TRANSVERSALES - Entretien avec Fabienne Pompey (publié le 05.03.19)

La délégation aux fonctionnaires internationaux (DFI) a le grand plaisir de vous présenter une série d’entretiens, dédiée à nos compatriotes qui occupent des postes dits "transversaux", qui peuvent être exercés dans de nombreuses organisations internationales (OI). En cette Journée internationale des droits des femmes, nous ouvrons TRANSVERSALES à une compatriote qui travaille dans le domaine de la communication.

Fabienne Pompey, vous êtes actuellement chargée de communication des Nations unies pour la France et Monaco au Centre régional d’information des Nations unies (UNRIC) basé à Bruxelles. Comment êtes-vous arrivée à ce poste ? La DFI a-t-elle pu jouer un rôle dans votre déroulé de carrière ?

Après 20 ans de journalisme en Afrique, pour l’AFP et Le Monde entre autres, j’ai été recrutée par le Programme alimentaire mondial (PAM) à Kinshasa comme chargée de communication puis j’ai obtenu, après un test écrit et un entretien, le poste régional de chargée de communication pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre basé à Dakar. Entre temps j’avais vu sur la lettre d’information de la DFI une offre pour un poste de chargée de communication à UNRIC.

Lors d’un passage à Paris, j’ai pris contact avec la DFI. J’ai été reçue longuement, j’ai été confortée dans l’idée que mon expérience et mes compétences étaient bien en phase avec le poste. Une fois que j’ai été présélectionnée et que j’ai réussi les tests écrits, la DFI m’a proposé de m’aider à préparer l’entretien. J’étais de retour à Kinshasa et par téléphone, j’ai pu passer un test "à la manière de". Ensuite, j’ai reçu des commentaires écrits sur le fond et la forme. Cela m’a beaucoup aidé pour le vrai rendez-vous avec UNRIC. En attendant d’avoir les résultats, ce qui a pris plusieurs mois, j’ai accepté le poste du PAM à Dakar et de là, quand UNRIC m’a recontacté je suis partie à Bruxelles. Le soutien de la DFI a été d’abord rassurant (je ne me trompais pas dans mes choix de carrière), et surtout très utile. Je me suis sentie soutenue dès le début et tout au long du parcours de recrutement, qui peut être très long et nerveusement éprouvant.

Est-il difficile pour les femmes communicantes d’évoluer et de faire carrière au sein des Nations unies ? Peuvent-elles aller facilement sur le terrain ? Quelles sont les contraintes ?

Il y a beaucoup de femmes, et beaucoup d’anciens ou anciennes journalistes dans les services de communication des Nations unies. L’avantage de l’ONU c’est qu’il y a une vraie politique d’égalité des chances et d’opportunités entre femmes et hommes. Être une femme n’a été ni un avantage ni un handicap. Le nouveau Secrétaire général, Antonio Guterres, est très engagé dans une politique de non-discrimination et d’égalité des genres. Cette politique est valable partout, même dans les opérations de maintien de la paix, où de nombreuses femmes occupent des postes, certains très élevés.

Dans certains endroits les services de santé ou les infrastructures scolaires laissent à désirer. Il est éprouvant pour tout le monde, femme comme homme, de vivre parfois dans des pays où l’on passe d’une coupure d’eau à une coupure d’électricité, où les conditions de sécurité détériorées induisent un stress permanent et où il y a peu d’activités culturelles ou récréatives.

Il n’est pas aisé de concilier vie de famille et vie professionnelle. Il y a des choix parfois difficiles. J’ai croisé de nombreuses femmes, dans les missions dites "sans famille", qui avaient confié pendant quelques années leurs enfants à leur conjoint ou à de la famille pour pouvoir poursuivre leur carrière. L’expatriation est aussi souvent éprouvante pour les couples. Si le partenaire n’a pas d’emploi sur place, cela peut créer des tensions. Pour ma part, j’ai eu la chance de pouvoir garder ma fille près de moi tout le temps et partout et je n’ai pas eu à faire de choix cornéliens. On peut très bien faire une carrière à l’ONU en étant femme et maman.

Forte de votre expérience au sein des Nations unies, quels conseils donneriez-vous aujourd’hui à une jeune femme souhaitant travailler dans les métiers de la communication au sein d’une organisation internationale ?

Ayez une vie avant l’ONU ! Je veux dire par là que l’ONU gagne à avoir un personnel au profil varié, qui a travaillé en ONG, dans le privé, ou un service public national et qui met son expérience au service de l’organisation. On fait de moins en moins carrière toute sa vie à l’ONU. Il faut bien sûr maitriser au moins deux langues, le français et l’anglais, et connaître une autre langue est un atout. En Afrique, je me souviens que le PAM avait du mal à recruter des francophones, parlant et écrivant l’anglais avec une solide expérience du terrain et de la communication. N’oubliez pas que l’on peut rentrer à l’ONU à tout âge. Il faut aussi partager les valeurs de l’Organisation et être convaincue de l’utilité de ce que l’on fait, croire dans le multilatéralisme et être prête à travailler dans un environnement multiculturel. Cela peut sembler une évidence mais même à UNRIC où je travaille avec des personnes qui en théorie sont plus proches de ma culture qu’en Afrique, je me suis rendue compte qu’il fallait s’adapter à des habitudes et des façons de faire très différentes selon que l’on est d’Espagne ou du Danemark.

Parfois la bureaucratie onusienne peut être contraignante, il vaut mieux ne pas souffrir de phobie administrative. Cela dit, travailler pour l’ONU est un privilège et une chance extraordinaire, il est normal que l’on donne le meilleur de nous-mêmes.

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