L’Antarctique

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L’Antarctique : un continent hors du commun

L’Antarctique couvre une surface de 14 millions de km² et constitue la terre la plus froide du monde. Dans le cercle polaire antarctique, les températures moyennes oscillent entre 0°C en été (décembre-janvier) et -20°C à -30°C l’hiver. Dans l’inlandsis (le glacier continental), les températures moyennes descendent à -40°C en été et jusqu’à -70°C en hiver, un record ayant été enregistré sur la base russe Vostok à -89.7°C. À l’inverse de l’Arctique, les banquises permanentes sont très réduites en Antarctique (à l’exception des mers de Ross et de Weddell, partiellement prises dans des glaces permanentes). Une banquise saisonnière d’environ 20 à 21 millions de km² se forme en hiver mais disparaît l’été. L’épaisseur de l’inlandsis est considérable ; elle varie entre 1 300 m à l’ouest et 2 200 m à l’est.

Les effets du dérèglement climatique ont commencé à se faire sentir en Antarctique et notamment dans la péninsule antarctique, située dans le prolongement de l’Amérique du Sud, en particulier sur le glacier Larsen C dont un bloc de glace flottante de 5 800 km² s’est détaché en juillet 2017. D’autres glaciers menacent de suivre le même processus et font l’objet d’une surveillance par la communauté scientifique.

L’Antarctique est également le continent à l’altitude moyenne la plus élevée (supérieure à 2 300 m). Les glaciers d’inlandsis atteignent parfois plus de 4 000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce continent est balayé par des vents très violents qui partent de son centre vers les côtes – une pointe record a été enregistrée à la base française Dumont d’Urville à près de 320 km/h.

Ces conditions très rudes expliquent qu’il n’y ait jamais eu de population permanente sur ce continent, où seulement 2% des terres ne sont pas recouvertes de glace. Seuls 2 000 scientifiques environ hivernent chaque année en Antarctique, pour une présence estivale d’environ 10 000 personnes. Les séjours sur place dépassent rarement une saison (6 mois).

Un peu d’histoire…

L’exploration de la région commence réellement en 1675 lorsque le Britannique Anthony de la Roche atteint la Géorgie du sud, premier territoire subantarctique découvert.

Au 18e siècle, les navigateurs atteignent des latitudes de plus en plus australes : 52°S en 1699 (Edmond Halley), 61°30’S en 1720 (George Shelvocke), 71°10’S en 1774 (James Cook). La France participe activement à l’exploration des régions subantarctiques, découvrant les îles Bouvet (1739, Jean-Baptiste Bouvet), Marion, Prince Edward, Crozet (1772, Marion-Dufresne) et Kerguelen (Yves-Joseph de Kerguelen).

En 1773-1774, le Britannique James Cook réalise, sans le savoir, la première circumnavigation de l’Antarctique. En 1820, le Russe Fabian von Bellingshausen est le premier à apercevoir le continent, où l’Américain John Davis est le premier à débarquer, en 1821.

En 1840, l’amiral français Jules Dumont d’Urville est le premier à débarquer en Antarctique oriental, où il revendique la Terre Adélie pour la France.

Après une interruption de 1843 à 1872, l’exploration reprend et permet d’achever la reconnaissance du littoral du continent et d’entamer l’exploration de l’intérieur. Celle-ci culmine le 14 décembre 1911, lorsque le pôle sud est atteint par le Norvégien Roald Amundsen.

La France continue de participer à l’exploration, grâce aux voyages du commandant Charcot de 1903 à 1910. Cette meilleure connaissance du continent, conduit sept États à y revendiquer des territoires : le Royaume-Uni (1908), la Nouvelle-Zélande (1923), la France (confirmation en 1924 de la revendication de 1840), l’Australie (1933), la Norvège (1939), l’Argentine (1939) et le Chili (1940).

Après la Première guerre mondiale, l’équipement en constante amélioration permet d’approfondir la connaissance de l’Antarctique, conduisant, à partir de 1943, à la construction de stations scientifiques permanentes. De 1950 à 1956, la France construit plusieurs stations en Terre Adélie, dont celle de Dumont d’Urville, toujours en activité aujourd’hui.

Un continent au statut juridique unique

Le Traité sur l’Antarctique

Le Traité sur l’Antarctique a été signé à Washington le 1er décembre 1959 par les 12 États – dont la France – dont les scientifiques avaient pris une part active à l’Année géophysique internationale (1957-1958). Parmi ces 12 États signataires originaires figurent les sept États dits « possessionnés » (France, Argentine, Australie, Chili, Norvège, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni) qui ont émis des revendications territoriales en Antarctique avant la signature du Traité en 1959.

Entré en vigueur le 23 juin 1961, le Traité compte, en 2021, 54 États membres : 29 États "Parties consultatives", qui peuvent prendre part à la prise de décision (l’article IX.2 du Traité sur l’Antarctique leur accorde ce statut en raison de l’importance de leurs activités de recherche scientifique en Antarctique) et 25 États dites « Parties non consultatives ».

