Entretien de M. Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, avec « BFM TV » (Paris, 4 janvier 2026)
Q - Bonsoir Pascal Confavreux.
R - Bonsoir.
Q - Merci d’être avec nous sur ce plateau. Vous êtes le porte-parole du ministère des affaires étrangères. On va parler des Français dans un instant, mais d’abord sur l’émotion, quasi intacte, depuis trois jours. Vous n’étiez pas avec nous ces dernières minutes, mais on était à Crans-Montana, devant ce mémorial installé juste devant ce bar. On était à Versailles également avec l’un de nos envoyés spéciaux il y a quelques minutes. On sent que l’émotion ne retombe.
R - L’émotion est très forte, évidemment. Le Président, le Ministre ont eu l’occasion de le rappeler. Ce matin, il y avait aussi une cérémonie localement, à laquelle notre consul général et nos services consulaires étaient également présents et ont pu constater et ont pu témoigner aussi de notre présence et de notre soutien.
Q - Le dernier bilan de ce drame, donné il y a quelques heures encore, est de 40 morts et 119 blessés, toutes nationalités confondues. On sait qu’il y avait beaucoup de nationalités différentes cette nuit-là, dans ce bar. Ce soir, quel est le dernier bilan, côté français ?
R - Le bilan s’est malheureusement alourdi. À l’heure où je vous parle, il faut encore avoir beaucoup de prudence sur ces chiffres, mais nous sommes à huit décédés français, huit victimes françaises qui sont maintenant confirmés par les services suisses aux familles.
Q - Huit mort côté français, le dernier bilan était d’un Français décédé.
R - Et il reste un Français qui, pour l’instant, dont la situation n’est pas confirmée. Et nous avons ensuite 23 Français qui sont blessés et qui sont ou qui ont été, parce que certains aussi sont sortis d’hôpitaux, qui ont été pris en charge.
Q - Huit ressortissants français morts cette nuit dans ce bar de Crans-Montana. Toutes les familles, évidemment, ont été informées aujourd’hui par le Quai d’Orsay, par les autorités suisses ?
R - Elles ont été informées, ce sont les autorités suisses qui sont en première ligne là-dessus. Bien sûr, localement, les services consulaires ou le centre de crise à Paris du ministère des affaires étrangères sont en contact avec les familles.
Q - Ce sont des familles qui sont encore sur place à Crans-Montana, qui étaient ailleurs en France ?
R - Les situations sont très variables. Il y a désormais tout un accompagnement qui est fait. Et puis la suite, ça va être les autorités suisses qui vont désormais l’indiquer au cas par cas aux familles.
Q - Il y a aussi un accompagnement côté français, pour les aider dans les heures, les jours, les semaines qui viennent ?
R - Bien sûr. Et en première ligne, c’est notre ambassade de France, notre consulat général à Genève, puisque c’est la circonscription qui est compétente pour cette zone, qui l’assurent.
Q - Huit morts, un ressortissant français encore porté disparu. Le bilan n’ira pas au-delà ?
R - Le bilan, c’est celui dont je vous parle à l’heure « H », et il faut le prendre encore une fois avec des pincettes.
Q - Il y a également, vous le disiez, ces 23 Français qui sont blessés parmi les 119 au total. Ils sont soignés aujourd’hui encore en Suisse, dans des hôpitaux français ? Comment ça se passe ?
R - Dans ces 23 blessés, vous en avez certains qui sont sortis. Déjà, il y en aurait six qui sont sortis. Et puis après, il y en a certains qui sont pris en charge par les hôpitaux français. D’autres sont pris en charge par les hôpitaux suisses - deux qui sont encore dans des hôpitaux suisses. Et puis, encore aussi quelques-uns, il y en a quatre qui sont dans des hôpitaux tiers.
Q - Donc il va y avoir encore des transferts, comme on a pu le voir depuis ces derniers jours, d’hôpitaux suisses vers des hôpitaux de pays voisins ? L’Italie a apporté assistance, la France aussi.
