Entretien de Benjamin Haddad, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé de l’Europe, avec « LCI » (Paris, 8 mars 2026)
Q - Benjamin Haddad, bonjour.
R - Bonjour.
Q - Merci de nous avoir rejoints. Avant de parler de ce que la France peut faire pour les Libanais, le Liban qui appelle à l’aide, est-ce que nous risquons plus largement d’être entraînés dans cette guerre ?
R - Non. Nous, nous avons une approche qui défend nos intérêts, qui défend notre sécurité. La France a dit de façon très claire la responsabilité immense de l’Iran dans le conflit qui a lieu, que ce soit à travers ses activités de prolifération, en violation avec le droit international sur les questions nucléaires, que ce soit son soutien à des proxys terroristes dans la région, le Hamas, le Hezbollah, ses ingérences dans la politique de ses voisins, ses menaces répétées contre l’existence même d’Israël, et puis bien sûr la répression féroce, criminelle, que l’on a vu au mois de janvier de dizaines de milliers de manifestants pacifiques, démocratiques, qui voulaient juste pouvoir contrôler leur destin. Après, cette opération a lieu en dehors d’un cadre multilatéral, en dehors d’un cadre légal. La France, évidemment, n’y participe pas. Nous, nous avons des intérêts. Nous avons des partenaires, aussi, à défendre dans la région. Et c’est l’honneur de la France d’honorer ses partenariats de défense, que ce soit avec des pays comme les Émirats, comme le Qatar ou le Koweït. Nous avons un allié aussi de l’Union européenne, Chypre, avec lequel la France a signé récemment un partenariat stratégique. Le président chypriote était à Paris il y a quelques mois, le président Níkos Christodoulídis, pour signer ce partenariat stratégique. Nous avons envoyé du matériel défensif comme des défenses sol-air. Nous avons bien sûr, vous le savez, rapproché le Charles de Gaulle et le groupe aéronaval en Méditerranée orientale aussi…
Q - Si vous me permettez, on va reprendre tous ces points, parce qu’on a beaucoup de questions à vous poser…
R - … Notre objectif, c’est de défendre la sécurité de nos ressortissants, la sécurité de nos partenaires et de nos alliés, et bien sûr de nos emprises, de nos bases dans la région. C’est pour ça que la France a participé à des opérations défensives, comme le fait d’abattre, par exemple, des drones qui, notamment, s’en étaient pris à nos emprises aux Émirats.
Q - Vous dites « défendre », mais ça veut dire riposter évidemment si nos bases étaient attaquées ou si nos alliés étaient effectivement attaqués. Il y a une petite formule et quelques mots qui interpellent tout le monde depuis la publication d’un communiqué entre Paris, Londres et Berlin. La formule c’est que ces trois pays seraient prêts à prendre des mesures pour défendre nos intérêts, ceux de nos alliés. en permettant des actions défensives « pour détruire la capacité de l’Iran à tirer des missiles (…) à leur source ». Donc on dit « à leur source », ça veut dire qu’on peut un jour frapper l’Iran, les batteries de missiles pour les empêcher de tirer, c’est ça ? Et on serait dans ce cas entraînés dans la guerre.
R - Encore une fois, nous n’avons pas comme intention d’être entraînés dans la guerre, nous ne participons pas à la guerre, mais nous avons des alliés, nous avons des partenariats de défense avec des pays comme les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et d’autres dans la région, des alliés comme Chypre au sein de l’Union européenne. Donc ça s’est traduit concrètement par des livraisons de matériel défensif, des défenses sol-air. Ça s’est traduit, le cas échéant, par des interceptions de drones. Nous avons une présence dans la région avec le porte-avion Charles de Gaulle…
Q - Si une base militaire française était attaquée… Non mais pardon, éclairez-nous parce que les téléspectateurs veulent savoir.
R - Mais vous savez, il y a une base militaire par exemple française dans laquelle il y a un missile qui est tombé sur un hangar. Il y a eu des interceptions de drones, précisément aussi pour pouvoir se protéger. Moi, je ne vais pas spéculer après sur des scénarios, mais ce que je vous dis, c’est que la France a les moyens de se défendre. Vous avez raison, nous le faisons aussi en coordination avec nos partenaires européens, à commencer par les partenaires du E3, c’est-à-dire les britanniques et les allemands, et nous sommes en coordination proche avec nos alliés et nos partenaires dans la région, précisément pour pouvoir assurer, c’est notre objectif, la désescalade.
Q - Pour rebondir sur la question d’Arlette, on est au 9e jour de guerre. En neuf jours de guerre, a-t-on déjà frappé à la source des batteries de missiles iraniens ?
