Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot en marge de son déplacement à Strasbourg (Strasbourg, 10 février 2026)
Q - Qu’est-ce que vous faites là ? On est en France.
R - Je suis venu visiter le site de Lithium de France, ici en Alsace. Lithium de France est une entreprise française, une entreprise à mission, qui est d’ailleurs récemment entrée en bourse, qui est une fierté nationale et qui, surtout, relève des défis sur lesquels le président de la République s’est exprimé ce matin en indiquant que face au durcissement du monde, à sa brutalisation, si l’Europe n’agit pas plus rapidement, elle risque de s’effacer. Et ce à quoi le président de la République appelle l’Union européenne aujourd’hui, c’est d’accélérer en matière de simplification, de diversification, de protection aussi. Et les activités de Lithium de France ici, en Alsace, sont la parfaite illustration de l’ambition que nous portons pour l’Europe.
Aujourd’hui, l’Europe est encore dépendante du gaz, du gaz russe, du gaz américain, ce qui est évidemment inacceptable dans un monde où l’énergie est utilisée à des fins géopolitiques. Eh bien avec la géothermie, dont Arverne est une entreprise spécialiste et le leader en France, nous pouvons nous débarrasser de cette facture de 60 milliards d’euros que nous payons chaque année aux Américains ou aux Russes. Et avec la géothermie, qui a vocation à se déployer partout en France, nous pouvons reprendre le contrôle sur la chaleur dont nous avons besoin dans les villes et les villages de France. Mais cela ne s’arrête pas là, puisque le projet de Lithium de France, c’est à la fois d’aller capter la chaleur du sous-sol pour l’apporter dans les équipements publics, mais aussi dans nos foyers, mais c’est aussi d’aller chercher dans les eaux géothermales le lithium dont a besoin la filière du véhicule électrique. Là encore, 50% du lithium aujourd’hui se trouve en Chine, 90% du lithium, qui est indispensable à la fabrication des batteries, est raffiné en Chine.
Si nous voulons être indépendants à l’avenir, si nous voulons pouvoir continuer à construire, en Europe, les véhicules dont nous avons besoin, il nous faut retrouver notre indépendance en matière d’accès et de raffinage du lithium. Et c’est exactement la vocation du projet que je suis venu visiter aujourd’hui. Nous avons la possibilité ici, avec les technologies qui sont développées pour extraire le lithium des eaux qui viennent du sous-sol, de recouvrer la possibilité de nous approvisionner nous-mêmes à hauteur d’un tiers des capacités dont l’industrie du véhicule électrique a besoin grâce à du lithium français. Lithium de France, c’est un projet qui vise à reprendre le contrôle sur la chaîne de valeur de ce minerai critique qui fait l’objet de toutes les convoitises dans le monde entier et dont notre sous-sol est riche. Donc à la fois aller chercher la chaleur qui est la nôtre, aller chercher le lithium qui est le nôtre pour nous diversifier, pour nous désensibiliser et pour n’être plus dépendants des ressources qui viennent de la Chine, des États-Unis ou de la Russie.
Q - Quand on parle de lithium en Alsace et de géothermie, il y a beaucoup d’inquiétudes. Il y a eu des séismes, pas ici, mais pas loin, ces dernières années. Qu’est-ce qu’on peut répondre aux Alsaciens, aux inquiétudes des Alsaciens ?
R - D’abord, il y a une très longue tradition de forage en Alsace, puisque pour les mêmes raisons qui font qu’il y a du lithium dans le sous-sol alsacien, il y avait, vous vous en souvenez, du pétrole. Il y a donc une expertise ancienne, éprouvée, dans la région, sur la base de laquelle s’appuie l’expertise géothermale qui se déploie chez Lithium de France et ses partenaires aujourd’hui. Et c’est vrai d’ailleurs du côté français comme du côté allemand, puisque le lithium ne connaît pas les frontières en sous-sol et traverse ou passe des deux côtés du Rhin. Par ailleurs, l’État est évidemment très attentif à ce que ces activités de forage pour la géothermie et puis l’avenir, dans quelques semaines et dans quelques mois, pour la filtration du lithium, soient absolument respectueuses de toutes les normes de sécurité. Vous le savez, les services de l’État compétents sont très sourcilleux et très attentifs à ce qu’aucun risque ne soit pris. D’ailleurs, les industriels du secteur l’ont bien compris et Lithium de France s’efforce d’apporter toutes les réponses aux questions qui sont posées légitimement par les services de l’État ici en Alsace, sous l’autorité de M. le Préfet.
Q - Petite question hors Alsace, est-ce que vous avez la date du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe, qui doit désigner un successeur au président démissionnaire ?
R - Le conseil d’administration se tiendra en principe lundi prochain et permettra de désigner le successeur du président sortant qui a présenté sa démission.
Q - Une question quand même sur Cécile Kohler aussi.
R - Famille alsacienne !
Q - Voilà. Elle est détenue avec Jacques Paris depuis longtemps. Elle est encore à l’ambassade à Téhéran. Où on est ce dossier aujourd’hui ?
R - Cécile Kohler et Jacques Paris sont, vous l’avez rappelé, en sécurité à l’ambassade de France à Téhéran. Nous exigeons leur libération définitive et leur retour en France. Nous nous tenons à leurs côtés. L’équipe de l’ambassade à Téhéran les entoure. Nous nous tenons aux côtés de leurs familles qui, ici notamment en Alsace, attendent leur retour et traversent une épreuve que l’on ne peut souhaiter à personne. Nous allons continuer à nous mobiliser sans relâche jusqu’à ce qu’ils soient de retour parmi nous.
Q - On parle du mois de mars, c’est envisageable ? C’est dans moins d’un mois.
R - Vous savez que le ministère des Affaires étrangères est mobilisé pour libérer nos compatriotes qui sont détenus arbitrairement ou otages à l’étranger. Il n’y a jamais de certitude absolue sur les délais que peuvent prendre ces processus dans lesquels je m’engage personnellement. S’agissant de Cécile Kohler et Jacques Paris, nous avons accueilli avec un immense soulagement la nouvelle de leur sortie de prison après des années de détention dans des conditions extrêmement difficiles. Mon objectif désormais, c’est leur retour en France le plus rapidement possible.
Q - On parle de la fin du procès de l’Iranienne comme signal pour obtenir leur libération. Est-ce que c’est ça que vous attendez ?
R - C’est un processus que nous avons engagé il y a plusieurs mois et qui doit se poursuivre jusqu’à son terme.
Q - Une dernière chose, l’ONU et l’Union européenne ont réagi au plan israélien (inaudible) la Cisjordanie. Quelle est la réaction de la France sur cette annonce ?
R - La colonisation illégale en Cisjordanie, et toute forme d’occupation, sont contraires au droit international et doivent cesser. Elles mettent en question la continuité territoriale de ce qui devra, le moment venu, être reconnu comme l’État de Palestine, administré par une Autorité palestinienne réformée, c’est l’horizon qui a été donné par la déclaration de New York que nous avons parrainée avec l’Arabie saoudite, qui a été endossée à l’écrasante majorité des pays du monde le 12 septembre dernier. C’est également l’horizon qui a été repris dans le plan de paix du président Trump. Sans cet horizon politique, il est illusoire de penser pouvoir cheminer vers une paix et une stabilité dans la région avec un État d’Israël et un État de Palestine vivant côte à côte en paix et en sécurité.