Présentation du Soudan

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Présentation du pays

SOUDAN {JPEG}

Données générales

Nom officiel : République du Soudan
Nature du régime : Gouvernement fédéral
Chef de l’Etat : Abdelfattah al-Burhan
Transition politique en cours depuis le 17 août 2019

Données géographiques

Superficie : 1,88 millions de km²
Capitale : Khartoum
Villes principales : Omdurman, Port-Soudan, Nyala, Wad Medani, El Obeid.
Langue officielle : arabe
Langues courantes : arabe, anglais, langues locales (plus de 100 langues et dialectes, dont 27 sont parlées par plus de 100 000 personnes).
Monnaie : livre soudanaise (SDG) ; 1 EUR = 449,55 SDG (en avril 2020)
Fête nationale : 1er janvier (date de l’indépendance)

Données démographiques

Population (2019) : 42,81 millions d’habitants (Banque mondiale)
Densité : 23,7 habitants/km² (Banque mondiale)
Croissance démographique (2019) : +2,4 % par an (Banque mondiale)
Espérance de vie (2019) : 65 ans (Banque mondiale)
Taux d’alphabétisation (2017) : 51 % des plus de 15 ans (Banque mondiale)
Religions : Islam (96,7 %), Christianisme (3 %), religions traditionnelles.
Indice de développement humain : 168e sur 188 pays (2018)

Éléments d’actualité

Politique intérieure

Le Soudan a connu une vague de contestation d’ampleur entre décembre 2018 et l’été 2019, qui a conduit à la déposition par l’armée de l’ancien Président Omar el-Béchir. Cette révolution s’est conclue par la signature d’un Document constitutionnel entre les forces civiles de la Révolution et les militaires le 17 août 2019, ouvrant une période de transition politique.

Cette transition doit conduire le Soudan vers des élections démocratiques. Elle repose sur un partenariat bicéphale entre les forces armées et les mouvements civils. Le Président du Conseil de souveraineté est le général Burhan, qui a rang de chef d’Etat. Cette présidence devra passer à un civil à 18 mois des futures élections, désormais prévues en janvier 2024. Le gouvernement de transition est mené par le Premier ministre Abdallah Hamdok depuis septembre 2019. L’ensemble des institutions de la transition sont en place, à l’exception du Conseil législatif qui n’est pas encore constitué.

Les autorités soudanaises ont enregistré plusieurs progrès importants pour tourner la page de l’héritage du précédent régime. Leurs priorités demeurent de résoudre les conflits dans les périphéries, redresser une économie en forte difficulté et conduire le pays vers des élections libres et inclusives.

Pour ramener la paix au Darfour et dans les régions du sud du pays (Sud Kordofan, Nil bleu), des accords de paix a été signé le 3 ocobre 2020 à Djouba avec les groupes rebelles réunis au sein du Front révolutionnaire soudanais. Cet accord a permis l’intégration des anciens rebelles au sein des institutions de transition, intervenu le 8 février 2021.

Les dispositions des accords de paix sont loins d’être toutes entrées en œuvre, notamment au plan sécuritaire. La situation sécuritaire reste instable au Darfour, où d’importantes violences ont écaté à el-Geneina en janvier (plus de 200 morts et 90 000 déplacés) et en avril 2021 (au moins 144 morts et 10 000 déplacés).

L’accord de paix souffre également de l’absence des deux groupes rebelles qui ont des forces armées sur le territoire soudanais : le Sudan Liberation Movemen (SLM) d’Abdelwahid Nour et le Sudan People’s Liberation Movement-North (SPLM-Nord) d’Abdelaziz el-Helou. Le second a récemment repris les discussions avec les autorités soudanaises, signant une déclaration de principe en vue d’une reprise des négociations avec le Président Burhan le 28 mars 2021.

Le gouvernement doit aussi faire face à une crise économique qui perdure depuis plusieurs années et qui ne s’est pas enrayée avec la transition. De nombreuses réformes ont été engagées pour redresser la situation.

Politique étrangère

Le Soudan entretient des relations nourries avec ses voisins directs.

La gestion des eaux du Nil est un pan essentiel de la relation avec l’Egypte et l’Ethiopie, dans le cadre des négociations sur la construction du Barrage de la Renaissance sur le Nil bleu par Addis-Abeba. Le Caire et Khartoum s’inquiètent de l’impact du barrage sur le débit du Nil en aval et sur la salinité des eaux, avec des conséquences sur leurs productions agricoles et leur sécurité alimentaire. La première phase de remplissage du réservoir du barrage à l’été 2020 s’est avérée sans conséquences majeures en raison de la pluviométrie importante, mais Khartoum et Le Caire s’inquiètent que les remplissages à venir soient plus importants. L’Ethiopie insiste pour procéder à la deuxième phase à l’été 2021. Les négociations tripartites entre l’Egypte, l’Ethiopie et le Soudan n’ont pas permis de parvenir à un accord à ce stade.

