Situation internationale - Réponses de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, à deux questions au Gouvernement, en séance publique, à l’Assemblée nationale (Paris, 20 janvier 2026)

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Madame la présidente,
Mesdames et Messieurs les députés,
Monsieur le député Pascal Lecamp,

La France ne se soumet à aucun chantage et ne se soumettra jamais. Elle conçoit la souveraineté comme indivisible, pour elle-même comme pour les nations du monde. Alors bien sûr, elle se souvient avec gratitude du sang versé par les soldats américains sur les plages de Normandie pour qu’elle puisse être libérée. Elle entend cultiver sa relation historique avec les États-Unis, 250 ans après leur indépendance, à laquelle elle a apporté une contribution décisive. Elle souhaite aussi œuvrer avec les États-Unis au service de la paix et de la sécurité du monde, comme elle le fait aujourd’hui au Liban ou encore en Syrie.

Mais lorsque les États-Unis formulent une proposition qui est inacceptable, elle assume pleinement de leur dire non.

Non à la remise en question de l’intégrité d’un territoire européen placé sous la protection de l’OTAN.

Non à la remise en cause, à la contestation de règles que les peuples d’Europe se sont données librement et démocratiquement pour protéger leur débat public.
Non aux sanctions qui ont visé récemment des personnalités européennes, et notamment un ancien ministre et vice-président de la Commission européenne français.

Oui à la mise en œuvre du plan de paix présenté par le président des États-Unis, que nous soutenons sans réserve, mais non à la création d’une organisation telle qu’elle a été présentée, qui viendrait se substituer aux Nations unies.
Non enfin à la menace de droits de douane brandie comme un chantage pour obtenir des concessions injustifiables.

Dans ce contexte, la France soutient la suspension de l’accord commercial avec les États-Unis voulue par le Parlement européen. Et si la coercition devait se matérialiser, alors l’Europe en tirerait toutes les conséquences. La Commission s’y prépare, elle l’a dit, et elle dispose pour cela d’instruments très puissants.
Non, Monsieur le député, la France ne cédera devant aucun chantage, aucune coercition, d’où qu’elle vienne, d’où qu’elle provienne et quelle qu’elle soit. Et que ceux qui peinent encore ou qui en doutent encore se plongent dans notre histoire pour s’en convaincre.

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Madame la présidente,
Mesdames et Messieurs les députés,
Madame la députée Isabelle Rauch,

Vous avez parfaitement raison. Ce que nous voyons, c’est un monde en train de se structurer dans une confrontation entre deux hyperpuissances, les États-Unis, d’un côté, et la Chine, lancés tous les deux dans une course à la domination dans laquelle aucun autre pays du monde ne pourrait avoir sa place. La seule manière pour la France de défendre ses intérêts et de faire entendre sa voix, c’est de le faire au travers d’une Europe forte, unie et souveraine, qui puisse ouvrir une troisième voie. Et nous serons suivis parce que de l’Asie du Sud-Est jusqu’en Amérique latine en passant par l’Afrique, l’immense majorité des pays du monde qui refusent de devoir choisir l’un de ces deux camps et qui entendent rester libres attendent que l’Europe se lève et montre la voie.

Mais pour cela, l’Europe devra accélérer alors qu’elle s’est enfin dotée d’une boussole, celle que la France lui propose depuis 2017, celle de l’autonomie stratégique et de la souveraineté. Accélérer alors que de premières décisions ont été prises ces derniers mois qui vont dans la bonne direction : protection de l’industrie de l’acier, des ferroalliages ; préférence européenne imposée dans les instruments de financement de la défense ; nouvel emprunt européen pour permettre à l’Ukraine de se défendre. Tout cela est positif, tout cela traduit les priorités françaises dans les politiques européennes, mais tout cela doit aller beaucoup plus vite.

Comment la France peut-elle convaincre ses partenaires d’aller plus vite ? Eh bien c’est en étant elle-même forte. Et cela, cela commence par l’adoption d’un budget. C’est la raison pour laquelle le choix qui vous est proposé dans quelques heures est si important, puisqu’il permettra de doter notre pays d’un budget, ainsi qu’à ses armées et à sa diplomatie. C’est la condition pour que la voix de la France puisse peser en Europe et que l’Europe puisse à son tour se lever et desserrer l’étau que ces deux hyperpuissances voudraient refermer sur notre pays et sur les autres pays du monde.