Conférence de presse conjointe de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, et Johann Wadephul, ministre des affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne - Propos de Jean-Noël Barrot (Berlin, 18 mars 2026)

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Merci beaucoup monsieur le Ministre, cher Johann. Je suis très heureux d’être à tes côtés aujourd’hui, à l’issue d’une visite particulièrement riche, la sixième depuis ma prise de fonction en 2024. Les échanges avec mes homologues ici ont confirmé une fois encore la profondeur, la solidité de notre relation bilatérale ainsi que notre détermination commune à faire face aux défis internationaux avec cohérence et avec ambition.

Hier, tu l’as rappelé, nous avons eu le plaisir d’exposer, en clôture de la conférence Europe 2026 de l’hebnomadaire Die Zeit notre vision de l’avenir de l’Europe. C’est celui d’une Europe unie, qui se doit d’accroître sa capacité d’action, d’être plus souveraine, plus compétitive et d’investir dans son avenir.
J’ai également eu l’honneur ce matin de participer aux travaux du Conseil des ministres allemands. Au regard de mon histoire politique et personnelle, c’était un moment particulièrement fort. Je veux renouveler mes remerciements au chancelier, aux ministres et au gouvernement pour leur invitation. Il ne s’agit pas là seulement d’un symbole, mais bien d’une illustration concrète de ce que la coopération franco-allemande peut produire. Il fallait une nouvelle fois le démontrer. Oui, notre niveau de confiance mutuelle est telle qu’un ministre ne siégeant pas au gouvernement allemand a pu assister à une réunion fédérale des plus stratégiques. Ce principe est inscrit dans le traité d’Aix-la-Chapelle qui fixe les modalités de cette coopération toujours plus étroite. J’ai donc mis à profit mon intervention pour évoquer l’agenda international, et en particulier l’Ukraine et le Proche et Moyen-Orient, et pour saluer la qualité de notre dialogue constant, notamment celui que nous menons avec Johann Wadephul au service d’une Europe indépendante et souveraine.

Nous avons également pu échanger longuement ensemble, hier soir, avec la même détermination pour renforcer encore nos relations dans cette période marquée par l’instabilité et l’incertitude dans les affaires internationales, marquée aussi par le retour de la guerre sur le continent européen depuis maintenant quatre ans.

Sur la situation au Moyen-Orient, la France et l’Allemagne partagent les mêmes préoccupations. Nous appelons à une désescalade, la plus rapide possible, à la cessation des hostilités, car l’escalade militaire dans la région emporte avec elle des risques qui sont majeurs pour nos intérêts, pour la sécurité de nos ressortissants sur place, mais aussi pour nos partenaires et pour l’économie mondiale. Conscients de ces périls, nous avons réaffirmé ensemble notre engagement à nous coordonner le plus étroitement possible en vue d’une résolution rapide de ce conflit.

Les affrontements au Moyen-Orient ne doivent cependant pas nous faire oublier ce qui se passe sur notre continent. La France et l’Allemagne se tiennent aux côtés des Ukrainiens et rappellent leur soutien indéfectible à l’Ukraine face à l’agresseur russe. Nous continuons de coordonner nos efforts pour renforcer la résistance ukrainienne, tant sur le plan militaire, financier qu’humanitaire, et pour préparer les conditions d’une paix juste et durable. Et je veux saluer la contribution exemplaire de l’Allemagne à cet égard.

Nous avons également abordé les sujets de politique européenne. L’Europe doit être un acteur souverain et unie sur la scène internationale. Avec l’Allemagne, nous portons une vision ambitieuse pour notre Union, celle d’une Europe capable de défendre ses intérêts, de garantir sa sécurité, de promouvoir ses valeurs. Cela passe par le renforcement de notre autonomie stratégique, par le principe de préférence européenne, qui est l’affirmation de notre capacité à agir ensemble au bénéfice de nos citoyens et du renforcement de nos partenariats. Nous travaillons main dans la main pour faire avancer des projets visant à réduire nos dépendances commerciales, numériques et technologiques, car l’Europe doit demeurer un pôle de stabilité et de prospérité. Et la France et l’Allemagne se doivent d’en être les moteurs. Dans le prolongement de nos engagements communs, pris à Toulon lors du dernier Conseil des ministres franco-allemand en août dernier, mais également lors du Sommet pour la souveraineté numérique qui s’est tenu ici, à Berlin, en novembre dernier, nous poursuivons sans relâche nos efforts pour construire ensemble cette Europe souveraine, qui assume pleinement ses ambitions.

