Retour sur le parcours de Christine Moussion, post-doctorante française à l’Institute of Science and Technology Austria

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Autriche

Brève
Autriche | Biologie : médecine, santé, pharmacie, biotechnologie
8 mars 2016

Il existe actuellement six post-doctorants et trois doctorants originaires de France à l’Institute of Science and Technology Austria (IST Austria). Si plusieurs français font partie de l’équipe administrative l’équipe professorale ne compte pour le moment aucun ressortissant français. Après avoir rencontré en décembre 2015 plusieurs post-doctorants, le service de coopération scientifique et universitaire de l’Ambassade de France en Autriche vous présente le parcours de l’une d’entre eux, Christine Moussion.

Parcours universitaire et scientifique

Originaire de Toulouse, Christine Moussion a effectué l’ensemble de son cursus universitaire à l’Université Paul Sabatier. Après l’obtention du diplôme d’ingénieur maître en Biotechnologies-Santé, elle a réalisé un stage de fin d’études d’un an au sein de la start-up Endocube (Labège). Elle a travaillé sur le développement de nouvelles molécules anti-inflammatoires pour le traitement de maladies inflammatoires chroniques (Polyarthrite Rhumatoïde, maladie de Crohn, Psoriasis…). Ce stage l’a incitée à continuer ses études afin de pouvoir à terme mener ses propres projets de recherche en milieu universitaire ou au sein de l’industrie pharmaceutique. Elle a choisi d’approfondir ses connaissances fondamentales en immunologie, discipline à laquelle elle a été initiée durant son stage chez Endocube. L’immunologie est la branche de la biologie qui s’occupe de l’étude du système immunitaire. Il s’agit d’une science qui est actuellement omniprésente dans la compréhension de nombreuses maladies et le développement de nouveaux traitements : maladies infectieuses et vaccins, maladies inflammatoires chroniques et auto-immunes, cancers. La validation du Master Recherche en Immunologie en tant que major de promotion au CPTP (Centre de Physiopathologie de Toulouse Purpan) lui a permis d’obtenir une allocation de recherche du ministère de l’Education nationale, de la Recherche et de l’Enseignement supérieur pour rejoindre le laboratoire de Jean-Philippe Girard à l’IPBS (Institut de Pharmacologie et de Biologie Structurale) à Toulouse ainsi qu’un poste de moniteur d’une durée de 3 ans pour enseigner à l’université Paul Sabatier. En 2011, elle a décidé de rejoindre pour son post-doctorat le laboratoire de Michael Sixt, scientifique reconnu avec lequel elle avait déjà eu l’occasion de travailler et qui venait d’arriver à l’IST Austria.

Christine Moussion quittera l’IST Austria dans le courant de l’année 2016, afin de poursuivre sa carrière de chercheuse au sein de la compagnie Genentech (Laboratoires Roche) à San Francisco où elle va approfondir et mettre en application ses connaissances sur l’orchestration de la réponse immunitaire dans le développement d’immunothérapies anti-cancéreuses. Ce poste lui permettra de mener une équipe pour développer sa propre ligne de recherche fondamentale aboutissant à des publications scientifiques dans des journaux internationaux et de recherche appliquée à l’immunothérapie anticancéreuse au sein des laboratoires Roche.

Pour Christine Moussion, l’IST Austria dispose de plusieurs atouts scientifiques :

  • L’excellence scientifique avec les chefs d’équipe internationalement renommés (la moitié des professeurs bénéficient d’une bourse du Conseil européen de la recherche).
  • La diversité des nationalités des scientifiques avec l’utilisation de l’anglais comme langue officielle, ce qui facilite l’intégration.
  • L’interdisciplinarité (Mathématiques, Physique, Biologie, Computer science) qui permet une sensibilisation à d’autres disciplines (séminaires variés, échanges entre collègues) et des collaborations multidisciplinaires habituellement peu probables dans des instituts ultraspécialisés.
  • Les moyens et soutiens mis à disposition. La créativité n’est pas limitée et il y a une évolution permanente et encouragée du parc scientifique (machines, personnels en charge des plateformes).
  • La jeunesse et la motivation des équipes.

La surveillance immunitaire, comment cela fonctionne ?

Durant ses 10 années d’expérience en recherche biologique, Christine Moussion s’est intéressée à l’orchestration de la migration des globules blancs au sein de l’organisme chez la souris. Elle a d’abord travaillé pendant 6 ans sur l’entrée des lymphocytes dans les ganglions depuis les vaisseaux sanguins (Nature. 479:542-546. 2011) au sein du laboratoire de Jean-Philippe Girard à l’IPBS (Institut de Pharmacologie et de biologie structurale) de Toulouse. Puis elle a changé de sujet et de laboratoire pour s’intéresser à la migration des cellules dendritiques depuis la peau, dans les vaisseaux lymphatiques jusqu’aux ganglions (Science. 351(6269):186-190. 2016) dans le groupe de Michael Sixt à l’IST Austria.