Les États Parties se réunissent chaque année lors de la Réunion consultative du Traité sur l’Antarctique (RCTA), une conférence diplomatique chargée d’encadrer les activités conduites au sud du 60e parallèle. C’est la direction des Affaires juridiques du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui conduit la délégation française à la RCTA (au sein de laquelle prennent également place des représentants du ministère de la Transition écologique, de l’Administration des Terres australes et Antarctiques françaises, de l’Institut polaire français Paul-Émile Victor et du CNRS).

Grandes dispositions du Traité

Les dispositions du Traité sur l’Antarctique s’appliquent à la région située au sud du 60e degré de latitude sud. Le Traité pose notamment les quatre grands principes suivants :

  • « Seules les activités pacifiques sont autorisées dans l’Antarctique ». Sont notamment expressément prohibées : l’établissement de bases militaires, la construction de fortifications, les manœuvres ainsi que les essais d’armes de toutes sortes (article I) ;
  • Toute explosion nucléaire ou toute élimination de déchets radioactifs est prohibée en Antarctique (article V) ;
  • Liberté de la recherche scientifique et promotion de la coopération internationale scientifique en Antarctique. Le Traité promeut l’échange de scientifiques entre expéditions et stations et pose le principe de la libre disponibilité des résultats des recherches (articles II et III) ;
  • Instauration d’un statu quo sur les revendications territoriales portant sur tout ou partie du continent (article IV). Le Traité reconnaît tout à la fois l’existence et les contestations de ces revendications. Ceci a permis, depuis lors, d’écarter la question sensible des souverainetés du débat entre les États intéressés par l’Antarctique pour se concentrer sur les sujets scientifiques et environnementaux.

Il convient de relever que, pour promouvoir les objectifs et assurer le respect de ses dispositions, le Traité prévoit que "Toutes les régions de l’Antarctique, toutes les stations et installations, tout le matériel s’y trouvant (…) seront accessibles à tout moment à l’inspection" (Art. VII).

La protection de l’environnement antarctique

Depuis l’entrée en vigueur du Traité sur l’Antarctique en 1961, deux conventions internationales sont venues compléter le dispositif de protection des écosystèmes et de l’environnement antarctiques :

En 1989, la France et l’Australie ont pris l’initiative d’inviter les Parties consultatives au Traité à ouvrir des négociations qui ont permis d’adopter, le 4 octobre 1991, le Protocole au Traité sur l’Antarctique relatif à la protection de l’environnement – dit « Protocole de Madrid ». Entré en vigueur le 14 janvier 1998, il complète le Traité en érigeant l’Antarctique en « réserve naturelle dédiée à la paix et à la science » où l’exploitation des ressources minérales est interdite – une obligation qui a toujours été strictement respectée depuis. Il interdit également toute dégradation à l’environnement et impose que toute activité dans la région soit précédée d’une étude d’impact environnemental.

Le Protocole a enfin créé un Comité pour la protection de l’environnement (CPE), où siègent des experts de chacun des États parties, pour apporter à la RCTA une expertise scientifique et environnementale.

Contrairement à une idée reçue selon laquelle le Traité et son Protocole ne s’appliqueraient que pour 50 ans, ces deux textes n’ont aucune limite de durée d’application. Cette erreur souvent répétée vient du fait que la procédure d’amendement du Protocole doit changer 50 ans après son entrée en vigueur (en 2048). Cela ne changera toutefois en rien les obligations qui pèsent sur les États et les règles de modification qui s’appliqueront après 2048 ne procureront d’ailleurs qu’un assouplissement très relatif en raison du mécanisme de prise de décisions au consensus.

Le dispositif international construit depuis 1959 pour protéger l’Antarctique fait preuve, depuis cette date, d’une grande efficacité : le Traité et son Protocole, ainsi que la convention sur la protection des phoques de l’Antarctique et celle sur la protection de la faune et de la flore marines de l’Antarctique, ont organisé une importante et dynamique coopération internationale, sanctuarisé son environnement, limité les effets de la pêche illicite, et créé un cadre juridique international encadrant strictement les activités conduites dans la région.

Ce bilan positif ne doit, bien sûr, pas occulter les défis restant à relever, au premier rang desquels le développement rapide du tourisme, qui, s’il n’était pas mieux encadré, pourrait à l’avenir menacer l’équilibre des écosystèmes du continent. La France est très active au sein de la RCTA et de la CCAMLR pour renforcer la protection de l’environnement antarctique, lutter contre la pêche illicite et encadrer le développement des activités touristiques.

La protection de l’environnement antarctique exige un strict contrôle des activités économiques

Certaines activités économiques sont ainsi interdites :

La chasse phoquière

La Convention pour la protection des phoques de l’Antarctique, adoptée à Londres le 1er juin 1972, interdit la chasse des 6 principales espèces de phoques qui ont étaient chassées jusque-là dans l’Océan antarctique.

