire les choix qui lui semblent pertinents, comme d'ailleurs de manière générale en matière de développement. Et puis nous avons également travaillé sur des questions plus régionales, sur la question notamment des corridors, que l'on a tendance à voir comme des effets linéaires, mais qui, en réalité, sont plutôt des mises en réseau dans plusieurs régions géographiques. Donc là aussi, nous avons exprimé notre volonté commune de soutenir des projets structurants qui créent de l'activité, de l'emploi, de l'intégration régionale en Afrique, en Asie, en Amérique et en Europe. Les documents sont désormais publiés, à la fois le communiqué des ministres et les différentes déclarations. Je ne reviendrai pas dans le détail du programme mais nous avons également mis l’accent sur la réponse aux catastrophes climatiques, sur la réponse aux crises, avec notamment l’initiative CREWS qui avait été lancée par la France lors de la COP21 et qui a déjà permis de sauver des millions de vies en permettant un système d'alerte précoce qui permet d'alerter, donc d'anticiper ces catastrophes et de rendre les sociétés plus résilientes. L’idée est d'étendre ce dispositif à 77 pays. Et nous avons travaillé avec nos partenaires du G7 de manière élargie sur ce programme. Nous avons aussi dans les livrables concrets que vous verrez, dans les documents qui vous seront distribués, travaillé sur la réforme du CAD de l'OCDE. Parce qu'évidemment, il faut se mettre d'accord sur les instruments de mesure et sur la perception pour permettre notamment une meilleure éligibilité de ces fonds concessionnels dans certains pays qui ne remplissent peut-être pas les critères formels, mais qui aujourd'hui, on le voit, pour toute une série de raisons, devraient être éligibles et aussi pour avoir un cadre commun, ce qui rentre vraiment dans la question de la structuration. Toujours dans les livrables concrets, dans les livrables importants et dont nous sommes fiers, nous avons aussi réussi à rappeler en Ukraine la détermination du G7 à financer la restauration de l’arche [de confinement de la centrale] de Tchernobyl, qui comme vous le savez, a été gravement endommagée en 2025. Les États-Unis ont notamment annoncé lors de cette présidence, et suite à nos discussions, un soutien de 100 millions d'euros pour la réparation et la reconstruction de cette arche. D'autres pays se sont également engagés à contribuer financièrement ou alors par le biais d'expertise à la reconstruction de cette arche. Et donc ça a créé véritablement une dynamique pour réunir d'autres engagements d'ici le sommet d’Évian. Et comme je vous le disais, nous avons eu une session dédiée au Moyen-Orient, mais en réalité la crise au Moyen-Orient a fait l'objet de nombreuses discussions tout au cours des discussions du G7. Donc en conclusion, ce que je voudrais vous dire c'est que ce que nous faisons ici dans cette filière de développement concerne directement nos concitoyens et j'aimerais dire concerne directement les Français parce que prévenir les crises sanitaires, limiter les instabilités, réduire les tensions migratoires, soutenir nos économies et nos entreprises sont autant d'objectifs qui relèvent à la fois de la solidarité, de l'intérêt national ici en France et dans les autres pays du G7. Cette réunion et l'obtention d'un consensus ont demandé une mobilisation collective considérable dans le contexte que je vous décrivais en introduction et c'est ce que nous voulons construire avec d'autres filières du G7. Elle a montré combien le multilatéralisme que l'on dit mort, que l'on dit en crise profonde et irréversible, ne l'est pas réellement lorsque l'on arrive à trouver des moyens de dialoguer, de trouver du consensus, tout en admettant qu'il y a des points effectivement de divergence, que l'on peut, y compris avec nos partenaires américains, avec tous nos partenaires du G7 en réalité, nous rejoindre sur des projets concrets, sur des objectifs déterminés qui servent évidemment tous nos concitoyens, où qu'ils soient, et avec aussi les pays que nous avons invités, parce qu’il était inutile de parler d'une réforme de l'architecture globale du développement sans inviter des grands émergents, sans inviter des pays aussi qui sont récipiendaires de ces politiques et qui ont pu nous faire part de leur point de vue, de ce qui est nécessaire, de ce que l'on peut améliorer. Et surtout, nous donner aussi leur perception de cette nouvelle approche que nous avons matérialisée dans les documents qui vous seront distribués. Cette réunion marque une étape importante pour la préparation du sommet d’Évian, où le président Emmanuel Macron, entend consacrer ces enjeux avec ses homologues, des enjeux de développement et de partenariats. Et nous avons posé des principes directeurs qui seront évidemment élaborés et nourris par les autres filières du G7. Le travail va donc se poursuivre, je vous parlais du sommet d’Évian mais avant cela, dans quelques jours, lors du sommet « Africa Forward », qui se tiendra les 11 et 12 mai à Nairobi et qui marquera aussi un moment important pour continuer à travailler justement sur ces questions de réforme de l’architecture du financement du développement. Je vous remercie.