Soudanais et Egyptiens entretiennent des relations très denses. Le Caire privilégie la stabilité du Soudan, qu’il voit comme un élément essentiel à sa propre sécurité. L’Egypte a été parmi les premiers pays à soutenir le choix du peuple soudanais lorsque le Président Omar el-Béchir a été déposé ; elle a également appuyé les médiations de l’Ethiopie et de l’Union africaine lors des négociations entre civils et militaires.

L’Ethiopie, elle-même en transition, s’est fortement engagée pour la transition soudanaise, à l’initiative du Premier ministre Abiy Ahmed. Des tensions sont néanmoins apparues ces derniers mois autour de la frontière suite au déclenchement de la crise du Tigré, conduisant près de 60 000 Ethiopiens à se réfugier au Soudan. Par ailleurs, à la faveur du déploiement de militaires soudanais à la frontières, Khartoum a affirmé son contrôle sur le Triangle d’el Fashaga, territoire frontalier sujet à un contentieux bilatéral dans lequel des fermiers éthiopiens sont présents depuis des décennies. Ce retour de forces soudanaises a provoqué un net regain de tensions dans l’Est du Soudan, avec plusieurs épisodes de violences locales, ainsi qu’une escalade jusqu’à présent verbale entre les deux gouvernements.

Les relations avec le Soudan du Sud, historiquement marquées par la sécession de 2011, se renforcent fortement depuis le début de la transition politique au Soudan, en raison d’une influence mutuelle de Khartoum et de Djouba sur les processus de paix du voisin. Le Soudan est garant avec l’Ouganda de l’Accord de paix du 12 septembre 2018 pour le Soudan du Sud, signé entre le Président Salva Kiir et son principal opposant Riek Machar. Le Soudan du Sud a assuré la médiation entre Khartoum et les mouvements rebelles soudanais de septembre 2019 à la signature de l’Accord de Djouba du 3 octobre 2020. Salva Kiir a signé l’accord en qualité de témoin.

En Libye, le Soudan a soutenu la médiation onusienne et la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale en mars 2021. La principale préoccupation de Khartoum reste la porosité de la frontière. De nombreux rebelles darfouris se sont insérés dans des groupes armés libyens suivant une logique de mercenariat. La question de leur retour au Soudan suite aux accords de paix reste encore une inconnue.

Soudan et Tchad partagent des ethnies qui se trouvent de part et d’autres de la frontière. Les deux pays se sont rapprochés à partir de 2009 et ont signé l’année suivante un accord de paix créant la Force militaire mixte tchado-soudanaise pour le contrôle de la frontière. Les bonnes relations perdurent depuis le changement de pouvoir à Khartoum. Le Tchad reste attentif à l’évolution de la situation au Darfour ; il accueille 372 000 réfugiés soudanais à ce jour.

Washington reste très actif sur le dossier soudanais, héritage de l’engagement américain en faveur de l’indépendance du Soudan du Sud. S’opposant fortement au régime d’Omar el-Béchir, les Etats-Unis ont inscrit le Soudan sur la liste des Etats soutenant le terrorisme en 1993 et imposé des sanctions économiques en 1997. Ces dernières ont été levées en 2017. Dans la continuité de la transition politique, Washington a facilité des négociations entre Khartoum et Tel-Aviv en vue d’une normalisation des relations entre les deux pays. Cela s’est accompagné d’une décision du Président D. Trump de retirer le Soudan de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, décision devenue effective le 14 décembre 2020. Washington se réengage pour appuyer les autorités, comme l’a illustré l’annonce de l’ancien secrétaire du Trésor américain Steven Mnuchin d’un prêt-relais américain d’un milliard de dollars pour épurer les arrièrés soudanais auprès de la Banque mondiale.

Après avoir rompu ses liens définitivement avec l’Iran en 2016, Omar el-Béchir s’est rapproché de l’Arabie Saoudite, bien qu’il ait toujours réussi à éviter de prendre position officiellement dans la crise diplomatique qu’a connue le Golfe de juin 2017 à janvier 2021. Tiraillé entre sa proximité grandissante avec l’Arabie Saoudite (envoi de troupes au sol au Yémen, aide financière) et ses relations historiques avec le Qatar (anciennes affinités politiques, médiation qatarienne au Darfour), le Soudan s’était efforcé de jouer la carte de l’apaisement. En octobre 2019, le gouvernement soudanais a annoncé le retrait de 10 000 de ses 15 000 soldats déployés au Yemen aux côtés de la coalition saoudo-émirienne.

