Entretien de M. Pascal Confavreux, porte-parole du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, avec « France Info » (Paris, 5 janvier 2026)
Q - Notre invité à présent sur France Info est le porte-parole du ministère français des affaires étrangères. Bonjour Pascal Confavreux.
R - Bonjour.
Q - On a entendu cette émotion en Suisse. Elle tient aussi à ce processus d’identification qui est toujours très long. C’est d’ailleurs ce que nous expliquait tout à l’heure le président du canton du Valais. Pascal Confavreux, ce matin, au Quai d’Orsay, vous en êtes certain, toutes les victimes françaises ont été identifiées ?
R - Vous l’avez dit, il y a une immense émotion, bien sûr, dans la nation. Immense émotion aussi des services de l’État, des services consulaires et des différents ministères qui se sont mobilisés nuit et jour pour venir apporter notre soutien face à cette tragédie auprès des autorités suisses et des familles des victimes. S’agissant du bilan, nous sommes effectivement à neuf victimes françaises et il n’y a plus de Français dont nous sommes sans nouvelles.
Q - Vous connaissez toutes les identités ?
R - Bien sûr, oui, tout à fait.
Q - Vous ne communiquez pas les noms ?
R - Nous ne communiquons pas les noms, non, bien sûr par respect pour les familles.
Q - Hier soir sur France Info, l’ambassadrice de Suisse en France a salué la solidarité européenne, l’accueil des victimes dans des hôpitaux français notamment. Ça va se poursuivre des semaines, des mois s’il le faut ?
R - Dès le 1er janvier, il y a eu l’activation de ce qu’on appelle le mécanisme de protection civile de l’Union européenne par les autorités suisses, qui consiste à dire, notamment aux États voisins « Que pouvez-vous faire en termes d’offres de services pour nous aider ? » Et la France a répondu, évidemment, dans les heures qui ont suivi, en mettant à disposition 19 lits, des lits très spécialisés, très médicalisés, avec le ministère de la santé et le ministère des armées, qui ont des grands spécialistes sur ces sujets, notamment de grands brûlés. Nous avons accueilli depuis 18 patients, qu’ils soient des patients français ou non. Ce qui était important, c’était de pouvoir apporter la meilleure aide au plus vite face aux patients qui étaient concernés.
Q - Merci Pascal Confavreux. Vous allez rester avec nous, porte-parole du ministère des affaires étrangères, parce qu’on ouvre un autre dossier dans un instant sur France Info. Nous allons parler du Vénézuéla avec cette question : Jusqu’où ira Donald Trump ? Mais pour le moment, il est 8h19 et on fait un nouveau point sur l’actualité.
(…)
Q - Et toujours avec nous, Pascal Confavreux, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, pour évoquer donc le Vénézuéla. On a entendu les déclarations de Donald Trump, on va y revenir dans un instant, mais d’abord pour parler de la France. On a entendu deux sons de cloche ces derniers jours, deux réactions à Emmanuel Macron : d’un côté, le peuple vénézuélien ne peut que se réjouir de la fin de la dictature Maduro, c’est ce que dit le Président français ; quant à Jean-Noël Barrot, votre patron au ministère des affaires étrangères, lui dit que la méthode employée contrevient au principe du droit international. Pascal Confavreux, quelle est la position de la France, clairement ?
R - Il n’y a bien qu’une seule position, et ces deux déclarations sont tout à fait complémentaires. Qu’est-ce qu’elles disent, au fond ? La première, c’est qu’il y a eu clairement une dérive du régime Maduro, qui n’a pas respecté les résultats des élections de l’été dernier, qui a confisqué une partie des libertés fondamentales de son peuple, et que le fait qu’il parte est clairement une bonne nouvelle pour les Vénézuéliens. Ça, c’est la première partie. La deuxième, c’est qu’il y a eu une multiplication, et on le note, d’actes unilatéraux d’emploi de la force dans le droit international. Cette méthode, c’est celle-là, et nous le notons, c’est un peu le retour à la loi du plus fort dans le droit international.
