Rencontre ministérielle en format « Weimar + » - Conférence de presse conjointe des ministres des affaires étrangères français, allemand et polonais, avec Subrahmanyam Jaishankar, ministre des affaires extérieures de la République d’Inde - Propos de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Paris, 7 janvier 2026)
Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs,
Je suis particulièrement heureux d’accueillir mes collègues aujourd’hui au Quai d’Orsay : Johann Wadephul, ministre des affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne ; le Vice-premier ministre de la République de Pologne, Radek Sikorski. Nous formons ensemble le Triangle de Weimar, qui se réunit périodiquement et qui a pris des initiatives, ces dernières années, pour donner une impulsion au sein de l’Union européenne.
Et puis je suis très heureux d’accueillir le ministre des affaires extérieures de l’Inde, le Docteur Jaishankar, pour une réunion absolument inédite par sa nature et par sa portée.
Inédite parce qu’il s’agit d’une double première fois. C’est la première fois qu’un partenaire extérieur au continent européen est invité à la conférence des ambassadrices et des ambassadeurs, qui débute cette semaine. Et si j’ai décidé de mettre l’Inde à l’honneur, ce n’est pas un hasard : c’est parce que la France exerce cette année la présidence du G7, et l’Inde quant à elle assure la présidence des BRICS. Et dans un monde qui se brutalise, où les équilibres sont remis en cause, il est plus que jamais nécessaire de créer des ponts entre les grands pôles de stabilité, de dialogue et de responsabilité. Nous devons sortir d’une logique de blocs. Il n’existe pas de Sud global, comme il n’existe pas d’Occident collectif, mais des nations qui peuvent dialoguer dans leurs intérêts mutuels. Nous sommes plus forts ensemble pour défendre le droit international, la souveraineté des nations et la paix.
Et puis c’est aussi la première fois en 35 ans d’existence que le format Weimar accueille un invité de l’extérieur du continent européen. Je le disais, ce Triangle, formé par la France, l’Allemagne et la Pologne est l’un des moteurs historiques de l’Europe politique. Et si nous avons décidé ensemble de l’ouvrir aujourd’hui à l’Inde, c’est parce qu’un accord majeur entre l’Union européenne et l’Inde est en passe d’aboutir dans les prochaines semaines, avec un sommet qui lui sera consacré à la fin du mois de janvier. Cet accord marquera une étape décisive dans le rapprochement stratégique entre nos deux espaces. Cette réunion inédite traduit donc une conviction claire : l’Europe prend pleinement la mesure des défis auxquels elle est confrontée et s’organise pour y faire face. Nous en avons eu la démonstration hier, à Paris, lors du sommet consacré à la sécurité européenne et à l’Ukraine, autour du Président de la République. Ce sommet a montré une chose essentielle : la sécurité de l’Europe se construit en Europe, mais elle se construit aussi avec des partenaires hors d’Europe. À l’initiative du Président de la République, du Premier ministre britannique, rejoint par le chancelier allemand, il y a près d’un an, une Coalition des volontaires s’est constituée.
Et pour la première fois depuis des décennies, plus de 30 pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie ont mis en commun leur planification militaire afin de garantir que la paix en Ukraine, une fois conclue, puisse être durable. Cette coalition repose sur un principe simple mais fondamental : dissuader toute nouvelle agression en apportant des garanties de sécurité crédibles à l’Ukraine, en soutien à son armée et à sa souveraineté. C’est un tournant historique, qui démontre que l’Europe n’est pas un simple spectateur du monde, mais un acteur stratégique capable d’initiative, d’unité et de responsabilité.