R - Moi je n’ai pas d’informations à ce sujet à donner.
Q - À donner ou… ?
R - Non mais moi je n’ai pas d’informations, mais en tout cas ce que je vous dis c’est que nous avons participé…
Q - Mais vous n’avez pas de démenti à apporter non plus ?
R - Non mais écoutez, ce que je vous dis c’est que nous avons participé à des interceptions, comme vous le savez. Ça avait été déjà dit par la ministre des armées et par le ministre des affaires étrangères.
Q - Nous avons donc des moyens militaires que nous faisons notamment voguer, si je puis dire, qui sont arrivés en Méditerranée. Il y a le Charles de Gaulle, sous le contrôle du colonel Goya. Il y a un porte-hélicoptère qui va être mis en mouvement. Il y a également eu une frégate. Quels sont leurs rôles ?
R - C’est un vecteur d’influence, c’est un relais pour pouvoir se projeter. Quand on parle, par exemple, du fait de pouvoir participer à des opérations défensives ou des interceptions, bien sûr, ça nous rapproche du théâtre et ça nous permet d’être plus influents. Et puis vous le savez, nous avons aussi des intérêts économiques. L’un des objectifs du Président de la République, il l’a dit, c’est de pouvoir rouvrir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, qui est un carrefour, on le sait, qui est menacé aujourd’hui par l’Iran, par lequel transite énormément de ressources énergétiques, 20% des exportations de pétrole, de gaz. Et nous avons d’ailleurs des précédents pour avoir mis en place des coalitions de liberté de navigation, je pense par exemple à la mission européenne Aspides en mer Rouge, où la France a une frégate aux côtés des Italiens et des Grecs pour faire face à la menace des Houthis, les Houthis qui déstabilisaient la liberté de circulation en mer Rouge. Nous avons d’ailleurs d’autres opérations un peu plus loin, par exemple l’opération Atalante, qui est au large de la côte de l’Afrique pour lutter contre la piraterie. Donc il y a des modèles qui existent. L’objectif maintenant, c’est de mettre en place une coalition pour pouvoir permettre la liberté de circulation sur le détroit d’Ormuz.
Q - La situation, vous le savez, est évolutive. À l’instant, vous le voyez sur l’écran, Benjamin Haddad, les médias américains affirment que le nouveau guide suprême iranien, donc en succession de Khamenei, a été désigné. C’était une des informations attendues dans cette journée. À ce titre, Arlette, Jean-Noël Barrot a fait une déclaration hier sur l’appréciation de la France par rapport à cette guerre menée par les Israéliens et les Américains, avec un petit bouger, nous semble-t-il.
Q - Oui. Moi je cite aujourd’hui, il faut faire très attention, la France, il rappelle comme vous exactement, il n’y a pas de différence, que la France n’a pas approuvée cette opération. Mais il va un petit peu plus loin, le Ministre. Il dit que les risques et les dangers engendrés par cette opération américano-israélienne sont sans doute supérieurs aux solutions que les Israéliens et les Américains entendent apporter aux problèmes posés par le régime iranien. On a l’impression que plus on avance, plus… Alors on parlera, c’est peut-être en raison de ce que font les Israéliens sur le Liban, que la France se détache de cette opération américano-israélienne. C’est vrai ? Vous prenez vos distances ?
R - Non, mais la France a été très claire depuis le début…
Q - Oui mais là c’est un peu plus, quand même, Benjamin Haddad.
R - …, très claire sur la responsabilité écrasante du régime iranien dans la situation, aussi bien dans la répression de sa population, dans ses activités de déstabilisation à travers la région. Très claire dans la dénonciation aussi du rôle cynique du Hezbollah aujourd’hui, qui entraîne la population libanaise dans cette guerre, comme elle l’avait fait d’ailleurs après le 7 octobre. Mais aujourd’hui, effectivement, c’est toujours plus facile de commencer une guerre que de la terminer. Et donc la question qui se pose et qu’a posé d’ailleurs Jean-Noël Barrot hier lors de son interview, c’est les buts de guerre, c’est la stratégie. On voit d’ailleurs que même dans les déclarations des dirigeants américains, il y a eu une succession de buts de guerre ou d’objectifs qui ont été prononcés les uns après les autres. Et donc, c’est pour ça, encore une fois, que l’objectif du Président de la République, c’est à la fois d’appeler à la désescalade, et puis de défendre, encore une fois, nos intérêts. Nous sommes une puissance qui a ses propres intérêts, ses propres partenaires. Nous avons 400.000 ressortissants dans la région. Et donc, la boussole aujourd’hui, de façon très réaliste, c’est de défendre nos intérêts de sécurité.