R - Alors là, c’est ensuite un sujet hors nationalités. Vous savez que ces transferts sont faits, vraiment, sur le principe de l’efficacité, c’est-à-dire quel est l’hôpital qui est le mieux à même de pouvoir prendre en charge le patient en question. La France a déjà accueilli 17 patients, français ou non français, et nous allons en accueillir un 18e dans les heures qui viennent.
Q - On parlait il y a quelques instants des huit Français désormais identifiés comme morts. Est-ce que vous connaissez leur âge ? Il y a quelques minutes sur ce plateau, on parlait de l’extrême jeunesse des victimes identifiées, j’allais dire des enfants, des adolescents de 14, 15, 16 ans pour certains. Est-ce que c’est le cas aussi chez les Français ?
R - Il y a de tous les âges, y compris effectivement des jeunes. Mais après, je ne vais pas être plus précis par respect, notamment pour les familles.
Q - Laurent Valdiguié, sur ce qu’on vient d’entendre, c’est-à-dire la confirmation, malheureusement, de ce qu’on pressentait ces derniers jours…
Q - C’était un Français et huit disparus. Et puis là, vous avez renversé le chiffre en disant donc qu’il y a huit Français décédés et un toujours porté disparu. Avec, si je fais un rapide calcul avec les chiffres que vous venez de nous donner, 11 Français blessés soignés en France aujourd’hui, sur les 18, toutes nationalités soignées en France. Parce qu’on sait que ce sont des blessures très lourdes et difficiles à soigner, des greffes sont déjà en cours, etc. Donc c’est évidemment une course pour chacun de ces blessés.
R - Avec une formidable solidarité, bien sûr, des États autour de la Suisse. Vous savez, dès le 1er janvier, la France avait fait état d’une offre de soins. Nous avions mobilisé et pré-réservé 19 lits, 14 adultes, cinq pédiatriques. Les autres États, notamment l’Allemagne, notamment l’Italie, ont fait ça dans ce qu’on appelle le mécanisme de protection civile de l’Union européenne.
Q - La Suisse a décrété une journée d’hommage aux victimes, vendredi prochain. Au vu du bilan que vous nous donnez ce soir et des relations avec nos amis suisses, est-ce que la France, d’une façon ou d’une autre, va s’y associer ?
R - Bien sûr. Les choses sont encore très mouvantes, mais évidemment, la France est déjà notamment extrêmement présente et extrêmement mobilisée. Il y a à la fois le ministère des affaires étrangères, en termes de coordination des différents services ici, mais bien sûr le ministère de la santé, le ministère des armées et le ministère de l’intérieur sont mobilisés jour et nuit, en réalité, sur ce sujet.
Q - Donc il y aura peut-être aussi de ce côté-ci de la frontière en France une forme d’hommage aux victimes, quelles que soient leurs nationalités d’ailleurs ?
R - Cela sera annoncé, évidemment, en temps utile.
Q - Est-ce qu’on a une idée du nombre de Français qui étaient dans cet établissement ce soir-là ? Est-ce que le ministère prend en charge aussi, d’une certaine façon, les victimes non blessées, non décédées, qui seront les victimes de cette nuit-là ?
R - Nous sommes en contact avec tous ceux qui se sont approchés de nous. En fait, il y a trois niveaux. Vous avez le niveau des autorités valaisannes, qui est le premier niveau. Le second niveau, qui est le service consulaire, notre ambassade, qui sont sur place, qui ont fait le tour des hôpitaux, qui sont en contact notamment soit des patients, soit de leurs familles, dans les différents hôpitaux, notamment suisses. Et puis ensuite, comme on dit, en Centrale, c’est-à-dire à Paris, le centre de crise et de soutien du Quai d’Orsay, qui a un numéro de téléphone, qui a à la fois l’ensemble des informations qui remontent du terrain, la coordination interministérielle - je vous l’ai dit, le ministère des armées, le ministère de la santé et le ministère de l’intérieur -, et qui est en contact avec les familles.
