Entretien de Benjamin Haddad avec « TF1 » - Extraits (9 janvier 2026)

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Q - Bonjour Benjamin Haddad.

R- Bonjour.

Q - D’abord cette annonce du chef de l’État hier soir, la France va voter contre l’accord dit « Mercosur » aujourd’hui, c’est cet accord de libre-échange avec certains pays d’Amérique latine, accord tant redouté par les agriculteurs. Et maintenant, est-ce que vous pouvez dire aux agriculteurs : « rassurez-vous, le Mercosur n’entrera pas en vigueur » ?

R- Ce que je voudrais vous dire, c’est d’abord que, fidèle à sa tradition agricole et à la protection de ses intérêts agricoles et sa souveraineté alimentaire, la France dira non au Mercosur. C’est une position qui a toujours été constante.

Q- Mais isolée, isolée en Europe.

R- Et puis, la vérité, c’est que ces derniers mois, on a travaillé, on s’est mobilisé avec nos partenaires pour entamer un bras de fer avec la Commission, précisément pour protéger nos agriculteurs. Parce que l’on aurait pu avoir un passage en force, sans clause de sauvegarde pour protéger face à des importations qui déstabilisent les filières, sans réciprocité sur les normes, avec une PAC amputée de 20%, avec des prix des engrais qui augmentent. Et grâce à la mobilisation de la France, avec nos partenaires, on a pu obtenir toutes ces avancées…

Q - Il y a certaines voix, Benjamin Haddad, pardon…

R - Une clause de sauvegarde sans précédent qui permettra de bloquer les importations si les prix augmentent de plus de 5% sur trois ans, une reconstitution des enveloppes de la PAC. Sur tous ces sujets-là, je veux dire les avancées que nous avons pu obtenir en entamant ce bras de fer avec la Commission.

Q- C’est incontestable. Vous avez eu certaines avancées. Malgré tout, l’accord a de fortes chances de voir le jour, puisque la France est isolée. Certains vous proposent, vous suggèrent, vous demandent d’aller encore plus loin. Le RN, La France Insoumise, vous disent « menacez de suspendre la contribution française au budget de l’Union européenne. » Xavier Bertrand, élu Les Républicains, ce n’est pas un extrémiste, dit qu’il faut saisir la Cour de justice de l’Union européenne pour encore faire barrage à ce Mercosur. Est-ce que c’est non à toutes ces idées ?

R - Mais qu’a fait le Rassemblement national pour se battre pour nos agriculteurs ? Dans cette bataille, par exemple, qui va être menée dans les prochains mois au Parlement européen. Au Parlement européen, il va y avoir des votes décisifs sur la saisine de la Cour de justice et puis sur la ratification du vote du Mercosur dans les prochains mois, puisque je rappelle qu’il y a plusieurs législateurs, il y a plusieurs institutions au sein de l’Union européenne…

Q - Donc vous appelez les députés européens à voter contre cet accord ? Vous dites aux parlementaires européens de voter contre ?
R- Les députés européens doivent se mobiliser, il va y avoir ce débat. Et puis je rappelle que les deux principaux groupes du Parlement européen, c’est le PPE, l’allié des Républicains, c’est le Parti socialiste européen, l’allié des socialistes français. Donc là aussi, chacun doit prendre ses responsabilités dans ce débat. Une fois de plus, moi je voudrais vraiment le dire, dans la mobilisation qui a eu lieu ces derniers mois, on aurait pu avoir un passage en force en décembre. Là, on aura pour la première fois aussi de la réciprocité sur les normes, qui est renforcée en plus par les mesures qui ont été prises par le Gouvernement. Le Premier ministre et la ministre Annie Genevard ont imposé de la réciprocité sur les pesticides ou les additifs alimentaires.

Q - C’est quand même une déception, Benjamin Haddad, de voir cet accord avancer, non ? La France n’est pas en train de se réjouir, là.

R - Mais moi, je ne vous dis pas que l’on se réjouit. Vous savez, la vérité, c’est une question plus profonde d’ailleurs sur la politique commerciale de l’Union européenne, en réalité, c’est un accord un peu d’un autre âge. C’est un accord qui a commencé à être négocié dans les années 90, avec des raisonnements des années 90, qui doit s’appliquer à la situation de 2026. Nous, la vision qu’on porte pour l’Europe, c’est une Europe qui, certes, s’ouvre au monde, mais qui sait se protéger, qui sait imposer de la réciprocité, de la loyauté dans les échanges. C’est pour cela d’ailleurs que, sur d’autres sujets, ces derniers mois, on a imposé des tarifs sur les véhicules électriques chinois. On n’avait pas réussi à le faire sur le photovoltaïque il y a quelques années. Mais maintenant, on protège notre industrie. C’est pour cela qu’on fait le « made in Europe », pour dire qu’il faut renforcer ceux qui produisent en Europe plutôt que d’aller importer des surcapacités subventionnées qui viennent de Chine. Sur tous ces sujets, nous, on a toujours défendu l’Europe souveraine qui sait protéger ses intérêts, faire et assumer sa puissance. Une forme de protectionnisme intelligent.