A la chute d’Omar el-Béchir, les Saoudiens et les Emiriens ont annoncé leur soutien économique à la transition (aide de 3 Mds$) et ont été les premiers à envoyer des délégations de haut niveau à Khartoum. Les autorités de transition se rendent régulièrement en Arabie Saoudite ou aux Emirats arabes unis afin d’obtenir une aide financière importante. Les EAU ont annoncé, dans la lignée des Accords Abraham et du retrait de la liste américaine, une aide de 750 M$.

Les Nations Unies au Soudan : Depuis 2007, une mission hybride des Nations Unies et de l’Union africaine est déployée au Darfour (MINUAD). Forte jusqu’à 20 000 hommes, la MINUAD a vu ses effectifs progressivement réduits par le Conseil de sécurité. Par la résolution 2559 du 23 décembre 2020, le Conseil a mis fin au mandat de la Mission le 31 décembre. Son retrait doit s’achever en juin 2021. La Mission intégrée des Nations unies pour l’assistance à la transition au Soudan (MINUATS), sous chapitre VI de la charte, lui succèdera. Elle a été créée par la résolution 2524 (4 juin 2020) pour un an.

Une seconde opération de maintien de la paix est déployée dans l’enclave d’Abyei, disputée avec le Soudan du Sud : la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA). Son mandat a été prorogé pour six mois le 12 novembre 2020 par la résolution 2519..

Situation économique

Depuis sa séparation avec le Soudan du Sud en 2011, le pays connaît une crise économique majeure, qui s’est aggravée depuis 2018. Cette crise se caractérise par une très forte inflation et l’épuisement des réserves en devises, en raison de la perte des trois quarts des importants revenus pétroliers tirés du Sud. Avant 2011, l’exploitation du pétrole lui procurait des devises et stimulait les secteurs de la construction et des services. Par ailleurs, l’Etat enregistre des recettes fiscales parmi les plus faibles au monde (5,6 % du PIB). Au-delà des considérations politiques, la crise économique a été une des sources de la révolution de 2019.

Afin d’apporter une première aide économique à la transition politique engagée, le groupe des Amis du Soudan a mobilisé 1,8 Mds$ de dons lors de la conférence de Berlin en juin 2020. La France a contribué à ce mouvement à hauteur de 60 M$. Ces sommes ont majoritairement été consacrées au Programme d’appui aux familles, lequel fournit un soutien social et humanitaire à 80 % de la population soudanaise.

En défaut sur sa dette souveraine (plus de 55 Mds$), tout traitement de la dette était jusqu’à présent bloqué par l’inscription du Soudan sur la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme. Cette inscription participait à entretenir la méfiance des investisseurs potentiels à l’égard de Khartoum : malgré la levée des sanctions économiques américaines à l’automne 2017, les banques occidentales continuent de pratiquer une politique de surconformité.

Le gouvernement de transition entreprend de redresser cette situation économique exsangue. Il cherche à dégager des rentrées financières, avec la levée des subventions sur le carburant qui représentait jusqu’à un tiers des dépenses de l’Etat. Le 21 février 2021, les taux de change officiel et usuel ont été unifiés. La Banque centrale du Soudan a annoncé que la livre passait, à compter de cette date, d’un régime de change fixe à un régime de change flottant administré, après avoir dévalué la monnaie locale de 85 % afin d’assurer une parité avec le taux parallèle. Le taux retenu a été de 375 SDG/$ (en date du 21 février) alors que le taux officiel fixe était jusqu’alors de 55 SDG/$.

Khartoum recherche une assistance financière extérieure, notamment auprès de ses partenaires du Golfe, compte-tenu de ses besoins économiques immenses. L’enveloppe de 3 Mds$ annoncé par les Emirats arabes unis et l’Arabie Saoudite en 2019 consistait en un dépôt de 500 M$ et une aide en nature de 2,5 Mds$. L’insolvabilité de la dette soudanaise empêche cependant de nombreux partenaires de faire de l’aide budgétaire auprès du Soudan.

Le Soudan aspire à un allègement de sa dette extérieure dans le cadre de l’Initiative pays pauvres très endettés (PPTE). Le FMI conduit un Programme de référence de qualité supérieure depuis septembre 2020 qui, s’il aboutit, pourrait ouvrir la voie à une atteinte du point de décision. Il importera au préalable que les arriérés multilatéraux du pays soient apurés.

Mise à jour : 28.04.21

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