La chasse baleinière

La création d’une Commission baleinière internationale en 1946 et l’adoption par celle-ci d’un moratoire sur la chasse de ces cétacés en 1982 (en vigueur depuis 1986) ont aujourd’hui limité cette activité à des prélèvements résiduels par des peuples premiers (d’Arctique et des Caraïbes surtout) ainsi que par quelques pays attachés à la chasse. Ce dispositif a été complété en 1994 par un sanctuaire baleinier antarctique où la chasse commerciale est interdite.

L’exploitation des ressources minérales

Le Protocole de Madrid indique que « Toute activité relative aux ressources minérales, autre que la recherche scientifique, est interdite » en Antarctique. Ceci interdit d’exploiter les minerais, le gaz, le pétrole et la glace d’eau douce au sud du 60e parallèle, tant en mer qu’à terre. Adopté le 4 octobre 1991, le Protocole est entré en vigueur le 14 janvier 1998. Cette interdiction a, depuis, toujours été respecté par ses États parties et, de manière générale, aucune activité de ce type n’a été observée dans la région.

Les activités pratiquées en Antarctique sont strictement encadrées :

Seules la pêche et le tourisme sont aujourd’hui autorisés et pratiqués dans la zone du Traité sur l’Antarctique (sud du 60e parallèle). Ces activités font l’objet d’un encadrement strict.

La pêche

La CCAMLR a été créée afin de contrôler l’exploitation des ressources en krill qui constitue un échelon très important dans la chaîne alimentaire locale. Les mesures adoptées depuis ont permis de limiter cette exploitation. La pêche à la légine s’est développée depuis le début du siècle dans certains espaces situés autour du continent notamment en mer de Ross, sous un contrôle étroit de la Commission. La France est le premier pays pour le niveau de capture de légines mais ces captures sont réalisées loin du continent dans les eaux sous juridiction française des archipels subantarctiques de Crozet et Kerguelen. Les mesures concernant la pêche dans les ZEE française sont présentées chaque année au comité scientifique de la CCAMLR.

Pour assurer une pêche durable et respectueuse de l’environnement en Antarctique, la France, avec de nombreux États partenaires au sein de la CCAMLR, cherche à :

  • mieux lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) dans la région (notamment par la recherche de nouveaux moyens de surveillance) ;
  • mieux encadrer le volume de pêche (par la prise en compte systématique des recommandations des scientifiques sur l’évolution des stocks halieutiques) et les pratiques de pêche pour assurer une meilleure protection de l’environnement et des écosystèmes antarctiques. Les scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) effectuent un important travail de recherche à cet égard ;
  • créer un réseau d’aires marines protégées en Antarctique (AMP). Soutenant l’ensemble des projets d’AMP présentés ces dernières années à la CCAMLR, la France est particulièrement active avec ses partenaires de l’Union européenne et australien sur le projet de création d’une aire marine protégée en Antarctique de l’Est. Ce projet intéressant plusieurs administrations françaises (MEAE, MTE) est soutenu au plus haut niveau.
Le tourisme

La fréquentation touristique en Antarctique croît de manière importante depuis les années 1960 et le début des expéditions commerciales dans la région. À titre d’exemple, si environ 9 000 touristes étaient recensés sur la saison 1995/96, plus de 55 000 touristes ont visité l’Antarctique sur la saison 2018/19. La pandémie de la Covid-19 devrait ralentir cette progression sur la saison 2020/2021.

Ce tourisme se concentre surtout en péninsule antarctique, plus facile d’accès (depuis le sud du continent américain), et se décline en des activités aériennes (survols de régions antarctiques), maritimes (visites de voiliers de particuliers jusqu’à des navires de croisière) et terrestres (débarquements brefs, expéditions de longue durée, sports etc.).

Le tourisme est une source d’inquiétude pour les parties du Traité sur l’Antarctique du fait des risques qu’il implique pour la sûreté des personnes (éloignement des services de secours, couverture radio limitée, climat rude), pour l’environnement (déchets, perturbations des habitats des animaux et plantes, introduction d’espèces non-indigènes) et la recherche scientifique (perturbation du fonctionnement d’appareils scientifiques, actes de malveillance etc.).

La délégation française est très active à la RCTA pour parvenir à un meilleur encadrement des activités touristiques en Antarctique. Elle anime ainsi les travaux de deux groupes de travail RCTA visant à mieux encadrer les activités touristiques en Antarctique : élaboration d’un manuel rassemblant l’ensemble des règles encadrant le tourisme et les activités non gouvernementales en Antarctique et discussions relatives à l’élaboration d’un mécanisme permettant l’embarquement d’observateurs gouvernementaux sur les navires de croisière opérant dans la zone du Traité.

En outre, il convient de rappeler qu’il appartient à chaque État partie d’assurer le respect des dispositions du Traité. Ce sont en effet les États qui délivrent les autorisations requises pour se rendre en Antarctique et contrôlent le respect de la réglementation. L’administration des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), « autorité nationale compétente » assure avec la plus grande attention ce rôle pour la France.

Mise à jour : janvier 2021