Histoire de l’Antarctique

L’exploration de la région commence réellement en 1675 lorsque le Britannique Anthony de la Roche atteint la Géorgie du sud, premier territoire subantarctique découvert.

Au 18e siècle, les navigateurs atteignent des latitudes de plus en plus australes : 52°S en 1699 (Edmond Halley), 61°30’S en 1720 (George Shelvocke), 71°10’S en 1774 (James Cook). La France participe activement à l’exploration des régions subantarctiques, découvrant les îles Bouvet (1739, Jean-Baptiste Bouvet), Marion, Prince Edward, Crozet (1772, Marion-Dufresne) et Kerguelen (Yves-Joseph de Kerguelen).

En 1773-1774, le Britannique James Cook réalise, sans le savoir, la première circumnavigation de l’Antarctique. En 1820, le Russe Fabian von Bellingshausen est le premier à apercevoir le continent, où l’Américain John Davis est le premier à débarquer, en 1821.

En 1840, l’amiral français Jules Dumont d’Urville est le premier à débarquer en Antarctique orientale, où il revendique la Terre Adélie pour la France.

Après une interruption de 1843 à 1872, l’exploration reprend et permet d’achever la reconnaissance du littoral du continent et d’entamer l’exploration de l’intérieur. Celle-ci culmine le 14 décembre 1911, lorsque le pôle sud est atteint par le Norvégien Roald Amundsen.

La France continue de participer à l’exploration, grâce aux voyages du commandant Charcot de 1903 à 1910. Cette meilleure connaissance du continent, conduit sept Etats à y revendiquer des territoires : le Royaume-Uni (1908), la Nouvelle-Zélande (1923), la France (confirmation en 1924 de la revendication de 1840), l’Australie (1933), la Norvège (1939), l’Argentine (1939) et le Chili (1940).

Après la Première guerre mondiale, l’équipement en constante amélioration permet d’approfondir la connaissance de l’Antarctique, conduisant, à partir de 1943, à la construction de stations scientifiques permanentes. De 1950 à 1956, la France construit plusieurs stations en Terre Adélie, dont celle de Dumont d’Urville, toujours en activité aujourd’hui.

Suite à l’Année géophysique internationale (1957-1958), une Conférence internationale sur l’Antarctique est organisée à Washington. Elle permet l’adoption du Traité sur l’Antarctique (PDF) le 1er décembre 1959, dont la France est un des 12 Etats originaires. Entré en vigueur le 23 juin 1961, il interdit les activités non-pacifiques en Antarctique (notamment les essais atomiques), "gèle" les revendications territoriales, encourage la coopération entre les parties et rend obligatoire l’échange d’informations.

Le Traité compte, en 2013, 50 Etats membres qui se réunissent périodiquement lors de la Réunion consultative du Traité sur l’Antarctique (RCTA), une conférence diplomatique chargée d’encadrer les activités conduites au sud du 60e parallèle. Parmi les 50 parties au Traité, 29 (dont la France dès 1959) sont dites "parties consultatives", un statut justifié par l’importance de leurs activités sur place et qui leur permet de prendre part à la prise de décision.

Après 1961, deux textes internationaux ont complété le Traité sur l’Antarctique. La Convention sur la protection des phoques de l’Antarctique (PDF) (CPPA), adoptée à Londres le 1er juin 1972, protège 6 espèces de phoques que la chasse avait menacés d’extinction, permettant une revitalisation spectaculaire de ces espèces.La Convention pour la protection de la faune et de la flore marine de l’Antarctique (PDF) du 20 mai 1980 a créé une commission (CCAMLR) chargée d’encadrer l’exploitation des stocks halieutiques et de protéger l’environnement maritime antarctique.

En 1989, la France et l’Australie ont conduit la RCTA à ouvrir des négociations qui ont permis d’adopter, le 4 octobre 1991, le Protocole au Traité sur l’Antarctique relatif à la protection de l’environnement – dit "Protocole de Madrid" (PDF). Entré en vigueur le 14 janvier 1998, il complète le Traité en érigeant l’Antarctique en "réserve naturelle dédiée à la paix et à la science" où l’exploitation des ressources minérales est interdite – une obligation qui a toujours été strictement respectée depuis. Il interdit également toute dégradation à l’environnement et impose que toute activité dans la région soit précédée d’une étude d’impact environnemental.

Le Protocole a enfin créé un Comité pour la protection de l’environnement (CPE), où siègent des experts de chacun des Etats parties, pour apporter à la RCTA une expertise scientifique et environnementale.

Contrairement à une idée reçue selon laquelle le Traité et son Protocole ne s’appliqueraient que pour 50 ans, ces deux textes n’ont aucune limite de durée d’application. Cette erreur souvent répétée vient du fait que la méthode de modification du Protocole doit changer 50 ans après son entrée en vigueur (en 2048). Cela ne changera toutefois en rien les obligations qui pèsent sur les Etats et les règles de modification qui s’appliqueront après 2048 ne procureront d’ailleurs qu’un assouplissement très relatif, le Traité et le Protocole demeurant très difficiles à modifier.

Le dispositif international construit depuis 1959 pour protéger l’Antarctique fait preuve, depuis cette date, d’une grande efficacité : le Traité et son Protocole, ainsi que la convention sur la protection des phoques de l’Antarctique et celle sur la protection de la faune et de la flore marines de l’Antarctique, ont organisé une coopération internationale d’une ampleur inégalée ailleurs dans monde, sanctuarisé son environnement, permis l’arrêt presque total de la pêche illicite, et créé un cadre juridique international encadrant strictement les activités conduites dans la région.

Ce bilan positif ne doit, bien sûr, pas occulter les défis restant à traiter, au premier rang desquels l’accroissement rapide du tourisme, dont le volume menace désormais l’équilibre des écosystèmes du continent, tout en soulevant des inquiétudes relatives à la sécurité des personnes et des biens dans ces régions hostiles. La France agit pour que la RCTA et à la CCAMLR, où elle compte aujourd’hui parmi les Etats les plus actifs, traient ces thèmes de façon prioritaire, afin de protéger efficacement l’environnement et garantir la sûreté des personnes.

Mise à jour : 17.02.16