Les actions du secteur pharmaceutique chinois contre le virus Ebola

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Chine | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
16 juin 2015

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a recensé à ce jour 26 277 personnes infectées par le virus Ebola, entrainant 10 899 décès. Avec un tel taux de mortalité de 41%, et du fait de la contagiosité importante de cette infection le développement de vaccins et d’outils de diagnostic rapide contre le virus Ebola est une priorité pour l’OMS. De son côté, la Chine a pris des mesures et mis en place fin novembre 2014 une politique visant à accélérer l’émergence d’outils de diagnostic et de traitement, notamment en raccourcissant la durée des essais

Le diagnostic

Pour éviter la propagation du virus Ebola, il est nécessaire de mettre au point des outils de diagnostic fiables, rapides et robustes sur le terrain. Fin novembre 2014, la Chinese Food & Drug administration (CFDA) a autorisé, entre autres [1], Shanghai ZJ Bio-Tech à lancer la production de son kit de diagnostic pour le virus Ebola, l’Ebola Virus (EBOV) Real Time RT-PCR Kit, qui avait obtenu le ’Marquage CE’ [2] plus tôt dans l’année 2014. Développé depuis 2010, ce kit de diagnostic a obtenu fin avril 2015 l’autorisation de l’OMS pour une utilisation en cas d’urgence, et a déjà été vendu dans une vingtaine de pays.

Le kit de diagnostic se base sur la technique de réaction en chaine par polymérase à analyse en temps réel (real-time RT-PCR) permettant l’amplification des brins d’ARN spécifiques du virus Ebola et facilitant ainsi leur détection à l’aide de sondes fluorescentes. Grâce à cette technique, le kit est en capacité de détecter de nombreuses formes du virus dont les formes hautement pathogènes [3] dans le sang, le sérum et le plasma.

La vaccination

Un vaccin candidat pour combattre le virus Ebola, Ad5-EBOV, est co-développé par la start-up Tianjin Cansino Biotechnology et l’Académie chinoise militaire des sciences médicales (CAMMS). Le vaccin repose sur un vecteur adénoviral de type-5 [4]. Le développement du vaccin est basé sur la séquence virale la plus récente, celle de la souche Zaire-Guinea. Sur 20 projets de développement de vaccins, le candidat Ad5-EBOV fait partie des 5 projets déjà au stade de l’essai clinique [5] et représente ainsi un des candidats sérieux pour contrer les prochaines épidémies d’Ebola.

Le traitement

Le développement d’une solution thérapeutique est, quant à lui, assumé par l’entreprise pharmaceutique Sihuan Pharmaceutical, elle aussi en collaboration avec la CAMMS. Les deux entités ont signé un accord en octobre 2014 pour le développement et la mise sur le marché rapide du candidat médicament JK-05. Cette nouvelle molécule aurait une structure proche de celle de l’Avigan (faviripavir) [6] développé par l’entreprise japonaise Fujifilm Holdings pour lutter contre la grippe. Le JK-05 est une petite molécule permettant l’inhibition de l’ARN polymérase ’L’ du virus Ebola, du virus de la grippe et d’autres virus à ARN. L’inhibition de cette polymérase empêche ainsi la réplication virale. Développé depuis 5 ans par la CAMMS, le candidat JK-05 s’est montré efficace lors de tests sur cultures cellulaires et en modèles animaux. Sihuan Pharmaceutical souhaiterait conclure les essais cliniques et obtenir une ’Autorisation de Mise sur le Marché’ (AMM) de la part de la CFDA d’ici 2018. Ce délai apparaît extrêmement court au vu des procédures réglementaires d’AMM. La molécule, assez simple au niveau structural, pourrait être produite rapidement en cas d’épidémie d’Ebola.

L’industrie pharmaceutique chinoise s’implique notablement dans le combat contre la maladie à virus Ebola avec le développement d’un outil de diagnostic, d’un vaccin et d’une solution thérapeutique. Cette importante implication du secteur chinois est en partie due à la crainte d’une potentielle dissémination du virus à d’autres régions du monde qui, si elle atteignait la Chine, pourrait avoir des conséquences catastrophiques en raison de la densité de la population. Le développement de ces solutions s’inscrit par ailleurs dans une volonté du gouvernement chinois de voir ce secteur se développer, notamment avec des rapprochements entre institutions publiques et industrie comme ici avec l’implication de la CAMMS. Il existe ainsi, en Chine, une réelle volonté de consolider le développement de solutions thérapeutiques utilisables à l’échelle mondiale et de prendre une place de premier plan dans le concert des nations pour la lutte contre Ebola.

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[1] Da An Gene et Shenzhen Pu Rui ont également été autorisées à produire des kits de diagnostic (pas d’informations supplémentaires).

[2] Marquage stipulant la conformité du produit aux exigences de la législation européenne pour la fabrication.

[3] Zaire Ebolavirus, Sudan Ebolavirus, Taï Forest Ebolavirus et Bundibugyo Ebolavirus.

[4] Adénovirus recombinant exprimant à sa surface des motifs antigéniques spécifiques d’Ebola.

[5] L’EBOV-GP de Novavax et l’Ad26-EBOV de Janssen sont en essais cliniques de phase 1, alors que le ChAd3-ZEBOV de GlaxoSmithKline et le RVSV-EBOV de NewLink Génétique sont en essais cliniques de phase 3.

[6] La molécule faviripavir a été testée lors d’un grand essai clinique promu par l’INSERM sur des patients infectés en Guinée en décembre 2014. Les résultats ont été jugés encourageants puisqu’une diminution de 50% de la mortalité a été obtenue chez les patients traités précocement.

Sources

http://www.reuters.com/article/2014/11/28/us-ebola-china-idUSKCN0JC0SA20141128
http://www.asianscientist.com/2015/05/topnews/chinas-ebola-diagnostic-kit/
http://news.doccheck.com/fr/blog/post/1381-re-screening-pharmacotherapeutique/
http://www.who.int/medicines/emp_ebola_q_as/en/
http://en.liferiver.com.cn/newsinfor/p13_66.html?&pageid=13&_id=66&r=0 http://www.vfa.de/de/arzneimittel-forschung/woran-wir-forschen/ebola-medikamente
http://www.bioworld.com/content/chinese-government-cansino-start-clinical-trials-ebola-vaccine-0

Rédacteur

Axel Bonetto, axel.bonetto[a]diplomatie.gouv.fr