Dans les toutes prochaines semaines, nous allons intensifier nos travaux sur la souveraineté numérique. Et ce n’est pas un hasard si l’Allemagne est mise à l’honneur au salon VivaTech de juin prochain à Paris, où elle sera invitée d’honneur. Cela illustre l’importance que nous attachons à ce partenariat franco-allemand, essentiel à la réduction de nos dépendances traitées. La France et l’Allemagne sont plus que jamais déterminés à agir ensemble pour la paix, pour la sécurité et pour une Europe forte. C’est ce message d’unité et d’action, je crois, que nous portons ensemble, cher Johann, avec l’ensemble de nos partenaires européens. Merci encore pour cette invitation et nos échanges.

(…)

Et pour ma part, je n’ai rien à ajouter à ce qu’a très bien dit Johann Wadephul à l’instant, si ce n’est pour évoquer la réunion qui nous rassemblera avec les collègues, homologues et ministres du G7, y compris le secrétaire d’État américain, la semaine prochaine, à l’abbaye des Vaux-de-Cernay en région parisienne.

Q - Monsieur le Ministre, Sébastien Baer, correspondant de Radio France à Berlin. Quel regard portez-vous sur les frappes et bombardements d’Israël au Liban et la stratégie Gaza envisagée par Israël, pour reprendre les propres termes du ministre de la défense Israël Katz ? Que peut faire la France ? Quelle réaction est envisagée ? Quelle est la marge de manœuvre pour éviter que le Liban connaisse le même sort que Gaza ?

R - Les dirigeants français, allemand, britannique, italien et canadien se sont exprimés un peu plus tôt cette semaine avec beaucoup de force sur le sujet, sur la situation au Liban, en indiquant leurs profondes préoccupations sur l’escalade des violences, en appelant les gouvernements libanais et Israélien à engager au plus vite des négociations constructives pour mettre fin à cette escalade, et à trouver une solution politique durable. Ils ont rappelé leur condamnation très ferme des attaques conduites par le Hezbollah en soutien à l’Iran sur Israël, et ont appelé au désarmement du Hezbollah. Ils ont également condamné les attaques visant les civils, les infrastructures, les travailleurs humanitaires ou encore les Casques bleus de la FINUL, où, comme vous le savez, nous avons un contingent français, dont je veux saluer l’engagement. Ils ont également rappelé qu’une offensive terrestre en Israël de grande envergure aurait des conséquences dévastatrices, alors que l’escalade en cours a déjà fait près de 1.000 morts et près d’un million de déplacés.

La France continuera d’agir le long de plusieurs axes d’effort. Le premier, c’est de faciliter autant que de possible une discussion qui serait historique entre le gouvernement libanais et le gouvernement israélien, au plus haut niveau, visant à créer les conditions d’un cessez-le-feu, d’un désarmement ordonné du Hezbollah et d’une coexistence pacifique entre les deux pays. De soutenir les forces armées libanaises dans leur effort pour désarmer le Hezbollah, mais aussi dans les efforts nécessaires pour qu’elles puissent reprendre le monopole des armes qui leur est dû, et assurer la protection de toutes les communautés au Liban. Et puis enfin soutenir le peuple libanais, qui est la première victime de cette guerre qu’il n’a pas choisie, dans laquelle il a été entraîné par le Hezbollah, avec de l’aide humanitaire, au sujet de laquelle nous nous coordonnons étroitement avec nos partenaires allemands et européens.

(…)

R - Oui, pour mettre un terme à cette escalade militaire dangereuse et incontrôlée, il faut que le régime iranien puisse se résoudre à des concessions majeures et à un changement radical de posture, permettant qu’une solution politique puisse à son tour émerger, qui permette la coexistence pacifique de l’Iran avec son environnement régional et qui permette au peuple iranien de construire librement son avenir.