L’entrée d’un pathogène dans l’organisme est détectée par des globules blancs appelés cellules dendritiques et présents en grand nombre dans les tissus en contact avec l’environnement comme la peau, les bronches ou l’intestin… Ces cellules sentinelles détectent le signal de danger dans les tissus infectés, elles sont alors activées, capturent un échantillon de pathogène (bactérie, virus, cellule tumorale…) et migrent dans la lymphe pour atteindre les ganglions. Les ganglions sont le lieu d’activation de la réponse immunitaire. Là, les cellules dendritiques relaient le signal de danger au reste du système immunitaire en permettant l’activation d’un autre type de globules blancs : les lymphocytes. Ces cellules sont des patrouilleurs, les lymphocytes circulent en permanence entre le sang et les nombreux ganglions présents au sein de notre organisme à la recherche d’éléments étrangers. On estime à 5 millions le nombre de lymphocytes passant dans les ganglions à chaque seconde au sein de notre organisme. Lorsqu’ils entrent en contact avec des cellules dendritiques porteuses d’un signal de danger, les lymphocytes détectent l’échantillon de pathogène qui leur est présenté, ils se multiplient rapidement (aboutissant à l’augmentation de taille des ganglions) et s’arment spécifiquement contre ce pathogène pour aller combattre l’infection. Les lymphocytes, tels une armée, regagnent le sang et migrent rapidement sur les lieux de l’infection (peau, poumon ou intestin…) pour éliminer le pathogène.

Une activation efficace de la réponse immunitaire nécessite donc une migration permanente de ses principaux acteurs : les cellules dendritiques dans la lymphe et les lymphocytes dans le sang. Les mécanismes de régulation de la circulation des globules blancs étant mal connus, mieux connaître ce fonctionnement pourrait ouvrir la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques. Dans le cas des maladies inflammatoires chroniques ou auto-immunes, inhiber la migration des globules blancs pourrait réduire l’inflammation des tissus concernés. A l’inverse, stimuler cette migration en cas d’infection, de vaccination ou de tumeurs cancéreuses favoriserait la destruction du pathogène ou de la tumeur.

Publications :

  • Moussion C*, Kiermaier E*, Veldkamp C, Gerardy-Schahn R, Williams L, Chaffee G, Phillips A, Freiberger F, Imre R, Taleski D, Payne R, Mechtler K, Mühlenhoff M, Volkman B, Sixt M. Polysialylation of CCR7 controls dendritic cell trafficking by releasing CCL21 from an auto-inhibited state. Science. 351 : 86-190 (Jan 2016) * Co-first author
  • Lafouresse F, Bellard E, Laurent C, Moussion C, Fournié J-J, Ysebaert L, and Girard J-P. L-selectin controls trafficking of chronic lymphocytic leukemia cells in lymph node high
    endothelial venules in vivo. Blood. 126:1336-45 (Sep 2015).
  • Stoler-Barak L, Moussion C, Shezen E, Hatzav M, Sixt M, Alon R. Blood vessels pattern heparan sulphate gradients between their apical and basolateral aspects. PLoS ONE. 9(1) : e85699 (Jan 2014).
  • Moussion C and Sixt M. A conduit to amplify innate immunity. Immunity. 38:853-4 (May 2013)
  • Weber M, Hauschild R, Schwarz J, Moussion C, de Vries I, Legler DF, Luther SA, Bollenbach T, Sixt M. Interstitial dendritic cell guidance by haptotactic chemokine gradients. Science. 339 : 328-32 (Jan 2013).
  • Girard JP, Moussion C, Förster R. HEVs, lymphatics and homeostatic immune cell trafficking in lymph nodes. Nat Rev Immunol. 12 : 762-73 (Nov 2012).
  • Moussion C and Girard JP. High endothelial venules (HEVs) and dendritic cells : a key functional unit for lymphocyte migration. Med Sci. 28 : 347-9 (Apr 2012).
  • Moussion C and Girard JP. Dendritic cells control lymphocytes entry to lymph node through high endothelial venules. Nature. 479 : 542-546 (Nov 2011).
  • Moussion C*, Flaishon L*, Hart G*, Einat Zelman*, Grabovsky V, Lapidot T, Feigelson S, Margalit R, Harmelin A, Avin T, Shoseyov D, Alon R, Girard JP and Shachar I. Antiinflammatory effects of an inflammatory chemokine : CCL2 inhibits lymphocyte homing by modulation of CCL21 triggered integrin-mediated adhesions. Blood 112 : 5016-5025 (Sep 2008). * Co-first author
  • Moussion C*, Ortega N* and Girard JP. The IL-1 like cytokine IL-33 is constitutively expressed in the nucleus of endothelial cells and epithelial cells in vivo : A novel alarmin ? PLoS ONE 3(10) : e3331 (Sep 2008) (>400 citations) * Co-first author

Plus d’informations :

Rédacteur : Etienne Gonon-Pelletier, etienne.gonon-pelletier chez diplomatie.gouv.fr