Entretien de M. Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, avec « TF1 » (Paris, 5 janvier 2026)
Q - 7h37, bonjour Adrien Gindre.
Q - Bonjour Bruce.
Q - Votre invité ce matin, Pascal Confavreux, porte-parole du ministère des affaires étrangères.
Q - Bonjour Pascal Confavreux.
R - Bonjour.
Q - On parlera avec vous dans un instant du Vénézuéla, mais d’abord, bien sûr, un point sur la situation en Suisse après cet incendie meurtrier. Le bilan côté français hier soir était de neuf morts et 23 blessés. Est-ce que vous considérez que ce bilan est désormais définitif ?
R - Nous n’avons plus de personnes portées disparues ou dont nous ne sommes sans information. En ce sens, le bilan s’est alourdi de manière dramatique hier après-midi. L’émotion est extrêmement forte, bien sûr, de nos autorités politiques, mais dans l’ensemble des services de l’État qui se sont mobilisés jour et nuit. Et je le dis parce que depuis le 1er janvier, il y a bien sûr eu le ministère des affaires étrangères qui coordonnait ça, mais le ministère des armées, le ministère de la santé, qui ont mis à disposition 19 lits, dès le 1er janvier au soir, pour accueillir. Nous avons accueilli, comme vous le savez, 17 patients, et même un 18e qui est arrivé hier, des patients qui sont français ou pas, mais cela fait partie de ce mécanisme de coopération européenne auquel nous avons porté notre part.
Q - Nous avons également 23 ressortissants qui ont été blessés. Je voudrais vous faire entendre le témoignage d’un père, c’était hier soir dans le 20h de TF1, le père de Gaëtan qui est aujourd’hui toujours dans le coma.
[Extrait du témoignage du père d’une des victimes de l’incendie]
Q - Comment expliquer ce qu’il décrit, malgré la mobilisation dont vous parliez à l’instant ?
R - Les services consulaires étaient présents à la fois à Crans-Montana, et aussi après on fait le tour des hôpitaux, à la fois pour venir en proximité des victimes et de leurs familles. Il faut bien voir la nature de cette tragédie, avec des chiffres qui sont colossaux, qui tombent sur le canton, qui est en première ligne là-dessus. Donc il peut y avoir, au départ, un moment de recherche. C’est ce qui s’est passé. Nous avons mis en place, ensuite, très vite, une cellule, à la fois à Paris, ce qu’on appelle le centre de crise et de soutien, et localement les services consulaires, qui devient le point de contact des familles.
Q - Mais vous dites que l’ampleur était telle qu’il a fallu du temps ?
R - Les autorités suisses se sont mobilisées de manière extrêmement efficace, extrêmement rapide, et en étroite collaboration avec nous, avec aussi les Allemands et les Italiens. Vous savez que la France est, en fait, la première nation touchée, après les Suisses, en réalité, en nombre de victimes. Et c’est, je crois, ce qui explique aussi la nature de cette émotion qu’il y a en France.
Q - Justement, sur l’émotion, une journée de deuil et de commémoration est prévue vendredi en Suisse. Est-ce que la France s’y associera ? Est-ce qu’il y aura un hommage en France également à cette occasion ?
R - Il y a eu hier, notamment, une marche blanche, une cérémonie, à laquelle, bien sûr, la France était représentée par le consul général de France à Genève, qui est compétent pour cette circonscription, ainsi que l’ambassade. Il y aura un jour de deuil national, donc, vendredi prochain, le 9 janvier. Et la France sera, bien sûr, représentée à cette cérémonie.
Q - On a parlé des victimes. Je rappelle également que les propriétaires du bar Le Constellation sont également des Français. Une enquête a été ouverte, on verra ce qu’elle donne. Est-ce qu’il y a des contacts également entre les services français et ces propriétaires français, qui sont potentiellement pointés du doigt ?
R - Il y a le temps de l’émotion, le temps du deuil, le temps de l’hommage, qui sont ceux qui viennent en ce moment. Il y a le temps de l’enquête et le temps judiciaire. Là, ce sont les autorités suisses qui sont en première ligne. Je crois que la procureure générale…
Q - Donc il n’y a pas d’assistance particulière des services français les concernant ?
R - C’est tout à fait possible, ça passe par les autorités judiciaires. La procureure générale du canton, qui est compétente pour ça, va mener l’enquête. L’enquête dira ce qui se passera. Et si elle a besoin de coopération judiciaire internationale, ce qui arrive souvent, ça passe par les autorités judiciaires. Mais là, je crois que c’est trop tôt.
Q - Je voudrais qu’on en vienne donc, bien sûr, à la situation qui concerne le Vénézuéla, puisqu’après la capture par les Américains du président Nicolás Maduro, il est incarcéré à New York. Il doit comparaître aujourd’hui avec son épouse pour « conspiration narcoterroriste », selon les termes officiels américains. Est-ce que c’est une procédure que la France reconnaît ? Est-ce qu’on reconnaît la légalité de cette comparution du président vénézuélien ?