Dans ce contexte, le partenariat avec l’Inde prend une dimension particulière. L’Inde est un partenaire stratégique avec lequel nous partageons des convictions essentielles : l’attachement à un ordre international fondé sur le droit, la Charte des Nations unies, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États. Alors que la relation entre l’Union européenne et l’Inde monte en puissance, nous préparons le sommet qui se tiendra à la fin du mois de janvier, au cours duquel nous adopterons un nouvel agenda stratégique pour les cinq années à venir. Il structurera notre coopération dans des domaines clés : le commerce, les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle - avec le sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle qui se tiendra en Inde au mois de février -, l’espace, l’énergie, y compris le nucléaire civil, et la sécurité.
Et puis la France, qui préside le G7 cette année, et l’Inde, qui préside les BRICS, ont une responsabilité particulière pour réduire les fractures du monde et éviter qu’elles ne deviennent des lignes de conflit. Aujourd’hui, nos échanges ont porté sur les principales crises internationales.
Sur l’Ukraine, nous avons partagé avec l’Inde notre volonté commune de faire advenir une paix juste et durable, fondée sur le droit international. Je le disais, le sommet d’hier à Paris a permis de franchir une étape décisive en affirmant l’unité entre l’Ukraine, la Coalition des volontaires et les États-Unis autour de la question centrale des garanties de sécurité.
Nous avons pu évoquer la situation au Venezuela, en condamnant les dérives autoritaires du régime de Nicolás Maduro et les violations répétées du droit international, notamment lorsqu’elles émanent de membres permanents du Conseil de sécurité. Et puis la transition à venir, nous le pensons, doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien.
Enfin, nous avons exprimé notre solidarité avec l’Inde face aux menaces terroristes auxquelles elle est confrontée. La lutte contre le terrorisme reste un combat commun. Et je le dis avec d’autant plus de force que nous commémorons, ce jour en France, les 11 ans de l’attentat terroriste de Charlie Hebdo. Et je veux remercier de tout cœur mon collègue Johann Wadephul, qui se rendra tout à l’heure sur les lieux de l’attentat pour rendre hommage à la mémoire des victimes.
Je vous remercie.
(…)
R - Je répondrai à la dernière question, en disant que nous sommes très honorés que le Docteur Jaishankar ait effectivement choisi l’Europe et la France pour commencer cette année diplomatique 2026.
Ensuite, s’agissant des travaux en cours au Quai d’Orsay, ils n’ont pas commencé hier. En réalité, ils n’ont pas commencé avant-hier, mais bien avant. Simplement, ce que j’ai dit ce matin, c’est que nous avons évidemment engagé des réflexions sur la manière dont nous pourrons défendre nos intérêts, si toutefois ils étaient menacés, si toutefois la France ou l’Union européenne devaient faire l’objet d’intimidations, d’où qu’elles viennent. C’est un travail que j’ai évoqué à mes partenaires allemand et polonais, qui a vocation à être élargi à l’ensemble de nos partenaires européens, puisque c’est aujourd’hui la question qui est posée : la manière dont l’Europe, l’Union européenne peut se renforcer pour dissuader toute forme de menace, toute forme d’atteinte à sa sécurité ou à ses intérêts. Donc rien de nouveau sous le soleil de ce point de vue-là.
Et puis, s’agissant du Groenland, je ne veux pas là aussi me répéter, je me suis déjà exprimé sur ce sujet. Le Président de la République lui-même s’y est rendu cet été, au mois de juin. Je m’y suis rendu en août pour affirmer notre soutien aux autorités danoises et groenlandaises, renforcer notre présence diplomatique et stratégique dans l’Arctique. Nous avons annoncé l’ouverture d’un consulat à Nuuk, et comme l’a rappelé plus récemment la Première ministre danoise, le Groenland n’est pas à vendre, il n’est pas à prendre. Nous ne sommes plus à l’époque où on pouvait acheter ou vendre la Louisiane. Et donc ces intimidations doivent cesser. Et le Danemark sait pouvoir compter avec la solidarité des pays européens qui l’ont rappelé par la voix de leurs chefs d’État et de gouvernement dans un communiqué commun, pas plus tard qu’hier.
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