Déclarations à la presse de Jean-Noël Barrot en amont du Conseil Affaires étrangères (Bruxelles, 23 février 2026)
Bonjour à toutes et tous, nous marquerons demain le quatrième anniversaire de la guerre d’agression de Vladimir Poutine en Ukraine.
Mais nous marquons aujourd’hui le douzième anniversaire de la révolution du Maïdan, la révolution de la dignité, la révolution du peuple ukrainien, une révolution pacifique, démocratique et européenne.
Une révolution que, depuis douze ans, Vladimir Poutine essaye d’étouffer, mais qu’il essaie d’étouffer en vain. En vain, parce que force est de constater que, quatre ans après cette opération spéciale, le bilan pour Vladimir Poutine, c’est un échec cuisant et un échec humiliant.
D’abord parce que les armées de Vladimir Poutine contrôlent aujourd’hui moins de la moitié du territoire qu’il occupait illégalement au printemps d’il y a quatre ans, et d’autre part parce que ses gains sur le front aujourd’hui sont microscopiques et se font au prix de pertes humaines considérables. Plus d’un million de pertes humaines pour la Russie depuis le début de cette guerre, soit un nombre supérieur à l’ensemble des pertes russes et soviétiques depuis 1945. Et aujourd’hui, sur le front, c’est mille pertes humaines par jour qu’accusent Vladimir Poutine et ses armées.
Et pendant ce temps-là, l’économie russe va entrer en récession, les caisses de l’État sont vides, l’essence est rationnée dans de nombreuses régions russes et désormais ce sont les communications, les applications, le téléphone qui sont bloqués.
Face à cette situation, nous allons continuer de soutenir l’Ukraine et d’accentuer la pression sur la Russie. Le 20e paquet de sanctions est prêt, la question n’est pas de savoir s’il sera adopté, il le sera, c’est une certitude, mais quand il le sera.
Et de ce point de vue-là, chacun doit tenir ses engagements.
Et demain à Paris, le président de la République réunira la Coalition des volontaires pour faire avancer un peu plus encore le travail historique qui a été réalisé par plus de 30 pays qui ont mis en commun leurs forces militaires pour que la paix, une fois conclue en Ukraine, puisse être garantie.
Un mot sur le Proche-Orient qui nous occupera aujourd’hui à Bruxelles avec les ministres des affaires étrangères. En commençant par Gaza, nous soutenons la mise en œuvre du plan de paix qui doit conduire à l’entrée massive de l’aide humanitaire à Gaza qui en a tant besoin, au désarmement du Hamas, au retour d’une Autorité palestinienne réformée avec pour horizon deux États vivant côte à côte en paix et en sécurité.
Dans ce contexte, nous appelons les autorités palestiniennes, le président Mahmoud Abbas, à mettre en œuvre, à matérialiser la refondation démocratique, le renouvellement politique auquel il s’est engagé devant le président de la République et le prince héritier d’Arabie saoudite.
Et puis nous appelons les autorités israéliennes à revenir sur les décisions gravissimes qu’elles ont prises ces dernières semaines s’agissant de la Cisjordanie avec l’extension de leur contrôle sur des zones que les accords d’Oslo avaient placées sous l’autorité, sous l’administration exclusive de l’Autorité palestinienne.
Et puis sur ce projet immobilier dit E1 et ses 3.400 logements qui menacent de couper en deux la Cisjordanie et de compromettre l’avènement d’un État de Palestine et de compromettre la sécurité de la région et la sécurité d’Israël elle-même.
Je crois que personne ne doit sous-estimer la gravité de ces décisions qui doivent être inversées, qui doivent être abrogées.
Puis la sécurité de la région, c’est aussi celle du Liban, et la France accueillera la semaine prochaine, jeudi 5 mars, à Paris, une conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises. L’objectif étant de donner au Liban les moyens de se doter d’un État fort, souverain, disposant du monopole de la force, capable d’assurer la protection de toutes les communautés et de vivre en paix et en sécurité avec son voisinage régional.
Puisque nous n’oublions aucune crise, nous allons aborder aujourd’hui celle qui déchire l’est de la République démocratique du Congo. Je rappellerai que, quatre mois après la conférence internationale que nous avons accueillie à Paris, les engagements pris ont été tenus. Les 850 millions d’euros d’aide humanitaire qui avaient été annoncés ont été décaissés. À ces 850 millions s’ajoutent plusieurs centaines de millions d’euros d’aide au développement qui vont poursuivre leur déploiement.
Et puis, il y a dix jours, un premier vol a pu se poser en portant des responsables des Nations unies à l’aéroport de Goma qui était fermé depuis de nombreux mois et qui empêchait la délivrance de l’aide humanitaire aux populations qui en ont tant besoin.
Puis je finirai par un mot sur la préférence européenne en matière de défense alors que nous révisons, entre autres, la directive sur les marchés publics de défense.
Oui, nous entendons faire de la préférence européenne un principe cardinal de l’approvisionnement de nos armées. D’abord parce que tous les autres le font. Il n’y a donc aucune raison que l’Union européenne ne le fasse pas pour elle-même. Ensuite parce que c’est bon pour nous, c’est bon pour nos armées, c’est bon pour l’Europe. Ça permet l’interopérabilité entre nos armées. C’est un gage de développement et de croissance économique pour l’ensemble des États membres de l’Union européenne et c’est bon pour l’emploi en France et en Europe.
Et puis enfin parce que c’est bon pour nos alliés, y compris les États-Unis d’Amérique. Une industrie européenne de défense innovante, résiliente et prospère, c’est pour eux un atout précieux.
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Q - Une question pour le paquet de sanctions. Je voudrais demander, c’est quel signal si le paquet de sanctions n’est pas adopté cette semaine, aujourd’hui ? C’est quel signal exactement ?
R - Je vous l’ai dit, la question n’est pas de savoir si le vingtième paquet de sanctions sera adopté. Il le sera. C’est une certitude. C’est la vingtième fois qu’on fait cet exercice. La question est de savoir quand il le sera. Il viendra s’ajouter à un grand nombre de sanctions qui pèsent aujourd’hui sur les ressources que Vladimir Poutine engouffre dans son effort de guerre.
Avec ces sanctions inédites dans l’histoire de l’Union européenne que nous avons prises depuis quatre ans, nous avons privé, nous avons empêché, nous avons entravé la capacité de Vladimir Poutine à déchaîner son fantasme colonial en Ukraine et nous allons continuer.
Q - I have a question, are the 27 countries going to join the 20th sanctions package, in particular in this maritime service ban ?
R - We are pleading in favour of a full maritime service ban in the context of our fight against the shadow fleet. This fight against the shadow fleet is multi-dimensional. It starts with sanctions, which we have taken repeatedly and, as you know now, those designations of vessels of the shadow fleet do not wait for the 20th, the 21st, the 22nd package. They are taken along the line.
The second pillar of this strategy is what we’ve done on the operational level by hindering, using our military means, the vessels that were illegally traveling in our seas. This happened two times in the recent months, where French military means were used to hinder the travels of shadow fleet vessels.
The third step is indeed a full maritime service ban and this is a topic we are discussing both here in Brussels, but also with our G7 members. When we convened ten days ago in Munich, we had this discussion and I’m hopeful that we can make progress this year.
Q - Can you please emphasise on one specific, at least one specific commitment that your country is doing right now, today, for the anniversary of the full-scale invasion into Ukraine ?
R - Well, tomorrow we will bring together, under the leadership of President Macron, the Coalition of the Willing. Perhaps one of the most ambitious coalitions of countries in recent history that have decided to put together their military capacity to design the security guarantees that are needed for the peace to be just and durable and for no further aggression to ever happen again.
And this is an essential component to give comfort to Ukraine and Ukrainian negotiators in order to be able to conduct their peace discussions with Russian negotiators in the best possible way.
Another thing that we’ve done at the European level is to provide the Ukrainians with a 90 billion euros loan that shelters them from any financial stress and difficulties for the next two years, which is the best possible way to place them in a position of strength in those negotiations, in a moment where Vladimir Putin is ruining Russia’s resources and in particular his budget.