Les crises alimentaires et la résilience

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La récurrence des crises alimentaires dans le monde a mis en exergue la nécessité de faire évoluer la réflexion autour de l’urgence et du développement, en décloisonnant ces approches respectives. Partant du constat que l’aide humanitaire qui permet de surmonter une crise de façon ponctuelle prépare rarement les populations aux crises futures, l’appui à la résilience des populations vulnérables entend traiter de façon complémentaire la question de la sécurité alimentaire de manière plus intégrée et durable. L’aide alimentaire programmée s’inscrit pleinement dans ce cadre.

Principes généraux de l’aide alimentaire programmée

L’aide alimentaire programmée (AAP) permet principalement de renforcer la résilience des populations et de lutter contre la malnutrition. La France y a consacré 39 M€ en 2019, et 50,6 M€ en 2020. Au vu de l’ampleur de l’insécurité alimentaire dans le monde, les choix faits dans le cadre de l’AAP visent à optimiser l’emploi de ces fonds en ciblant les pays prioritaires pour la France, les zones délaissées et en favorisant le retour des populations vulnérables à plus d’autonomie alimentaire.

L’AAP permet ainsi à la France de contribuer à la résilience des populations, que ce soit dans des contextes d’urgence ou d’insécurité alimentaire chronique (régions fortement touchées par les aléas climatiques, comme le Sahel ou la Corne de l’Afrique) ou bien dans des contextes de crise prolongée, dus aux conflits, par exemple dans les pays riverains de la Syrie. Les achats d’aliments sur les marchés locaux ou régionaux sont encouragés, en cohérence avec les stratégies de la FAO et du PAM. Ce mode d’action est essentiel pour les populations vulnérables, et permet, en parallèle à la fourniture d’aide alimentaire par des transferts monétaires ou coupons alimentaires, une reprise de l’activité locale de production et de commercialisation.

Dans les projets financés au titre de l’AAP, les outils de soutien à la résilience présentent une grande variété : distribution de semences, formations en nutrition ou en techniques agricoles, travaux de restauration des terres, soutien aux cantines scolaires… Ces modes opératoires permettent d’inscrire dans le temps la prévention de l’insécurité alimentaire dans des zones fragiles et sensibles au dérèglement climatique. Par ailleurs, les projets financés incluent une composante nutrition pour plus de 50 % d’entre eux.

Le choix des projets par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères s’effectue sur la base de priorités importantes : climat, nutrition, genre, relance de l’agriculture dans les zones fragiles, utilisation des nouveaux outils de l’assistance alimentaire selon les principes de la Convention de Londres sur l’assistance alimentaire (transferts monétaires et actions permettant de relancer l’économie), ratifiée par la France en juin 2017, Stratégie internationale française pour la sécurité alimentaire, la nutrition et l’agriculture durable 2029-2024 (dont l’objectif n°5 est consacré à l’aide alimentaire)

L’aide alimentaire programmée française en 2020

En 2020, le budget total de l’AAP, affecté par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, s’est élevé à 50,6 M€. La multiplication des crises, principalement climatiques ou dues à des conflits, et leur pérennisation, a mobilisé l’aide alimentaire programmée pour des opérations d’urgence combinées à des actions de soutien à la résilience des communautés.

Le nombre de crises a crû en Afrique. Un équilibre a dû être trouvé entre réponse aux nouvelles urgences humanitaires (pandémie de Covid-19 et ses effets sur l’insécurité alimentaire, conflits et sécheresses) et aux crises (criquets pèlerins en Afrique de l’Est), d’une part, et nécessité de maintenir un engagement important dans les régions présentant une instabilité alimentaire et nutritionnelle chronique, d’autre part, comme le Sahel.

En 2020, plus de 63 % de l’AAP a bénéficié à l’Afrique (32,3 M€) et notamment au Sahel (pays du G5), 1er récipiendaire (16 M€).

En Afrique de l’Ouest, les moyens de l’AAP ont été mobilisés à hauteur de 15,5 M€ en 2020. Les sources multiples de l’insécurité alimentaire dans la région (dérèglement climatique, perturbation des marchés, instabilité politique, importance de la pauvreté) impliquent un suivi continu et l’appui à la mise en place d’outils de soutien à la résilience, en plus d’une réponse d’urgence ponctuelle lors des périodes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle accrue. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont été les principaux récipiendaires.

En Afrique australe et orientale, l’AAP a pu intervenir sur des zones fortement touchées par plusieurs années de sécheresse successives en Éthiopie, en Somalie, au Soudan du Sud et à Madagascar. La crise des criquets pèlerins a également motivé une attention particulière à l’égard de l’Afrique de l’Est.
Au total, 9,2 M€ ont été alloués dans cette région en 2020.

En Afrique centrale, l’instabilité politique, la présence de réfugiés et la crise alimentaire due aux agissements de Boko Haram ont motivé des soutiens au Tchad, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo et au Cameroun. 7,6 M€ ont été alloués sur cette zone en 2020, principalement à des projets de lutte contre la malnutrition et de relance agricole.

Le Moyen-Orient est le second bénéficiaire (11,5 M€) avec le Yémen, les Territoires palestiniens, la Jordanie, la Syrie et l’Irak. Les conséquences humanitaires de la crise syrienne, affectant le Liban, la Jordanie et la Syrie, ainsi que de la crise irakienne ont fortement mobilisé les moyens de l’AAP. La situation humanitaire implique une importante réponse internationale en soutien des pays d’accueil, pour éviter une déstabilisation généralisée de la région.

Le Liban a reçu 3,5 M€ d’aide, dont 1 M€ à la suite de l’explosion survenue à Beyrouth le 4 août 2020.

Le Yémen fait face à un conflit majeur ; les populations de certaines zones sont au bord de la famine. 3 M€ ont été attribués, en 2020, au bénéfice de la population yéménite.

La France est également restée engagée dans les Territoires palestiniens, en proie à des difficultés chroniques qui appellent des filets sociaux pour faire face à l’insécurité alimentaire (2 M€ en 2020).

L’AAP a également été mobilisée en Asie, à hauteur de 4,2 M€, notamment en Afghanistan, au Bangladesh et en Birmanie (crise des Rohingyas).

Pour la région Amériques-Caraïbes, Haïti a reçu 1 M€, le Vénézuéla 1,1 M€.

Du point de vue des organisations récipiendaires de l’AAP française, le premier opérateur partenaire reste le Programme alimentaire mondial (PAM) avec 27,1 M€ en 2020. Viennent ensuite les organisations non gouvernementales avec 8,8 M€, la FAO (4,6 M€), le Comité international de la Croix rouge (CICR : 4,4 M€), l’UNRWA [1] (3 M€) et l’UNICEF (1,6 M€).

Mise à jour : octobre 2020

[1UNRWA : Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient