Entretien d’Éléonore Caroit, ministre déléguée auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger, avec « CNews » (Paris, 4 janvier 2026)

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Q - Je salue Éléonore Caroit. Bonsoir Madame la Ministre.

R - Bonsoir.

Q - merci d’être avec nous. Je le redis, vous êtes ministre de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger. Malheureusement, on aurait dû parler d’abord avec vous du Vénézuéla, mais on vient d’apprendre que ce bilan s’est alourdi. J’imagine que vous en savez un peu plus désormais.

R - Oui, nous venons de faire un point avec le centre de crise et avec nos équipes consulaires, effectivement. Malheureusement, le bilan s’est alourdi. Nous avons donc huit Français qui ont perdu la vie à Crans-Montana. Nous avons encore un de nos compatriotes que nous n’avons pu identifier. Nous sommes encore en train de le chercher. Nous avons 23 Français qui sont hospitalisés, ils sont tous pris en charge et leur état de santé évolue. Nous sommes évidemment en lien avec les familles, en lien avec les autorités valaisannes, avec les personnes qui sont mobilisées face à cette tragédie. Et moi, j’aimerais dire ce soir notre plus grande solidarité avec toutes les familles de victimes, toutes les personnes qui ont perdu un proche. Cette nouvelle est bouleversante et nous sommes tous engagés et actifs pour soulager, comme nous le pouvons, la douleur de ces familles.

Q - C’est vrai qu’on pense à ces familles parce que perdre un enfant, évidemment, c’est toujours un drame. Mais pour ces familles, pour certaines, pour ces huit familles, ça a été parfois quatre jours d’attente et on imagine qu’elles ont eu besoin de beaucoup d’accompagnement. Beaucoup, j’imagine, n’étaient même pas forcément sur place. Il a fallu, on le disait, récolter cet ADN, les faire matcher. Pour des familles, c’est une attente qui est absolument insoutenable, évidemment.

R - Oui, nous l’avons vu, nous l’avons vu à votre antenne et sur d’autres médias, et puis nous avons été en contact direct avec un certain nombre de familles, à quel point cette attente est insoutenable, à quel point ce temps d’identification des victimes, de prise en charge des victimes est difficile. Et évidemment, dire encore une fois toute notre solidarité, le fait que nous sommes pleinement mobilisés, que ce soit au Quai d’Orsay, mais aussi en interministériel avec le ministère de la santé. On est aujourd’hui le pays qui a le plus accueilli de grands blessés de ce drame. Nous avons 18 personnes qui ont été accueillies dans des hôpitaux français qui sont en train d’être soignées, des grands blessés, des grands brûlés. Et puis, évidemment, suivre cette situation. Il y a un numéro d’assistance mis en place par le centre de crise. Il y a aussi un numéro qui a été mis en place par les autorités valaisannes. La situation devient un peu plus claire au fur et à mesure que le temps passe, mais l’attente reste évidemment insoutenable. Et moi, je ne peux aujourd’hui qu’exprimer notre profonde solidarité, notre soutien et dire à quel point nous sommes mobilisés, à quel point c’est une priorité pour nous de faire en sorte que cette souffrance soit la plus brève possible et que les gens puissent savoir où sont leurs proches rapidement.

Q - On va revenir, justement aussi, sur cette solidarité qui s’est mise en place. Mais avant, est-ce que vous en savez un peu plus sur ces huit personnes décédées ? Est-ce que vous avez des âges éventuellement, ou c’est pour l’instant trop tôt, ou peut-être qu’il n’est pas l’heure de communiquer là-dessus ?

R - Il est encore un peu tôt. Nous avions un Français dont nous savions qu’il était disparu, de 39 ans. Ça, vous en avez parlé, j’imagine, à cette antenne. Pour le reste, nous sommes évidemment en lien avec les familles des victimes à prime abord, et ces informations seront connues en temps voulu.

Q - Je voudrais justement, et vous l’avez déjà un petit peu évoqué, qu’on revienne sur cette solidarité qui s’est mise en place avec la Suisse. Dès les premiers instants, les autorités françaises, et notamment le quai d’Orsay, dont vous dépendez, ont fait savoir qu’elles étaient disponibles à la fois pour accueillir des patients en France, et c’est d’ores et déjà le cas, et aussi pour envoyer des équipes françaises, qui sont parties sur le terrain. C’est bien ça, je ne me trompe pas ?