R - Je ne suis pas constitutionnaliste de droit américain. Il y a des débats, du reste, au sein des États-Unis pour savoir si cette base légale est la bonne ou pas. Nous, ce qu’on dit, la position, elle est claire ; elle est, au fond, en trois points. Le premier, c’est que Nicolás Maduro avait perdu sa légitimité populaire. Il n’avait pas reconnu les élections de juillet 2024. Il avait pratiqué des incarcérations politiques, et il avait finalement pris une bonne partie des libertés fondamentales des Vénézuéliens. Ça, c’est la première partie. Et que du coup, nous n’allons pas le regretter. Le second point du raisonnement, c’est que le droit international, le moyen d’action qui a été utilisé, n’a pas été respecté. Le droit international n’a pas été respecté en la matière. Nous le disons de manière très claire, nous le regrettons.
Q - Vous le dites de manière très claire, le Président de la République ne l’a pas dit de manière très claire, ce qui a été très critiqué.
R - On le dit de manière très claire parce qu’en fait, si des membres éminents du Conseil de sécurité des Nations unies, des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, qui ont été corédacteurs de la Charte des Nations unies il y a 80 ans, qui en sont du coup un petit peu les témoins et les acteurs de son respect, ne le font pas, ça aura des conséquences graves pour l’avenir. Donc on le déplore, on se prépare à cet avènement du monde de la loi du plus fort, mais on ne s’y résout pas. C’était le message. Et puis le troisième élément ensuite du raisonnement, c’est que maintenant, nous prenons acte de ce qui se passe et il faut prévoir cette transition. Et comment cette transition doit être pacifique et surtout redonner la parole aux Vénézuéliens.
Q - Il n’y a malheureusement pas que le Vénézuéla dans le viseur des États-Unis, il y a la Colombie, autre état gangréné par le trafic de drogue. Cuba, Donald Trump disait il y a quelques heures que Cuba est prêt à tomber. Et le Groenland, territoire qui appartient au Danemark, donc à l’Union européenne, explicitement été par le président américain cette nuit.
[Extrait d’une déclaration du président américain Donald Trump]
Q - Quelle est la réaction de la France ?
R - Celle de la solidarité avec le Danemark. Le Président s’est rendu au Groenland, le Ministre s’est rendu au Groenland. Le Groenland appartient aux Groenlandais et aux Danois. C’est à eux de décider ce qu’ils souhaitent en faire. Il ne peut pas y avoir de modification des frontières par la force.
Q - Il y a là une menace, vous voyez le président américain comme une menace sur le Groenland et donc contre l’Union européenne ?
R - Ce que dit la Première ministre danoise, c’est que les États-Unis doivent cesser de faire peser, effectivement, une menace d’emploi de la force pour récupérer ça, et ce, entre alliés de l’OTAN et par ailleurs entre le fait que les Danois et les Américains ont un accord bilatéral en matière de sécurité qui fait que, déjà, les Américains ont un accès assez large au Groenland.
Q - Mais vous disiez à l’instant, on ne se résout pas à ce monde de la force qui advient. Mais quand on entend à la fois Donald Trump dire « Nous sommes aux commandes au Vénézuéla », quand on l’entend dire « Nous allons faire entrer des compagnies pétrolières américaines au Vénézuéla », quand on l’entend à l’instant sur le Groenland, vous n’avez pas le sentiment qu’on est réduit à assister impuissant tout cela ?
R - C’est pour ça qu’on s’y prépare aussi. C’est-à-dire qu’on doit se préparer dans différents éléments. On doit se préparer en termes de réarmement…
Q - Comme spectateur ?
R - … en réarmement militaire, c’est l’ensemble des lois précédentes et du projet de loi du Gouvernement qui est d’augmenter le budget militaire. En réarmement aussi industriel et économique, parce qu’une diplomatie ne peut pas être forte si elle n’a pas un poumon économique fort. Et puis enfin, avec un système d’alliances européen, et c’est ce que nous poussons depuis un moment, c’est que les Européens, unis, peuvent être une force géostratégique et peuvent être forts, et protéger du coup les Français et les Européens.
Q - Je voudrais qu’on évoque également d’un mot le sort du français Laurent Vinatier, emprisonné en Russie depuis juin 2024. Il y a quelques semaines, le président russe Vladimir Poutine avait répondu à une question de TF1 d’ailleurs à ce sujet. Le Kremlin, par la suite, avait indiqué avoir fait une proposition à la partie française. « Nous attendons maintenant leur réponse », disaient les Russes. La France va-t-elle accepter cette proposition, qui pourrait permettre la libération de Laurent Vinatier ?
R - Le sujet de Laurent Vinatier est suivi de très près. Vous savez qu’il a été incarcéré depuis le printemps 2024, ça fait désormais plus d’un an, sous une loi d’enregistrement d’agents de l’étranger. Nous avons toujours démenti, évidemment, ce point-là. Nous sommes en contact constant, toujours via ce centre de crise et de soutien dont je vous parlais, avec la famille. Et nous étudions effectivement toutes les solutions pour pouvoir le ramener au plus vite en France. Mais après, vous saurez que sur ce genre de sujet, il y a des discrétions qui s’imposent.
Q - Merci beaucoup, Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d’Orsay. Merci, Adrien Gindre.
Source : TF1