Intervention de l’économiste français Philippe Aghion à Vienne

Autriche

Brève
Autriche | Politiques de recherche, technologiques et universitaires
5 juillet 2016

Le 22 juin, l’économiste français et professeur au Collège de France Philippe Aghion était invité en Autriche pour participer au Forum BMVIT, un cycle de conférences organisées régulièrement par le Ministère autrichien pour les Transports, l’Innovation et de la Technologie (BMVIT ou ministère pour les infrastructures).

Philippe Aghion est titulaire depuis octobre 2015 de la chaire « Economie des institutions, de l’innovation et de la croissance » du Collège de France [1]. Il a également enseigné au MIT, à l’Université d’Oxford, et à Harvard. Il a acquis une renommée internationale par ses travaux portent sur la macro-économie et plus précisément sur les concepts d’innovation et de croissance endogène. Il est entre autres l’auteur, avec Elie Cohen et Jean Pisani-Ferry, du rapport « Politique économique et croissance en Europe », publié par le Conseil d’analyse économique en 2006.

Dans le cadre de ce cycle de débats intitulé rethinking innovation policy, Philippe Aghion a présenté ses recherches sur les liens entre innovation, inégalités de revenus et mobilité sociale. Dans une perspective schumpétérienne, le chercheur a souligné les effets positifs de l’innovation, cette dernière étant source de croissance économique, de créations d’emplois et de mobilité sociale. Néanmoins l’innovation a également des aspects négatifs et serait l’une des causes de l’augmentation exponentielle des revenus les plus élevés. Pour favoriser l’innovation, l’économiste a insisté sur l’importance de l’éducation et de la formation, d’une libéralisation accrue du marché des biens ainsi que d’une flexibilisation du marché du travail. Pour Philippe Aghion, les pays européens et notamment la France ont besoin d’un nouveau modèle social qui favoriserait davantage les entrepreneurs. Un tel modèle ne remet pas en cause le principe d’une intervention de l’État mais nécessite de repenser le rôle de ce dernier. L’économiste a notamment plaidé pour la mise en œuvre de systèmes de taxation des sociétés et des personnes plus « intelligents » intégrant cette composante de l’innovation.

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Les participants à la conférence avec de gauche à droite Wilfried Altzinger (Université d’économie de Vienne), Philippe Aghion (College de France), Rosa Lyon (ORF, Modération), Jörg Leichtfried (ministre fédéral pour les infrastructures), Silvia Angelo (Chambre des travailleurs de Vienne) et Matthias Weber (Austrian Institiute of Technology)

Les participants à la conférence avec de gauche à droite Wilfried Altzinger (Université d’économie de Vienne), Philippe Aghion (College de France), Rosa Lyon (ORF, Modération), Jörg Leichtfried (ministre fédéral des infrastructures), Silvia Angelo (Chambre des travailleurs de Vienne) et Matthias Weber (Austrian Institiute of Technology)


bmvit / APA-Fotoservice

La conférence s’est tenue en présence de Jörg Leichtfried, ministre fédéral pour les infrastructures. Après une présentation de ses recherches sur le sujet, il a pu débattre avec trois intervenants : Wilfried Altzinger, professeur à l’Université d’économie de Vienne, Silvia Angelo , directrice du département de politique économique de la Chambre autrichienne des travailleurs, et Matthias Weber, directeur de l’unité pour les politiques de recherche, d’innovation et de technologie de l’Austrian Institute of Technology. Le débat a notamment porté sur les autres facteurs de la mobilité sociale, sur le fait que les innovateurs sont plus souvent issus de familles plus aisées et instruites, sur la difficulté de distinguer ce qui relève de l’innovation ou non et sur la question des services publics.

Ces conférences sont organisées régulièrement par le BMVIT. En novembre 2015, le Ministère avait par exemple invité Dirk Pilat, directeur du département de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour les politiques scientifiques et technologiques suite à la publication par cette organisation de son tableau de bord science, industrie, technologie. Réunissant des acteurs autrichiens clefs dans le domaine des politiques d’innovation (ministères, industrie, agences de financement de la recherche appliquée etc), ces conférences témoignent de l’importance accordée par les autorités autrichiennes à la thématique d’innovation. Se comparant souvent aux pays nordiques (Suède et Danemark notamment) le pays a mis en place il y a cinq ans une stratégie « Recherche Technologie Innovation » (RTI) afin de hisser l’Autriche au rang des « leaders » européens de l’innovation à l’horizon 2020. Néanmoins des rapports et études récentes montrent que le pays ne semble pas progresser sur cette voie [2].

Sources  :

Rédacteurs : Etienne Gonon-Pelletier, etienne.gonon-pelletier[a]institutfr.at

[1Vous pouvez consulter la page internet de Philippe Aghion sur le site du Collège de France

[2Pour davantage d’informations sur la stratégie RTI du pays vous pouvez consulter le bulletin de veille "Avancées de l’Autriche dans la mise en œuvre de sa stratégie recherche, technologie et innovation"

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