R - Tout à fait, qui ont été envoyées, qui ont été dépêchées immédiatement. Lorsque vous avez une tragédie comme celle qui s’est passée à Crans-Montana, ce que l’on ne mesure peut-être pas de prime abord, c’est à quel point cela vient perturber toute l’activité des hôpitaux de la zone, des alentours, et à quel point les soins qui sont nécessaires pour ces grands brûlés mobilisent les équipes médicales. Et donc, l’assistance de la France, comme je disais, qui est le pays qui a davantage pu aider, notamment du fait de notre proximité, de nos capacités, mais des autres pays européens, je pense, a été cruciale. Et le ministre des affaires étrangères l’a dit, il a été en contact avec son homologue, j’ai aussi été en contact avec des autorités suisses. Nous avons notre consul général qui, évidemment, s’est déplacé immédiatement à Crans-Montana. Toutes les équipes, d’ailleurs, de l’ambassade et du consulat que j’aimerais saluer, parce qu’elles sont sur le pont, dès le tout début de l’année, et elles ne ménagent pas leurs efforts pour porter assistance à nos compatriotes, mais aussi aux autres personnes qui sont victimes de cet accident. Et donc, c’est une vraie marque de solidarité, de mobilisation en interministériel. Et je pense qu’il faut que nous saluions, vraiment, tous les agents de l’État qui se sont mobilisés, qui sont encore aujourd’hui au chevet des malades, des patients, et qui sont aussi en train de travailler avec les autorités suisses.

Q - Et vous avez raison, justement, de souligner leur engagement, parce que ce qu’on voit aussi, c’est que ce sont les chiffres, je crois, que donnait la ministre de la santé, Stéphanie Rist, que normalement, les transferts se faisaient en moyenne en 96 heures ; que là, ils ont pu avoir lieu en 72 heures sur des grands brûlés. C’est toujours du temps, évidemment, qui est gagné. Et qu’on a réussi, petit à petit, à augmenter aussi le nombre de lits. Et on voit qu’il y a vraiment, évidemment, l’actualité est dramatique avec ce bilan, mais qu’on a fait beaucoup en peu de temps. Et c’est rassurant de voir que ça aussi, on sait faire. Cette solidarité, elle a su s’organiser et elle a su aussi s’adapter à la situation en accueillant plus de patients qu’on ne pensait le faire au début. Je crois qu’au début, on était plutôt sur 15 personnes. On est maintenant à beaucoup plus qui sont chez nous.

R - Oui, tout à fait. Encore une fois, saluer le travail qui a été accompli, qui est en train d’être accompli en ce moment même par ces équipes. Et puis dire aussi à quel point, lorsque l’on se mobilise, lorsque l’on arrive à coordonner nos forces avec des États alliés, amis comme la Suisse, on peut travailler rapidement et on voit que cela fonctionne. Mais évidemment, ce n’est qu’un maigre soulagement pour les familles qui aujourd’hui sont dans cette attente. Et moi, j’aimerais évidemment rappeler notre pleine solidarité. Mais c’est évident que nous avons des équipes qui sont extrêmement diligentes et compétentes et qu’il faut saluer leur travail et les encourager, et surtout les remercier.

Q - Et j’ai vu d’ailleurs que l’ambassade aussi remerciait toutes les personnes qui avaient envoyé des témoignages de soutien. J’ai vu passer sur les réseaux sociaux. Parce qu’évidemment, on cherche, quand on est à l’étranger, du soutien dans son ambassade. Et c’est important aussi que l’ambassade remercie toutes les familles. Catherine, vous vouliez peut-être poser une question ?

Q - Oui, en fait, c’est d’autant plus remarquable, ce qui se passe, que d’après ce que j’ai pu comprendre, les compétences requises pour soigner les grands brûlés ne sont pas partagées par tous les soignants. C’est d’ailleurs pour ça, je crois, qu’ils sont dispatchés dans plusieurs hôpitaux. C’est-à-dire qu’il y a des unités assez restreintes et qui accueillent ces soignants. Et c’est vrai que ça a dû compliquer la prise en charge. Je trouve que la réaction a été quand même assez rapide, compte tenu du nombre de brûlés, parce que je pense que les hôpitaux ne sont pas habitués.

Q - Chaque hôpital a malheureusement peu de lits, parce que ça demande beaucoup de personnels.

Q - Et des compétences, des personnes qui ne sont pas tous formées à soigner les grands brûlés. C’est l’autant plus remarquable, et c’est pour ça, parce que souvent les gens disent, « mais pourquoi ils sont dans plusieurs hôpitaux ? » Eh bien parce qu’il y a plusieurs unités dans plusieurs hôpitaux, il y a un personnel limité, donc il faut envoyer les gens au bon hôpital avec le bon personnel. C’est vrai que ça a été assez remarquable.

R - Vous avez raison, c’est une question qui a été souvent posée : pourquoi à Metz, à Paris, en Ile-de-France, etc. ? Mais c’est vrai que ce ne sont pas des compétences qu’on trouve partout. Et peut-être un appel, même si on est déjà à quelques jours de ce drame, mais un appel à chacun à la prudence. C’est important de le rappeler. En cette période, en ce retour de vacances aujourd’hui, évidemment que tout accident supplémentaire, toute prise en charge nécessaire de personnes vient perturber cette activité qui est déjà extrêmement intense de la part des hôpitaux.

Q - On peut se casser une jambe mais pas se brûler.

R - Il ne vaut mieux pas ni l’un, ni l’autre.

Q - Oui, mais c’est ce que disaient effectivement, d’ailleurs, même les autorités suisses. C’était : « Si vous voulez vraiment nous aider, éviter aujourd’hui d’aller skier ou de faire n’importe quoi parce que les hôpitaux sont débordés. » Et c’est vrai qu’on peut aussi saluer les compétences des médecins militaires qui sont partis sur place, aussi de toutes les équipes techniques. Et on voit à quel point, à la fois la Suisse, très vite, a dit aux pays voisins qu’elles auraient besoin d’eux. Et la réponse est arrivée très rapidement. Évidemment, des drames comme ça, bien heureusement, il y en a rarement, mais on voit que la coopération s’organise très vite. On sait qui a besoin de quoi et les choses se font d’une rapidité évidente, mais qu’il faut une fois de plus vraiment saluer.

R - Oui, et cette coopération internationale, elle n’est pas le fruit du hasard. Elle est le fruit d’une vraie diplomatie qui existe, de contacts et d’un vrai rapprochement entre les autorités suisses et les autorités françaises. Je peux vous parler là sur une note un peu plus personnelle. Ma belle-famille est Suisse, elle était d’ailleurs dans le Valais, et il y a énormément de binationaux, énormément de Français en Suisse, énormément de coopération qui s’est faite, et je pense que c’est aussi quelque chose qui est vu des deux côtés de la frontière, et que c’est important de saluer quand ça marche, quand cette coopération peut être mise en œuvre rapidement.

Q - Vous avez raison, évidemment, de saluer cette coopération et de saluer tous les soignants français, suisses et italiens et d’autres qui, au moment où on se parle, sont en train d’aider ces grands brûlés. Un mot aussi, évidemment, et on le disait, de l’émotion, ce qui s’est passé à Crans-Montana, du fait que cette station soit très internationale aura forcément des répercussions partout. On sait maintenant que huit de nos compatriotes sont décédés, qu’un est porté disparu. Il va y avoir aussi une onde de choc, après, dans toutes ces villes, quand ces familles endeuillées vont rentrer. C’est-à-dire qu’on voit bien que l’émotion, aujourd’hui, elle est très, très puissante, mais qu’elle va continuer dans les prochains jours et un peu partout en France, et d’ailleurs en Europe, probablement, à se disperser.

R - Oui, parce que c’est une tragédie et puis c’est une tragédie qui commence au tout début de l’année. Tout le monde est choqué. C’était beaucoup de jeunes, c’était une ambiance festive, tout le monde accueillait cette nouvelle année. Donc évidemment, notre message principal, au-delà du travail qui est fait sur le terrain, du travail qui est fait par les soignants, qui est fait par les autorités consulaires, diplomatiques, c’est évidemment, un message de profonde solidarité envers toutes ces familles endeuillées.

Q - On va marquer une courte pause et on reviendra avec vous, Madame la Ministre, notamment sur d’autres sujets. Mais on marque d’abord une pause. Restez avec nous sur « Punchline ». A tout de suite.

(…)

Q - De retour dans « Punchline week-end », avec en plateau Éléonore Caroit, la ministre de la francophonie et des Français de l’étranger. J’ai également avec moi Quentin Gérard, journaliste au JDD, et Catherine Rambert, journaliste également.

(…)

Q - Une dernière question sur la Suisse, Madame la Ministre. On en disait déjà un mot avant la pause. C’est vrai que c’est compliqué aussi, le travail de tous les agents de ces ministères, parce qu’il y a beaucoup de familles qui attendent des réponses, des blessés qui attendent aussi d’être identifiés. Et c’est aussi un vrai travail de fourmis et d’extrême précision que de mettre justement en relation ces proches et les personnes, soit malheureusement décédées, soit qui sont blessées. C’est un travail qui prend du temps, il faut le rappeler.

R - Oui, absolument, c’est un travail qui prend du temps. C’est un travail qui nécessite une très grande coordination entre les autorités diplomatiques, consulaires, toute l’équipe du consulat général à Genève et de l’ambassade de France à Berne, et les autorités valaisannes, puisque ça s’est passé dans le canton du Valais, mais les autorités suisses en général, parce qu’il y a beaucoup de travail en intercantonale. Et puis, évidemment, la priorité, c’est de soigner. La priorité, c’est de pouvoir transférer ces grands brûlés dans des unités dans lesquelles ils vont pouvoir recevoir des soins. Je le disais tout à l’heure, la France a accueilli 17 grands brûlés et il y en a un qui est en cours de transfèrement. Cela devrait s’achever dans quelques heures. Mais c’est un travail qui se fait en parallèle, à la fois toute cette information qui doit être donnée aux familles dont l’attente est insurmontable, et les réponses qui doivent être apportées. Et puis ce travail d’identification, ce travail de soins qui est fait en parallèle. Donc encore une fois, tous mes remerciements, toute ma gratitude et mon soutien aux équipes qui sont mobilisées en interministériel, et en particulier à toutes les équipes du Quai d’Orsay, qui sont sur le pont depuis tout début de cette année.

Q - Oui, qui font tout évidemment, même si c’est toujours trop lent pour les familles qui souffrent, mais qui font tout pour que les informations parviennent le plus rapidement possible. On va parler d’un autre dossier à l’international, c’est le Vénézuéla. En plus d’être ministre, vous étiez avant d’être nommée, justement, la députée des Français de l’étranger qui concerne cette circonscription. D’abord, une question très simple : votre première réaction quand vous avez appris hier cette intervention américaine, la capture de Nicolás Maduro, quelle a été votre réaction première ?

R - Alors moi, j’ai été réveillée tôt le matin par des personnes au Vénézuéla qui m’envoyaient des vidéos, soit des vidéos qu’ils avaient prises directement, soit des vidéos qu’on leur avait transférées et qui se demandaient ce qui se passait. Donc j’ai été très rapidement en contact avec des Français qui sont sur place, des Français de l’étranger qui habitent au Vénézuéla de longue date et qui étaient extrêmement inquiets, préoccupés, qui se demandaient ce qui allait se passer. Aujourd’hui, la situation est revenue au calme. Je suis en contact direct avec eux. Ils sont en train de faire la queue dans des supermarchés. Certains ont réouvert, d’autres sont restés fermés. L’école française sera fermée demain. Ils sont en train de se réorganiser. Beaucoup vont rester en télétravail. En tout cas, ce que tout le monde me dit, c’est que la situation est redevenue calme et qu’ils sont rassurés sur leur propre sécurité. Parce que quand vous voyez ces images, ces bombardements, la première chose, c’est évidemment que se passe-t-il et est-ce que je suis en sécurité ? J’avais le témoignage d’un Français qui a dû aller chercher son fils parce qu’il n’arrivait pas à le joindre, etc. Donc là, on est vraiment dans une situation de retour au calme et aucun Français, aucune victime française, aucun dommage causé à des Français à déplorer à ce stade, à notre connaissance, à la connaissance du Quai. Donc moi, j’ai suivi cela de façon à la fois très diplomatique mais très personnelle aussi, parce que comme vous le rappeliez, c’était ma circonscription lorsque j’étais députée. J’ai beaucoup porté ce combat pour la liberté, la démocratie du Vénézuéla. J’avais déposé une proposition de résolution à l’Assemblée nationale qui avait été signée en transpartisan et j’avais aussi défendu dans la presse la mobilisation internationale, parce que comme vous le savez ces élections avaient été confisquées par Nicolás Maduro en 2024. Et aujourd’hui, je regarde la situation avec beaucoup d’attente. J’entends les messages d’espoir des Vénézuéliens, en particulier des Vénézuéliens de la diaspora, qui sont contents que Maduro ne soit plus au pouvoir au Vénézuéla, mais qui se demandent aussi ce qui va se passer par la suite. Et le message, c’est vraiment celui d’un appel à une transition démocratique, à redonner le pouvoir aux Vénézuéliennes et aux Vénézuéliens, et à ce que l’on puisse enfin aller vers un régime démocratique au Vénézuéla.

Q - Et justement, vous parliez de cette diaspora. Une partie de cette diaspora française s’est réunie aujourd’hui et on a pu, Alexandra Bischof qui était sur place, vous voyez quelques images de cette mobilisation qui avait lieu, place de la République. Et Alexandra Bischof, qui était sur place, a recueilli justement le témoignage d’une jeune vénézuélienne qui vit désormais en France. Que pense-t-elle de la situation ? Qu’est-ce qu’elle attend ? On l’écoute.

