Vote de la France à l’ONU sur la condamnation de l’esclavage - Réponse de Nicolas Forissier, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé du commerce extérieur et de l’attractivité, à une question au Gouvernement, en séance publique, au Sénat (Paris, 1er avril 2026)
Monsieur le président,
Mesdames les sénatrices, Messieurs les sénateurs,
Madame la sénatrice [Marie-Laure Phinera-Horth],
J’entends bien votre message. J’avais d’ailleurs été très sensibilisé par le Président Patriat il y a un peu de temps. Je m’exprime ici évidemment au nom de Jean-Noël Barrot qui est retenu au Japon pour vous dire au fond deux choses.
J’entends ce que vous dites, mais je crois qu’il n’y a pas d’ambiguïté de la part
de la France dans la position qui a été prise. Comme les autres pays de l’Union européenne, la France s’est abstenue sur le texte proposé à l’Assemblée générale des Nations unies sur proposition du Ghana, pour une raison extrêmement simple, c’est que le texte parlait de l’esclavage comme le « pire des crimes contre l’humanité ». Et la position de la France, comme celle de l’ensemble des pays de l’Union européenne, est de dire au contraire qu’il ne peut pas y avoir, et vous l’avez rappelé vous-même, de hiérarchie dans les atteintes à la dignité humaine, aux droits de l’Homme, sinon, ce serait créer une hiérarchie entre les victimes. Et donc, il y a cette idée, simplement, que nous respectons évidemment cette égalité, si je puis dire, entre les victimes. Mais ça ne veut pas dire, et je veux vous rassurer sur le sujet, que la France, quelque part, prendrait distance avec la lutte contre l’esclavage et la mémoire de la lutte contre l’esclavage.
Je veux vous rappeler très rapidement que, vous l’avez dit vous-même, il y a 25 ans, la loi Taubira a été votée. La France est le premier pays au monde à avoir reconnu comme crime contre l’humanité la traite et l’esclavage. Nous avons, en 2019, là aussi, créé une fondation pour la mémoire de l’esclavage qui travaille à faire progresser la connaissance historique, à entretenir la mémoire des victimes et contribue de ce fait, d’ailleurs, à la lutte contre les discriminations et le racisme dans les sociétés contemporaines qui sont les nôtres. Et enfin, je veux vous le dire, nous inaugurerons bientôt un mémorial national des victimes de l’esclavage à Paris, à l’endroit même où la Déclaration universelle des droits de l’Homme a été adoptée. Ce ne sera pas d’ailleurs uniquement muséal. L’idée, c’est de faire vivre cette mémoire, notamment dans les régions ultramarines, notamment dans les pays africains et chez tous nos partenaires. Donc la position de la France est claire, elle est nuancée effectivement sur ce vote, mais elle correspond au fond à une vérité d’évidence : il ne peut pas y avoir de hiérarchie entre les victimes de l’esclavage et les autres.