Q - Sur la personne qui est toujours portée disparue, on comprend que vous n’avez pas envie de donner d’informations. Il y a une famille, quelque part, qui attend un coup de fil. Est-ce qu’on arrive au bout du travail d’identification ? Est-ce que c’est une question d’heures, de jours ?
R - Ça, ce sont vraiment les autorités suisses qui le diront. Je sais que ça a été une de leurs priorités absolues de pouvoir faire cette identification dans les plus brefs délais, dans des conditions aussi très difficiles, bien sûr, vu le nombre de victimes qui étaient concernées.
Q - Jacques Fombonne, on est tous un peu sous le choc du chiffre donné par le porte-parole du Quai d’Orsay il y a quelques instants. Il ne s’agit pas évidemment… un mort est un mort, quelle que soit sa nationalité, mais on voit que la France aujourd’hui compte quasiment un quart des victimes identifiées de cette nuit-là en Suisse.
Q - Oui, alors la proximité géographique fait qu’il y avait certainement beaucoup de Français. Il faudrait savoir quels sont, à l’aune de ce que je disais tout à l’heure, les éléments ante-mortem qui sont en possession des Suisses. C’est-à-dire que s’ils ont la possibilité, à partir de données dentaires, de données d’ADN, parce que les parents se sont manifestés, de pouvoir faire des comparaisons. Et en France, ça marche plutôt bien, ne serait-ce qu’avec la sécurité sociale. L’identification est évidemment, à ce moment-là, est beaucoup plus facile.
Q - Est-ce qu’on sait si les familles françaises, ça a été le cas des corps qui ont été identifiés aujourd’hui, ont pu récupérer les corps ? Est-ce que les corps leur ont déjà été restitués ?
R - Je ne crois pas qu’on en soit encore là. Pour l’instant, on est dans l’identification. Et puis après, il va y avoir, de manière très concrète, au cas par cas, un rapprochement entre les familles et les autorités suisses pour pouvoir passer sur cette étape.
Q - Parce qu’au-delà de l’identification, il y a les constatations générales de police technique et scientifique. C’est-à-dire la position des corps, leur position par rapport au départ de feu, c’est-à-dire la possibilité, d’après ce qu’on va trouver sur la scène de catastrophe, d’essayer de comprendre la chronologie des faits et le rôle que chacun a pu y jouer.
Q - Et je rappelle, si vous nous rejoignez en cours d’émission sur BFM TV, ce bilan donné à l’instant par le porte-parole du ministère des affaires étrangères : 40 morts, ça c’est le bilan qu’on connaissait déjà depuis plusieurs jours maintenant, dont huit Français et un Français toujours porté disparu, quasiment quatre jours après ce dram de Crans-Montana. Je voudrais qu’on retrouve maintenant celui qui est très probablement l’un des héros de cette soirée tragique : c’est Gianni, qui est en ligne avec nous.
[Séquence avec Gianni, en duplex depuis la Suisse]
(…)
Q - Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d’Orsay, est avec nous sur ce plateau. Peut-être un mot à Gianni qui a sans doute très probablement permis que le bilan s’arrête à 40 morts, là où il s’est finalement arrêté.
R - C’est évidemment des histoires et des circonstances héroïques qui sont mises comme ça en avant. J’imagine qu’il y en a encore aussi d’autres et que nous les découvrirons dans quelques heures, dans quelques semaines. Moi, j’appelle encore une fois aussi à la pudeur vis-à-vis des noms et des familles qui sont en ce moment dans ces circonstances aussi dramatiques. Et puis à l’humilité aussi, vis-à-vis des chiffres qui sont encore très transitoires. Il y a encore des personnes qui sont non localisées… Et puis il y a aussi des blessés encore qui sont en traitement très intensif.