Q - Ça veut dire, pour être tout à fait précis, que la France ne comprend pas exactement ce que veut, quels sont les objectifs de Donald Trump. Aujourd’hui, la France dit « On ne sait pas ce qu’il veut. » Changer de régime, installer… il voulait même peser dans le choix du successeur de Khamenei, et visiblement ce ne sera pas le cas, évidemment. La France ne voit pas clair.
R - Mais je constate, de fait, que ces objectifs n’ont pas été communiqués. Et donc, il y a cette opération. Et c’est pour ça, d’ailleurs, qu’on peut s’attendre, ça a été dit aussi par les autorités françaises, à une guerre qui pourrait durer et avoir un impact régional. On le sait. Encore une fois, je veux dire, l’histoire récente, si on pense à la guerre en Irak ou à d’autres opérations de ce type, l’histoire récente montre, encore une fois, que ce type de guerre peut avoir tendance à durer et n’a pas toujours les objectifs ou n’a pas toujours les conséquences et les résultats que souhaitent ceux qui les lancent.
Q - Emmanuel Macron avait plaidé pour que le Liban soit épargné. « Tout doit être fait pour empêcher que ce pays proche de la France soit à nouveau entraîné dans la guerre. » Est-ce que la France condamne aujourd’hui la tournure de la guerre israélienne dans ce pays ?
R - Alors, vous l’avez vu, la France a condamné de façon très claire l’action du Hezbollah. Le Hezbollah, aujourd’hui, qui entraîne une fois de plus les Libanais, avec un cynisme absolu, dans cette catastrophe. Et c’est ce Hezbollah qui agit d’ailleurs comme un proxy de l’Iran. C’était déjà le cas après le 7 octobre. Notre priorité d’ailleurs ces derniers mois, en travaillant avec les autorités libanaises, c’était précisément de donner les moyens aux autorités libanaises de reprendre le contrôle de l’intégralité du territoire, de former, de développer les forces armées libanaises. Il devait y avoir d’ailleurs une conférence à ce sujet, qui a bien sûr été reportée, mais conférence à ce sujet jeudi à Paris. Et d’ailleurs, je constate que les autorités libanaises ont eu un discours très ferme, très dur, en annonçant par exemple que la branche militaire, sécuritaire, armée du Hezbollah serait mise hors la loi, et même des dirigeants politiques, d’ailleurs, de confession chiite, ont soutenu cette initiative ; que les visas de dirigeants ou de conseillers iraniens qui venaient pour pouvoir instrumentaliser le Hezbollah seraient révoqués. La France, le Président de la République, a demandé aux Israéliens de ne pas s’engager dans une invasion, dans une incursion terrestre. Nous soutenons…
Q - Est-ce que la France craint qu’Israël aille jusqu’à cette opération ?
R - Mais c’est pour ça que le Président de la République et le Ministre, y compris d’ailleurs dans leurs échanges réguliers avec leurs homologues, ont demandé à ce qu’il n’y ait pas cette incursion terrestre. Et c’est pour ça aussi que nous prenons nos responsabilités, en soutien humanitaire à la population civile du Liban. Il y aura dans les prochains jours à peu près cinq tonnes d’aide médicale et puis du matériel.
Q - La semaine prochaine ?
R - Dans les prochains jours, en début de semaine prochaine. Les premières livraisons vont arriver en début de semaine.
Q - Qui arrivent au Liban ? Cinq tonnes ?
R - Alors, cinq tonnes de médicaments, d’aide médicale ; et puis après, de l’aide humanitaire, que ce soit des couvertures, que ce soit des tapis de sol, en plus, encore une fois, de l’aide économique et militaire, d’ailleurs, que la France apporte aux autorités libanaises, mais cela déjà depuis plusieurs mois. Parce que vous le savez, c’est une nation avec laquelle nous avons une relation historique extrêmement proche. La France a une responsabilité, et c’est pour ça que nous maintenons, bien sûr, ce lien. Même les pays comme les États-Unis, qui sont engagés dans cette opération, ont un intérêt objectif à travailler avec les autorités libanaises pour prendre le contrôle de l’intégralité du territoire avec les forces armées, et puis lutter contre l’emprise du Hezbollah qui, on le voit, en réalité, aujourd’hui, entraîne les Libanais dans ce conflit.
Q - Il y a un risque de désastre humanitaire ?