[Extrait du témoignage d’une manifestante]

Q - On entend effectivement l’espoir de cette jeune femme, mais Éléonore Caroit, c’est vrai que pour l’instant, vous le disiez, la situation sur place est revenue au calme et c’est déjà une bonne chose. Il y a de l’espoir, il y a beaucoup de promesses, notamment de la part des États-Unis. La question sera de savoir ce qui va se passer dans les jours et les semaines à venir. L’espoir pour les Vénézuéliens, c’est sans doute important, il va falloir qu’il se concrétise. C’est un peuple qui souffre depuis des années. Des fausses promesses, ça serait absolument catastrophique pour eux.

R - Absolument, surtout qu’ils ont déjà vécu dans leur histoire et dans leur histoire récente des moments d’espoir lorsque, par exemple avec Guaidó, avec d’autres, ils s’étaient dit qu’il allait y avoir une transition, et puis finalement, c’était le régime chaviste qui réussissait à se maintenir. Et là, beaucoup sont très inquiets de voir que cette transition qui semble se dessiner n’est pas claire, ses contours ne sont pas clairs. Delcy Rodriguez, qui était, rappelons-le, sous sanctions, qui a été dans ce régime une pièce assez instrumentale, est toujours présente. Alors à la fois, ils peuvent comprendre qu’une transition prenne du temps, mais ils sont dans une forme d’attente. Et je pense que c’est ça qui est important aujourd’hui, c’est comment arriver à réussir cette transition démocratique, réellement, pour ce pays qui a tellement souffert, qui depuis des années vit dans un système qui ne respecte pas les libertés individuelles. On a parlé des prisonniers politiques, on a parlé de la situation qui est extrêmement grave pour les Vénézuéliens. Rappelons aussi, vous parliez de la diaspora, que vous avez près d’un quart de la population de ce pays qui a dû fuir le pays du fait justement de cette répression et des conditions économiques. Donc beaucoup d’attentes et évidemment beaucoup d’incertitudes à ce stade.

Q - On a eu l’impression, peut-être hier, et vous me corrigerez si je me trompe, qu’il y avait un peu deux voix en ce qui concerne la France. D’abord, c’est Jean-Noël Barrot qui a réagi sur les réseaux sociaux en saluant le fait que Maduro, qui est un dictateur, ait été chassé du pouvoir, mais dans le même temps en accusant notamment Donald Trump d’avoir violé le droit international. Donc on voit qu’il salue le départ de Maduro tout en condamnant l’action de Donald Trump. Alors que le chef de l’État, Emmanuel Macron, lui, exactement sur la première partie, dit la même chose que son ministre, c’est-à-dire que le départ de Nicolás Maduro est une bonne chose, sans pour autant critiquer l’intervention de Donald Trump. Est-ce qu’il y a deux visions différentes de cet acte, ou chacun est dans son rôle, selon vous ?

R - Non, je pense qu’il y a eu, évidemment, énormément de commentateurs politiques hier. D’ailleurs, on regardait tout le monde y aller de sa petite phrase sur Twitter. Et c’est peut-être normal lorsqu’un événement aussi important se produit. Mais je pense que ce qui était important pour la France, c’était de rappeler son attachement au droit international. Et clairement, cette intervention militaire s’est faite en violation du droit international, et ça le ministre Jean-Noël Barrot l’a rappelé très clairement. Et puis surtout, son attachement à une transition démocratique au Vénézuéla. Et là encore, comme je vous le dis, il y a beaucoup d’incertitudes, et c’est très important que la France et que les autres pays qui sont attachés au multilatéralisme, à la démocratie insistent, poussent pour que le candidat qui a été élu démocratiquement puisse arriver au pouvoir au Vénézuéla, pour que toute cette diaspora que nous avons vue en liesse, parce qu’elle voit que les choses semblent changer, puisse voir leurs espoirs véritablement transformés dans une forme de réalité. Et à ce stade, ce n’est pas encore ce que nous voyons. Donc il faut effectivement continuer à se mobiliser et puis rappeler que Nicolás Maduro était un dictateur, c’est le chef de l’État, mais c’est un système dont il est question. Et puis, on peut aussi voir cette image de l’hydre qui reviendrait sous une autre forme. Et je pense que les Vénézuéliens méritent un vrai changement de régime et un vrai retour à la démocratie.

Q - Merci beaucoup, Éléonore Caroit, d’avoir été avec nous, ministre de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l’étranger.

Source : CNews