Origine et présentation des fonds iconographiques des Archives diplomatiques

L’origine des fonds

C’est au lendemain de la deuxième guerre mondiale que les photographies et les estampes conservées au ministère des Affaires étrangères sont rassemblées dans un fonds spécifique. Avant cette date, ce type de documents est conservé soit à la bibliothèque, soit au "musée des Archives diplomatiques".

Le musée, créé en 1902, est constitué à partir des dons effectués par le cabinet du ministre, par l’administration des Beaux-Arts et par plusieurs agents tels le consul orientaliste Auguste Boppe ou l’explorateur Auguste Pavie. Il rassemble des œuvres et des objets en rapport avec l’histoire de la diplomatie  : tableaux, gravures, bustes, médailles et divers objets tels que des éventails souvenirs de la guerre d’indépendance américaine ou encore la bague dite "de Naundorff" utilisée par le ministre Jules Favre pour sceller le Traité de Francfort (1871). Le catalogue dressé en 1902 mentionne aussi de « belles » photographies représentant les membres du Congrès de Paris de 1856, la mission du comte de Morny à Moscou (1856), le cabinet du comte Walewski (1860), des vues de l’Indochine rapportées par la mission Pavie dans les années 1880.

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Mission du comte de Morny à Moscou

Cependant, c’est surtout à la bibliothèque du Quai d’Orsay qu’incombe la gestion des collections de photographies : elle reçoit en effet de très nombreux albums de photographies tels que ceux de Le Myre de Vilers, résident général en Cochinchine puis Madagascar (1882-1888).

La création du fonds iconographique au Quai d’Orsay

Demeuré au Quai d’Orsay pendant l’occupation allemande, le Musée est victime de pillages et de détériorations dont il est difficile de préciser l’ampleur. Après la guerre, les épaves sont rassemblées dans un fonds iconographique où les photographies, au même titre que les estampes, sont organisées selon un cadre de classement  : portraits, conférences internationales, traités, etc.

La constitution de ce fonds a été rendu nécessaire par l’accroissement des des collections photographiques, autant grâce les dons de papiers de diplomates, que grâce aux travaux de classement des fonds de la correspondance politique, .

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La garde du "Kersaint" à la légation de France à Séoul durant la guerre russo-japonaise en juillet 1904. Collection Collin de Plancy

Au cours du classement définitif de la correspondance politique et consulaire de la deuxième partie du XIXe siècle, les conservateurs d’archives ont dû traiter des photographies placées en pièce jointe ou intégrées au corps même des dépêches, des rapports ou des comptes-rendus de mission. Seules les photographies d’un format supérieur à celui des dépêches, ont été extraites des registres alors destinés à être reliés. Les épreuves collées sur les dépêches elles-même ont été pour la plupart laissées à leur place et reliées avec les documents écrits. Aucun relevé n’a cependant été effectué.

L’origine des fonds iconographiques conservés à Nantes

Dans l’activité d’un poste diplomatique ou consulaire, la constitution d’un fonds iconographique est plutôt rare. La plupart des photographies conservées à Nantes dans les archives des postes viennent en complément d’un dossier thématique qu’elles illustrent, ou à l’appui d’un document administratif qu’elles complètent.

Elles sont donc généralement dispersées dans les fonds d’archives, ce qui rend difficile à la fois leur consultation et l’estimation de leur volume. La seule exception notable est celle de l’ambassade de France aux États-Unis, dont le Service de presse à New-York a pris soin de rassembler une importante collection photographique.

Dans les consulats, bien sûr, mais également dans les ambassades, la photographie s’impose d’emblée comme un moyen sûr d’identifier les personnes, avec l’apparition des "photos d’identité", qui se répandent dans les demandes de passeport, les fiches d’immatriculation et tous types de notices individuelles.

Mais le recours à la photographie permet aussi d’immortaliser un événement significatif, de fixer l’image d’une rencontre ou d’un lieu de mémoire. De cette variété d’usages et de situations, il ressort différents modes de classement et de conservation.

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Portrait d’Alessio Pianori, suspecté de vouloir attenter à la vie de l’empereur Napoléon III (octobre 1955) - Rome-Saint-Siège, ambassade, 576PO/1/822

De leur côté, les administrations françaises des pays sous protectorat (Tunisie et Maroc) ou mandat (Syrie et Liban) ont commencé dans l’entre-deux-guerres à constituer localement un fonds iconographique, dont seuls des morceaux choisis étaient adressés au Département.

Pour le Maroc, ce fonds a été bien conservé et constitue l’une des richesses du Centre des archives diplomatiques de Nantes. D’abord élaboré sans ordre par les différents services de la résidence générale, il devient à partir de 1929 un outil de communication organisé, centralisé et confié à un unique photographe.

Avec la création du service chargé de l’information et de la presse au début de la Seconde Guerre mondiale, le fonds iconographique se nourrit des apports de nombreux photographes extérieurs, pour tenter de couvrir – et de mettre en valeur – toutes les réalisations du protectorat. L’ensemble, qui totalise plusieurs dizaines de milliers de photographies, est en partie numérisé.

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Inspection dans un camp : le général Lyautey décore un soldat, Maroc vers 1920. (Maroc, PV321)

Pour la Tunisie, seules sont parvenues à Nantes les photographies des années 1950-1960. Si la période couverte est relativement courte (il a bien existé un service photographique à la résidence générale avant 1950 mais le fonds a disparu), l’abondance des reportages et leur diversité témoignent de la vie du protectorat finissant.

La situation est comparable pour les photographies en provenance du haut-commissariat à Beyrouth, qui ont disparu. Reste le fonds photographique de la délégation générale de la France libre au Liban, pour les années 1941-1945.

A ces fonds d’origine publique viennent s’ajouter plusieurs collections privées, par achat ( comme le fonds de cartes postales Gandini, sur le Maroc et la Tunisie ) ou par don, comme le fonds du photographe Jacques Belin (environ 100000 photos sur le Maroc).

L’accroissement des collections

Dans les années cinquante, les Archives diplomatiques entreprennent le classement de la correspondance politique et commerciale de la période 1894-1918, certainement la plus riches en photographies. Cependant, leur extraction et leur classement dans le nouveau fonds iconographique n’est pas systématique.

L’accroissement des collections de photographies anciennes est aussi largement dû au dépôt d’archives privées. Les collections de portraits sont notamment enrichies par le dépôt, en 1948, de la collection Edmond Rinn, consul de France sous le Second Empire ; en 1950, de la collection Jules Herbette, diplomate en poste à Berlin entre 1886 et 1896 ; en 1968, de la collection Edouard de La Selle, diplomate en poste à Rome et à Vienne de 1860 à 1865.

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Edouard de La Selle

Particulièrement intéressants sont les ensembles provenant des archives de diplomates ayant été affectés dans des régions lointaines et qui portent à la photographie un intérêt certain, tant pour raisons professionnelles (illustration des difficultés de leurs missions) que personnelles.

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