R - Il y a bien sûr un risque humanitaire. C’était déjà d’ailleurs le cas l’an dernier lors de la guerre, et c’est pour ça d’ailleurs que la France prend les devants, comme elle l’avait fait d’ailleurs à l’époque, et envoie de l’aide humanitaire et, à travers, de l’aide médicale ou du matériel humanitaire pour les populations civiles déplacées.
Q - Est-ce que la France se prépare à des évacuations de ressortissants franco-libanais, comme on se souvient des images de la guerre de l’été 2006 avec les navires français qui étaient au large de Beyrouth ? Est-ce que c’est prêt ? Est-ce qu’on peut déclencher ça rapidement ?
R - Alors oui, il y aura des évacuations, le cas échéant, pour les franco-libanais qui sont de passage et qui désirent pouvoir partir. Il y aura des vols, effectivement, on y travaille. Mais vous le savez, d’ailleurs, le centre de crise du ministère des affaires étrangères travaille jour et nuit. On a 50 personnes, jour et nuit, qui répondent aux appels. Le Fil d’Ariane d’ailleurs, j’invite tous les ressortissants français qui sont de passage dans la région, qui souhaitent partir, à vraiment s’inscrire. Il y a eu déjà des évacuations, comme vous le savez ; notamment, près d’un millier de ressortissants, les personnes les plus vulnérables, les plus fragiles, que ce soit les personnes malades, les personnes âgées ou encore les enfants non accompagnés à travers des vols affrétés. Et puis nous travaillons aussi avec nos partenaires dans la région pour reprendre le plus vite possible les vols commerciaux. Par exemple, c’est le cas aux Émirats arabes unis. Jeudi, il n’y avait qu’un vol commercial qui partait des Émirats arabes unis pour arriver en France. Ces derniers jours, ça a été cinq vols. Je crois qu’il y en aura six aujourd’hui. Ça, ça fait l’objet d’un dialogue récurrent entre les autorités françaises et les autorités émiriennes, précisément pour pouvoir faire repartir. Donc, vous avez à la fois les vols affrétés par la France. Vous avez des vols commerciaux qui commencent à reprendre, bien sûr dans des conditions dégradées, avec des espaces aériens qui ont été régulièrement fermés. Et puis, vous avez aussi parfois des voies terrestres. Je voudrais citer, par exemple, le cas d’Israël. Nous avons mis en place le même dispositif que lors de la guerre des 12 jours, lorsque Israël était l’objet de bombardements de la part de l’Iran. Nous avons des agents consulaires à la frontière avec la Jordanie et l’Égypte, donc frontières terrestres. Ceux qui souhaitent partir et après pouvoir prendre des vols là où les espaces aériens sont toujours ouverts, de Jordanie et d’Égypte, peuvent le faire et on les aide sur place à pouvoir le faire.
Q - Je voudrais juste savoir comment vous avez réagi quand vous avez entendu le Premier ministre israélien lancer un ultimatum au gouvernement libanais, au président libanais hier : en gros, « soit vous désarmez très vite le Hezbollah, soit nous allons punir le Liban dans les 24 heures. »
[Extrait de déclaration de M. Benyamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël]
Q - Quand vous entendez le Premier ministre israélien, comment vous l’avez ressenti à Paris, où on dit tout faire pour éviter le chaos ? On y est, là, au Liban.
R - Non, mais fondamentalement, vous l’avez entendu, d’ailleurs le Président de la République et le Ministre se sont entretenus à ce sujet avec leurs homologues israéliens.
Q - Qu’est-ce que peut faire la France en dehors de téléphoner au Premier ministre israélien et lui dire « stop, ne le faites pas » ?
R - La France fait passer des messages clairs. La France, après, prend ses responsabilités sur le plan humanitaire, je le disais tout à l’heure, avec l’envoi de matériel humanitaire et de médicaments en masse pour les populations civiles. Et la France travaille aussi avec les autorités libanaises et tous nos partenaires, les partenaires européens aussi qui participent, précisément, pour pouvoir lutter contre l’influence du Hezbollah, pour pouvoir renforcer le rôle des forces armées libanaises pour qu’elles prennent le contrôle du Sud-Liban. C’est un travail structurel de long terme. Là, j’ai vu, encore une fois, des déclarations fortes et des mesures fortes de la part des autorités libanaises. Une fois de plus, le Hezbollah, qui est un proxy de l’Iran, qui entraîne aujourd’hui le Liban dans cette guerre, c’est une trahison, d’une certaine façon, de la population libanaise. Et donc, nous, nous souhaitons travailler, c’est ce que nous faisons, nous avions une conférence qui était prévue, encore une fois, à Paris il y a quelques jours, précisément en ce sens.