Q- Je voudrais également évoquer avec vous, Benjamin Haddad, le sort du chercheur français Laurent Vinatier, qui a été libéré hier par les Russes, il risquait 20 ans de prison pour espionnage. Ça signifie que ça y est, nos relations avec les Russes vont pouvoir se réchauffer. Est-ce qu’on peut imaginer, est-ce qu’on peut souhaiter un appel, par exemple, entre le président français et le président russe prochainement ?

R - Alors, je crois qu’il faut distinguer les sujets. Déjà, il faut se réjouir de la libération de Laurent Vinatier avec une pensée pour ses proches qui ont vécu un calvaire. Et puis, rendre hommage aussi à nos diplomates et à notre réseau diplomatique qui s’est mobilisé. Je le dis parce que c’est la semaine de la rentrée des ambassadeurs sous l’égide de Jean-Noël Barrot. Et voilà un impact concret de la mobilisation de la diplomatie.

Q- Et rendre hommage aux Russes qui ont consenti cette libération ?

R- Maintenant, vous le savez, nous, on avait, pas plus tard que cette semaine, l’ensemble des pays européens avec leurs chefs d’État et de gouvernement, les Américains et les Ukrainiens, au sein de la Coalition des volontaires pour rappeler aussi notre soutien à l’Ukraine face à l’agression de la Russie et la menace que la Russie fait peser toutes nos démocraties européennes. Nous avons mobilisé nos partenaires pour protéger la souveraineté européenne. Mais le Président de la République a aussi dit que, précisément aussi, pour que les Européens prennent en charge leur propre sécurité, il est prêt à renouer le dialogue, mais avec énormément de vigilance, avec le président Poutine, avec nos partenaires européens. Mais là aussi, l’objectif, c’est toujours de défendre nos intérêts de sécurité et de ne laisser personne écrire notre histoire à notre place.

Q- L’actualité de ces dernières heures, c’est également ce qui se passe en Iran, Benjamin Haddad, une contestation qui dure depuis bientôt deux semaines maintenant, partie du pouvoir d’achat mais qui s’est étendue. Le président américain, une nouvelle fois, menace, je le cite, de frapper très fort l’Iran. Si les autorités, dit-il, commençaient à tuer des manifestants – alors d’après une ONG, on est déjà à au moins 45 morts – vous espérez la chute du régime iranien ?

R - Écoutez, moi, je vais vous dire, on suit avec beaucoup d’attention et de vigilance ce qui se passe en Iran, les violences contre les manifestants sont inacceptables. Chaque peuple a le droit à sa liberté d’expression, de manifestation, à sa liberté. Et bien sûr, je salue le courage des manifestants que l’on voit.

Q - Mais on le suivra comme spectateurs, pas comme les États-Unis qui menacent d’intervenir.

R- Sur un sujet si grave, si complexe, je vais m’abstenir d’aller au-delà et de spéculer sur la situation. Mais je vous ai dit ce que j’avais à dire sur le sujet.

Q - Vous serez dans quelques heures en Suisse pour la cérémonie d’hommage organisée à la suite du drame de Crans-Montana. La France a perdu des ressortissants parmi les très nombreuses victimes. Est-ce que les autorités suisses vous ont donné des garanties ? Est-ce que vous avez le sentiment que demain, dans ce pays-là, un tel drame ne pourra plus se reproduire ?

R - Je ne vais pas polémiquer sur ce sujet. On a vécu un drame horrible. Beaucoup de jeunes qui étaient là pour faire la fête, neuf Français ont été tués, 25 blessés. On a travaillé avec les autorités suisses aussi pour rapatrier 18 blessés dans les hôpitaux français. Je serai aujourd’hui avec le Président de la République pour exprimer notre solidarité, notre recueillement face à cette tragédie et penser aux familles et à tous leurs proches.

[…]

Q - Merci beaucoup Benjamin Haddad.

(Source : TF1)