Q - Mais comment interpréter l’absence de condamnation explicite de la méthode américaine dans la bouche d’Emmanuel Macron ? Ça aurait eu plus de force, non ?
R - Dans la bouche du ministre des affaires étrangères, ça a beaucoup de force. Et les deux sont tout à fait, encore une fois, complémentaires. Et puis maintenant…
Q - On parle aux Etats-Unis. Vous savez bien qu’on n’écoute pas Emmanuel Macron comme on écoute, sans lui faire insulte, Jean-Noël Barrot. La voix d’Emmanuel Macron porte… Emmanuel Macron n’a pas les moyens de se fâcher avec Donald Trump, aujourd’hui ?
R - La méthode contrevient au droit international, nous l’avons dit. Et quand c’est d’ailleurs fait par des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, ça peut avoir des conséquences durables. Et alors, bien sûr, ce retour à la loi du plus fort, on s’y prépare, mais on ne s’y résout pas. Et s’y préparer, ça veut dire participer au réarmement industriel, au réarmement moral et à la réindustrialisation militaire de la France.
Q - On va vous entendre sur ces déclarations, cette nuit, dans l’avion de Donald Trump Air Force One.
(…)
Q - Et je me retourne vers vous, Pascal Confavreux, porte-parole du ministère des affaires étrangères. On a besoin d’une position claire ce matin de la France sur ces derniers propos de Donald Trump qui semble prêt, il dit « On va en reparler dans deux mois », à poser le pied au Groenland.
R - Vous avez tout à fait raison, nous prenons ça très au sérieux. Le Groenland appartient au Groenlandais et aux Danois. Nous sommes en pleine solidarité avec le Danemark et avec les déclarations de la Première ministre, Mme Mette Frederiksen, hier soir, qui dit qu’il faut cesser ces menaces contre non seulement un allié de l’OTAN, mais aussi contre un allié, le Danemark, qui a un accord bilatéral avec les États-Unis qui permet déjà aux Américains d’avoir accès au Groenland.
Q - Mais est-il utile de parler quand on n’a pas forcément les moyens de s’opposer à une décision ou à une invasion militaire américaine ?
R - C’est pour ça que nous parlons aussi de réarmement et de se préparer, sans s’y résoudre, à cet avènement de la loi du plus fort.
Q - Ça veut dire que le déploiement des forces armées européennes et françaises, notamment au Groenland, ce serait à l’ordre du jour ?
R - Ce n’est pas ce que je dis, mais il faut que nous ayons une économie forte. Vous n’avez pas une diplomatie forte sans une économie forte. Il faut que nous puissions aussi nous réarmer, avoir une défense puissante. Et puis, il faut que cette Union européenne ait un rôle géostratégique. C’est un peu cette autonomie stratégique que nous défendons depuis maintenant plusieurs années et que l’on voit l’Union européenne aller dans cette direction.
Q - Ça veut dire, vous êtes diplomate, que vous vous faites à l’idée qu’en 2026, la diplomatie, ça ne peut aller sans la force et sans éventuellement une intervention ?
R - Les démocraties, elles ne sont pas forcément faibles. Il ne s’agit pas forcément d’avoir une passion pour des régimes forts, mais il faut que nous puissions non seulement nous faire respecter, et puis faire respecter le droit international. C’est particulièrement préoccupant quand des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies ne respectent pas le droit international qu’ils ont eux-mêmes participé à bâtir après la Seconde Guerre mondiale.
Q - Donc clairement, vous condamnez les propos, cette nuit, tenus par le président américain sur le Groenland ? Vous les condamnez ?
R - Nous sommes en pleine solidarité avec le Danemark. Et encore une fois, le Groenland appartient au Groenlandais. Je crois que c’est un principe de base. Les frontières ne peuvent pas être modifiées par la force ou par la menace de l’emploi de la force.
Q - Merci Pascal Confavreux, le porte-parole du ministère des affaires étrangères.
R - Merci.
Source : France 24