Concilier réalité virtuelle et neuropsychologie

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5 juin 2015

Des chercheurs de l’Université du Québec à Rimouski et du Cégep de Matane concilient réalité virtuelle et neuropsychologie, en collaboration avec l’Université d’Angers, grâce à des tests virtuels ayant pour objectif une utilisation thérapeutique

La réalité virtuelle est de plus en plus utilisée dans le domaine de la santé. Spécialiste de la neuropsychologie et de la santé mentale, le professeur en sciences infirmières Frédéric Banville développe, de concert avec le Centre de développement et de recherche en imagerie numérique (CDRIN) du Cégep de Matane, un appartement virtuel interactif permettant d’évaluer la mémoire et les fonctions exécutives de patients présentant des lésions cérébrales.

Depuis l’automne 2013, le professeur Banville et le CDRIN mènent des travaux visant l’actualisation du Virtual Multitasking Test (VMT) dans l’optique d’une utilisation thérapeutique. Recréant un appartement, la Virtual Multitasking Test version 2 (VMT-2) est un environnement immersif qui permet aux patients d’évoluer, de se déplacer dans les pièces et d’interagir avec les objets qui font partie de la vie quotidienne et ce, afin de réaliser plusieurs tâches calquées sur le quotidien. « Cet outil vient, en quelque sorte, proposer une neuropsychologie du quotidien. Dans la pratique traditionnelle, on utilise des épreuves qui sont peu corrélées avec le fonctionnement quotidien telles que la mémorisation d’une liste de mots, la réalisation de casse-têtes ou de dessins, etc. Le VMT-2 nous permet de créer des situations qui se rapprochent de la vie de la personne, et ce, dans un environnement contrôlé et standardisé. Ainsi, nous essayons de comprendre la façon dont fonctionne le cerveau dans le quotidien », explique le professeur Frédéric Banville.

Alors que la plateforme VMT proposait, à la base, un scénario statique, établi d’avance dans lequel le patient se déplaçait dans la réalité virtuelle, le professeur Banville et le CDRIN ont cherché à rendre le VMT-2 interactif. « Nous avons implanté le VMT dans un nouveau moteur de jeu appelé Unity 3D, qui est plus actuel (par rapport à l’ancien moteur de jeu) et qui nous offre la possibilité de provoquer des situations imprévues et de modifier les scénarios selon le niveau d’incapacités ou de capacités du participant. Par exemple, nous pouvons ouvrir/fermer des fenêtres, répondre à des appels téléphoniques ou faire tomber une pinte de lait afin de voir comment réagit le patient », mentionne Isabelle Béchard, directrice scientifique du CDRIN. Des étudiants du Cégep de Matane ont bénéficié d’une bourse des Fonds de recherche du Québec en nature et technologies (FRQNT) pour travailler à ce projet de transfert technologique.

L’objectif poursuivi par le professeur Banville et le CDRIN est d’adapter leVMT-2 pour les milieux cliniques en tant qu’outil d’évaluation et, ultimement, de traitement. « On veut en arriver à un offrir un produit qui est totalement immersif, interactif et dynamique pour traiter des pathologies inhérentes aux lésions cérébrales, comme des traumatismes craniocérébraux, et pour le dépistage précoce des troubles cognitifs légers mettant la personne davantage à risque de développer une démence de type Alzheimer », indique le professeur en sciences infirmières de l’UQAR.

Selon le spécialiste de la neuropsychologie de l’UQAR, le Virtual Multitasking Test version 2 offre davantage de possibilités que les tests traditionnels pour évaluer un patient. Le professeur Banville donne en exemple une victime d’un traumatisme crânien dont les tests ne révèlent pas de problématique particulière du côté de sa mémoire, mais dont les proches s’inquiètent, car ils ont observé un changement dans son comportement. « En recréant le quotidien de l’individu, on peut voir ce qui ne va pas sur le plan de la fonctionnalité, comme la gestion des imprévus et la planification d’actions consistant à réaliser des intentions dans le futur. »

La phase expérimentale des travaux du professeur Banville a débuté à l’été 2014 et se poursuit encore. « Les résultats préexpérimentaux nous permettent de voir que la plateforme représente un moyen d’évaluation neuropsychologique fiable et, fait intéressant, met en évidence des différences de fonctionnement sur la base de l’âge, les personnes plus âgées apparaissant être beaucoup moins fluides dans la réalisation des tâches demandées dans la réalité virtuelle », souligne le professeur Banville. Grâce à la collaboration du Laboratoire d’Ingénierie des Systèmes Automatisés (LISA) et du Laboratoire de psychologie des Pays de la Loire (LPPL) de l’Université d’Angers, des stagiaires français poursuivront le développement de l’outil et réaliseront les prochaines phases planifiées dans le devis expérimental cet été.

Source :
Université du Québec à Rimouski (UQAR) Info – 11 mai 2015
http://www.uqar.ca/uqar-info/la-neuropsychologie-a-lheure-de-la-realite-virtuelle/

Rédacteur :
Jean-François Bouchard, UQAR-Info, jean-francois_bouchard[a]uqar.ca
Relayé par :
Pauline Bryère, Chargée de mission scientifique à Montréal, pauline.bryere[a]diplomatie.gouv.fr