Trois questions à Hani Khellef (publié le 04.12.18)

Hani Khellef est spécialiste des affaires politiques au sein de l’équipe Syrie du Département des affaires politiques (DAP) des Nations unies

Hani, vous avez été recruté par l’ONU en qualité de spécialiste des affaires politiques au grade P4 pour l’ONU à Gaziantep (Turquie). Quel est votre parcours et quel rôle la DFI a-t-elle joué dans votre sélection par l’ONU ?

En effet, je suis « spécialiste des affaires politiques » (Political Affairs Officer) au sein de l’équipe Syrie du Département des affaires politiques (DAP) de l’ONU. J’ai été chargé de représenter le DAP et l’équipe Syrie au sein du « Hub » de Gaziantep en Turquie où se trouve l’essentiel des agences de l’ONU travaillant dans le nord de la Syrie dans le cadre de la Résolution 2165 du CSNU sur l’accès de l’aide humanitaire (cross-border). Ces agences y ont une présence permanente, notamment le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH / OCHA) qui coordonne l’action humanitaire, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Programme alimentaire mondial (PAM), l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH / OHCHR). Dans le contexte de la crise syrienne, le DAP a jugé nécessaire de maintenir un bureau sur place pour suivre la crise syrienne depuis la Turquie. Les principales missions de l’antenne à Gaziantep sont de faire le lien avec les différentes agences onusiennes, avec les représentants du pays hôte (Turquie), avec les États membres représentés en Turquie (ambassades à Ankara ou consulats généraux à Istanbul) et surtout avec les Syriens eux-mêmes, qu’il s’agisse des instances politiques en exil ou des très nombreuses organisations humanitaires et de la société civile.

Avant d’exercer ces fonctions j’ai occupé plusieurs postes au ministère français des Affaires étrangères (MEAE) comme agent contractuel. J’ai été rédacteur à la sous-direction d’Égypte-Levant à la direction d’Afrique du nord et du Moyen-Orient (ANMO) de 2011 à 2014, puis conseiller de presse à l’ambassade de France à Doha (2014-2016). Mon expérience à ANMO comme en poste à été déterminante dans la suite de mon parcours, j’y ai acquis des compétences et un savoir-être très apprécié au sein des organisations internationales (OI). Je me suis formé au Quai d’Orsay, particulièrement au sein de la direction ANMO avant de poursuivre une carrière à l’ONU.

Concernant le recrutement à l’ONU, la délégation aux fonctionnaires internationaux (DFI) m’a apporté un soutien extrêmement utile une fois pré sélectionné pour un poste de spécialiste des affaires politiques au grade P4. J’ai notamment pu bénéficier d’un accompagnement personnalisé extrêmement bien cadré avec une spécialiste bilingue, qui m’a accompagné dans la préparation de l’entretien avec un panel. Il s’agit d’un entretien basé sur les compétences du candidat. C’est l’entretien final avant le recrutement. Ce type de coaching a été essentiel car on est bien souvent en concurrence avec des candidats très bien préparés et ayant une excellente maîtrise des codes et des procédures de recrutement de l’ONU.

Pourriez-vous nous donner un aperçu d’une journée type dans vos fonctions actuelles ?

Une journée type ressemble beaucoup à une journée de conseiller politique en chancellerie diplomatique, elle est faite d’entretiens avec les différents interlocuteurs, notamment les collègues des chancelleries des États membres travaillant sur la crise syrienne, avec des responsables politiques ou encore avec les représentants des Affaires étrangères du pays hôte. Nous organisons beaucoup d’entretiens avec nos collègues diplomates des États membres accrédités dans le pays qui souhaitent être « briefés » sur l’évolution de la situation ou sur l’état des pourparlers à Genève.

L’une de nos principales missions est d’assister l’envoyé spécial du Secrétaire général (SG) pour la Syrie dans sa mission de bons offices tel que définie dans le cadre de la Résolution 2254. Nous veillons à ce que lui et ses conseillers puissent mener leur mission dans les meilleures conditions possibles lorsqu’ils se déplacent en Turquie. Il s’agit notamment d’organiser des rencontres avec les responsables politiques et de la société civile syrienne ou encore de coordonner avec le pays hôte.

La journée type, comme celle d’un diplomate en poste, consiste également à la rédaction de points de situation, de comptes rendus d’entretiens et d’éléments de langage pour les points de presse du SG ou de son porte-parole. Nous apportons également notre contribution à la rédaction de notes politiques et aux différents rapports du SGNU et de l’Envoyé spécial au conseil de sécurité (CSNU).

Nous participons également à de nombreuses réunions avec les autres agences de l’ONU présentes dans le « hub » en particulier avec nos collègues du BCAH (OCHA) pour échanger des informations sur l’évolution de la crise au jour le jour. La nature particulière de cette mission implique également de participer à de nombreuses réunions organisées par l’ONU dans la région.

Quels conseils pratiques donneriez-vous à un(e) candidat(e) qui voudrait occuper les fonctions de spécialiste des affaires politiques à l’ONU ?

Avant tout, maîtriser le fonctionnement du système des Nations unies, du Conseil, de l’AGNU, mais aussi des agences et de leurs mandats respectifs. Beaucoup de spécialistes en affaires politiques sont déployés sur le terrain soit au sein de missions de maintien de la paix par exemple, ou encore comme conseillers politiques auprès du/de la Résident/e coordinateur/trice humanitaire. Il est donc essentiel d’être parfaitement au fait du cadre politique dans lequel vous pourrez être amené(e) à exercer vos fonctions.

Une parfaite maîtrise de l’anglais et d’au moins une autre langue officielle de l’ONU est déterminante. Concernant l’anglais, cela peut paraître une évidence, mais une immersion totale en milieu anglophone afin non seulement de renforcer ses compétences linguistiques mais aussi d’acquérir un certain nombre de réflexes culturels peut être déterminant. Dans mon cas, le fait d’avoir passé une partie de mon enfance et de mon adolescence aux États-Unis et dans plusieurs autres pays anglophones m’a énormément servi. Le bilinguisme ou le plurilinguisme est une réalité au sein de l’ONU et dans les OI en général. La Francophonie y est certes très vivante et appréciée, mais l’environnement est généralement très anglophone. Mon expérience m’a appris que la mise en avant du bilinguisme et d’assumer pleinement sa diversité est très apprécié. Le recours au français et aux autres langues officielles est également une réalité et il ne faut pas hésiter à le faire lorsque cela est possible !

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