Q - Monsieur le Ministre, en cas d’affrontement ou de contrainte de la part de l’armée libanaise sur le Hezbollah, est-ce que la France viendrait directement au soutien de l’armée libanaise ?
R - Mais moi, encore une fois, je ne veux pas rentrer dans des spéculations, et puis je vous rappelle que ces sujets sont du ressort du chef de l’État. Mais une fois de plus, ce que je vous dis, c’est que nous, nous avons été en soutien au gouvernement libanais, aux forces armées libanaises, précisément pour les aider à prendre le contrôle du territoire.
Q - Donc la position de la France, officiellement, demeure la défense, rien que la défense, et notamment de nos alliés à Dubaï, aux Émirats arabes unis. C’est un allié de la France à divers égards. Eh bien, il y a eu de nouvelles frappes. Pierre Barbin, vous êtes l’envoyé spécial sur place.
[Reportage]
Q - Merci beaucoup Pierre Barbin, envoyé spécial à Dubaï pour LCI et TF1. Arlette, cette guerre, elle s’est étendue, c’est une guerre régionale, telle que l’amène l’Iran, avec évidemment des conséquences sur l’Europe.
Q - Oui, comment le ministre en charge des affaires européennes regarde encore une fois l’Europe qui est divisée sur ce sujet ? Alors vous allez me dire, communiqué Londres-Paris-Berlin, très bien, mais l’Espagne est sur une position : on a bien vu, refuser que des avions américains viennent sur ses bases et condamnation même de l’opération en cours. À l’inverse, à Berlin, on considère plutôt que les États-Unis font le sale boulot. Nous, on est au milieu. L’Europe divisée, spectatrice, impuissante ? Encore une fois, on a envie de dire. Elle est impuissante.
R - Non, mais nous, nous ne sommes pas des commentateurs, des témoins de moralité ou des spectateurs. Nous, nous avons, encore une fois, des intérêts de sécurité à faire valeur et nous avons des partenaires. Et dans ce monde, être un partenaire fiable, respecté, sûr, aux côtés des alliés, ça a énormément de valeur. Vous savez, je vous le disais, il y a quelques mois, nous avons signé ce partenariat stratégique entre la France et Chypre.
Q - Pardon, vous êtes en charge des affaires européennes, donc légitimement, on vous pose des questions sur la dimension européenne. Est-ce que vous regrettez, c’est une évidence, c’est factuel, la division de l’Europe face à cette guerre qui est extraordinairement inquiétante ?
R - Vous le savez, il y a des sujets sur lesquels les Européens ont eu un front uni très ferme. Je pense par exemple à la question du soutien à l’Ukraine, où nous avons mis en place la Coalition des volontaires depuis un an. Il y a des sujets, et c’est historiquement plutôt le cas du Moyen-Orient, où les États européens ont parfois des approches, des traditions, des relations qui ne sont pas les mêmes. Nous, nous avons, encore une fois, des partenaires de défense avec lesquels nous avons des accords comme les Émirats arabes unis. Nous avons des pays avec lesquels nous avons même une présence historique dans la région, des partenaires avec lesquels nous avons des liens historiques très forts.
Q - Est-ce qu’il va y avoir une initiative européenne ? Est-ce qu’il va y avoir un affichage européen ?
R - Je vous parlais tout à l’heure de la mission Aspides. La mission Aspides, c’est une mission européenne sur laquelle nous travaillons notamment avec les Grecs et les Italiens, qui est une mission de liberté de navigation en mer Rouge, face à la menace des Houthis. Nous travaillons aujourd’hui précisément à mettre en place une coalition européenne pour ouvrir la navigation dans le détroit d’Ormuz. Ça précisément, c’est les sujets sur lesquels nous travaillons avec nos partenaires européens. Mais une fois de plus, la France a une voix très forte, elle défend ses intérêts et elle est aux côtés de ses partenaires et c’est apprécié. Moi, je vois aujourd’hui les déclarations des dirigeants chypriotes, des dirigeants émiriens. Je l’ai vu d’ailleurs aussi après le discours du Président de la République sur la dissuasion nucléaire. Parce que fondamentalement, qu’est-ce que l’on dit ? On dit que nos intérêts ne peuvent pas se barricader. Ce qui se passe en dehors de nos frontières, ce qui se passe sur le continent européen ou au Moyen-Orient, ça a un impact bien sûr sur nos intérêts de sécurité. C’est pour ça que nous avons une responsabilité, aussi, pour protéger nos partenaires.
Q - Merci beaucoup, Benjamin Haddad.
Source : LCI