[Suite de l’échange avec Gianni, en duplex depuis la Suisse]
Q - (…) Sur BFM TV, nous sommes toujours en édition spéciale avec ce bilan qui a donc été revu à la hausse il y a quelques instants par la voix du porte-parole du ministère des affaires étrangères, qui est toujours avec nous sur ce plateau, Pascal Confavreux. 40 morts dans cet incendie de Crans-Montana, dont huit Français désormais.
R - Exactement, huit Français, avec ce nouveau bilan qui a été alourdi et un Français qui est donc encore toujours porté disparu.
Q - Et 23 Français blessés parmi les 119 qui l’ont été cette nuit-là, dont plusieurs de ces Français blessés qui ont pu quitter l’hôpital ces dernières heures.
R - Voilà, une partie des 23 blessés français ont été pris en charge ou sont encore pris en charge. Et parmi ceux-ci, certains ont pu déjà quitter effectivement l’hôpital.
(…)
Q - On va revenir sur la situation à Crans-Montana dans quelques minutes, dans la suite de cette édition spéciale. Je vous rappelle tout d’abord ce tout dernier bilan fourni il y a quelques instants par le porte-parole du Quai d’Orsay sur ce plateau : 40 morts dans cet incendie de Crans-Montana, dont huit Français désormais et un ressortissant français toujours porté disparu. Pascal Confavreux, vous êtes toujours avec nous. Je voudrais qu’on en vienne aussi à l’autre actualité du jour, qui est internationale, c’est ce qui s’est passé au Vénézuéla, c’est-à-dire cette opération armée militaire américaine qui a abouti à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro, qui est en ce moment à New York, emprisonné pour narcoterrorisme. C’est le chef d’inculpation que Donald Trump fait peser contre lui. La position de la France, on a eu un petit peu de mal à la suivre après ce coup de force de Donald Trump. Emmanuel Macron n’a pas condamné l’opération américaine alors que le ministre que vous représentez, Jean-Noël Barrot, le patron du Quai d’Orsay, lui, a dit que cette opération contrevenait au droit international. En un mot, est-ce que la France condamne ce qui s’est passé à Caracas ?
R - Il n’y a qu’une parole de la France, il faut être très clair là-dessus, et il faut voir ces deux prises de parole du Président et du ministre comme tout à fait complémentaires.
Q - C’est du « en même temps » ?
R - Tout à fait, il n’y a qu’une parole. Et donc personne n’a cautionné cette intervention américaine.
Q - Illégitime ?
R - Il y a une violation, effectivement, sur la manière, il y a une violation ici du droit international. Nous remarquons qu’il y a une augmentation de ces violations du droit international par des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies qui ont une responsabilité…
Q - Attaque illégitime ou pas ?
R - Cette intervention était contraire au droit international.
Q - Ce n’est pas ce que dit Emmanuel Macron dans son message envoyé hier soir.
R - C’est ce que dit le Ministre et le Président complète tout à fait ce que dit le Ministre.
Q - Le Ministre s’exprime et le Président complète ?
R - Le Président, ensuite, s’est exprimé de manière aussi très claire là-dessus. Qu’est-ce qu’il faut retenir ? Premièrement, il y a un régime de Maduro qui était illégitime, qui n’avait pas reconnu les élections de 2024 et qui n’en avait même pas publié les résultats. Il avait violé les droits et les libertés fondamentales du peuple vénézuélien, et il avait ensuite violé plusieurs libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression avec des prisonniers politiques. Donc personne ne le regrette. Nous prenons acte, désormais, de cette intervention qui est intervenue, et maintenant nous regardons du côté de cette transition. Le Président s’est exprimé aussi là-dessus, le Ministre également, sur le fait que cette transition doit être pacifique, elle doit donner la parole essentiellement aux Vénézuéliens qui doivent être les acteurs de cette transition, et la France jouera son rôle dans ce domaine.
Q - Et on va en parler dans un instant avec Bruno Tertrais. Merci beaucoup, Pascal Confavreux, d’être venu ce soir sur ce plateau.
Source : BFM TV